• BREST

     Plusieurs centaines de manifestants à «la convergence des luttes» (LT.fr-11h43)

    La journée d'actions du 19 avril en Finistère vue par la PQR

    A Brest, ce jeudi matin vers 11 h 30, plusieurs centaines de manifestants s’étaient réunis place de la Liberté "pour une convergence des luttes" contre les réformes menées par le gouvernement. Le cortège va s'élancer en direction de la gare.

    source: http://www.letelegramme.fr

     

     

    Manifestation à Brest : un millier de personnes dans les rues (OF.fr-19/04-12h58)

    En réponse à l'appel national, un millier de personnes ont manifesté à Brest.En réponse à l'appel national, un millier de personnes ont manifesté à Brest

    En réponse à l’appel national, un millier de manifestants se sont rejoints place de la Liberté. Retraités, étudiants, cheminots, personnel hospitalier, salariés du public et du privé ont marché ensemble en direction de la gare, pour dénoncer la politique d’Emmanuel Macron.

    Ce jeudi 19 avril, les premières manifestations ont commencé à l’aube, dans le centre-ville de Brest. Les cheminots ont occupé le rond-point de la gare dès 5 h du matin.

    Symboliquement, ils ont déposé un morceau de rail sur la pelouse. "On a voulu montrer dans quel état seront nos lignes lorsqu’elles seront ouvertes à la concurrence, explique Philippe Hernot, délégué syndical des cheminots de Brest-Landerneau. Elles seront laissées à l’abandon ! "

    Les cheminots ont ensuite rejoint les autres manifestants sur la place de la Liberté à partir de 11 h.

     

    En réponse à l'appel national, un millier de personnes ont manifesté à Brest.  

     

    Non à la marchandisation !

    Derrière une banderole, des agents du centre hospitalier universitaire (CHU) de Brest scandent leur mécontentement : "Nous sommes là en tant que salariés et usagers. Nous voulons des services et des conditions de travail de qualité ! Nous dénonçons la marchandisation du service public ! "

    Solidaires également, les salariés de Thalès. Ils ont aussi leurs propres revendications : " Alors que l’entreprise se porte très bien, que le patron et les actionnaires s’augmentent de façon indécente, les techniciens, les ouvriers et les jeunes cadres sont oubliés", déplorent-ils.

    Les étudiants n’ont pas souhaité s’exprimer. Ils étaient présents à 9 h, sur le rond-point devant la faculté de lettres et sciences humaines, avant de rejoindre la manifestation. Certains étaient cagoulés. Mais, depuis les enceintes sur le toit de leur camion, la chanson choisie portait un message plutôt clair : Résiste de France Gall.

    Jeanine, retraitée depuis douze ans, tient à partager son expérience : " Ça tire de plus en plus. On se sacrifie car tout augmente, sauf nos retraites. Aujourd’hui, les gens ont perdu leurs illusions concernant notre président."

    En réponse à l'appel national, un millier de personnes ont manifesté à Brest

    Mai 68 - Mai 2018

    Dans tous les discours, un parallèle est fait entre mai 2018 et mai 68. " Il y a des similitudes, observe Olivier Cuzon, du syndicat Sud. Beaucoup de secteurs sont mécontents de la politique de Macron. Il faut maintenant réussir à faire converger les luttes."

     
     

     

    Olivier Pichon, de la CGT de Brest, est optimiste : " Aujourd’hui, c’est une première étape. Nous espérons encore plus de monde pour le 1er mai. Ce n’est pas facile, car avec les différentes réformes et les manifestations qui suivent, il peut y avoir un essoufflement."

    Raphaëlle BESANÇON

    source: https://www.ouest-france.fr

     

    MORLAIX

     

    Social. La « convergence des luttes » attendra (LT.fr-19/04/2018-14h56)

    • Social. La « convergence des luttes » attendra

    • Social. La « convergence des luttes » attendraSocial. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra
    • Social.  La « convergence des luttes » attendra
      Social. La « convergence des luttes » attendra

     

    Les syndicats attendaient beaucoup de ce jeudi 19 avril, jour de « convergence des luttes » contre la politique du Président Macron. Las. Seuls 200 manifestants se sont réunis place des Otages.

    Les manifestations organisées ces dernières semaines dans la Cité du Viaduc avaient été couronnées de succès. Moyennant quoi, l’intersyndicale morlaisienne composée de la CGT, la FSU, Solidaires et FO, s’attendait à une nouvelle démonstration de force, ce jeudi 19 avril, placé sous le signe de la « convergence des luttes ». Mais force est de constater que le rendez-vous a fait pschitt !

    Une étape

    Les représentants syndicaux ont eu beau attendre, et attendre encore, la place des Otages paraissait désespérément vide lorsqu’ils ont pris la parole du haut du kiosque, sur les coups de 11 h 30. Soit une demi-heure après l’horaire prévu. 200 personnes, tout au plus, étaient rassemblées face à eux, drapeaux et pancartes en mains.

    Cette déconvenue ne les a pas empêchés de taper fort sur le Président Macron et la « politique dévastatrice de son gouvernement ». « Les luttes se multiplient partout dans le pays et traversent tous les secteurs, ont-ils rappelé dans leur discours commun. Il y a cinq rassemblements aujourd’hui dans le département.

     
    Cette journée marque une étape dans la convergence des luttes qui doit permettre d’amplifier le mouvement et forcer le gouvernement à répondre aux attentes légitimes des Français ».

    Dans les rangs des manifestants, on opinait du chef. Tout en riant jaune. « Tu parles d’une convergence des luttes… Ça ne converge pas des masses », entendait-on ici et là.

    Passage devant la permanence LREM

    Face au constat d’échec de cette journée à l’échelle morlaisienne, les syndicats eux-mêmes avaient du mal à cacher leur incompréhension. « Ça va mal partout. Dans tous les secteurs. Les gens viennent nous voir régulièrement à l’union locale pour en parler. Mais lorsqu’on organise une manifestation, il n’y a plus personne. Dans ce cas-là, il ne faut pas venir se plaindre… », s’agaçait-on notamment à la CGT.

    Dans un premier temps, l’intersyndicale a renoncé à défiler sur la voie publique. Mais après quelques échanges avec une partie des manifestants, un court passage devant la permanence de la députée LREM Sandrine Le Feur a finalement été décidé. 150 personnes y ont pris part, certaines allumant quelques fumigènes, histoire de montrer qu’elles « ne lâcheront rien ». Rendez-vous est déjà pris pour le traditionnel défilé du 1er-Mai, auquel succédera une manifestation de la Fonction publique, le 22 mai.

     

      Publié le 19 avril 2018 à 13h30 Modifié le 19 avril 2018 à 14h56
     
     
    CARHAIX
     
    Convergence des luttes. Plus de 300 personnes manifestent (LT.fr 19/04-14h18)

    La journée d'actions du 19 avril en Finistère vue par la PQR

    Plus de 300 personnes ont manifesté ce jeudi à Carhaix dans le cadre d’une journée de mobilisation interprofessionnelle.

    À l’appel des unions locales CGT de Carhaix et Huelgoat et Rostrenen, relayé par plusieurs organisations politiques de gauche, plus de 300 personnes se sont rassemblées ce jeudi à 11 h devant la Maison des syndicats à Carhaix pour une « journée de convergence des luttes ». Parmi elles, une centaine de lycéens de Diwan. Le cortège a quitté la rue Clemenceau pour se rendre à la Maison des services publics, place de La Tour-d’Auvergne où des représentants de la CGT et des lycéens ont tour à tour pris la parole. Colette Guéguen, porte-parole du syndicat, a fustigé la politique du gouvernement et sa « remise en cause du modèle social français ». 

    Rendez-vous les 1er et 22 mai

    « Tous les secteurs sont touchés, a dénoncé la syndicaliste. Cheminots, Ehpad, retraités, étudiants… Partout, la lutte s’organise. Les gens ne s’en laissent pas compter ».

     

    Colette Guéguen a ensuite annoncé l’organisation d’une nouvelle journée de mobilisation le 22 mai prochain. « Mais avant, il y aura le rendez-vous du 1er Mai », a rappelé la représentante de la CGT. Une « journée de lutte pour le progrès social » que le syndicat espère « unitaire ».

    Les lycéens de Diwan en force

    Youen, le représentant des lycéens de Diwan, succédant au micro à Colette Guéguen a fait part des revendications des élèves de l’établissement bilingue et notamment de leur opposition non seulement au dispositif Parcours Sup « qui entraînera la sélection les élèves en fac » mais aussi à l’évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes ». « Il faut remettre en cause la politique de tous les gouvernements depuis 40 ans », a conclu le lycéen.

    Bac en breton, CIO

    L’un de ses camarades a profité de la manifestation pour demander à pouvoir passer le bac en breton. Une représentante du Centre d’information et d’orientation (CIO) a également pris la parole pour faire part de son inquiétude. « L’objectif du gouvernement est de fermer les 500 CIO en France. C’est une casse totale de notre service »,, a-t-elle dénoncé avant d’inviter les manifestants à signer une pétition de soutien.

    source:http://www.letelegramme.fr

     

    QUIMPER

    700 manifestants au rendez-vous (LT.fr-19/04-14h12)

     

    Environ 400 manifestants ce jeudi matin à Quimper
    Environ 700 manifestants ce jeudi matin à Quimper

    Près de 700 salariés, retraités et lycéens ont manifesté, ce jeudi, dans les rues de Quimper, contre "les mauvais coups du gouvernement", à l'appel de la CGT. Dans le cortège, une majorité de syndiqués CGT du public et du privé, mais aussi des militants de Sud Solidaires et de la FSU, des adhérents du PCF, des Insoumis et du NPA et plusieurs dizaines de lycéens quimpérois et douarnenistes. "Nous en avons assez des cadeaux pour la France d'en haut, assez des coups bas pour la France d'en bas" ont notamment clamé les manifestants. Parmi eux, des cheminots quimpérois, dont une cinquantaine a décidé, à l'unanimité, un peu plus tôt dans la matinée, de reconduire le mouvement de grèves perlées.

    source: http://www.letelegramme.fr

     

    Manifestation à Quimper. 800 personnes à la journée d’action nationale (OF.fr-19/04-12h16)

    La CGT appelait, ce jeudi 19 avril, à une journée de "convergence des luttes" : retraités, lycéens, cheminots, marins, fonctionnaires étaient au rendez-vous, place Saint-Corentin à Quimper (Finistère).

    Des lycéens de Douarnenez, des marins, des retraités en colères, des cheminots… Ce jeudi matin 19 avril, ils étaient environ 800, rassemblés place Saint-Corentin à Quimper (Finistère) pour répondre à la CGT, qui appelait à une "convergence des luttes" nationale.

    "Pour notre avenir"

    "On est tous concernés par la politique ultra-libérale de Macron, clame Sandrine Allain, de la CGT. Les salaires très bas, les conditions de travail et de vie difficiles, la disparition des services publics, la réduction des pensions de retraite, la sélection dans les universités…" C’est pour cette raison que Tom, Eliott et Malou ont fait le déplacement, en bus, depuis leur lycée de Douarnenez. "Pour notre avenir", expliquent-ils de concert.

    Lycéens, retraités, cheminots ont répondu à l'appel de la CGT. | Ouest-France

     

    "Nous aussi, on va bientôt être touchés", regrette Christian Le Signe. Ancien de la Brittany Ferry, il est aujourd’hui à l’Union fédérale des pensionnés et veuves de la marine marchande CGT. "Nous avons les mêmes revendications que les retraités, plus le problème de l’amiante. Nous continuons à en mourir et nous n’avons pas les mêmes droits que les autres…" Côté CGT Retraités, les manifestants ont déposé ce matin, à nouveau, une motion auprès de la députée Annaïg Le Meur. "Contre l’augmentation de la CSG, pour l’augmentation des pensions."

    Aucun TGV au départ de Quimper

    De leur côté, les cheminots quimpérois ont voté la reconduction de la grève, lors de leur assemblée générale ce matin. Une quarantaine d’entre eux sont en grève. "Aucun TGV ne part de Quimper aujourd’hui. Quelques TER et des bus assureront certaines liaisons."

     
     

    Le cortège a traversé la ville et la manifestation doit se terminer sur le plateau de la Déesse, où les cheminots sont déjà en train de faire griller des saucisses, dont la vente alimentera leur action.

    Flora CHAUVEAU

    source: https://www.ouest-france.fr

     

    QUIMPERLE

    160 personnes défilent  (LT.fr-19/04-12h54)

    (Photo Chloé Lebouchard)
    (Photo Chloé Lebouchard) En réponse à un appel de la CGT lancé la semaine dernière, environ 160 personnes ont manifesté ce jeudi matin, dans les rues de Quimperlé. Une participation un peu en deçà des attentes du syndicat, qui prévoit une nouvelle journée d'action le 22 mai.   source:  http://www.letelegramme.fr 
    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • Mardi soir, devant les urgences adultes de la Cavale-Blanche, les grévistes s'allongent pour signifier: "Vous avez tué nos valeurs, notre métier" !

    Mardi, à l’hôpital de la Cavale-Blanche, de 19 h 30 à 20 h 30, une vingtaine de salariés ont débrayé. Ils demandent notamment un poste d’aide-soignante supplémentaire en plus de celui d’infirmier obtenu récemment. Pour avoir les mêmes moyens que les équipes de jour, car "il y a autant de monde, la nuit".

    Mardi, à l’hôpital de la Cavale-Blanche, de 19 h 30 à 20 h 30, pour la deuxième fois, une vingtaine de salariés ont débrayé à l’appel de Sud et CGT.

    Depuis plusieurs mois, au CHRU de Brest, les urgences adultes réclament davantage de moyens, la nuit. L’activité serait devenue aussi importante qu’en journée, or, les moyens sont moins importants. Trois binômes infirmière/aide-soignantes en journée contre deux la nuit, pour un même nombre de boxes de consultation (20).

    Par ailleurs, la nuit, il n’y a pas de brancardiers. Conséquence : "les aides-soignantes se retrouvent à faire du brancardage et les infirmiers se retrouvent seules pour prendre en charge les patients", déplorent des agents qui se disent "usés".

    Récemment, les agents ont obtenu l’obtention d’un poste d’infirmier. Il manque encore celui d’aide-soignant, estiment les soignants qui ne désarment pas.

    Les grévistes se sentent aussi méprisés par la direction du CHRU qui ne les a pas encore rencontrés malgré les deux débrayages.

    source: https://www.ouest-france.fr

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  •  

    Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • Robert Fisk : le chef de la clinique de Douma nie la réalité d’une attaque au gaz

    ATTENTION : article exclusif et indispensable. Robert Fisk (The Independent) a pu visiter l’hôpital de Douma, au centre d’une crise mondiale. Sa conclusion : personne n’a vu d’attaque au gaz chimique à Douma !


    C’est l’histoire d’une ville appelée Douma, un lieu ravagé et puant d’immeubles détruits – et d’une clinique souterraine dont les images de souffrance ont permis à trois des nations les plus puissantes du monde occidental de bombarder la Syrie la semaine dernière. Il y a même un docteur sympa en blouse verte qui, quand je l’accoste dans la même clinique, me dit gaiement que la vidéo “gaz” qui a horrifié le monde – malgré tous les sceptiques – est parfaitement authentique.

    Les histoires de guerre, cependant, ont l’habitude de devenir plus sombres. Le même médecin syrien âgé de 58 ans ajoute une chose profondément surprenante : les victimes, dit-il, n’ont pas été exposés au gaz, mais à un manque d’oxygène dans les tunnels et les sous-sols où ils étaient réfugiés, de gros bombardements ayant provoqué une tempête de poussière.

    Puisque le Dr Assim Rahaibanim m’annonce cette conclusion extraordinaire, il vaut la peine de faire remarquer que de son propre aveu, il ne fut pas lui-même un témoin direct de la scène et, comme il parle bien anglais, il qualifie deux fois de « terroristes » – le mot du régime pour ses ennemis, et terme utilisé par beaucoup de gens en Syrie – les combattants djihadistes de Jaish el-Islam [l’Armée de l’Islam] à Douma. Ai-je bien entendu ? Quelle version des événements devons-nous croire ?

    Par malchance aussi, les médecins qui étaient de service ce soir-là, le 7 avril, étaient tous à Damas pour témoigner dans l’enquête sur les armes chimiques qui tentera de donner une réponse définitive à cette question dans les semaines à venir.

    La France, quant à elle, a déclaré avoir des « preuves » d’utilisation d’armes chimiques, et les médias américains ont cité des sources affirmant que des analyses d’urine et de sang le démontraient également. L’OMS a déclaré que ses partenaires sur le terrain traitaient 500 patients « présentant des signes et des symptômes compatibles avec l’exposition à des produits chimiques toxiques ».

    Des personnes mortes par hypoxie (perte d’oxygène) et non victimes de gaz chimique

    En même temps, les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) sont actuellement empêchés de venir eux-mêmes sur le site de la prétendue attaque gazière, ostensiblement parce qu’ils n’ont pas les bons permis de l’ONU.

    Avant d’aller plus loin, les lecteurs doivent savoir que ce n’est pas la seule histoire qui court à Douma. Il y a beaucoup de gens à qui j’ai parlé au milieu des ruines de la ville qui ont dit qu’ils n’avaient « jamais cru » aux histoires sur le gaz – généralement racontées, selon eux, par les groupes islamistes armés. Ces djihadistes survécurent au déluge des bombardements en vivant dans les maisons des autres et dans de vastes et larges tunnels creusés à même la roche par des prisonniers avec des pioches à trois niveaux sous la ville. J’ai parcouru trois d’entre eux hier, de vastes couloirs de roche qui contenaient encore des rockets russes – oui, russes – et des voitures incendiées.

    Donc, l’histoire de Douma n’est pas seulement une histoire de gaz – ou d’absence de gaz, selon le cas. Il s’agit de milliers de personnes qui n’ont pas opté pour l’évacuation de Douma dans des bus emmenant la semaine dernière, les hommes armés avec lesquels ils ont dû vivre comme des troglodytes pendant des mois pour survivre. J’ai traversé cette ville assez librement hier sans soldat, policier ou gardien collés à mes pas, juste deux amis syriens, une caméra et un carnet de notes. Il m’arrivait parfois de grimper sur des remparts de six mètres de haut, montant ou descendant, sur des parois presque à pic. Heureux de voir des étrangers parmi eux, plus heureux encore que le siège soit enfin terminé, ils sourient, du moins ceux dont on peut voir les visages, bien sûr, parce qu’un nombre surprenant de femmes de Douma portent un hijab noir intégral.

    J’ai d’abord été conduit à Douma dans le cadre d’un convoi de journalistes sous escorte. Mais lorsqu’un général ennuyeux annonça devant un HLM détruit qu’il n’avait « aucune information » – l’excuse favorite de la bureaucratie arabe – je me suis simplement éloigné. Plusieurs autres journalistes, principalement syriens, ont fait pareil. De même qu’un groupe de journalistes russes – tous en tenue militaire.

    Le Dr Rahaibani se trouvait à quelques pas d’ici. Passé la porte de sa clinique souterraine – “Point 200”, comme on l’appelle, dans la géologie bizarre de cette ville en partie souterraine – je descendis par un couloir là où il me montra son humble hôpital et les quelques lits où une petite fille pleurait tandis que les infirmières soignaient une coupure au-dessus de son œil.

    « J’étais avec ma famille dans le sous-sol de ma maison à trois cents mètres d’ici cette nuit-là, mais tous les médecins savent ce qui s’est passé. Il y avait beaucoup de bombardements nocturnes [par les forces gouvernementales] et les avions passaient toujours au-dessus de Douma la nuit durant – mais cette nuit-là, il y avait du vent et d’énormes nuages ​​de poussière ont commencé à entrer dans les sous-sols et les caves. Les gens ont commencé à arriver ici souffrant d’hypoxie, de manque d’oxygène. Puis quelqu’un à la porte, un “Casque blanc”, a crié : « Gaz ! » La panique a commencé. Les gens ont commencé à s’asperger d’eau. Oui, la vidéo a été filmée ici, c’est vrai, mais ce que vous voyez, ce sont des gens souffrant d’hypoxie – pas d’intoxication au gaz. »

    Bizarrement, après avoir bavardé avec plus de vingt personnes, je n’ai pas pu en trouver une qui citait Douma comme cause des attaques aériennes occidentales. Deux m’ont dit qu’ils ne voyaient pas le rapport.

    Mais c’était un monde étrange dans lequel je suis entré. Deux hommes, Hussam et Nazir Abu Aishe, ont dit qu’ils ignoraient combien de personnes avaient été tuées à Douma, bien que le dernier ait admis avoir un cousin « exécuté par Jaish el-Islam  » pour avoir été « un proche du régime ». Ils ont haussé les épaules quand je les ai interrogé sur les 43 personnes qui seraient mortes lors l’infâme attaque de Douma.

    Les Casques blancs partis avec les combattants de Jaish el-Islam

    Les Casques blancs – les premiers intervenants médicaux déjà légendaires en Occident, mais avec quelques zones d’ombre dans leur histoire – ont joué un rôle bien connu pendant les batailles. Ils sont en partie financés par le Foreign Office et la plupart de leurs bureaux locaux sont occupés par des hommes de Douma. J’ai trouvé leurs bureaux détruits non loin de la clinique du Dr Rahaibani. Un masque à gaz avec un verre de vision brisé avait été laissé à l’extérieur d’un conteneur de nourriture  et une pile d’uniformes de camouflage militaire sales se trouvait à l’intérieur d’une pièce. Dissimulé, me suis-je demandé ? J’en doute. L’endroit était rempli de capsules, de matériel médical cassé et de dossiers, de literie et de matelas.

    Bien sûr, nous devrions écouter leur version de l’histoire, mais cela n’arrivera pas ici : une femme nous a dit que tous les membres des Casques blancs de Douma avaient abandonné leur quartier général principal une fois le cessez-le-feu final conclu et choisi de prendre les bus affrétés par le gouvernement et protégés par la Russie jusqu’à province rebelle d’Idlib avec les groupes armés.

    Il y avait des boutiques de nourriture ouvertes, une patrouille de policiers militaires russes – une option supplémentaire pour chaque cessez-le-feu syrien – et personne qui n’ait pris d’assaut la prison islamiste interdite près de la place des Martyrs où des victimes étaient censées avoir été décapitées dans les sous-sols. L’effectif de la police civile syrienne du ministère de l’Intérieur – qui porte étrangement des vêtements militaires – est surveillé par les Russes qui peuvent eux-mêmes être surveillés ou non par les civils. Là encore, mes questions très sérieuses sur l’attaque au gaz ont été reçues avec une perplexité qui semblait non feinte.

    La vérité des habitants de Douma

    Comment des réfugiés de Douma arrivés dans des camps en Turquie pouvaient-ils décrire une attaque au gaz que personne aujourd’hui à Douma ne semblait se rappeler ? Il m’est apparu, après avoir marché pendant plus d’un kilomètre et demi dans ces tunnels pour misérables prisonniers, que les citoyens de Douma avaient vécu si isolés les uns des autres pendant si longtemps que les « informations » telles que nous les envisageons ne signifiaient rien pour eux. La Syrie n’a rien d’une démocratie jeffersonienne – comme je le dis cyniquement à mes collègues arabes. C’est effectivement une dictature impitoyable. Mais elle ne peut pas empêcher ces gens, heureux de voir des étrangers parmi eux, de réagir en livrant leur vérité. Or qu’est-ce qu’ils me disaient ?

    Ils ont parlé des islamistes sous le joug desquels ils avaient vécu. Ils ont parlé de la façon dont les groupes armés avaient volé des maisons civiles pour échapper au gouvernement syrien et aux bombardements russes. Ceux de Jaish el-Islam avaient brûlé leurs bureaux avant leur départ, mais les bâtiments massifs à l’intérieur des zones de sécurité qu’ils avaient créées avaient presque tous été détruits par des frappes aériennes. Un colonel syrien que j’ai rencontré derrière l’un de ces bâtiments m’a demandé si je voulais voir à quel point les tunnels étaient profonds. Je me suis arrêté au bout d’un kilomètre de marche quand il m’a fait remarquer de façon énigmatique que « ce tunnel pourrait bien mener jusqu’en Grande-Bretagne ». Ah oui, je me souvenais de Mme May, dont les frappes aériennes avaient été si intimement liées à ce lieu de tunnels et de poussière. Et de gaz ?

    => Source : Robert Fisk, The Independent (traduction, titre et intertitre : Pierrick Tillet) – Photo : Robert Fisk, correspondant de The Independent, dans l’un de tunnels creusés sous Douma par les prisonniers des rebelles syriens (photo : Yara Ismail)

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Ce 14 avril le vieux port de débordait de monde de même que la Canebière. Près de 60 000 personnes d’après la CGT – un cortège dense et combatif mêlant travailleurs du public et du privé, jeunes et retraités, organisations et partis politiques et associations ainsi que les principaux syndicats se sont réunis, , en même temps et au même endroit pour faire converger leurs luttes pour stopper la casse du pays et des conquis sociaux par Macron UE MEDEF.

    Une initiative prise par la CGT 13 et soutenue par une quinzaine d’organisations, syndicats et partis politiques. Par courrier, le PRCF 13 avait fait savoir à l’UD CGT son soutien à cette initiative. L’appel à la manifestation avait été lancé depuis une manifestation partant de la Gare Saint Charles quelques jours plus tôt.

    En 2016, à autonome 2017 et en ce printemps 2018, le PRCF est de ceux qui soulignent combien une grande manifestation nationale, en démontrant par les actes que le tous ensemble et en même temps c’est la force du peuple, serait une formidable impulsion à la convergence des luttes et à la contre-offensive populaire pour stopper la guerre-éclair tout azimut lancée par le régime Macron à la solde l’Union Européenne, du MEDEF pour détruire la France des travailleurs.

    Manifestation interpro à la gare de Marseille; Photo PRCF Marseille

    La jeunesse, en tête de cortège tenait une banderole affichant le mot d’ordre sur toutes les lèvres, Grève Générale. Et les drapeaux rouges inondant le vieux port et la Canebière faisaient écho aux cris de Résistance de la foule.

    Le PRCF mobilisé et à l’action

    Une délégation du PRCF était présente à la manifestation. Après avoir diffusé plus de 4000 tracts à l’intersection entre la Canebière et la Rue de Rome pour appeler les Marseillais à rejoindre la mobilisation et défendre leurs droits, leurs emplois, leurs salaires, leurs services publics contre les privatisations et le dumping social impulsés par l’Union Européenne du Capital, la délégation du PRCF a tenu un point fixe pour saluer le défilé des organisations syndicales . S’il faut regretter que quelques rares sections de la manifestation – très fournie et dynamique en général au demeurant – n’avaient pas de slogan à l’image du camion sono PCF diffusant des chansons, ce n’était pas le cas de la grande majorité du cortège tout particulièrement de la CGT et de la France Insoumise. Les militants franchement communistes du PRCF ont participé à l’animation tout le long de la manifestation en proposant leurs slogans. Faisant le lien entre les différentes luttes en cours contre les europrivatisations (SNCF, Poste, EDF etc.) la sélection à l’université ou la casse du bac, l’euro austérité détruisant les retraites, les salaires, les statuts, les services publics et les directives européennes. Des slogans très bien reçus et repris par de nombreux manifestants.

    Les militants communistes du PRCF ont ensuite pris place dans le cortège des organisations politiques, pour le tous ensemble et en même temps pour défiler jusqu’à la place Castelane derrière la banderole et avec les drapeaux du PRCF.

    Une très belle journée de lutte et de rassemblement, d’unité d’action et de dialogue et d’échanges fraternels qui laisse augurer de belles perspectives politiques. Et ce d’autant plus que deux jeunes sympathisants ont rejoint le PRCF dans l’action et qu’en outre un camarade a profité de la manifestation pour prendre sa carte.

    Un reportage de wwwww.initiative-communiste.fr

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • Où en sommes-nous ?” C’était le titre du dernier ouvrage de l’historien et anthropologue Emmanuel Todd. Et c’est la question que nous lui posons alors que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont mené  ce 14 avril des frappes sur la Syrie.

    Transcription (merci aux bénévoles du site les-crises.fr!) :

    Journaliste : Nous sommes donc avec l’invité de la deuxième heure des Matins, Emmanuel Todd. Une réaction, peut-être, à chaud, à ces frappes déclenchées contre l’armée syrienne par Paris, Londres et Washington ? Est-ce que c’est le fait que Donald Trump se soit immédiatement positionné en meneur de cette opération ou le fait qu’Emmanuel Macron par exemple se range à ses côtés qui vous semble le plus parlant ?

    Todd : Moi ce qui m’intéresse, c’est que je suis un peu rassuré parce qu’il ne s’est rien passé. En fait, quand on suivait la presse anglo-américaine, ce que je fais tous les matins, on était dans une séquence anti-Russes : ce qui montait depuis les affaires d’Angleterre, ce qui montait dans les discours, c’est une sorte de montée en puissance d’une russophobie, absolument mystérieuse et qui mériterait analyse.

    Les derniers développement diplomatiques, c’étaient : les Américains et Trump faisant des tweets menaçant d’une frappe massive etc. et les Russes disant « Eh bien écoutez, si c’est ça, nous allons utiliser notre défense anti-aérienne », et le système qui fait peur à tout le monde, le système S 400 qui, paraît-il, est le meilleur système de défense sol-air du monde.

    On avait là simplement la possibilité d’une guerre majeure et d’une sorte de showdown, c’est-à-dire d’une révélation de la fin d’une partie de poker puisqu’en fait on ne sait pas exactement ce dont les Russes sont capables. Le S 400 est peut-être capable de détruire en l’air tout ce qui vole et ç’aurait été en dix minutes la fin de l’imperium américain, ou ç’aurait été l’échec du S 400 et c’était de nouveau des États-Unis déchaînés. C’était ça l’enjeu.

    Là, on a tiré des pétards, on a négocié avec les Russes.

    Journaliste : Donc la Russie a réussi à désamorcer complètement les représailles ?

    Todd : C’est-à-dire qu’il y avait une dynamique qui montait, anti-russe, et puis finalement, apparemment, les Américains, les Britanniques et les Français ont tapé là où les Russes les autorisaient. Donc on est revenu dans le « rien » – au stade actuel de l’information. Donc je suis plutôt rassuré. […]

    Avant, je vais dire de quel point de vue je parle : je parle d’un point de vue a priori très favorable au monde anglo-américain. Je suis Français, mais comme la France est prisonnière d’un Euro qu’elle ne contrôle pas et que son action ne compte plus beaucoup, ça n’a pas tellement d’importance.

    Alors, ce qui me préoccupe actuellement, quand on lit la presse occidentale, c’est que c’est une presse folle. C’est-à-dire que la vision du monde dans laquelle on entretient les citoyens du monde occidental, la vision d’une Russie hyper puissante, menaçante, tentaculaire, totalitaire, etc. est en fait une vision hallucinatoire.

    Journaliste : Ce n’est pas vrai ? ce n’est pas le cas ?

    Todd : La Russie a un régime que j’appelle une démocratie autoritaire : c’est-à-dire que Poutine est élu ; il y a un certain type de contrôle des organes de presse mais les Russes sont informés ; tout le monde est d’accord sur le fait que les Russes sont favorables à la politique de Poutine.

    La Russie est un pays qui doit avoir un peu plus de 140 millions d’habitants, c’est-à-dire dix fois moins que le monde dit occidental. On parle de dix fois moins ! C’est un pays qui vient de retrouver un certain type de stabilité et de sécurité sociale : le taux de suicides et d’homicides s’y effondre. Un certain type de confiance sociale vient d’être rétabli en Russie, c’est la vraie raison de la popularité de Poutine. C’est simplement qu’après la crise de la sortie du communisme, les Russes se sentent mieux, ils ont un avenir. La fécondité est un peu remontée – quoiqu’elle rebaisse un petit peu – et ce pays est revenu à parité sur le plan des technologies militaires, cela ne fait aucun doute qu’ils ont fait une remontée technologique. Et, de fait, la Russie se trouve être la seule force au monde qui puisse faire face, être une puissance d’équilibre face aux États-Unis sur le plan militaire.

    Journaliste : D’où la crainte du moment.

    Todd : Oui évidemment, mais si on pense en terme d’équilibre des pouvoirs, si on respecte même la Constitution américaine, on doit se dire que c’est mieux, quand même. L’idée qu’un seul pays au monde serait capable de faire ce qu’il veut n’est pas un bon concept d’un point de vue libéral. Donc même si l’on n’aime pas la Russie, l’existence d’un pôle de stabilité qui n’a pas de vraie capacité d’expansion parce qu’il est trop petit en terme de population, trop faible, on devrait prendre cela comme une bonne nouvelle !

    Or là, la Russie, pas seulement Poutine, la Russie est un monstre ; située en plus par rapport à des critères anthropologiques et familiaux qui ne doivent rien avoir à faire avec la géopolitique, comme le statut des homosexuels ou des choses comme cela… Il y a une vision extrêmement négative de la Russie.

    Journaliste : Et vous trouvez qu’on ne comprend rien à ce qui se passe en Russie aujourd’hui.

    Todd : Et donc toutes les interventions russes, tout ce que disent les Russes est considéré comme la parole de Satan, du mensonge, etc. Et puis nous, on fait comme si on était normaux. Mais la vérité, c’est que le monde le plus occidental, c’est-à-dire les trois démocraties occidentales originelles : la France, l’Angleterre et les États-Unis – c’est-à-dire les nations qui ont construit la démocratie, en fait – peuvent être considérées dans un état de fébrilité absolument incroyable. C’est un monde en crise.

    Journaliste : De quel point de vue ?

    Todd : La crise, c’est l’affrontement partout dans ces trois démocratie ; une sorte de division sociale entre ce que l’on pourrait appeler un camp oligarchique et un camp populaire. J’essaie d’échapper à la dialectique fausse de l’élitisme et du populisme. Je viens de relire Thucydide – non, pas relire, lire. Je ne l’avais jamais lu auparavant, c’est tout à fait des vantardises…

    Journaliste : Vous avez de saines lectures.

    Todd : Et donc, il y a un parti oligarchique – qui était par exemple représenté aux États-Unis par Clinton – et un parti populaire – qui est représenté par Trump. En France, on a en théorie une domination du parti oligarchique avec Macron et puis un parti populaire ou un camp populaire marginalisé, divisé entre Le Pen – Mélenchon ; en Angleterre, il y a eu le Brexit où – en théorie – le parti populaire l’a emporté ; mais la vérité est que dans ces trois démocraties, on est dans une situation d’instabilité et de schizophrénie : le conflit n’est pas réglé.

    L’Angleterre va sortir de l’Europe, le Brexit va se faire. Mais Theresa May n’était pas partisane du Brexit, la classe dirigeante anglaise reste très divisée, les universités sont toujours favorables au Remain ; il reste un élément de schizophrénie dans la culture politique anglaise.

    Bon, les États-Unis, c’est encore plus simple, on ne sait plus qui est au pouvoir.

    Journaliste : C’est-à-dire ?

    Todd : C’est-à-dire que Trump est au pouvoir…

    Journaliste : On le sait, quand même, il le rappelle assez souvent !

    Todd : Oui mais les seuls véritables pouvoirs de Trump sont des pouvoirs externes. Alors : il peut faire sa politique commerciale, c’est une bizarrerie du système -, il a été élu sur un programme protectionniste, il peut l’appliquer. Il le fait, et dans ce contexte, l’adversaire fondamental, c’est la Chine. Mais il a aussi des pouvoirs de type militaire et cela donne ces actions totalement…

    Journaliste : …Cette nuit, ces frappes contre la Syrie avec ses alliés britanniques et français, comme une réaffirmation de la puissance de ces trois puissances occidentales.

    Todd : Honnêtement, moi je suis un chercheur et en plus j’ai perdu tous mes combats politiques, ce qui est très bien pour regarder les choses sereinement. Et je dois avouer que je ne comprends pas très bien ce qui se passe. Quand Trump fait – de mon point de vue – des choses qui sont raisonnables, c’est-à-dire prendre des mesures protectionnistes alors que l’on sait que la mortalité augmente aux États-Unis dans les comtés dont l’industrie a été détruite par l’entrée de la Chine à l’OMC, il fait des choses raisonnables et toute la presse occidentale dit qu’il est fou ! Et puis quand il fait des choses déraisonnables, c’est-à-dire quand il fait des tweets expliquant qu’il faut envoyer des tas de missiles sur la Syrie où la guerre est perdue et terminée en fait, c’est pour rien, tout cela – tout le monde fait comme si Trump était un type raisonnable ! Mais en fait, je prends conscience d’une chose, c’est difficile pour moi d’admettre que le monde anglo-américain est quand même un peu à la ramasse. J’essayais de donner une interprétation raisonnable, rationnelle, de la russophobie anglaise et américaine. Donc j’ai essayé de me dire que toutes ces histoires de poison…

    Journaliste : Peut-être ne lisez-vous pas, d’ailleurs, la presse russophone, Emmanuel Todd. Ceux qui lisent la presse en Russie et qui peuvent nous la traduire, nous disent que les Russes rendent bien cette russophobie aux Américains dans l’autre sens, comme si la tension était réciproque. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de regain de « guerre froide » aujourd’hui – qui se réchauffe d’ailleurs.

    Todd : Je lis les trucs russes en français, je lis les textes de Poutine ou de Lavrov et je veux dire que cela n’est pas tellement rassurant non plus : qu’il s’agisse de textes de Poutine et Lavrov ou des contacts que j’ai pu avoir (j’ai pu déjeuner à l’ambassade de Russie), le niveau intellectuel des diplomates russes et des dirigeants russes est très supérieur à celui des Occidentaux. Vous ne pouvez pas comprendre la situation si vous ne voyez pas cette asymétrie. Une interview de Lavrov ou une discussion de l’ancien ambassadeur Orlov, ce sont des gens qui sont très supérieurs intellectuellement aux gens du Quai d’Orsay.

    Journaliste : Et alors ? Ça veut dire quoi, ça ?

    Todd : Cela veut dire qu’ils ont une vision de l’histoire et du monde, une vision de la Russie et de l’équilibre des puissances, une vision du contrôle de soi, c’est ce qu’ils appellent « professionnalisme ». C’est cela qui est très inquiétant : si vous arrêtez de lire juste Le Monde et de croire ce qu’il y a dedans, vous vous dites « Où est la rationalité ? Où est l’intelligence ? Où est le contrôle de soi ? » C’est cela qui est important ! Je pense que l’on ne voit pas …

    Journaliste : … ce qui est en train de se passer.

    Todd : Je voudrais terminer ce que je disais parce que j’étais dans une discussion où j’ai admis que mon interlocuteur avait raison contre moi. Je discutais avec mon copain Olivier Berruyer, le patron du site Les-Crises – qui est d’ailleurs en procès avec Le Monde -, et j’essayais de lui trouver une interprétation rationnelle et cynique du comportement de Theresa May et de Trump envers les Russes.

    Sur la russophobie, puisque c’est le problème maintenant la russophobie ou l’hostilité à la Russie. À mon avis May n’a pas négocié le Brexit comme elle l’espérait, et elle essaye maintenant de noyer le poisson. Mais c’est tout à fait absurde parce que la Russie ne menace aucunement l’Angleterre. Celui qui menace le Royaume Uni, c’est Barnier avec son jeu sur la frontière irlandaise.

    Et puis Trump, eh bien il a constaté que, à chaque fois qu’il tire des missiles ou bien qu’il dit des choses antirusses, le Washington-Post et le New-York Times lui lâchent un peu les baskets…

    Mais Olivier me disait : « Oui bon peut-être, mais il y autre chose. C’est-à-dire que cette russophobie, cette fixation pathologique sur un pays qui n’a pas la puissance qu’on dit est sincère chez les journalistes et certains ou la plupart des dirigeants politiques occidentaux. »

    Et en effet, il y a quelque chose de sincère qui mérite d’être analysé, et c’est une analyse que ne n’arrive pas à faire. Je ne comprends pas cette fixation pathologique, et c’est terrible pour un chercheur. Si vous êtes du côté Russe, vous êtes dans un univers de rapport de force rationnel et de maîtrise de soi mais si vous êtes du côté occidental, vous êtes dans un univers de passions incontrôlées qui renvoient à des troubles psychiques que vous ne comprenez pas.

    Journaliste : Ce qui est clair, Emmanuel Todd, c’est que pour vous, on est peut-être, à nouveau, dans un changement de cycle. Que cela peut être un retour à une tension binaire, dans deux camps front contre front. Les États-Unis, d’un côté, avec des alliés, occidentaux dites-vous, et la Russie, de l’autre. On croyait quand même s’en être sortis de cette binarité. Or, depuis dix minutes, vous ne nous parlez, à nouveau que de cela…

    Todd : Non, ce n’est pas moi, c’est la presse…

    Journaliste : Oui, mais votre incompréhension, votre inquiétude…

    Todd : Moi je rêverai d’avoir une décoration russe pour services rendus à la Paix. Donc, ce n’est pas moi qui parle comme ça. Si on essaye d’avancer vers une solution rationnelle, je pense que ce qui se passe, c’est qu’il faut chercher la réalité des problèmes du monde dans les pays les plus avancés. Et la Russie ne fait pas partie des pays les plus avancés, la Russie est sur une position de reconstruction défensive. Elle ne fait pas l’Histoire du monde, elle est une puissance d’équilibre…

    Journaliste : Ce n’est pas non plus l’Europe qui n’est pas l’ensemble des pays…

    Todd : Mais l’Europe est en crise. Rien ne marche. On a 10 % de chômage. On vient de perdre la capacité de construire des chemins de fer, on a un déficit commercial épouvantable en France…

    Journaliste : On a une bonne natalité en France, quand même…

    Todd : Mais non, elle est en train de baisser… Et puis le monde anglo-saxon est est dans une mutation, il est encore dans un état intermédiaire.

    Journaliste : Et la Chine ?

    Todd : La Chine doit faire face au protectionnisme américain. Là, on est dans la partie rationnelle finalement. J’essaye de voir ce que peut représenter rationnellement la Russie. Donc, il y a ce parti populaire et ce parti oligarchie dans toutes les démocraties occidentales, le parti populaire est protectionniste, il veut un État qui s’intéresse à la protection de ses citoyens, des nations qui se referment un peu sur elles-mêmes pour les protéger tout en continuant à commercer raisonnablement et en fait, à l’insu de son plein gré, la Russie est peut-être devenue un modèle pour ces gens. La Chine est un régime policier, mais le parti communiste chinois a mis sa force de travail au service du capitalisme occidental. Le vrai défaut c’est que Poutine est le dirigeant qui a refusé de mettre les Russe sur le marché mondial du travail. Et de fait, la Russie devient peut-être, à l’insu de son plein gré, un modèle de développement autonome des nations et fascine le parti populaire. C’est peut-être là, là on a un élément de rationalité… [pause]

    Todd : J’ai été très frappé, il y en aurait beaucoup sur tout, par le témoignage sur la Syrie. Je voudrais essayer de suggérer que on ne nous dit pas la vérité sur la Syrie. Assad est un dictateur sanguinaire, ignoble etc, et on est censé agir, envoyer des pétards…

    Journaliste : C’est quand même plus que des pétards, ça fait 2 fois que vous dites pétards…

    Todd : Non, mais je veux dire l’effet militaire de ces tirs sera nul

    Journaliste : C’est quand même plus que des pétards

    Todd : Les missiles coûtent plus cher que les cibles !

    Journaliste : On verra…

    Todd : Non, on a déjà vu, bon, vous me faites venir, je donne mon opinion, voilà

    Journaliste (riant) : Bien sûr, bien sûr.

    Todd : Mais au-delà de ça personne ne réfléchit sur les raisons de la victoire d’Assad. On dit toujours c’est les Russes, c’est les Iraniens, mais la vérité c’est que la société syrienne de départ était très divisée. Au moment où la France est intervenue dans cette affaire, où François Hollande avait commencé à réclamer à corps et à cri le départ d’Assad, je faisais, vous savez je fais de la cartographie, je suis anthropologue.

    Donc j’ai ma carte des systèmes familiaux, des cartes démographiques de la Syrie, j’ai la carte des régions où la fécondité est la plus basse, où il y a moins de mariages entre cousins, où les femmes ne sont pas toutes enfermées, en fait puisqu’il y a de grandes différences culturelles à travers la Syrie. Et puis je suis tombée sur une carte des zone tenues par le régime Assad et par les rebelles. Et la carte des régions, tenues par le régime Assad, est la carte des régions, de toutes les régions, où le statut de la femme est le plus élevé. Et la carte des régions rebelles c’était la carte des taux de patrilocalité à plus de 99,99 %, avec un taux de mariage entre cousins super élevé. Ça veut dire que nos alliés là bas, en fait culturellement sont les plus loin de nous.

    Si on était sincères, si on agissait vraiment au nom de Valeurs, comme on le dit, on se poserait ce genre de question. La réalité de la victoire d’Assad, c’est qu’il n’est pas seulement soutenu par les régions alaouites – qui ont une parenté avec le chiisme qui encourage un statut de la femme plus élevé, ce qui donne des sociétés plus efficaces, etc. Il l’est également par les classes moyennes sunnites. Personne ne réfléchit là-dessus !

    Le témoignage précédent semblait à la fois désespéré et étonné de voir les alliés se transformer en ennemis. Mais c’est simplement parce que la rébellion était le fait des régions les plus antiféminismes, les plus arriérées, les plus fermées. Et si on réfléchit rationnellement, c’est aussi la raison pour laquelle les Russes ont gagné cette guerre : parce qu’ils ont pris les bons alliés sur le plan culturel ! Et que la vérité, c’est que tous nos alliés à nous, occidentaux là-bas, à commencer par l’Arabie Saoudite, sont les pays les plus loin de nous et les plus inefficaces en termes de dynamique éducative et culturelle.

    Alors c’est pour ça que, confrontés à ces forces majeures, vous envoyez une centaine de missiles sur des bâtiments vides. Il y a une sorte de disproportion entre la puissance des forces historiques anthropologiques sur le terrain et ces actions militaires. On n’a plus de but ! L’Occident est perdu.

    Journaliste : Sur cette dérive autoritaire, y compris dans les démocraties libérales, Mélanie citait le journal le1 sur ces présidents à vie. Cela fait penser à ce que vous écriviez il y a dix ans maintenant après le communisme, après la post-démocratie. On y est dans la post-démocratie ? C’est la fin d’une histoire commencée en 89 ?

    Todd : Évidemment, mais il ne faut pas généraliser. Il y a une dynamique générale de l’histoire humaine, il y a une hausse des taux d’éducation par exemple. Mais il y a une stagnation des taux d’éducation dans les pays les plus avancés.

    Mais par exemple, on ne peut pas dire que la Russie et la Chine c’est la même chose sur le plan de la “dictature”. La Chine a un régime de parti unique avec contrôle d’Internet, la police règne, il n’y a pas d’élections. Et en Russie, il y a des élections. Dans les trois grandes démocraties occidentales, il y a ce problème d’affrontement entre entre un parti populaire et un parti oligarchique, mais il y a des différences.

    La France est le pays le plus fermé, où le monde populaire est le plus marginalisé avec d’un côté Macron, représentant les éduqués, les riches, etc. et le Front National représentant le monde populaire en perdition culturelle. Alors qu’en Angleterre le Brexit a quand même été accepté ; une partie du parti conservateur a accepté le vote populaire. Il faut accepter de rentrer dans la diversité, on ne peut pas faire simplement des slogans disant : “il y a des gentils c’est nous, il y a des méchants c’est les autres”, c’est de ça que j’essaie de sortir…

    Journaliste : Est ce que je peux vous faire entendre un ancien président, le nôtre, François Hollande, il était sur France Inter jeudi matin, écoutez ce qu’il dit de l’avancée de l’Histoire :

    – F. Hollande : moi je fais partie d’une génération ou la démocratie était en mouvement et en progrès partout dans le monde et ou le mur de Berlin c’est effondré ou les pays émergents aspiraient aussi à la liberté et à la démocratie”

    – Journaliste 2 : “on va y revenir”,

    – F. Hollande : “c’est fini, pour l’instant c’est arrêté, et même dans notre pays dans notre Europe il y a ce recul et la presse pour moi elle est aussi menacée ce que je regrette c’est que la presse ne se fasse pas respecter comme elle doit le faire mais sur sa place sur son rôle ; pas sur le bruit ou la presse est très présente, sur la conception de ce que est la démocratie

    Journaliste : Alors c’est moins sur la presse, on vous a entendu, que sur l’évolution de cette démocratie.

    Todd : Le Guardian que vous avez cité est en train de devenir complètement cinglé…

    Journaliste : Vous avez vu cette évolution, avec la réélection notamment dimanche dernier de Victor Orban en Hongrie, et de ce qu’il est en train de faire et qu’il appelle une démocratie illibérale

    Todd : Mais vous voyez ce qui est choquant quand j’entends François Hollande, c’est qu’il parle de la démocratie et qu’il se met dans la posture de celui qui est du côté de la démocratie mais ça n’est pas vrai, c’est un européiste..

    Journaliste : Quand même…

    Todd : Mais ce n’est pas vrai, c’est un européiste !

    Journaliste : Il faut s’entendre sur ce qu’est la démocratie…

    Todd : Et bien c’est ça qui est le problème ! Le mot est là, tout le monde l’a dans la bouche, mais on ne sait plus ce que c’est. La France est un pays où les gens croient que la démocratie c’est quand on vote, et qu’il y a une presse qui dit ce qu’elle veut…

    Journaliste : …c’est déjà pas mal !

    Todd : Oui, c’est déjà pas mal, mais ça ne suffit pas. La démocratie c’est quand les gens votent, que des élites légitimes sont désignées et qu’elles appliquent les décisions populaires. Ce qui est caractéristique de “la démocratie française”, c’est que si les gens votent et prennent des décisions qui ne plaisent pas aux élites, eh bien elles ne sont pas appliquées !

    Le moment ou la France à cessé d’entre une démocratie représentative au sens classique c’est le référendum de 2005, quand les Français ont voté non et que les élites ont transformé ce non en oui. L’Angleterre reste une démocratie parce que le Brexit est appliqué par le parti conservateur. L’Amérique reste une démocratie, mais, nous, on ne peut plus dire ça.

    Et quant à la Hongrie, vous voyez, moi j’aime la Hongrie pour d’autres raisons. C’est dans un voyage en Hongrie que j’ai découvert la fin du communisme. Les Hongrois sont un peuple héroïque, c’est le seul pays qui a osé se lever contre la dictature soviétique en 1956 ; ils ont été sauvagement réprimés, et les Russes les ont respectés pour ça. C’est eux qui ont abattu le mur, c’est eux qui ont laissé passer les Allemands de l’est. Et oui, parce que les Hongrois ont des valeurs.

    Journaliste : Les Hongrois sont inquiets.

    Todd : Oui, mais il faut voir les choses correctement. Encore une fois je ne dis pas que Orban est un type sympathique, mais je dis qu’il faut essayer de comprendre ce qu’il se passe et ne pas se raconter que tout est manichéen. J’ai l’impression que l’establishement est complotiste, il croit qu’il y a des complots partout.

    Personne ne veut voir pourquoi Orban est réélu. Je déteste sa campagne sur l’immigration, etc., mais l’une des valeurs fondamentale de la Hongrie, que montre toute son Histoire de 1848 à 1989 en passant par 1956, c’est que les Hongrois sont un peuple patriote, c’est une valeur fondamentale. La Hongrie, c’est peuple tout petit qui survit au cœur de l’Europe centrale, contre vents et marées, et qui n’a pas envie que son territoire soit parcouru de vents incontrôlables. Et j’ai envie de dire que l’existence de la Hongrie en tant que nation est la preuve que nous, nous avons des élites qui ne sont plus patriotes.

    Est-ce que j’irais jusqu’à dire que l’on a des traîtres ? Non, on a simplement des gens qui veulent dépasser la nation, qui ne sont pas très clairs sur le respect des frontières nationales. La russophobie, la “magyaro-phobie” (NdT : phobie de la Hongrie), les gens qui en parlent ne connaissent rien à la Russie, rien à la Hongrie, est ce que ces gens savent qu’il y a une partie de la tradition hongroise qui est calviniste très importante qui explique la dynamique de ce pays, qu’il y a eu 3 cultures.

    En fait, quand on parle de la Russie ou de la Hongrie, on parle de nous, de notre crise à nous, de notre déficit de valeurs spirituelles, de notre déficit de sentiment national. Sans sentiment national, il n’y a pas de projet, on est à la dérive, on devient agressif, on lance des missiles comme des couples qui se jettent des assiettes dans des cuisines, comme des couples qui n’arrivent plus à se parler ; on est dans l’irrationnel et dans l’émotionnel.

    Je recommande à tous la lecture des textes de Lavrov et de Poutine, s’ils veulent lire des choses intelligentes sur la géopolitique. Et je vous garantis que, ce matin, les exposés du Guardian, du Daily Telegraph et du Monde sur ce qui se passait étaient tellement mauvais que j’ai du aller, ce que je n’ai jamais fait, sur le site de RT France, pour comprendre à peu près ce qu’il se passait !

    Journaliste : Et vous pensez avoir mieux compris ?

    Todd : c’était beaucoup plus détaillé et vous aviez toutes les informations qu’il y avait dans les autres plus d’autres.

    Journaliste : Nous n’avons pas eu le temps de parler de la situation en France. Mais vous reviendrez (sur France culture) pour parler de la France et des grèves…

    Todd : Mais je ne vais pas pouvoir dire mon soutien à la grève des cheminots ?

    Journaliste : Eh bien, si, voila, vous l’avez fait !

    Todd : Je peux vous dire ce qu’il va se passer s’ils perdent ?

    Journaliste : Vous avez 30 secondes pour le faire.

    Todd : Je viens de faire récemment une intervention devant une mutuelle sociale agricole. J’ai découvert que la mise en instabilité par l’Europe des prix agricoles, avait provoqué la poussée nationale, Front National constatée dans les milieux agricoles. Et ce puisque flexibilité pour les gens, cela veut dire insécurité, et je vous fais le pari que si l’on brise la SNCF, si l’on brise la CGT, on n’obtiendra aucune amélioration économique mais que le réseau de chemin de fer va devenir l’un des axes de diffusion supplémentaire de l’influence du Front National en France.

    Journaliste : Et Macron ?

    Todd : Ah non, je n’écoute plus du tout ce que dit Macron, il ne m’intéresse plus du tout ! Il est hors.. il répète toujours la même chose.

    Macron fait semblant d’être président : par exemple, il ne contrôle pas la monnaie. Donc aujourd’hui, être Président en France, c’est simplement passer à la télé, si vous voulez. Et puis réduire les petits “privilèges” des petites gens et ne pas toucher aux gens qui ont de gros privilèges. Et donc je n’écoute plus Macron, et je n’écouterai pas son intervention demain.

    Sources : France Culture, 14/04/2018 & https://www.les-crises.fr , 15/04/2018

    Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • Stupidité et irresponsabilité, par Jacques Sapir  (les-crises.fr-14/04/2018)Stupidité ; c’est le mot qui semble le plus approprié pour décrire la frappe par missiles de croisière sur la Syrie à laquelle se sont livrés dans la nuit de vendredi à samedi trois pays, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et – hélas – la France. Cette frappe n’a eu, semble-t-il, que des effets très limités. Le gouvernement syrien et le gouvernement russe n’annoncent aucune victime. Ainsi, “selon des informations préliminaires, aucune victime [n’est à déplorer] au sein de la population civile ou de l’armée syrienne“, a déclaré un porte-parole de l’armée russe. De plus, selon une source officiel russe, un nombre important de missiles, 71 sur 103, auraient été abattus par la DCA syrienne[1]. Il est clair que cette frappe ne changera pas un iota dans la politique de Bachar-el-Assad.

    Une action, dont on ne mesure pas les conséquences, peut-être qualifiée de stupide. Une action dont les conséquences vont à l’opposé des objectifs affichés est certainement stupide. Cette frappe se qualifie comme stupide sur ces deux terrains.

    Stupidité tactique

    Relevons tout d’abord que, dans ses objectifs, cette frappe semble avoir été très limitée. On ne parle que d’un centre « clandestin » d’armes chimiques (ou supposées telles) et de deux lieux de fabrication. Les installations directement militaires, et où se trouvent de nombreux soldats et officiers russes, semblent avoir été soigneusement évitées. Les derniers contacts entre Macron et Vladimir Poutine semblent avoir eu pour but de confirmer aux russes qu’ils ne seraient pas visés. Cela démontre un effet de dissuasion certain de la présence russe face aux Etats-Unis et à leurs alliés. Cet effet sera certainement noté par différents observateurs et par des pays qui sont susceptibles de devenir des cibles de la puissance des Etats-Unis.

    Il faut ensuite revenir sur le chiffre – hypothétique – de 71 missiles abattus sur 103. La défense anti-aérienne russe n’est pas entrée en action, car les troupes russes n’étaient pas susceptibles d’être visées. Ce chiffre est extrêmement élevé, et ce même s’il devait être réduit à une quarantaine de missiles, par rapport aux capacités des systèmes de DCA dont l’armée syrienne est équipée. Ces systèmes sont des armes achetées du temps de l’existence de l’Union soviétique, ou qui en sont largement dérivées. Alors, on peut raisonnablement penser qu’elles ont été modernisées dans le cadre d’accords avec la Russie. Mais, cela reste insuffisant pour expliquer cette forte proportion d’interceptions et de destructions, chose dont l’armée Syrienne n’avait pas été capable jusque là. Il est possible que les troupes russes, qui disposent de systèmes de détection et de désignation de cibles sophistiqués en Syrie, aient transmises des informations à la DCA syrienne lui permettant d’intervenir avec une efficacité étonnante à priori. Cela expliquerait le nombre important d’engins détruits.

    Ces engins, que Donald Trump décrivait dans un twitt comme « beaux et intelligents », et qui sont les lointains descendants des V-1 de l’Allemagne nazie[2], coûtent chers. Un missile britannique de type Storm Shadow est estimé à 800 000£. Si, pour faire exploser sur des cibles 32 missiles on doit en perdre 71, autrement dit si le taux de réussite n’est que de 31%, on s’interroge sur la capacité de pays comme les Etats-Unis et leurs alliés à mener une campagne de désarmement (comme celle menée contre l’Irak en 2003). Pour qu’une telle campagne soit efficace, il faut compter plusieurs centaines de missiles atteignant leurs cibles (de 400 à 1200 suivant la complexité du système de défense du pays). Cela reviendrait à tirer de 1300 à 4000 missiles, dans le cas d’une défense qui n’est clairement pas à la pointe du progrès, soit une dépense de 1,6 milliards de dollars à 4,8 milliards de dollars. On le comprend aisément, l’efficacité supposée de la DCA syrienne remet en question le modèle économique des frappes aériennes, modèle qui celui sur lequel les Etats-Unis vivent depuis la « guerre du Golfe » en 1991. Ils auraient fait par cette frappe, aidés par la Grande-Bretagne et par la France, la démonstration que leur modèle d’action militaire est ainsi périmé. Si ils croyaient rétablir à leur profit une forme de dissuasion, c’est évidemment raté ! Les trois pays ont en réalité affaibli leurs positions sur la question de la Syrie, et c’est une évidente stupidité.

    Stupidité stratégique

    Mais, les conséquences de cette frappe vont naturellement plus loin. Jean-Luc Mélenchon a ainsi twitté : “Les frappes contre la Syrie se font sans preuve, sans mandat de l’ONU et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français” (…)”C’est une aventure de revanche nord-américaine, une escalade irresponsable[3]. Et c’est là l’aspect peut-être principal. Une frappe militaire est un acte de guerre. Cet acte doit être encadré par le droit international ou alors cela signifie que la loi du plus fort et la seule valide. Aujourd’hui, les preuves de la réalité d’une attaque chimique et de la responsabilité du régime de Bachar-el-Assad dans cette attaque n’ont pas été fournies. Compte tenu du lourd passif de mensonges et de manipulations des dirigeants des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, nul ne peut être cru sur parole.

    En décidant de commettre cette frappe de manière unilatérale et sans mandat, les dirigeants des trois pays concernés, Etats-Unis, Grande-Bretagne et France ont fait la démonstration du peu de cas qu’ils font du droit international et des Nations-Unies. Cela ne peut que renforcer toute une série de pays dans leur résolution à se doter de l’arme nucléaire afin de se préserver d’actions de cette nature. En d’autres termes, Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron viennent de confirmer que la prolifération nucléaire est, pour certains pays, un choix logique et inévitable. Or, il convient de préciser que outre les puissances nucléaires légales, sont déjà actuellement en possession de l’arme nucléaire Israël (avec de 200 à 250 têtes), l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Cette frappe va donc conforter non seulement les dirigeants de ces pays dans leurs choix mais aussi persuader d’autres, et l’on pense à l’Iran, à l’Arabie Saoudite, mais aussi à l’Algérie, à la Turquie, et à un certain nombre de pays d’Asie qu’ils doivent imiter les pays « proliférateurs ». Ne pas se rendre compte de cela est bien faire preuve d’une incroyable stupidité stratégique.

    La frappe décidée par Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron ne rendra pas le monde plus sûr ni plus juste. C’est en réalité tout le contraire. Elle accroit les risques d’instabilités internationales et plonge un peu plus le monde dans le chaos. Ce n’est plus simplement de la stupidité stratégique, mais de l’irresponsabilité crasse.

    Cette frappe a été décidée pour des raisons sans doute différentes et divergentes par les trois dirigeants qui en portent la responsabilité. Les Etats-Unis pourraient bien considérer qu’il s’agit d’une « salve d’adieu » et se décider à abandonner le terrain Syrien. La Grande-Bretagne alors suivra. La France, elle, se retrouvera dans une situation plus que délicate, s’étant compromise avec les Etats-Unis, ayant perdu ce qui faisait sa crédibilité et son honneur sur la place internationale, en particulier la défense des principes du droit international et de la souveraineté des Etats. Très clairement, la France est le pays qui a, et de loin, le plus à perdre dans cet affaire. Qu’Emmanuel Macron ne l’ait pas compris est bien la preuve qu’il n’entend rien à la politique étrangère et qu’il se révèle inapte à sa fonction, tout comme l’avait été son prédécesseur, François Hollande.

    [1] https://fr.sputniknews.com/international/201804141035942222-71-missiles-syrie-coalition-largues/?utm_source=https://t.co/tOGn6jizCw&utm_medium=short_url&utm_content=hp85&utm_campaign=URL_shortening

    [2] Voir Werrell K.P., The Evolution of the Cruise Missile, Air University Press, Maxwell Air Force Base, Alabama, 1985.

    [3] http://www.lepoint.fr/politique/syrie-melenchon-denonce-des-frappes-menees-sans-preuve-ni-mandat-de-l-onu-14-04-2018-2210618_20.php

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires