• Initiative communiste a reproduit le texte d’un camarade du PRCF vivant aux États-Unis et spectateur au premier rang de l’assaut des partisans de Donald  au Capitole à Washington. Ce point de vue de l’auteur confirme que la  frappe le monde, et notamment le soi-disant “modèle démocratique” qu’est la  impérialiste états-unienne.

    Comme l’a rappelé le Pôle de Renaissance communiste en France (PRCF) lors du résultat du mois de novembre, le salut des classes populaires ne peut venir ni du nationaliste et fascisant Trump, ni de Biden-Clinton, qui reprendra la politique de “mondialisation heureuse” et satisfera les desiderata du grand Capital et de l’ états-unien, y compris en poursuivant les offensives envers Cuba socialiste, le Venezuela bolivarien, le Nicaragua sandiniste, la Russie et la Chine – principal danger selon l’administration Biden.

    A lire :

    Comme l’avait si bien résumé Bertolt Brecht : “Le  n’est pas le contraire de la démocratie [bourgeoise], mais son évolution en temps de crise”. Les États-Unis en offrent la plus spectaculaire démonstration de ces derniers temps, qui pourraient advenir en France avec le faux “duel” et vrai duo Macron-Le Pen, face auquel la seule alternative pour reconstruire une République une et indivisible, sociale et laïque, souveraine et démocratique, fraternelle et pacifique, réside dans l’alternative rouge-tricolore du Frexit progressiste !


    Camarades,

    Quelques milliers de prolos, de gens pas très éduqués mais très en colère se sont lancés contre le siège des institutions démo-crasseuses américaines. Trump et d’autres ont encouragé les foules à y aller, à reprendre le contrôle de leur Amérique. Quelque chose d’effrayant car j’anticipe la création d’un véritable mouvement d’extrême droite, d’un parti légitime fasciste à l’idéologie de suprématie blanche ; Hitler lui-même a été cité lors d’un discours à cette foule. Et le pauvres bougres suivent et vont probablement continuer de suivre vu les mesures d’austérité, les insécurités sociale et économique croissantes à la suite de cette crise économique et sanitaire. Trump l’a déjà indiqué : il ne va pas partir. Certes, il va quitter la Maison Blanche mais pas la scène politique, Si ces bougres avaient été noirs, ils n’auraient pas fait 100 mètres en direction du Capitole que des unités d’intervention paramilitaires de police leur seraient dégringolées sur le bout du nez. 

    Ce mouvement populiste d’extrême droite est bien propice aux capitalistes et autres néolibéraux. Ils suffit de voir qui sont ceux qui se sont précipités dans les médias pour exprimer leur outrage bien pensant : le Canada, le Royaume-Uni, l’UE, la France, l’Allemagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, l’Inde, l’Organisation des États Américains (Amérique du Sud), l’OTAN, etc. En bref, tous les pays et organisations capitalistes se sont soudain unis et se sont jetés plein d’émoi au secours de la “democracy” en danger. D’autres, des individus, se sont joints au cortège hypocritico-bien pensant: l’Associations des Banquiers américains, les PDG de American Express, Apple, Blackrock, Blackstone, Bank of America, Chevron, Ford, CitiBank, General Motors, IBM, Google, etc. Le grand monde du capital a été “secoué” par ces prolos de droite et anticommunistes. Il est bien évident qu’au-delà de l’idéologie de ces petites gens, la plèbe semble bien avoir effrayé l’Oligarchie, ces oligarchies, outrées et offensées. Oh Mon Dieu! Ces gens, quel culot, et de plus Mossieur, il sont stupides et fascistes. Quelle Horreeeeur! 

    Car les jeux sont faits, la pseudo-dialectique d’une populace fasciste contre les élites du Capital se déroule sur tous les écrans pour tous les téléspectateurs.De quel côté êtes-vous ? C’est un peu comme le conflit entre Macron et Le Pen mais sur une plus grande échelle. Les élites amoureuses de la “liberté démocratique” contre les prolos racistes, ignares et laids (avec des tatouages et une tête de bison cornu en guise de chapeau, quel manque de goût !), des prolos en quête d’une impossible dignité qu’une Amérique mythique aurait quelque part, à quelqu’époque, accordé à sa population.

    D’un point de vue de la politique domestique américaine, pour gérer la crise présente et catastrophique (une crise pré-pandémique sur laquelle se plaquent les conséquences de la pandémie), les élites ont deux choix principaux : soit inventer une autre guerre à l’étranger, ce qui n’est pas facile dans la présente situation économique et nécessiterait de “vendre” un autre conflit international à une population en totale insécurité ; les guerres (non-secrètes) ne sont pas de l’apanage démocrate, mais permettrait toujours de relancer l’économie de guerre (l’armée est le plus grand employeur fédéral dans ce pays et est une source importante de contrats civils en sous-traitance) ; soit inventer une “révolution de couleur” (tels ces événements à Washington) amenant au conflit entre le populisme de droite et l’élite capitaliste et financière. C’est tout a fait remarquable d’ingénuité politique, une pierre, deux coups : les populations non blanches et noires en particulier (majoritairement ouvrières de très bas salaires, sans spécialisation et les plus touchées par la crise économique et sanitaire) ainsi que tous les mouvements de gauche radicaux vont se retrouver face a un double conflit : un conflit racial et politique contre ces prolos blancs fascistes (aux revenus plus ou moins stables dans leurs localités souvent rurales mais pauvres dans un contexte urbain ou national), et d’un conflit contre l’oligarchie capitaliste et financière qui n’a absolument rien à faire des pauvres et des plus pauvres (Noirs) pour la bonne raison que rien ne peut être fait puisqu’il n’y a plus de travail (délocalisation, surexploitation et automation). De fait, les populations non-blanches se retrouveront acculées dans une austérité sans solution, et tout comme les mouvements de gauche se retrouveront coincés dans un étau politique : d’un côté, les prolos fascistes, nationalistes et anticommunistes et de l’autre l’oligarchie capitaliste transnationale libéral-libertaire et anti-communiste (divisée entre républicains, proto-fascistes, libertaires, petits et grands propriétaires, tous pour une taxation réduite à son minimum et démocrates, grands propriétaires, protection des actionnaires, néolibéraux et “libéraux” pseudo-progressistes).

    Je ne peux faire de prédiction quant aux futures de ces communautés populaires sauf dire qu’elles seront encore plus surveillées, fichées, réprimées, divisées et aliénées. Mais le capitalisme monopoliste financier, lui, continuera de tourner comme sur des roulettes.

    La stratégie, j’imagine, est d’occulter, de neutraliser, d’éradiquer, d’annuler absolument mais indirectement néanmoins efficacement les mouvements de gauche qui, inévitablement, se devraient d’apparaître en force au regard de la crise économique, la confusion sanitaire criminelle, les injustice socio-économiques et raciales, la répression violente des populations pauvres, etc. Macron et Le Pen vont bien s’empresser de racialiser la lutte des classes : c’est le mot d’ordre de Le Pen, et Macron, déjà, a anticipé les couleurs si je puis dire, en affirmant avec paternalisme “l’existence du privilège blanc”, se posant ainsi comme défenseur de l’égalité raciale ce contre quoi Le Pen s’élèvera, etc. Les débats de demain sont en train d’être dessinés sans grande subtilité. La droite néolibérale va s’empresser de venir à représenter la démocratie, la tolérance, le multiculturalisme, le droit individuel, etc., en bref les États-Unis et leur “modèle démocratique”. Quant à Le Pen, elle fera comme d’habitude et prêchera son racisme nationaliste, l’identité franchouillarde, l’autoritarisme et l’ordre, les yeux larmoyant aux souvenirs de la France de Vichy. A quand le retour du service de police anticommuniste ou du service de police aux questions jui… pardon, musulmanes?

    Il n’est plus question d’une dérive vers la droite : la politique de ces pays capitalistes ne sera plus qu’une politique de droite et d’extrême droite. Ces événements américains, je pense, ne sont que l’annonce à venir de la création d’un parti fasciste américain légitime en quête de pouvoir au nom du peuple, de la race, pour rendre sa grandeur à l’Amérique. L’alternative aux démocrates et républicains ne sera pas de gauche mais d’extrême droite, et ceci est une politique intentionnelle du Capital.

    Il faut redoubler d’énergie contre le fascisme, l’anticommunisme et les capitalistes. La colère populaire est présente ici aux États-Unis, mais aussi en France : c’est à nous, communistes, d’engager une propagande de classe, c’est-à-dire de coopter ces mouvements populaires. Il en va de l’urgence ou le fascisme vaincra. En état de super-crise, le capitalisme ne peut être que ce qu’il est et ne peut plus maintenir son image “sociale-démocrate” : le voile est tombé, nous savons comment et pourquoi, il en revient à tous les communistes de combattre le fascisme. Le Parti Communiste a besoin de redevenir un parti de pouvoir.

    No Pasaran !!!! Cette fois vraiment !

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Déclaration de la Commission International du PRCF

    Le Parti Sadi condamne la frappe de l’armée française contre la localité de Bounti et exprime sa solidarité et son soutien aux victimes de cette tragique bavure. (IC.fr-19/01/21)

    Le PRCF apporte son soutien à la déclaration du Parti SADI reproduite ci-dessous. C’est au pied du mur qu’on voit le maçon, et si vraiment l’intervention de l’armée française au a en vue la défense de ce pays contre le à l’appel des Maliens eux-mêmes, le gouvernement français a l’occasion de prouver sa bonne foi en donnant suite aux demandes formulées ci-dessous par les patriotes maliens du SADI ; la moindre des choses étant pour commencer, de s’excuser si l’armée française a mortellement frappé des populations civiles innocentes.  Rappelons que, pour notre part, nous avions d’emblée condamné l’intervention française au Mali (décidée par Hollande), que nous refusons de manière générale les interventions françaises en et le stationnement de troupes françaises hors des frontières, que ce soit en Europe (Europe de l’Est) ou en Afrique, que nous condamnons le néocolonialisme récurrent de la “”, qu’aucune intervention militaire ne peut se dérouler dans un pays, africain ou autre, sans le plein accord des peuples concernés, qu’il revient à l’ONU – comme l’a rappelé une déclaration commune SADI/PRCF – de régler la question du terrorisme au Sahel, et que, comme le disait Engels, “aucun peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre”. C’est sur de toutes autres bases, des bases de coopération égalitaire, que doit être reconstruite l’amitié franco-africaine. C’est donc à la fois pour la dignité du peuple malien et pour l’honneur du peuple français lui-même que le PRCF appuie la déclaration ci-dessous du Parti SADI.

    Commission du PRCF

    *********************************************

    Le Parti SADI condamne la frappe de l’armée française contre la localité de Bounti et exprime sa solidarité et son soutien aux victimes de cette tragique bavure.

    Le Parti SADI a invité à son siège les représentants, les parents de victimes des localités de Bounti et de Douentza pour échanger sur l’ampleur de la tragédie qui frappé le village de Bounti, au pied de la Falaise, au Nord-Ouest de Douentza, le dimanche 3 Janvier 2021 entre 14H30 et 15 Heures, suite à des frappes d’une rare violence de l’armée française ayant visé des populations qui célébraient un mariage. A l’issue de nombreuses séances d’écoute, de recoupements et de la confrontation de différentes versions, auxquels s’ajoute un faisceau de preuves irréfutables du lieu d’intervention de l’armée française, le Parti SADI déclare sans ambage que l’armée française a commis une tragique bavure qui a coûté la vie à de nombreux innocents et décimé partiellement une lignée familiale. Pour le Parti SADI, Il ne s’agissait nullement de Groupes Armés Terroristes, mais d’un rassemblement festif pour célébrer un mariage. Vouloir occulter cette réalité et conclure à la présence de Groupes Armés Terroristes pour justifier une quelconque frappe de l’armée française, est une insulte à l’intelligence collective de notre peuple profondément attristé par cette tragédie. La version que l’armée française tente de nous faire avaler ressemble à une fable. Elle n’est ni crédible, ni acceptable. Parce que dans sa version, elle soutient que les observations qui ont précédées la frappe ont établi qu’il s’agissait de Groupes Armés Terroristes. Alors des questions méritent d’être posées:- Quels sont les éléments qui l’ont conduite à identifier formellement ces Groupes terroristes ?- Des armes ont-elles été repérées? Quelle est la nature de ces armes ?- Les mouvements observés étaient-ils ceux des GAT?- Par ailleurs, l’armée française soutient n’avoir effectué qu’une seule frappe. Pourtant, ce sont deux Mirages 2000 basés à Niamey qui ont largué trois bombes. Ce qui confirme les témoignages recueillis qui parlent de deux frappes: une première qui a fait 16 morts et une seconde qui a fait 3 blessés qui succomberont au cours de leur évacuation (1 est mort avant d’atteindre le Centre de santé, le second meurt au dispensaire, le 3 ème, évacué à bord d’une ambulance vers Sevaré a été intercepté à un barrage tenu par la malice donso. Le blessé en fut extrait et exécuté).- Ces mêmes témoignages établissent qu’aucun Djihaddiste n’était présent, qu’il n’y avait ni arme, ni moto;-  Pourquoi, l’armée francaise d’habitude prompte à célébrer ses trophées contre les Groupes Armés Terroristes a -t-elle gardé le silence durant 48 heures sur les évènements de Bounti ?- Quelle crédibilité peut-on accorder à sa version lorsque c’est elle même qui envoie une mission d’enquête sur les lieux de la frappe et écarte d’emblée la thèse d’une bavure ?- Comment un nombre si élevé de Djihaddistes peut-il se rassembler en plein jour dans une zone où les armées franç aises, maliennes, le G5 Sahel concentrent leurs efforts dans leur traque et leur élimination ?- Où se trouvent les carcasses des motos repérées par la chasse française ?Le Parti SADI rappelle que ce n’est pas la première fois que l’armée française commet des bavures sur le territoire malien. Dans la nuit du 23 au 24 octobre 2017, elle a bombardé un camp de groupes djihadistes dans le secteur d’Abeibara, près de la frontière algérienne où étaient détenus des soldats maliens Kidnappés par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans. L’action qui a mobilisé des chasseurs Mirage 2000, des Hélicoptères Tigre, les forces spéciales « Sabre » et des soldats de la Force , a couté la vie à 11 soldats maliens. Il a fallu une forte pression de l’opinion publique nationale pour contraindre la France à admettre la bavure.Il est fort à craindre que la tragédie de Bounti ne se répète ailleurs. Le refus d’une franche collaboration de Barkhane avec les Forces armées maliennes et celles du G5 Sahel , contrairement aux homélies hypocrites et aux convenances diplomatiques, sa volonté affichée de continuer à se comporter en terrain conquis au Mali depuis 2013 et sous la couverture juridique de l’accord de coopération militaire qui interdit toute poursuite ni même interpellation sur d’éventuelles infractions, actes criminels et dégâts, constituent un véritable passeport à la bavure et à l’impunité. L’armée française circule sans restriction sur toute l’étendue du territoire national. Elle n’a pas besoin de solliciter l’armée malienne. L’État du Mali n’a aucun droit de regard, encore moins un contrôle sur ses agissements. Dans ces conditions, comment croire aux propos tenus par le ministère malien de la Défense qui soutient avoir été associé à cette boucherie? Dans la prétendue collaboration, la France ne fait qu’intégrer au sein des unités maliennes des détachements de liaison et d’appui, dans le but évident de mieux surveiller et d’espionner les unités maliennes. Aussi, l’armée française peut-elle mettre sur écoute les dirigeants politiques, les acteurs sociaux ou toute autre personne pouvant représenter un danger quelconque. Une possibilité qui est également élargie à la MINUSMA. Cette triste réalité confirme aisément le renforcement d’une situation d’inféodation de notre armée nationale à l’armée française. Ceci n’a hélas pas été remis en question par le Gouvernement de Transition. L’attitude du Gouvernement de Transition qui manifeste clairement son soutien à l’Accord de défense avec la France n’est pas de nature à créer les conditions d’un débat profond et serein entre les maliens qui doivent, sur la base d’une saine évaluation de cette présence française sur notre territoire, décider du destin du Mali et de son armée. Du reste, le Gouvernement de Transition a raté l’occasion de se taire. Ses propos sur le déroulé des faits qui s’inscrivent dans le cadre d’une opération conjointe baptisée « Eclipse », sont en nette contradiction avec son engagement et sa promesse d’envoyer une mission d’enquête sur le terrain.

    Le Parti SADI :- Condamne le bombardement de la localité de Bounti par l’armée française ;- Exige la prise en charge des blesses et des orphelins, leur indemnisation par les autorités ;- Exige du Gouvernement de Transition, une évaluation de l’Accord de Coopération militaire entre la France et le Mali et de la présence des armées étrangères avec l’ensemble des forces politiques et sociales ;- Demande aux autorités maliennes la dénonciation de l’accord de défense inique ;- Exige que la France reconnaisse la bavure et présente solennellement ses excuses publiques aux familles des défunts, aux blessés, à tout le peuple malien.

    Bamako, le 18 janvier 2021- Le Bureau Politique

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Voilà ce que, dans un premier temps, on a colporté : alors qu’il briguait un troisième mandat [1] au nom du Mouvement vers le socialisme (MAS), Evo Morales a été déclaré vainqueur au premier tour de l’élection présidentielle d’octobre 2019 ; l’opposition a dénoncé une fraude immédiatement confirmée par l’Organisation des Etats américains (OEA). Tandis qu’éclataient de violentes manifestations et des affrontements entre partisans et détracteurs du chef de l’Etat, celui-ci, lâché par la police et l’armée, a finalement « démissionné » avant de « s’enfuir » au Mexique, puis en Argentine, en compagnie de son vice-président Álvaro García Linera. Des démissions en cascade ayant créé un vide de pouvoir à la tête de l’Etat, la deuxième vice-présidente (de droite) du Sénat Jeanine Añez a prêté serment, sans quorum (mais avec la bénédiction des militaires), le MAS ne s’étant pas joint à la session du Parlement.

    Suite à ces événements, les gauches bolivienne et latino-américaines ont clamé dans le désert en dénonçant un coup d’Etat. L’usine à dénigrement tournait alors à plein régime, mettant fondamentalement en cause les errements d’Evo Morales et de son parti. Pourtant, des études menées par des chercheurs d’organismes et universités étrangères indépendants confirmèrent rapidement que les rapports ayant conduit aux accusations de trucage de votes étaient faux. N’en déplaise à l‘OEA, à Washington, à l’Union européenne et à leurs associés, Morales, en 2019, avait bel et bien été réélu [2].
    Cette affirmation fit généralement hausser les épaules. Disons… jusqu’au 18 octobre 2020. Ce dimanche, « surprenant tout le monde (…) aucun sondage, aucune analyse (n’ayant) prévu un tel scénario [3] », Luis Arce, candidat du MAS et dauphin de l’ancien chef de l’Etat, remporta la nouvelle élection présidentielle, dès le premier tour, avec plus de 55 % des voix ! A l’issue des législatives, le MAS retrouvait la majorité absolue dans les deux chambres du Parlement, onze mois après avoir été chassé du pouvoir, soi disant à cause de « ses dérives et de son mépris de la démocratie ».

    Sale temps pour certains érudits. Tel qui, à l’extrême gauche (Patrick Guillaudat), travaillait l’opinion, de concert avec la meute, au moment de la curée – « La fraude est inexcusable car, outre l’usurpation démocratique qu’elle représente, elle est en grande partie la source de nouveaux malheurs qui risquent de s’abattre sur le peuple bolivien » – effectue un triple saut périlleux pour tenter de retomber sur ses pieds et dans le sens du vent : « Le coup d’Etat a réussi sur la base de fausses informations propagées par l’OEA, relayées et amplifiées par les médias [4]. » Des médias qui, dans ce cas précis, ont le dos large, mais qu’on ne se croira pas obligé de défendre ici. Du Times étatsunien – « Comment l’ambition d’Evo Morales a contribué à sa chute » (11/11/19) – aux français Le Monde – « Les erreurs d’Evo Morales » (15/11/19) – ou Le Point – « L’effondrement du mythe Evo Morales » (19/11/19) –, nul n’a évoqué ni dénoncé l’existence d’un « coup d’Etat ».

    A quelques jours de l’élection d’octobre 2020, à laquelle l’ex-chef de l’Etat, réfugié en Argentine, ne peut participer, Le Monde en rajoute encore une couche en évoquant « l’icône déchue »  : « La chute de la maison Morales » (4-5/10/20). Quand Luis Arce l’emporte, le quotidien du soir, pris à contrepied, cherche une porte de sortie : « En Bolivie, le MAS a survécu à Evo Morales et il a gagné sans lui » (27/10/20).

    S’il fallait résumer l’ambiance, on se référerait à un couple médiatique particulièrement à la mode : Pablo Stefanoni (argentin) et Fernando Molina (bolivien). Ni l’un ni l’autre ne soutiennent explicitement la droite et encore moins l’extrême droite. Toutefois, le premier a inventé l’expression « national-stalinisme » pour qualifier le Venezuela bolivarien ; le second a repris l’expression pour l’appliquer à la Bolivie, l’explicitant ainsi : « (…) un anti-impérialisme stéréotypé, enclin à des théories de conspiration fantaisistes, peu attaché à la démocratie et avec une tendance à organiser des purges internes [5] » Stefanoni préfère les mots « crise », « chute », « fantasmes de la gauche », « caudillisme » (d’Evo Morales) au terme coup d’Etat. En janvier 2020, alors que la gauche bolivienne réclame à grands cris le départ d’Añez et des élections, Molina peaufine son argumentation : « Les illusions sur un "miracle électoral", que nourrit Morales en exil, sont vaines. Les difficultés que connaît aujourd’hui son mouvement se répéteront tout au long de la campagne. La défaite du MAS est profonde et sera durable (et elle est en partie due aux erreurs personnelles de Morales, ce qu’il ferait bien d’accepter) [6] ».
    On pourrait se contenter de pouffer devant une capacité d’analyse si cruellement démentie par les faits. Toutefois, si nous nous attardons ici sur les duettistes Stefanoni et Molina, c’est qu’on retrouve leurs articles, omniprésents, signés conjointement ou individuellement, dans (entre autres !) Nueva Sociedad (liée à la social-démocratie allemande [7]), Médiapart (publication « attrape-tout »), Attac et le Centre tricontinental (alter-mondialisme raisonnablement « intégré »), Le Monde et El País (chiens de garde du système) et… A l’Encontre (extrême gauche post-trotskiste). Une unanimité symptomatique du confusionnisme idéologique et du brouillage politique de l’époque.
     
    Contre toute attente, le MAS revient au pouvoir. Le gouvernement de facto ayant été par trop caricatural, chacun, soudain, affecte de s’en féliciter. Mais la petite musique demeure : si la droite et l’extrême-droite ont un temps mis la Bolivie cul par dessus tête, c’est du fait de la gestion « caudilliste » de Morales. Lequel, désormais, ferait bien de s’effacer définitivement.

    Un mouvement politique est une organisation humaine avec ses hauts et ses bas, ses temps forts, ses temps faibles et ses pauses. Et qui donc commet des erreurs, subit naturellement une érosion au fil du temps. Ce qui mérite d’être questionné, mais ne vaut pas obligatoirement condamnation définitive. Ainsi, à l’évidence, Evo Morales lui-même se fourvoie quand, fin octobre 2019, il accepte que le verdict de l’OEA – totalement inféodée à Washington – sur l’existence ou non d’une fraude soit « contraignant ». Lorsque le piège se referme, l’absence de résistance des forces populaires peut de même et légitimement interpeller. « Il est clair que nous n’étions pas préparés à un tel coup d’Etat, ni au sein du gouvernement national ni depuis les organisations sociales, admettra Luis Arce, en mars 2020. Le divorce qui existait entre les bases et les dirigeants des organisations sociales a été évident, au point que les dirigeants ont été dépassés par les bases [8]. »
    Réfugié pendant onze mois dans l’ambassade du Mexique, Hugo Moldiz, avocat, universitaire et ministre de l’Intérieur de Morales en 2015, y analysera les faiblesses du mouvement : « Premièrement, la négligence du travail politico-idéologique, causée par la surcharge de la gestion ; deuxièmement, la confortable délégation au Président et aux dirigeants de l’Etat d’activités et de tâches qui auraient dû être effectuées par les membres d’un bloc populaire démobilisé et de plus en plus apathique ; troisièmement, l’affaiblissement des relations entre la direction et sa base sociale, avec des contacts de moins en moins étroits et fréquents ; quatrièmement, la capacité de contre-offensive quasi inexistante sur le terrain communicationnel, crucial, mais largement dominé par les ennemis du processus [9]. »

    Critiques légitimes, autocritique nécessaire, qu’on pourrait développer plus amplement. Et dont la nécessité, d’ailleurs, n’échappait pas dans les plus hautes sphères du pouvoir. Lorsque, en décembre 2016, le vice-président García Linera annonça qu’il ne postulerait pas à la réélection, il expliqua ainsi sa décision : « Je vais terminer un cycle à la vice-présidence et je sens que je peux contribuer à d’autres niveaux que je considère déficients dans ce projet historique, où des problèmes apparaissent... Fondamentalement dans la formation politique (…) En bref, je veux me consacrer maintenant à la formation de nouveaux dirigeants politiques et sociaux [10]. » Soumis à une forte pression, il revint sur cette décision un peu plus tard. Toutefois, une approche raisonnée de la réalité politique bolivienne incite à appréhender celle-ci dans toute sa complexité si l’on entend en juger les acteurs, à commencer par les gouvernants.
     
    Pour l’avoir déjà explicitée, on ne reviendra pas ici sur la manipulation sophistiquée qui a fait perdre de très peu à Evo Morales (51 % des suffrages) le référendum de février 2016 visant à réformer la Constitution pour lui permettre de se représenter en 2019 [11]. En revanche, ce qui suivit mérite d’être rappelé. En cherchant une « solution alternative légale » pour contourner ce « non » reposant sur une « fake news » , le chef de l’Etat obéit-il alors à une obsession de s’éterniser au pouvoir, malgré l’avis des mouvements sociaux ?
    Questionné, García Linera est récemment revenu sur cet épisode controversé [12] : « Lorsque la décision est prise quant à la suite à donner au référendum, ce n’est pas un décret présidentiel qui ordonne à Evo de se représenter, mais une grande réunion des organisations sociales, qui a lieu dans le Département de Santa Cruz, à Montero. Une option consistait à rechercher d’autres dirigeants et, de fait, plusieurs noms commençaient déjà à émerger. Mais d’autres ont dit “non, nous devons chercher une sorte de consultation juridique”. Il y a eu un débat intense pendant trois jours et, à la fin de cette assemblée du MAS, qui comprenait des directions de syndicats, de corporations et de paysans, il a été décidé d’avancer dans cette direction. On craignait que, si Evo ne se représentait pas, il en résulterait une sorte d’explosion [du nombre] de nouveaux leaders, avec les risques de division, comme cela a déjà été le cas dans des grands partis, y compris au sein de la gauche. Quand le chef principal n’est plus là, par exemple Marcelo Quiroga Santa Cruz avec le Parti socialiste, alors apparaissent les PS1, PS2, PS3, PS4 et PS5 [13] »

    C’est bel et bien une majorité des secteurs sociaux présents au sein du MAS qui a poussé Evo Morales à se représenter et qui a cherché une voie constitutionnelle pour l’habiliter en tant que candidat – et non la « dérive monarchique vers un mandat à vie » d’un « caudillo », comme fantasma, avec bien d’autres, Libération (19/2/2016). Le parti considéra n’avoir de chance de remporter les élections qu’avec son leader historique comme candidat, lui seul pouvant garantir que les forces sociales demeureraient unies.

    « Unies » ? Au plus fort de la crise de 2019, on a beaucoup glosé sur le fait que la direction de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) a, comme les militaires et l’Eglise, « conseillé » au chef de l’Etat de démissionner. Secrétaire exécutif de la Confédération syndicale des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB), le leader aymara Nelson Condori alla plus loin en déclarant : « Evo Morales ne fait plus partie de la Bolivie (…) La justice le jugera pour tout ce qu’il a fait. » Cela valut à Condori d’être désavoué par une grande partie de sa base, mais ce n’est pas ce que l’on retint.
    Rien de bien nouveau, en réalité. En 2005, le dirigeant de la COB, Jaime Solares, s’opposait déjà à Morales – qualifié de « traître » – en évoquant une « révolution ouvrière-paysanne, c’est-à-dire la prise du pouvoir par l’insurrection populaire  » et non dans le cadre des élections à venir. Même opposition à l’époque au sein de la Fédération des conseils de quartier (Fejuve) et la Centrale ouvrière régionale (COR) d’El Alto ou au Conseil des Ayllus et Markas du Qollasuyo (Conamaq).Leader du Mouvement indigène pachakuti (MIP) et de la CSUTCB, l’aymara radical Felipe Quispe, le « mallku » (condor en aymara)commentait ainsi pour sa part les trois semaines de manifestations sociales ayant poussé le président néolibéral Carlos Mesa à la démission : « Le peuple a triomphé. On a acculé Mesa et le MAS, qui avait pactisé avec lui. »
    Le peuple triompha, de fait, quelques mois plus tard. Mais en élisant « Evo » (comme l’appellent familièrement ses partisans) avec 53,72 % des suffrages, Quispe n’en recueillant que 2,21 % (ce qui entraîna la disparition de son parti).

    En janvier 2013, après avoir rallié Morales, la direction de la COB effectuera un nouveau 180° en annonçant la création d’un nouvel instrument politique, concurrent du MAS : « Les travailleurs ont vu que le gouvernement commet beaucoup d’erreurs et a une mauvaise gestion », déclara alors le secrétaire exécutif du syndicat Juan Carlos Trujillo. Deux ans auparavant, avait eu lieu la « fameuse » crise du TIPNIS – l’opposition à la construction d’une route à travers le parc national du même nom, pour désenclaver la région. A cette occasion, le Conamaq, la Confédération des peuples indigènes de Bolivie (CIDOB) et une fois de plus la COB s’opposèrent au pouvoir. Parmi bien d’autres, la CSUTCB cette fois l’appuya. Il n’empêche : « Sa base se retourne contre Evo Morales », put-on lire ici et là (et même quasiment partout).
    Lors de l’élection présidentielle qui suivit, le 12 octobre 2014, le président si unanimement contesté fut réélu au premier tour avec… 61,36 % des voix ! Au nom de l’éphémère Parti vert bolivien (PVB), le leader des manifestations en défense du TIPNIS (enfant chéri des ONG européennes et des défenseurs « radicaux » de l’environnement), Fernando Vargas, obtint… 2,79 % des suffrages et aucun siège au Parlement.
     
    Détail à l’intention de ces « écolos anti-Evo », très intransigeants mais parfois un peu distraits : le 7 juillet 2020, Janine Añez, la « présidente » portée au pouvoir par la droite la plus raciste et réactionnaire, a récompensé leur protégé Vargas en le nommant directeur du Fonds de développement indigène (dépendant du ministère du Développement rural et des terres) ; au même moment, Añez autorisait l’introduction en Bolivie de nouveaux OGM de maïs, de canne à sucre, de coton, de blé et de soja. Sans parler des plus de trente morts, huit cents blessés et 1 500 détenus de façon illégale (en utilisant la figure de « détention préventive »), imputables à la répression qu’elle avait déclenchée. Ce qui, manifestement, ne troubla guère l’ « écologiste » Vargas.

    On pourrait multiplier les exemples des conflits et fractures qui ont jalonné ces quinze dernières années, pourtant globalement riches de succès. Ils ramènent à une vérité première : le MAS n’est pas un parti au sens classique du terme, mais, de son vrai nom MAS-IPSP (Instrument politique pour la souveraineté des peuples), un mouvement politico-social surgi de l’action populaire collective. Depuis sa naissance, les tensions, horizontales, entre dirigeants, et verticales, à l’égard du pouvoir, ont été une constante à l’intérieur du mouvement. Capable de s’unir en temps de crise, ce vaste torrent contestataire se caractérise par une très grande fragmentation. « Divisions territoriales, idéologiques, religieuses, de classe », nous expliquait déjà l’intellectuel et ex-guérillero García Linera en 2005, quelques semaines avant que Morales ne devienne le premier président indigène du pays et que lui-même n’intègre la vice-présidence [14]A certains moments, ce mouvement construit des unités territoriales, locales, autour de thèmes très quotidiens – eau, électricité, énergie [15]. En période de tension, cela se transforme en force et en actions collectives, qui, au plus fort de la confrontation, s’articulent en mouvement de masse. Avant de sombrer à nouveau dans la division une fois l’objectif commun atteint [16]. »
    De premier ou de second rang, les organisations font régulièrement monter les enchères, liant leurs appuis ou leurs volte-face non aux problèmes de fond, mais à la satisfaction de revendications corporatistes et aux quotas de pouvoir qu’elles entendent obtenir, avec (ou, s’il le faut, contre) le MAS, au Congrès. « Quand votre frère est président, certains secteurs manifestent une ambition exagérée, commentera Morales. Certains revendiquent des choses qui ne sont pas souhaitables pour les autres secteurs sociaux. Ils ne pensent pas à la Bolivie, mais seulement à leur secteur ou à une fraction de citoyens. (…) Les mêmes mouvements sociaux nous ont dit, lors de réunions, qu’ils ne venaient pas pour discuter et élaborer les politiques, mais pour obtenir la distribution de projets et de travaux. Ils ne voulaient pas de débat idéologique [17]…  »

    Quoi qu’on en pense, le grand mérite d’« Evo », devenu l’incarnation d’un peuple qui se redresse, le symbole des populations indigènes, des mineurs, paysans et « cocaleros », est d’avoir été le ciment unifiant ce bloc et le maintenant au pouvoir pendant quinze années, pour le plus grand profit – ce qui n’a rien de secondaire – des déshérités. Un exploit dans un pays aussi difficilement gouvernable que la Bolivie (plus de 180 coups d’Etat depuis l’indépendance en 1825). Une configuration particulière dont il faut tenir compte pour comprendre le déroulement des événements postérieurs au coup d’Etat.
     
    Novembre 2019. L’extrême droite multiplie ses appels incendiaires. Des « masistas » (partisans, militants ou dirigeants du MAS) sont pris en otage. Pour protéger leur intégrité ou celle de leurs familles, les plus inquiétés démissionnent – Adriana Salvatierra (présidente du Sénat), Victor Borda (président de l’Assemblée), César Navarro (ministre des Mines), des maires, des députés, etc. Evo et García Linera s’exilent au Mexique (comme Luis Arce, jusqu’à janvier 2020). Añez s’empare du pouvoir. Cinq ministres, « poids lourds » du MAS, doivent se réfugier dans l’ambassade du Mexique [18]. Il y a déjà des morts et des blessés.
    Enchevêtrement d’enjeux et d’intérêts : alors que le cœur politique du « masismo » se trouve considérablement affaibli, un dur débat s’engage entre, semble-t-il, « idéalistes » et « réalistes » à la tête du mouvement. Avec un clair avantage pour les seconds, dans un premier temps.
     
    Le 14 novembre, les législateurs du MAS encore présents et toujours majoritaires élisent Eva Copa présidente du Sénat et Sergio Choque à la tête de la Chambre des députés. Choque déclare immédiatement : « La Bolivie a besoin de paix, nous ne pouvons pas continuer à nous maltraiter les uns les autres, nous travaillerons toujours en accord avec la constitution politique de l’Etat. » De leur côté, les nouveaux maîtres du pays annoncent le début de conversations avec le MAS « pour sortir de l’affrontement ». De fait, et alors que, dans la rue, une dure répression s’abat sur les protestataires, la COB et une fraction des mouvements sociaux, encouragées par l’ONU et l’Union européenne, signent un « accord de pacification » avec les putschistes. Le Sénat vote à l’unanimité une loi d’urgence qui permet de convoquer de nouvelles élections – avec le MAS, mais sans Morales et García Linera, ostensiblement lâchés. Lors de la promulgation du texte, Eva Copa se laisse photographier aux côtés de la présidente autoproclamée, la légitimant de faitEt c’est ensemble que les deux parties désignent de nouvelles autorités électorales (pendant que les anciennes sont pourchassées et arrêtées).

    S’opposant au ministre de l’Intérieur Arturo Murillo, qui annonce des poursuites contre Morales et l’ex-ministre de la présidence Juan Ramón Quintana pour « terrorisme et sédition », les députés réclament une loi assurant l’immunité de l’ex-chef de l’Etat et de ses fonctionnaires. Depuis le Sénat qu’elle dirige, Eva Copa s’en démarque ostensiblement : « Nous n’avons jamais réclamé une loi d’immunité, je pense qu’il y a eu une mauvaise interprétation à ce sujet. (...) Les personnes qui ont enfreint la loi devront être punies en conséquence, qu’elles soient d’un côté ou de l’autre. (...) L’enjeu est de mettre de côté les positions, ni le gouvernement de transition ni nous ne pouvons nous montrer intransigeants [19]Pour la petite histoire, Copa n’appartient pas au cercle rapproché d’Evo Morales et en garde une certaine amertume, qu’elle exprimera à l’occasion. Tout comme elle multiplie publiquement les critiques à l’égard de la direction de son propre parti (ce dont la presse de droite fait fort logiquement ses choux gras).
    D’autres voix s’élèvent au sein du MAS, elles aussi pour le moins surprenantes. Fin décembre, le député Tito Veizaga appelle les anciens ministres d’Evo Morales – menacés et pourchassés par Murillo – à assumer leurs responsabilités : « Ils doivent faire face à la justice, car tôt ou tard, ils devront l’affronter. » Sénateur, Efraín Chambi reprend lui aussi le discours de la droite en affirmant que les ex-juges du Tribunal suprême électoral (TSE) – arbitrairement emprisonnés – ont trahi la confiance des mouvements sociaux : « Ils doivent être jugés car ils ont joué avec la vie démocratique du pays. »

     

    A l’inverse, celle qui a précédé Eva Copa à la tête du Sénat, a démissionné le 14 novembre, mais demeure sénatrice, Adriana Salvatierra, manifeste une totale solidarité à l’égard des siens : « Je ne suis pas d’accord pour appeler cette administration transitoire "gouvernement". Nous ne pouvons pas reconnaître en cette occupation un gouvernement car, en plus de continuer à s’appuyer sur les chars [militaires], ils prennent des décisions structurelles alors qu’ils ne sont pas qualifiés pour cela. »
    Dans son camp, certains clouent Salvatierra au pilori – à commencer par su « hermana » (sœur) Eva Copa. D’autres l’accusent de « désertion ». D’après la Constitution, c’est le ou la président(e) du Sénat qui assume le pouvoir en l’absence du chef de l’Etat. En démissionnant après le départ de Morales (comme l’ont fait son premier vice-président, Rubén Medinace, et le président de la Chambre des députés Victor Borja), Salvatierra aurait imprudemment laissé la voie libre à Añez, deuxième vice-présidente du Sénat, qui a sauté sur l’occasion. « Ma démission, verbale, n’a pas été prise pour des raisons personnelles, mais pour des raisons politiques, conjointement avec le président Evo Morales et Álvaro García Linera », se défend Salvatierra. Pour elle, succéder à « Evo », « forcé à démissionner par la violence », n’aurait pas été seulement un acte illégitime et inconstitutionnel, mais « une déloyauté » et « un acte de trahison complice du coup d’Etat  [20]  ».

    Il apparaît de plus en plus clairement que s’opposent au sein du MAS un courant qu’on dira « orthodoxe » et une aile plus conciliatrice à l’égard du pouvoir de facto. Pour les uns, « les parlementaires qui dansent sur la musique voulue par les putschistes ont perdu leur dignité. (...) Ils se sont fixés comme objectif central de prolonger leur mandat et de tirer le meilleur parti de leur pouvoir éphémère, dans leur propre intérêt [21]. » Pour les autres, tel le vice-président « masista » du Sénat, Omar Aguilar, « il ne reste heureusement sur le banc des sénateurs du MAS que deux ou trois partisans de la ligne dure, ceux qui pensent que seule leur opinion compte, ceux qui croient qu’ils continueront à imposer leurs critères aux autres. Dans l’amplitude démocratique interne [du parti], je crois qu’Evo Morales et certains dirigeants doivent comprendre que nous ne sommes pas dans la ligne de la confrontation. »
    Tandis que les uns courbent le dos et que les autres s’écharpent à fleurets à peine mouchetés, la base, pleine de fureur, se ronge les poings, cherchant par quel moyen elle pourrait lutter. L’absence des leaders de premier rang et d’un parti monolithique, pour ne pas dire vertical, dirigeant la résistance, l’a laissée désemparée et paralysée. Dès le 25 novembre, elle a toutefois frémi une première fois quand Andrónico Rodríguez, proche d’ « Evo » et principal dirigeant des « cocaleros » du Tropique de Cochabamba, le fief de l’ex-président, a harangué les foules d’El Alto (l’immense urbanisation populaire qui surplombe La Paz). Exigeant le départ d’Añez, Rodríguez a affirmé haut et fort que Morales demeurait le président de tous les Boliviens (il n’avait, constitutionnellement, pas encore terminé son mandat). Deux jours plus tard, un document signé par les organisations sociales ayant refusé de dialoguer avec les putschistes [22] ratifiera leur « appui moral et matériel » à Morales, exigera la libération des prisonniers politiques et appellera la COB à rectifier sa position.
    Du dedans ou du dehors, beaucoup souhaitaient réduire l’ancien président au silence… Le MAS de la résistance réagit sans ambiguïté : il désigne « Evo » directeur de campagne pour les prochaines élections. Depuis Buenos Aires, où il reçoit en permanence représentants et dirigeants du MAS et communique avec ceux qui ne peuvent se déplacer, celui-ci va jouer un rôle capital dans le choix des candidats de sa formation politique pour le scrutin auquel, pour la première fois en vingt ans, il ne pourra participer. Cinq noms circulent, avancés par les uns et les autres : Diego Pary (ambassadeur auprès de l’OEA de 2011 à 2018, ministre des Affaires étrangères en 2018 et 2019) ; David Choquehuanca (ministre des Affaires étrangères de 2006 à 2017) ; Luis Arce (qui, à l’Economie depuis 2006, a mis en musique la sortie du modèle néolibéral) [23] ; Adriana Salvatierra et Andrónico Rodríguez. Tous des fidèles de Morales (même si Choquahuanca prend ses distances à l’occasion). Et c’est Morales qui, le 19 janvier, au nom du pragmatisme, entérine la décision en faveur d’Arce, au terme d’un très long débat.
    Au sein du Pacte d’unité (soutien électoral du MAS), un pan des mouvements de l’altiplano ainsi que la COB avaient fait le choix de Choquehuanca, d’origine aymara. Fort classiquement, le dénouement provoque des remous (à arrière-fond indigéniste, cette fois) : « Lors de la réunion nationale, Choquehuanca a reçu le soutien des organisations sociales de sept départements, mais, malheureusement, aujourd’hui, nous avons la surprise de voir un frère indigène [« Evo »] soutenir un frère Q’ara [blanc], s’indigne Alvaro Mollinedo, dirigeant paysan de la Fédération Tupac Katari. Comment peut-il y avoir une telle trahison ? »

    Au terme d’une réunion à El Alto, le Pacte d’unité acceptera finalement le binôme Arce – Choquehuanca, ce dernier donnant de sa personne pour convaincre les réticents : « La droite veut nous diviser et fera la fête si nous nous divisons (…) Nous ne devons pas penser à nous-même ni à notre secteur, il faut penser à la Bolivie. » Comme Morales en son temps est devenu « Evo », Luis Arce devient « Lucho » ; auréolé de ses succès à l’Economie, il devra rallier une part notable des classes moyennes et des secteurs urbains modérés. Candidat à la vice-présidence, Choquehuanca rassemblera de son côté les secteurs populaires et indigènes.

    Répression, persécution des dirigeants populaires, restauration conservatrice, scandales de corruption, gestion calamiteuse du Covid, élections sans cesse repoussées [24]
    Quand, sur le terrain, et dans un premier temps, le MAS a perdu l’initiative politique, les secteurs indigènes aymara et quechua ainsi que les organisations rurales se sont spontanément mobilisés. Les forces populaires urbaines se joignent à la résistance à El Alto, La Paz, Cochabamba, Santa Cruz, etc. Débordant et leurs dirigeants et les législateurs, tous vont jouer un rôle clé dans la remise en ordre de marche du Pacte d’unité et conséquemment du parti. Les dirigeants de la COB, comme souvent, se complaisent dans l’ambiguïté. S’ils réclament l’organisation d’élections, ils se gardent bien d’appuyer le MAS, pour éviter les représailles de la clique au pouvoir. Ce qui ne va pas sans contestations internes. Dirigeant de la Fédération syndicale des travailleurs des mines (FSTM), membre de la COB, Orlando Gutiérrez prend clairement position : « Nous avons vécu quatorze ans de gouvernement avec notre camarade Evo Morales. Nous avons vraiment eu des problèmes avec lui, des différences, et même quelques mobilisations sporadiques. Avec ce coup d’Etat, ils nous ont surpris. (…) Mais les gens sont actifs. Nous allons gagner les élections (…) Je peux imaginer ce que ce sera d’accueillir Evo à l’aéroport d’El Alto. »

     

    Evo Morales vu par le médiocre quotidien de droite équatorien El Universo.

     

    En juillet et surtout août, les manifestations contre le régime autoritaire s’intensifient. Pacte d’unité et COB appellent au blocage du pays. Figure historique de la contestation radicale, le « mallku » Felipe Quispe (77 ans) les rejoint. Depuis Washington, le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, condamne le mouvement (accusé d’empêcher le déplacement des ambulances et le transport de l’oxygène nécessaire à la lutte contre le Covid-19). A La Paz, la honteuse Assemblée permanente des droits de l’homme (APDH) en fait autant. On ne parlera pas de surprise. Elle a très activement participé à la longue campagne menée contre Morales, a hurlé à la fraude avec les « ultras » et a appuyé le coup d’Etat [25].
    L’exaspération s’amplifiant de jour en jour, sur les plus de cent barrages installés dans le pays, la revendication évolue. A l’exigence des élections (prévues pour le 6 septembre, à ce moment) se substitue le mot d’ordre « Démission immédiate d’Añez ». « C’est fini, on ne peut plus attendre, il faut la coincer, elle et ce clown de [ministre de l’Intérieur] Murillo, jusqu’à ce qu’ils tombent », harangue le « mallku », présent sur tous les fronts.

    Là encore, l’expérience politique et le sens stratégique d’ « Evo » vont infléchir les événements. Alors que le pouvoir lance de nouvelles poursuites contre lui pour « génocide » et « terrorisme », en l’accusant d’être l’organisateur de cette paralysie du pays, il calme le jeu depuis Buenos Aires : « Les dirigeants et les bases sociales mobilisés doivent faire un choix responsable entre la démission d’Áñez, qui retardera encore notre retour à la démocratie, et des élections anticipées garanties par les Nations unies. » Compte tenu de l’ampleur des mobilisations, Añez, à ce moment, pouvait tomber. La situation très incertaine en découlant – à commencer par la réaction des militaires – risquait de remettre en cause l’organisation du scrutin. La mise en place d’un gouvernement de transition posait tout autant de problèmes. Constitutionnellement, aurait succédé à la « cheffe d’Etat » démissionnaire ou renversée, la… présidente du Sénat, Eva Copa. Chargée de gérer la pandémie et surtout l’inévitable chaos créé par l’extrême droite, amenant le MAS à faire campagne (si tant est qu’il y en ait une) dans les pires conditions…
     
    Comme il l’avait fait en 2005, Morales, le supposé « caudillo » autoritaire, freine les mobilisations susceptibles de déraper en début de guerre civile et joue à fond la carte de la démocratie. Déjà, le 22 janvier, à Buenos Aires, en présence d’Arce et Choquehuanca, il avait déclaré : « Je suis convaincu que ce n’est qu’une question de temps. Nous allons revenir au gouvernement, mais pas avec des balles, avec la conscience du peuple, avec son vote, pacifiquement, démocratiquement. »
    Paradoxalement, et sur le coup, Morales sauve sans doute… Añez. Mais son autorité et son « leadership » sont entendus : priorité est donnée aux élections dont le MAS, sondage après sondage, est largement favori. Malgré les réticences des radicaux et de la COB, qui finalement se rallie, le blocage du pays est suspendu. A condition toutefois qu’Añez garantisse l’organisation du scrutin tant attendu – ce que, sous la pression, elle fait en ce mois d’août, en fixant la date du 18 octobre, « sans report possible ». Avec le dénouement que l’on connaît (la victoire du MAS étant trop large pour pouvoir être contestée).

    En 2005, l’élection du binôme Morales (l’Indien) et García Linera (l’intellectuel) avait été qualifiée d’alliance « de la cravate et du poncho ». Quinze années plus tard, on peut reprendre la même expression s’agissant du duo Arce – Choquehuanca. Toutefois, la redoutable épreuve de coup d’Etat et de ses prolongements ont violemment secoué le bloc populaire, ses alliés et ses représentants. Pour le meilleur et pour le pire, au demeurant… A ceux qui n’en auraient jamais pris conscience, on précisera que gouverner la Bolivie, même quand on le fait depuis « la gauche », est un sport de combat.
    Beaucoup exigent que des têtes tombent. Pour eux, le « parti bleu » (le MAS) doit se renouveler. En ce sens, la CSUTCB et la Confédération des femmes paysannes Bartolina Sisa (CMCBS, également nommée Bartolinas) appellent à la non reconduction de la majorité des députés et sénateurs, beaucoup s’étant contentés de « chauffer les sièges » du Congrès et ayant rompu le lien avec leurs bases.
    Appel entendu, accepté et exécuté. Organisées en même temps que la présidentielle, les élections d’octobre 2020 marqueront une rénovation totale des législateurs « masistas »  ; les nouveaux élus serontissus pour la plupart des organisations sociales. On notera au passage que, droite et gauche confondues, le pourcentage des femmes au Parlement atteindra 51,9 % (55,5 % au Sénat, 46,9 % à la Chambre des députés). Ce grâce à l’article 33 de la Loi des organisations politiques, établissant le principe de parité, approuvée en 2018, sous la présidence d’« Evo » – régulièrement accusé de « machisme » (ce qui évite de prononcer le mot « Indien ») par ses opposantes de la moyenne bourgeoisie.

    L’heure est venue de faire les comptes. Selon un scénario archi-habituel, chacun de ceux qui l’ont soutenu pendant la campagne vient présenter la note au président élu, « el hermano » Arce. Tous ont été « loyaux dans les moments difficiles ». Moyennant quoi, la direction régionale d’El Alto revendique au moins cinq ministères (travail, justice, eau, culture et affaires étrangères) ; la COB en exige quatre (travail, hydrocarbures, mines et santé) ; les Bartolinas n’en réclament qu’un (les Femmes). « Cela fait penser que votre vote, votre soutien, n’étaient pas gratuits, s’agace le député sortant Edwin Rodríguez ; cette vieille pratique est celle que nous voulons changer dans le pays. » Arce, de son côté, doit mettre les points sur les i : « Je me suis réuni avec plusieurs organisations sociales et j’ai calculé qu’il me faudrait 149 ministères [car] elles m’en réclament toutes un. Ce qui est sûr c’est que que nous allons être très austères ; je ne pense pas que nous ayons l’argent pour avoir 149 ministères et satisfaire toutes les organisations qui nous en ont demandé [26] »

    Dans un autre registre, pour de bonnes raisons – la rénovation du personnel politique – ou de beaucoup moins nobles objectifs – la satisfaction des egos et des ambitions – une faction du MAS mène une bruyante offensive contre les « anciens » et les « dinosaures » de l’entourage de Morales, estimant son tour venu d’accéder aux plus hautes fonctions. Député (sortant), Henry Cabrera s’en prend aux ex-ministres d’ « Evo » réfugiés dans l’ambassade du Mexique et à ceux qui se sont exilés : « Nous n’en voulons plus car ils s’échappent et se réfugient alors que les camarades du MAS restent ici. » Président de la Chambre (lui aussi sortant), Sergio Choque fulmine lorsque Quintana (ex-ministre de la Présidence), depuis l’ambassade du Mexique, s’exprime dans les médias : ceux qui se sont cachés « comme des rats et des autruches », peste Choque, ne pourront faire partie du nouveau cabinet. Même Morales n’échappe pas à l’ire de certains contestataires.

    « Evo » : l’ennemi numéro un de la dictature (et des Etats-Unis avec qui les liens diplomatiques ont été renoués). Pendant ses onze mois de pouvoir, le gouvernement Añez a tout fait pour le criminaliser. Ex-ministre de l’Intérieur, Carlos Romero raconte comment, quand qu’il était emprisonné, entre le 17 janvier et le 18 juin 2020, il a reçu la visite de deux vice-ministres de Murillo lui assurant que s’il impliquait Morales dans un fait criminel, qu’il soit personnel ou politique, on saurait se montrer indulgent avec lui. Ancien gouverneur du Beni, Alex Ferrier rapporte qu’il a été torturé dans le pénitencier de Chonchocoro (La Paz), en août, pour l’obliger à impliquer l’ancien chef de l’Etat dans une affaire de pédophilie.

    Deux questions se posent désormais – aussi bien en Bolivie qu’à l’étranger. Quel rôle jouera demain « Evo » alors que son ex-ministre, Arce, est devenu président ? Qui gouvernera, le nouveau chef de l’Etat ou son « encombrant mentor » ? Et quand ce dernier reviendra-t-il dans son pays ?
    « Le plus rapidement possible », a déjà répondu Morales au lendemain de la victoire de « Lucho ».
    En porte-parole de la droite la plus rance, la présidente de l’Assemblée permanente des droits humains de Bolivie (APDH), l’ex-religieuse espagnole Amparo Carvajal, s’insurge : l’ancien président « ne peut revenir comme un héros », de très graves accusations pesant sur lui. Le gouvernement de facto ne l’accuse-t-il pas de « génocide, terrorisme, sédition, fraude électorale » et même de « viol de mineure » ? « Il devra se défendre devant la justice », si d’aventure il ose rentrer.
    Fort logiquement, le Porte-parole du MAS Sebastián Michel déclare qu’ « Evo » ne peut revenir tant qu’Añez et son âme damnée Murillo seront au pouvoir, Arce n’occupant sa fonction qu’à partir du 8 novembre 2020 : « En ce moment, il ne peut pas revenir, il ne dispose pas des garanties fondamentales, il n’y a pas de procédure régulière (...) Une fois que les garanties seront rétablies, il pourra rentrer librement. » Président sortant de la Chambre des députés, Sergio Choque opine, sans enthousiasme démesuré : « Evo Morales a parfaitement le droit de rentrer au pays. » Approche quelque peu différente et hautaine, et qui en surprend plus d’un, d’Eva Copa, pour quelques semaines encore présidente du Sénat : « Nous ne pensons pas que ce soit le bon moment, il y a d’autres problèmes à résoudre et nous, avec Luis [Arce], et en tant qu’Assemblée, nous avons d’autres tâches à achever. » Peu amène, la déclaration contribue à répandre et accréditer l’idée que, au sein du MAS, « Evo » n’est vraiment pas le bienvenu.
    Interprétation erronée.

    Le 9 novembre, dans le cadre d’une cérémonie chargée d’émotion et du symbolisme politique de la « Patria Grande » (la Grande patrie) [27], le président de centre gauche Alberto Fernández accompagne celui qu’il a protégé sur le pont qui relie La Quiaca (nord de l’Argentine) à Villazon (sud de la Bolivie). Après avoir chaudement remercié son hôte – « Une partie de ma vie reste pour toujours en Argentine » – et évoqué Néstor Kirchner en soulignant que « le combat se poursuit contre l’impérialisme », « Evo » entreprend un épique périple d’un millier de kilomètres au milieu d’une double haie de compatriotes qui pleurent, l’ovationnent et clament à l’unisson : « Evo n’est pas seul ! ». Deux jours plus tard, sur l’aéroport de Chimoré (département de Cochabamba), d’où il s’est envolé un an plus tôt pour l’exil, plusieurs centaines de milliers de Boliviens – peut-être même un million – lui réservent un accueil triomphal. Quelques jours plus tard, à Cochabamba, le MAS réélit unanimement « Evo » à la tête du parti.

    Chimoré, le retour
     

    Un détail (qui n’en est pas un) : Luis Arce a été investi à La Paz le 8 novembre, au milieu de l’effervescence et de l’enthousiasme populaire. Pour ne pas risquer de faire de l’ombre à cette intronisation et la parasiter par son propre retour éclatant, « Evo » a choisi de ne rentrer que le lendemain.

    Depuis longtemps déjà, Morales a précisé qu’il n’aspire pas à faire partie de l’équipe ministérielle d’Arce. Ce n’est pas suffisant. Rumeurs et médias fournissent une vision des événements bien plus intéressante  : l’ancien chef de l’Etat va utiliser son successeur et les nouveaux dirigeants « comme des marionnettes ». Pressé de questions insidieuses, Arce répond fort légitimement ce que rétorque tout chef d’Etat nouvellement élu confronté à ce genre de situation : « Lui c’est lui, moi c’est moi. » « Nous voulons être un MAS version 2.0, précise-t-il, en faisant de la place aux professionnels engagés afin qu’ils puissent contribuer aux changements possibles, non seulement au sein du cabinet mais aussi dans la vie politique (…) Le plus important est de poursuivre le processus de changement qu’a dirigé le “compañero” Evo. »
    A ceux qui, au sein du MAS ou du mouvement social, et au nom de l’indispensable « rénovation », continuent à mener campagne pour exclure ses anciens proches collaborateurs de tout poste de responsabilité, Morales rétorque de son côté : « Je crois que quelques “compañeros” se trompent. Ils disent non à l’entourage d’Evo, mais les proches d’Evo qui ont duré le plus longtemps sont Lucho Arce et David Choquehuanca ! Le troisième était Juan Ramón [Quintana] et Roberto Aguilar [ancien ministre de l’Education]. (…) Il y a quelques problèmes internes. Une confusion. (…) D’après mon expérience, il faut combiner entre les fondateurs, les anciennes autorités et davantage d’opportunités pour les nouvelles générations. »

    On voudrait opposer Arce et Morales. On aimerait les voir s’affronter. Chacun d’entre eux joue le jeu institutionnel et respecte l’autre. Le 9 novembre, en toute indépendance, Arce nomme les seize ministres qui vont l’accompagner dans sa gestion. Des jeunes au profil technique issus du MAS. Ministre de la Présidence, Marianela Prada a été sa cheffe de cabinet lorsqu’il dirigeait l’Economie. Désormais à la tête de ce ministère stratégique, Marcelo Montenegro, a déjà travaillé avec lui. Un avocat connu pour avoir défendu les victimes du néolibéral Sanchez de Lozada dirigera les Affaires étrangères : Rogelio Mayta. Segundina Flores, dirigeante des Bartolinas, prend la tête du ministère de la Culture (qu’avait supprimé Añez !). Autre référent du Pacte d’unité, le dirigeant paysan Juan Villca, homme fort de la CSUTCB, devient vice-ministre de la Coordination avec les mouvements sociaux…

    Ceux qui, unanimes à droite, plus bruyants que nombreux à gauche, souhaitaient l’éradication du pan historique du « masismo » vont toutefois devoir déchanter. Le nouveau titulaire de la Défense, Edmundo Novillo, appartient à la vieille garde d’« Evo ». Considéré comme le « dauphin » de ce dernier, le jeune Andrónico Rodríguez est élu président du Sénat. Parmi les fidèles, Freddy Mamani présidera la Chambre des députés ; Diego Pary représentera la Bolivie à l’OEA ; Wilfredo Chávez, avocat de Morales, devient procureur général de la Nation après avoir fait partie de la commission du MAS chargée d’organiser avec Añez une « transition ordonnée »… 
    Pour autant, a précisé le porte-parole de la présidence Jorge Richter, très peu ont été recommandés et encore moins imposés par « Evo » : « Il y a eu des gens, parce que la politique fonctionne aussi de cette façon, qui ont rapidement cherché un “parrain” pour obtenir une place au sein de l’Etat, et les gens qui sont venus voir “el señor” Evo Morales ont eu en réponse qu’il laisse Arce et Choquehuanca construire leur cabinet, et que ce cabinet est de la responsabilité de ceux qui gouvernent, alors très peu, très peu, ont pu être recommandés [28]. »

    Lors du retour triomphal d’ « Evo » à Chimoré, son ex-ministre de l’Intérieur, Carlos Romero, avait, pour déminer le terrain, envisagé les rôles de chacun : « Le binôme qui dirige le gouvernement est un binôme légitime, qui a gagné par son propre mérite la présidence et la vice-présidence de l’Etat. Mais la direction politique et stratégique du processus appartient à Evo Morales. » Lequel, effectivement, en leader de l’instrument politique, convoque un « ampliado » (réunion élargie) des mouvements sociaux pour commencer à préparer les élections des gouverneurs et des maires de mars 2021. Le 21 novembre, à Cochabamba, Arce et Choquehuanca assistent à l’événement présidé par « Evo ». Sous les ovations, ancien et actuel chefs de l’Etat, qui se retrouvent pour la première fois, échangent sans retenue le traditionnel « abrazo ». Aux dirigeants et militants, Morales lance la consigne : « L’une de nos tâches, pour défendre notre processus de changement et protéger notre président Lucho, est de gagner autant de gouvernorats et de mairies que possible dans toute la Bolivie (...) Nous devons gagner au moins sept gouvernorats sur les neuf existant et au moins 300 mairies, ce qui sera le meilleur blindage pour défendre notre processus de changement. » L’expression, désormais, reviendra régulièrement dans sa bouche : « protéger “Lucho” ».

     

    Evo et Arce (Cochabamba)
     

    Contrairement à ce que certains craignent (et que d’autres espèrent ardemment !), Arce ne sera manifestement pas un Lenín Moreno – ce président équatorien qui, en renouant avec la doxa néolibérale, les milieux financiers, les multinationales et l’alignement sur Washington, a trahi à la fois son prédécesseur Rafael Correa et ceux qui l’ont élu sur sa promesse de poursuivre la « révolution citoyenne ». En quelques semaines, les premières mesures du nouveau chef de l’Etat bolivien donnent le ton. Un « Bon contre la faim » destiné à quatre millions de personnes – avec un intérêt particulier pour les zones rurales, abandonnées par le gouvernement de facto – est mis en place pour atténuer les effets économiques de la pandémie. Avec le même objectif, le Parlement approuve la Loi 033 qui crée un impôt sur les grandes fortunes. Une semaine auparavant, avait été abrogé le Décret 4232 qui, depuis mai, autorisait de nouveaux OGM.
    Sur le plan diplomatique, retour aux sources. Le nouveau gouvernement rétablit les relations diplomatiques avec le Venezuela et Cuba, expulse de l’ambassade vénézuélienne, qu’ils avaient investi avec la complicité des putschistes, les représentants du président fantoche Juan Guaido. Les rapports avec le Mexique, l’Argentine et le Nicaragua se dégèlent tout naturellement. La Paz annonce qu’elle réintègre l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), dont s’était retiré le pouvoir illégitime, et qu’elle reprend sa participation à l’Union des nations sud-américaine (Unasur) et la Communauté des Etats latino-américains et Caraïbes (Celac), qu’Añez, sur instruction des Etats-Unis, avait choisi de dédaigner.
     
    Le renforcement du MAS et son articulation avec les organisations sociales constituent un facteur clé pour la réussite d’Arce. C’est en chef de parti élu par les siens qu’« Evo » s’attaque à la tâche. Dans les conditions habituelles... c’est-à-dire parfois chaotiques. La nomination des ministres a déjà donné lieu aux multiples contestations des secteurs (surtout populaires) s’estimant non représentés, ou pas assez, au gouvernement. Le choix des candidats pour les élections des maires et gouverneurs de mars 2021 débouche sur des empoignades encore plus rudes. Pour la mairie de la seule urbanisation d’El Alto, entre ex-ministres, ex-parlementaires, dirigeants et militants, seize pré-candidats du MAS se manifestent – dont Sergio Choque et Eva Copa, que leur rôle après le « golpe » a sortis de l’anonymat.

    A l’occasion de ce début de campagne, quelques masques vont tomber définitivement. Dont celui de Copa. Le 9 décembre, en évoquant sur Radio Fides la « transition constitutionnelle forcée » de 2019, celle-ci a enchanté la presse conservatrice engagée dans une campagne destinée à nier qu’il y ait eu un coup d’Etat. Soumise à de virulentes critiques, Copa reviendra ultérieurement sur cette déclaration. Elle est présente et ne dit mot lorsque, le 26 décembre, en présence des cinq pré-candidats finalistes, dont elle fait partie, la direction nationale du MAS annonce le choix, par consensus, de l’ex-dirigeant paysan Zacarías Maquera, plus connu sous le nom de Ratuki (« rapide » en aymara), pour postuler à El Alto. Moins de vingt-quatre heures plus tard, soutenue par une « direction régionale parallèle du MAS » (apparue en septembre) et un « Grand quartier général du peuple alteño », Copa annonce qu’elle se présentera, envers et contre tout, pour le compte de Jallala, une formation politique sans positionnement idéologique clairement affirmé. Actrice de la « pacification » et de la « cohabitation » pendant le régime Añez, elle y retrouve – attelage d’egos plus que de raison – le promoteur radical de l’insurrection, le « mallku » Felipe Quispe, qui lui postule au poste de gouverneur de La Paz.

    Sans règles du jeu institutionnelles vraiment claires, une majorité de décisions ont été prises de façon concertée avec la base, d’autres ont donné lieu à des contestations allant jusqu’à la rupture. En effet, l’intérêt général ne concordant jamais avec ceux de tous les membres de l’ « instrument politique », des frictions, parfois extrêmes, ont lieu à Chuquisaca, Potosí, Cochabamba, Santa Cruz. Dans cette dernière ville, une faction depuis longtemps hostile tente par tous les moyens d’éliminer la candidature d’Adriana Salvatierra – laquelle, finalement, se verra choisie pour postuler à la mairie. Partout où les candidats déplaisent à telle ou telle organisation de base, qui considère représenter « le tout », est dénoncé un « dedazo » – la désignation autoritaire du candidat à un poste par le ou les leaders, au mépris de la démocratie. Régulièrement mis en cause, Morales s’en défend  : « Il n’y a pas de “dedazo” ; ce que nous faisons, c’est soutenir, réfléchir, pour qu’il y ait des candidats de consensus. Ce n’est pas facile ; il faut comprendre que le MAS est le mouvement politique le plus important [de Bolivie]  ; après la victoire du 18 octobre, tout le monde se sent gagnant et veut être candidat. » « Evo » a toutefois été plus direct lorsque le MAS a exclu Eva Copa après sa désertion : « Là où il y a de la conviction, il n’y a pas de dispute, là où il y a de l’ambition, il y a beaucoup de combats. Pourquoi de l’ambition ? Parce que nous manquons encore de formation idéologique, c’est la faiblesse que nous avons (…).  »

    Pour reprendre l’analyse de l’historien et ex-consul de Bolivie en Argentine, Antonio Abal Oña, il existe trois centres de pouvoir dans le pays : « Tous trois sont absolument légitimes. D’abord, le gouvernement dirigé par Luis Arce et Choquehuanca : c’est l’exécutif qui gouverne le pays. D’autre part, le Pacte d’unité, les organisations les plus puissantes du mouvement ouvrier bolivien, principalement des peuples indigènes, qui ont démontré leur pouvoir avec les blocus du mois d’août. Enfin, nous avons le Mouvement vers le socialisme en tant que structure politique et, à sa tête, Evo Morales, qui, nous ne devons pas l’oublier, en est le président. Les statuts lui accordent la prérogative de définir les candidats en cas de controverses [29] »
    Peut-être faudra-t-il, comme le suggère le président du Sénat Andrónico Rodríguez, souvent présenté comme l’« héritier » d’« Evo », promouvoir des primaires au sein du MAS, en raison de sa taille et du nombre de ses militants : « Nous avons une portée nationale, une présence territoriale, nous sommes le plus grand mouvement du pays et il est très compliqué de prendre des décisions politiques. »

    Pour l’heure, fonctionnant par réflexe au lieu de faire travailler leur matière grise, ceux qui n’apprécient guère Morales utilisent ces péripéties pour ânonner leur mot préféré : « caudillo ». Il ne s’agit pas de ça. Sa popularité ne doit rien au hasard. « Evo Morales est notre référent le plus important de ces vingt dernières années, celui qui définit qu’il est possible d’obtenir ce que nous avons conquis depuis les plus humbles fronts du pays, considère Adriana Salvatierra. Il est notre directeur de campagne et le président du parti. Son expérience est très importante, non seulement en termes politiques et électoraux, mais aussi parce qu’il a été à la tête de l’Etat ces dernières années, et que personne, comme lui, n’a une lecture aussi approfondie du pays, du travail qui a été fait, de la petite école qui a été inaugurée, de son budget, du nombre de bénéficiaires de telle subvention. C’est la réalité de l’Etat dans une tête et, j’insiste, c’est sans aucun doute le leadership le plus important que nous ayons eu ces dernières années. »
    Le faire tomber avait deux objectifs : détruire symboliquement toute une époque, celle ou avec les Chávez, Castro, Correa, Kirchner, « Lula », Rousseff, Zelaya, Lugo, Mujica, Ortega, il a changé la face de l’Amérique latine, au nom de la Patria Grande  ; en finir avec l’expérience tentée et réussie en Bolivie. Echec total. Le MAS est toujours au pouvoir. Sans en faire un « homme providentiel », concept obsolète et dangereux, son peuple n’a pas lâché son ancien président. Et ce, pour une bonne raison : « Evo, et dans mon cas infiniment moins en termes de leadership, nous venons de l’organisation populaire, analyse García Linera. Avant de devenir des gouvernants, nous avons eu vingt ou trente ans de travail de base, d’organisation, de formation politique, c’est ce que nous savons faire, c’est vraiment de là que nous venons, c’est notre être, notre être politique. Et le fait que nous devions maintenant y revenir est presque évident. En vérité, c’est là que se construisent les leaderships. Le leadership d’Evo n’a pas été construit à partir de l’Etat. C’est une erreur que la droite a commise : "Le leadership d’Evo dépend de l’Etat, s’il n’y a pas de ressources publiques, il n’y a plus de MAS". »

    D’après son ex-ministre Quintana, le rôle de Morales sera « de diriger et de renforcer la MAS, de l’articuler avec les organisations sociales et de se consacrer à la formation des cadres » tout en conseillant, « gentiment, en familier, compte tenu de son expérience, le gouvernement [30] »
    De mauvais augure pour ceux qui s’imaginaient que, dans la grande tradition, l’ex-chef de l’etat annoncerait son retrait de la vie publique pour retourner « faire du fric dans le privé ».

     


    [1Etant intervenue avant l’adoption de la Constitution, sa première élection n’est pas prise en compte.

    [6 Nueva Sociedad, janvier 2020.

    [7A la Fondation Friedrich Ebert, pour être précis.

    [9José Hugo Moldiz Mercado, Golpe de Estado en Bolivia. La soledad de Evo Morales, Ocean Sur, La Havane, mars 2020.

    [10 La Razón, La Paz, 12 décembre 2016.

    [13Homme politique et écrivain, Marcelo Quiroga Santa Cruz (1931-1980) a joué un rôle important dans la nationalisation des biens de la Bolivian Gulf Oil Company en tant que ministre de l’Energie et des hydrocarbures, dans le gouvernement du général Alfredo Ovando (1969-1970). Fondateur du Parti socialiste en 1971, il a été assassiné en 1980 par des paramilitaires durant la dictature de Luis García Mesa (1980-1981).

    [14Théoricien du réveil identitaire indigène comme moteur des mouvements sociaux, García Lineraa participé à l’Armée de Guérilla Tupac Katari avant d’être arrêté en 1992 et de passer cinq ans en prison sans être jugé.

    [15Référence à la Guerre de l’eau (2000), à la Guerre du Gaz et au renversement du président ultralibéral Gonzalo Sánchez de Lozada (2003) ainsi qu’à la démission « sous la pression » du néolibéral Carlos Mesa (2005).

    [16Maurice Lemoine, « Puissant et fragmenté, le mouvement social bolivien », Le Monde diplomatique, novembre 2005.

    [20 El Deber, Santa Cruz, 24 janvier 2020.

    [22Entre autres : Confederación Sindical de Mujeres de Comunidades Interculturales de Bolivia (CSMCIB) ; Coordinadora de las Seis federaciones del Trópico de Cochabamba ; Distrito 8 de la Junta de Vecinos de El Alto ; Federación Sindical Interculturales Productores Agroforestales de El Chore-San Juan-Campo Víbora ; Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas…

    [23Le PIB a atteint des chiffres record de croissance – jusqu’à 6 % – et la pauvreté est passée de 60 % à 37 %.

    [25L’APDH est la correspondante et l’informatrice en Bolivie d’Amnesty International (AI), de Human Right Watch (HRW) et de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH). De ce fait, et à une exception près – lorsque Añez a signé un décret d’impunité pour les militaires qu’elle envoyait réprimer –, ces trois multinationales sont demeurées particulièrement discrètes pendant le coup d’Etat et la période qui a suivi.

    [27Concept politique visant à fédérer les Etats de l’Amérique latine en opposition à la Doctrine de Monroe, professée par les Etats-Unis.

     

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  • Aux États-Unis d’Amérique, c’est sous la garde de 15 000 soldats en armes que se tiendra l’investiture de . Entretien avec J. Kaye, professeur américain. Fin connaisseur du mouvement social et progressiste aux États-Unis.


     

    Initiative Communiste : Selon vous, M.  était-il fondé à remettre en question le résultat de l’élection ? La légitimité de Biden est-elle contestée par l’opinion publique ?

    L’élection de Biden était valide. Pas la moindre preuve de fraude grave. Les affirmations de Trump visent à créer un large corps d’opinions contestant la légitimité de l’élection pour une utilisation politique et économique FUTURE. Il convient de rappeler que la situation économique personnelle de Trump est toujours numéro 1 dans ses calculs. Il envisage de s’engager dans une nouvelle entreprise médiatique qui pourrait lui être extrêmement profitable. De plus, en soulevant ses partisans concernant ses revendications sauvages, il garde le contrôle sur la plupart des politiciens républicains qui dépendent de lui, puisque les politiciens sont sélectionnés lors de primaires où seuls les électeurs les plus déterminés ou les plus fanatiques se présentent.

    Soyons clairs : lorsque nous disons que les résultats indiquant une victoire de Biden étaient un reflet exact du vote réel, cela ne signifie pas que l’élection était un véritable exercice de démocratie.

    Il existe des milliers de façons dont notre système politique déforme, viole les intérêts des masses populaires – par l’influence de l’argent, le monopole de l’information dont jouit le Grand Capital, etc.

    Donc, ce dont nous parlons dans cette élection est un résultat exact de l’expression populaire très limitée permise par la ploutocratie. Néanmoins, même cela a été contesté par Trump et ses adeptes, ainsi que par les forces fascistes qui se sont attachées à Trump. Et ce qui était censé être un morceau de théâtre politique au Capitole s’est avéré un peu plus grave en raison de la connivence des forces de sécurité infiltrées par la droite.

    IC : Y a-t-il un risque de guerre civile latente ou ouverte aux États-Unis ? Quelles sont les véritables forces socio-politiques que représentent les camps “démocrate” et “trumpiste” ?

    Il faut s’attendre à ce que les forces d’extrême droite (les néonazis, milices de la suprématie blanche et autres groupes organisés) deviennent de plus en plus actives. Leur croissance n’a pas commencé avec Trump mais a été un phénomène courant depuis de nombreuses décennies. La base sociale de l’extrême droite est constituée par les millions de personnes qui ont été marginalisées économiquement par le néolibéralisme – de vastes zones rurales et de petites villes dans le pays, et dont le mécontentement a été détourné du grand Capital qui est responsable de leur situation, mais aussi des immigrants et des personnes de couleur en général.
    Ils sont particulièrement révoltés par ce qu’ils considèrent comme la perte de contrôle des blancs sur les communautés de couleur, en particulier les Afro-Américains, suite aux gains assez limités de ces communautés grâce au mouvement pour la liberté des Noirs. Cependant, les menaces de guerre civile, tout comme la description des événements du Capitole, sont complètement exagérées. Il n’y a pas eu d'”Insurrection” et la foule n’a pas “pris d’assaut” le Capitole. Cela devait être un théâtre politique orchestré par Trump pour montrer que la majorité des gens rejetaient Biden, mais cela a dégénéré AVEC LA CONNIVENCE DE LA POLICE (car il y a une grave infiltration fasciste au sein des forces de police partout dans le pays). L’idée d’une insurrection ou d’un coup d’État est le récit du Parti démocrate et des libéraux, ainsi que le mythe de notre “démocratie” — notre “démocratie” étant “résiliante”, etc.

    Alors que les médias et les politiciens libéraux sont assez indignés par le refus de reconnaître notre nouveau président dûment élu, ils ont refusé de reconnaître le président vénézuélien Maduro, dûment élu, de soutenir l’étranglement économique du Venezuela – et d’agir pour contrecarrer ou détruire la démocratie partout où elle se manifeste dans le monde. Comme je l’ai souligné dans ma précédente communication, la grande majorité de la classe dirigeante est favorable à une transition ordonnée et pacifique du pouvoir à Biden, et les principaux organes du Big Business appellent même à la démission de Trump. Ils ont également donné plus d’argent à Biden qu’à Trump pendant la campagne présidentielle. Aussi longtemps que les choses iront bien pour eux – et d’ailleurs, pratiquement chaque jour, la Bourse s’élève à de nouveaux records – ils continueront à soutenir les lambeaux de démocratie qui couvrent le régime ploutocratique. Ce n’est pas que Trump n’ait pas été généreux pour eux et le Grand Capital continuera à soutenir le Parti républicain à l’avenir, tout comme il soutient les . Nous avons un SYSTÈME à deux partis, travaillant en tandem, et c’est le rôle des Démocrates d’être légèrement plus ouverts aux réformes, d’être le “moindre des deux maux”. Leur rôle est d’empêcher la formation d’un véritable parti des travailleurs et opprimés, ce que nos progressistes et même ceux qui se prétendent marxistes, ont du mal à comprendre.

    IC : Une force alternative progressiste peut-elle se développer aux États-Unis et les espoirs placés par certains dans Sanders sont-ils de pures illusions ?

    Oui, une alternative progressiste est possible – mais pas DANS le Parti Démocratique, qui est une illusion tragique des progressistes qui hallucinent qu’il est possible d’une manière ou d’une autre de capturer ce parti, de soutenir les “progressistes” au sein de ce parti. Et l’histoire a montré, non seulement aux États-Unis mais partout dans le monde (l’analogie la plus proche étant le parti travailliste du Royaume-Uni) que de tels espoirs sont illusoires.

    L’alternative, à l’heure actuelle, est de commencer à jeter les bases d’un véritable parti de la classe ouvrière, en particulier la moitié inférieure de la classe ouvrière, qui est composée principalement d’ouvriers de couleur. Mais en plus de cela, nous ne pouvons pas nous contenter d’un simple véhicule électoral. Les progressistes doivent, comme ils ne l’ont pas fait depuis longtemps, s’exprimer dans les communautés de la classe ouvrière, sur les lieux de travail, dans les rangs des syndicats et sur les campus autour des besoins de survie des travailleurs – y compris le besoin de .

    IC : Avec Biden au pouvoir, pourrait-il y avoir des changements positifs sur des questions internationales ?

    Nous pouvons nous attendre à une intensification des tensions internationales – une réduction dans certains domaines, peut-être dans le cas de l’Iran, avec un retour à l’accord multi-gouvernemental, une réaffirmation de certains traités sur les armes. Mais dans le cas de la Russie et de la Chine, Washington rétablira ses relations avec ses alliés de l’OTAN, et tentera de consolider ses relations avec certains pays asiatiques pour confronter la Chine. Le fait est qu’avec toutes les fanfaronnades de Washington sous Trump, ses mesures agressives étaient plutôt (à quelques exceptions près) de nature économique. Son changement le plus notable a été son adhésion plus ouverte à l’expansionnisme israélien et la fin de la mascarade de soutien à la solution à deux États. Bolton, ce vieux faucon de guerre, avait tout préparer pour la guerre avec l’Iran quand Trump a débranché la prise.

    C’est précisément dans le domaine de la politique étrangère que je considère que Biden représente le plus grand danger, d’autant plus que sa politique intérieure plus populaire lui donnera un soutien plus large pour des actions plus belliqueuses à l’étranger.

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Le président bolivien Luis Arce a annoncé que 5,2 millions de doses du vaccin russe Sputnik V, seront disponibles au cours du premier trimestre de cette année.

    Le président sud-américain, qui a pris les rênes du pays en pleine crise sanitaire du Covid-19, gérée de façon erratique par le gouvernement de facto de Jeanine Áñez (2019-2020), a également annoncé un effort gouvernemental pour "acquérir des tests de diagnostic, afin que les municipalités n'en assument pas le coût".

    L'annonce d'Arce intervient après que la Bolivie ait enregistré le vaccin Sputnik V sans essais cliniques supplémentaires dans le pays et sur la base des résultats des essais menés en Russie.

    Selon le Fonds d'investissement direct russe, "l'enregistrement a été fait dans le cadre d'une autorisation d'utilisation d'urgence. Le vaccin a été approuvé par l'Agence nationale des médicaments et des technologies de la santé de l'État plurinational de Bolivie sans essais cliniques supplémentaires en Bolivie".

    Le Fonds a rappelé que Sputnik V a été enregistré le 23 décembre dernier par le régulateur argentin ANMAT selon une procédure similaire.

    L'organisation russe a également annoncé que "les données obtenues lors de la troisième phase des essais cliniques en Russie ont également été acceptées par les autorités réglementaires de Serbie et du Belarus pour enregistrer et commencer la vaccination de la population avec le vaccin Sputnik V".

    Kirill Dmitriev, directeur exécutif du Fonds, cité dans la déclaration, a déclaré que "l'enregistrement de Sputnik V en Bolivie permettra de sauver de nombreuses vies et de prévenir la propagation du coronavirus grâce à un vaccin sûr et efficace basé sur une plateforme éprouvée de vecteurs adénoviraux humains.

    Le 30 décembre, le Fonds russe pour l'investissement direct et la Centrale bolivienne pour l'approvisionnement en santé et l'assainissement (CEASS) ont annoncé un accord pour fournir 5,2 millions de doses de Sputnik V au pays, afin d'inoculer 2,6 millions de personnes, couvrant 20 % de sa population.

     

    source en espagnol: https://www.telesurtv.net/news/bolivia-adquisicion-vacuna-sputnikv-20210107-0006.html

    source en français (traduction de Romain Migus-Les2Rives):  https://www.les2rives.info/bolivie_sputnik_v

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  • Un véhicule de l’opération Barkhane, dans la région de Gourma au mali, le 27 mars 2019.Un véhicule de l’opération Barkhane, dans la région de Gourma au mali, le 27 mars 2019. 

    Selon un sondage Ifop pour Le Point, 51 % des Français se disent opposés à l’intervention française au Mali. Une première, huit ans après le déclenchement de l’opération contre des groupes armés islamistes.

    La moitié des Français désapprouvent l’intervention française au Mali, pour la première fois depuis le début de l’opération antidjihadiste entamée en 2013, selon un sondage publié lundi soir par le magazine Le Point et réalisé par l’institut Ifop.

    Huit ans après le déclenchement de l’opération Serval lancée pour aider le Mali à repousser une offensive de groupes armés islamistes, 51 % des Français interrogés (soit la moitié, avec les marges d’erreur) ne sont « plutôt pas » (32 %) ou « pas du tout » (19 %) favorables à l’intervention militaire française dans ce pays où se concentre l’essentiel de la force Barkhane (qui a succédé à Serval en 2014), dont le périmètre d’action couvre cinq pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie).

    La France réfléchit à une réduction de ses troupes

    Quelque 49 % des sondés s’y disent toujours favorables, alors qu’ils étaient 73 % en février 2013, au lendemain de la libération de Tombouctou, et 58 % fin 2019, juste après la mort de 13 soldats français au Mali dans la collision de deux hélicoptères.

    Ce sondage, réalisé début janvier, intervient après deux attaques djihadistes au Mali qui ont fait un total de cinq morts côté français, et à l’heure où la France réfléchit à une réduction de ses troupes au Sahel

    L’enquête a été conduite en ligne du 5 au 6 janvier auprès d’un échantillon représentatif de 1.004 personnes, selon la méthode des quotas.

    source: https://www.ouest-france.fr/

     

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  • Le Venezuela subit une modification de son tableau politique tant à l'intérieur du pays qu'à l'étranger : des dimensions souvent inséparables dans le conflit actuel. Cette reconfiguration n'est pas nouvelle et par moments apparaît de façon évidente comme ces jours-ci avec l'entrée en fonctions de la nouvelle Assemblée Nationale et Juan Guaidó semble être face à ses ultimes réserves.

    L'un des signes de cette situation est la décision de l'Union Européenne de ne plsu le reconnaître comme « président par intérim. » Cette position a été exprimée avec diplomatie et de façon tranchante : Guaidó a été qualifié de “représentant de l’Assemblée sortante”. L’Union, en affirmant que l’Assemblée présidée par Guaidó n'est plus en vigueur comme l'affirme un secteur de l'opposition, écarte la poursuite de la « présidence par intérim. »

    Cette modification avait déjà été anticipée. Des positions dures contre le Gouvernement de Nicolás Maduro, comme celles de l'Allemagne, de al Hollande ou de la France ont changé face à la nouvelle situation. Une question se pose : s'agit-il d'un retournement de veste individuel ou une position alignée sur celle du nouveau Gouvernement des Etats-Unis ? La modification du tableau politique se situe à plusieurs niveaux à la fois. Les Etats-Unis  continueront sans doute à reconnaître Guaidó comme « président par intérim » dans ce qui fut un accord bipartite dès le début mais en même temps, la tactique employée pour aborder le dossier du Venezuela est modifiée car de toute évidence, elle n'a pas donné les résultats espérés par Washington.

    D'autres Gouvernements, comme ceux qui sont le plus à droite en Amérique Latine : la Colombie, le Brésil et le Chili, et les alliés des Etats-Unis dans leur politique étrangère comme le Canada, le Royaume Uni et le Japon continueront avec les Etats-Unis de reconnaître la « présidence par intérim.» Mais ce seront exclusivement les Etats-Unis qui décideront de la façon d'essayer d'obtenir un changement de Gouvernement au Venezuela et non ces Gouvernements comme ça a été le cas depuis le début.

    Guaidó est hors du jeu politique pour inefficacité. Tous les acteurs le savent, indépendamment de ce qu'ils racontent en public. C'est pourquoi à l'étranger, certains reviennent sur leur position et cela provoque de nombreuses fractures dans l'opposition vénézuélienne où chaque dirigeant, chaque parti ou chaque tendance de parti cherche à se situer dans le scénario ouvert en train de se construire. Il s'agit snas doute de la fin d'une stratégie représentée par Guaidó : la stratégie des institutions parallèles. Le Gouvernement vénézuélien a réussi à en venir à bout en 2 ans au prix du renforcement du blocus, de dommages pour l'économie et pour la population, en particulier les secteurs populaires et moyens et pour la politique qui est devenue unepolitique de tranchées. 

    La nouvelle étape

    Pour le moment, on ne peut voir qu'une silhouette. Le discours de la nouvelle Assemblée à majorité chaviste, met au premier plan aussi bien le dialogue et la réconciliation que la nécessité qu'il ny ait pas d'impunité. Iris Varela, vice-président du Pouvoir Législatif, a affirmé lors de la session de jeudi : « Nous décidons, en tant que direction, de créer uen commission sépicale qui va enquêter sur les actes perpétrés contre la République par les membres de la direction et certains membres de l'Assemblée pendant la période 2016-2021 (…) Il doit y avoir des résultats en 1 mois et il faut l'exhorter à faire justice fermement. »

    Ce message vise directement Guaidó qui, à partir du 5 janvier, a perdu son immunité parlementaire. Celui qui, le 23 janvier 2019, s'est autoproclamé président alors que personne dans le pays en le connaissait , sait à présent que sa fin politique n'est plus qu'une question de temps. En sera-t-il réduit à ne plus exister que sur Twitter à cause de la dissolution de son capital politique ou sera-t-il arrêté par la justice ? De quoi cela dépendra-t-il ? De l'époque politique, des éventuels dialogues et des éventuelles négociations internationales dans lesquels le chavisme est en position de force politiquement mais en position de faiblesse économiquement. 

    Ce que vise le Gouvernement pour la nouvelle étape, c'est l'entrée de capitaux privés vénézuéliens et étrangers dans différents domaines importants de l'économie. Ca a commencé officiellement avec la loi anti-blocus votée en octobre par l'Assemblée Nationale Constituante qui dit, entre autres choses, que ce processus d'entrée de capitaux doit se faire de façon confidentielle pour éviter les répercussions du blocus sur lequel, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de rendu de compte.

    On ne peut pas encore mesurer les résultats de cette orientation qui a débuté avant même la loi. Selon son efficacité, c'est à dire selon si elle permet une amélioration des rentrées d'argent dans les coffres de l'Etat, des services publics, dans des entreprises stratégiques comme PDVSA, le Gouvernement devra négocier plus ou moins dans l'urgence un assouplissement du blocus grâce à un éventuel dialogue ou à un éventuel accord avec les Etats-Unis. Ce que vise le Gouvernement, en outre, c'est que dans ce casse-tête, cette loi et les opportunités d'investissement qu'elle offre fonctionnent comme un élément qui amène à des accords. 

    Pour le moment, il s'agit de débats, d'analyses et de portes fermées mais pas d'impacts sur le quotidien qui subit des transformations depuis des années avec des salaires et des retraites qui vont de 2 $ par mois quand ils sont payés par l'Etat à 50 $ ou 100 $ quand ils sont payés par des entreprises privées, des difficultés d'approvisionnement en eau, gaz, électricité et essence et uen monnaie natioanle qui recule par rapport au dollar de la petite économie à la macroéconomie. Ce quotidien est le bon moment pour des am&liorations au Venezuela.

     Marco  TERRUGGI

    Source en espagnol : https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/01/08/venezuela-el-final-anunciado-de-juan-guaido/

    Source en français (traduction de Françoise Lopez):http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/01/venezuela-que-va-t-il-advenir-de-juan-guaido.html

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  • L’année commence bien mal en  où une loi sera prochainement votée permettant aux régions d’Ukraine d’armer des milices « nationalistes » alors que le pays dispose pourtant d’une armée nationale ! Une armée il est vrai équipée par l’OTAN, largement financée par l’ et entrainée par les USA qui ont ainsi déployé leurs soldats sur le sol ukrainien. Une nouvelle d’autant plus inquiétante lorsque l’on sait ce que sont les activités de ces milices ouvertement nostalgiques du IIIe Reich et de ses collaborateurs ukrainiens, terribles et sinistres exécutants de la shoah et des sanglantes répressions contre les résistants yougoslaves.

    Ce premier janvier dernier c’est au cri de « NOTRE RELIGION EST LE NATIONALISME ! NOTRE PROPHÈTE EST STEPAN  !” qu’une foule s’était réunie au Parc Taras Chevtchenko en l’honneur du 112 e anniversaire de la naissance de Stepan Bandera, leader de l’-, laquais des fascistes hitlériens.

    Les participants portant des torches et des drapeaux à l’effigie des organisations néonazies. Tandis qu’à la tête de ce nauséabond cortège était exhibée une banderole reproduisant un slogan d’extrême droite appelant Bandera à revenir d’entre les morts pour établir l’ordre en Ukraine….

    Bandera était le chef de l’OUN, une organisation d’extrême droite et de sa branche armée (l’UPA) qui ont activement collaboré avec les nazis et combattu l’Armée Krajowa de la Pologne, les partisans résistant en Yougoslavie avec Tito et l’armée rouge aussi bien en Ukraine, en Biélorussie qu’en Pologne. L’UPA est responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes, principalement des femmes et des enfants de Pologne, de Galicie et de Volhynie à l’occasion d’une atroce campagne de nettoyage ethnique. Et elle a également pris part au génocide des juifs. Protégé par l’Occident, Bandera s’est réfugié à Munich, où il a été assassiné en 1959. La Russie, la Pologne, Israël, et bien d’autres pays considèrent Bandera comme un criminel de guerre.

    Alors que les pays de l’Union Européenne ont refusé de voter la résolution de l’ONU condamnant le nazisme, en Ukraine – comme dans les pays baltes – l’Union Européenne continue de soutenir la réhabilitation des nazis… et de criminaliser par un anticommunisme virulent les libérateurs de l’ du fascisme, l’armée rouge. Car il n’y a pas qu’à Kiev que les néonazis paradent dans les rues dans le silence complice de l’Union Européenne qui arrose de milliards de subvention le régime qu’elle a mis en place à la faveur du coup d’État d’Euromaïdan. C’est également le cas dans les pays baltes. Tandis qu’en Pologne, ce sont les monuments aux morts de l’armée rouge qui sont démolis ! Et si les pays de l’UE, dont la France, refusent de voter la résolution de l’ONU condamnant le nazisme, le parlement européen a lui adopté en 2019 une résolution criminalisant… le communisme.

     


    L’ONU adopte une résolution condamnant le nazisme, les pays de l’Union Européenne et les USA votent… contre.

     

    D’après Manilo Dinucci – il manifesto, traduction française par MAP. La Troisième Commission des Nations Unies -chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles- a approuvé le 18 novembre la Résolution “Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée”. 

      La Résolution rappelant que “ c’est notamment la victoire remportée alors sur le nazisme qui a amené la création de l’Organisation des Nations Unies, appelée à empêcher de nouvelles guerres et à préserver de ce fléau les générations futures”, lance une alarme contre la diffusion de mouvements néonazis, racistes et xénophobes dans de nombreuses régions du monde. Elle se déclare “profondément préoccupée par la glorification, quelle qu’en soit la forme, du mouvement nazi, du néonazisme et des anciens membres de l’organisation Waffen-SS”. Elle souligne ensuite que “le néonazisme n’est pas que la glorification d’un mouvement historique, mais qu’il s’agit d’un phénomène contemporain”. Les mouvements néonazis et d’autres analogues “alimentent les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, d’antisémitisme, d’islamophobie, de christianophobie, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée”

    Avec cette résolution, l’ONU appelle donc les États des Nations Unies à entreprendre une série de mesures pour contrecarrer ce phénomène. La Résolution, déjà adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 18 décembre 2019, a été approuvée par la Troisième Commission avec 122 voix pour, parmi lesquelles celles de deux membres permanents du Conseil de Sécurité, la Russie et la Chine. Deux membres seulement des Nations Unies ont voté contre : les États-Unis (membre permanent du Conseil de Sécurité) et l’Ukraine. Selon certainement une directive interne, les autres 29 membres de l’OTAN, dont l’Italie, se sont abstenus. Même chose pour les 27 membres de l’Union Européenne, dont 21 appartiennent à l’OTAN. Parmi les 53 abstentions se trouvent aussi l’Australie, le Japon et d’autres partenaires de l’OTAN.
     

      La signification politique de ce vote est claire : les membres et partenaires de l’OTAN ont boycotté la Résolution qui, tout en ne la nommant pas, met directement en cause avant tout l’Ukraine, dont les mouvements néonazis ont été et sont utilisés par l’OTAN à des fins stratégiques. On a d’amples preuves que des brigades néonazies ont été entraînées et utilisées, sous gestion USA/OTAN, dans le putsch de la place Maïdan en 2014 et dans l’attaque contre les Russes d’Ukraine pour provoquer, avec le détachement de la Crimée et son retour à la Russie, une nouvelle confrontation en Europe analogue à celle de la guerre froide. 

       Emblématique est le rôle du bataillon Azov, fondé en 2014 par Andriy Biletsky, le “Führer blanc” partisan de la “pureté raciale de la nation ukrainienne, qui ne doit pas se mélanger à des races inférieures”.

       Après s’être distingué par sa férocité, l’Azov a été transformé en régiment de la Garde nationale ukrainienne, doté de blindés et d’artillerie. Ce qu’il a conservé c’est son emblème, calqué sur celui des SS Das Reich, et sa formation idéologique des recrues modelée sur celle des nazis. Le régiment Azov est entraîné par des instructeurs étasuniens, transférés de Vicenza en Ukraine, et d’autres de l’OTAN. L’Azov n’est pas seulement une unité militaire, mais un mouvement idéologique et politique. Biletsky reste le chef charismatique particulièrement pour l’organisation de jeunesse, éduquée à la haine contre les Russes et entraînée militairement. En même temps, sont recrutés à Kiev des néonazis de toute l’Europe, Italie comprise. 

      L’Ukraine est ainsi devenue le “vivier” du nazisme renaissant au cœur de l’Europe. Dans ce cadre s’insère l’abstention de l’Italie, y compris dans la votation de la Résolution à l’Assemblée Générale. Le Parlement accepte, comme quand en 2017 il a signé un mémorandum d’entente avec le président du parlement ukrainien Andriy Parubiy, fondateur du Parti national-social ukrainien, sur le modèle national-socialiste hitlérien, chef des brigades néonazies responsables d’assassinats et de féroces passages à tabac d’opposants politiques. C’est lui qui se congratulera avec le gouvernement italien sur le non-vote de la Résolution ONU sur le nazisme, dans la ligne de ce qu’il a déclaré à la télévision : “Le plus grand homme qui a pratiqué la démocratie directe a été Adolf Hitler”. 

     

    Notes pour la version française :

    – Texte intégral de la Résolution “Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie

    et de l’intolérance qui y est associée” (L49)

    https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/LTD/N20/300/02/PDF/N2030002.pdf?OpenElement

    – Résultats des votes de la Résolution, 18 novembre  :

    https://www.un.org/en/ga/third/75/docs/voting_sheets/L.49.pdf

    – “Couverture de la réunion” :

    https://www.un.org/press/fr/2020/agshc4312.doc.htm

    dont, extrait, sur l’abstention de l’Union Européenne :

    “Suite à l’adoption du texte, l’Union européenne, par la voix de l’Allemagne qui s’est abstenue, a indiqué s’être engagée de manière constructive à renforcer les aspects du texte relatifs aux droits de l’homme.  Toutefois, un nombre important de préoccupations importantes et fondamentales subsistent et plusieurs propositions essentielles de l’UE, y compris des formulations de compromis n’ont pas été incluses dans le texte final.  Dans certains cas, le langage problématique et politisé a été renforcé de manière négative, a-t-elle déploré”.

    Langage clair, non politisé et constructif de l’Union européenne. 

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Forte de ses plus de 100 millions de syndicalistes dans le monde entier, la Fédération Syndicale Mondiale est engagée pour la paix. En 2021 elle appelle à rejoindre sa campagne pour la libération des enfants palestiniens prisonniers des geôles israéliennes.

    Plus de 200 enfants palestiniens sont actuellement emprisonnés par le régime de Tel Aviv. Depuis 2000 c’est 12 000 enfants palestiniens qui ont ainsi été emprisonnés. L’association France Palestine dans son rapport annuel sur les prisonniers politiques palestiniens en Israël rappelle :

    ” Le nombre de mineurs palestiniens arrêtés par les militaires israéliens, les mauvais traitements qu’ils subissaient entre leurs mains et les peines excessives auxquelles ils étaient condamnés – pour des jets de pierre le plus souvent – ont justifié la rédaction par l’ d’un rapport sous le titre « Enfants palestiniens détenus : observations et recommandations », qu’elle a rendu public le 3 mars 2013 avec une solennité inhabituelle. Ce rapport relève que les mauvais traitements auxquels les militaires israéliens soumettent les enfants palestiniens qu’ils arrêtent – à raison de 700 par an – s’inscrivent dans un système de détention « systématique et institutionnalisé » qui « n’existe dans aucun autre pays »

    Observons que les soit disant chantre des droits de l’homme mais vrais propagandiste des guerres impérialistes et commerciales, qui actuellement ne cessent de mener une campagne guerrière contre la Chine, sont totalement silencieux sur la question.

    JBC 

     

    CAMPAGNE INTERNATIONALE DE LA FSM: Libérez tous les enfants Palestiniens prisonniers des prisons israéliennes! Appel à des actions de solidarité partout dans le monde

    La campagne internationale de la  pour la libération des prisonniers Palestiniens, en particulier les enfants, des prisons israéliennes, qui a débuté le 1er janvier 2021, est une importante campagne internationaliste pour la libération de plus de 155 enfants qui sont actuellement détenus dans les prisons d’occupation. Nous demandons également la libération de 4.500 prisonniers politiques Palestiniens, parmi lesquels des femmes, des personnes âgées, des malades et des handicapés. Leurs droits sont violés par l’état Israélien, il n’y a pas de protection de leur santé avec des soins de santé adéquats et aucune mesure de protection ou de vaccination contre le Coronavirus pendant la Pandémie de COVID-19.

    Le 6 janvier, la FSM a adressé un mémorandum au Comité  de la Croix-Rouge en , pour les prisonniers Palestiniens, en particulier les enfants, demandant leur libération immédiate et la protection de leurs droits, et des manifestations de solidarité ont eu lieu dans trois villes de Palestine et au Liban devant les bureaux de la Croix-Rouge. Nous appelons tous les syndicats militants, membres et amis de la FSM dans le monde entier, à organiser des manifestations au mois de janvier 2021, devant les bureaux de la Croix-Rouge de votre pays, adresser des mémorandums à la Croix-Rouge soutenant la campagne, prendre des photos de vos manifestations et après envoyer ces photos aux Bureaux Centraux de la FSM.

    Joignons nos efforts et nos voix, pour défendre la liberté et les droits des enfants Palestiniens, pour défendre les intérêts du peuple Palestinien, des travailleurs de tous les pays, contre toute injustice et action criminelle à l’encontre des travailleurs et de leurs familles.

    Que personne ne soit seul dans les luttes!

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • A la suite des événements du 6 janvier et de l’attaque des manifestants pro- contre le Parlement fédéral à Washington, entrant avec le drapeau des confédérés au , Initiative Communiste est heureux de pouvoir publier cette interview exclusive de John Catalinotto, journaliste du Workers World,  journal du World Workers Party (USA) réalisée pour IC par la commission internationale du PRCF le 7 janvier 2020. L’occasion d’entendre une analyse selon le point de vue des travailleurs – un point de vu totalement censuré par les médias du Capital – sur l’évolution actuelle de la situation aux Etats-Unis

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    Initiative Communiste : Selon vous, M. Trump était-il fondé à remettre en question le résultat de l’élection ? La légitimité de Biden est-elle contestée par l’opinion publique ?

    JC : Plus encore que dans d’autres “démocraties” impérialistes, les élections aux États-Unis sont biaisées en faveur du grand Capital et dominées par l’idéologie de la classe dirigeante et le racisme. Lors d’une élection ici, la classe ouvrière choisit l’agent de la bourgeoisie qui la représentera et la réprimera, sans même une alternative réformiste. Cependant, il n’y a absolument aucune preuve qu’il y ait eu manipulation du vote au profit des candidats . Au contraire, il y a eu une tentative des  d’éliminer le droit de vote pour les secteurs principalement afro-américains, latino-américains et indigènes, qui sont plus susceptibles de voter démocrate. Pour faire une réponse courte à la première question donc : non.

    Une grande partie des personnes qui ont voté pour Trump croient à son Gros Mensonge, qu’il n’a cessé de répéter, à savoir qu’il y a eu une certaine manipulation électorale. À la base de cette fausse croyance, il y a le racisme systématique et la tentative de priver de leurs droits les personnes de couleur, les immigrants, les anciens prisonniers.

    Derrière la volonté d’accepter les mensonges de Trump et les explications les plus farfelues se cachent la perte de la domination relative de l’impérialisme américain dans le monde, l’aggravation de la crise de la société capitaliste, l’appauvrissement de nombreux travailleurs et la ruine de larges secteurs de la classe moyenne, ce qui conduit à une inégalité extrême et croissante. Cette année, tout est exacerbé par la pandémie.

    IC : Y a-t-il un risque de guerre civile latente ou ouverte aux États-Unis ? Quelles sont les véritables forces socio-politiques que représentent les camps “démocrate” et “trumpiste” ?

    Il est difficile de répondre à la première question : je dirais simplement que les organisations fascistes qui étaient à l’avant-garde des “Trumpites” hier utiliseront la publicité sur leurs actions audacieuses pour recruter. Cette journée soulève également la question de la loyauté des différents éléments de l’appareil d’État envers le Congrès. Les événements ont montré qu’un coup d’État (pensez à la Bolivie, novembre 2019) est envisageable. Pour une guerre civile, il faut deux armées. Ou une scission de l’appareil d’État.

    Trump et les démocrates représentent tous deux la classe dirigeante impérialiste américaine, par analogie avec Marine Le Pen et Macron qui représentent la classe dirigeante impérialiste française. En ce qui concerne les relations étrangères, Trump promeut la politique des États-Unis d’abord, mène des guerres commerciales avec la Chine, préconise de réduire la part de coût du pillage impérialiste qu’il partage avec ses alliés impérialistes de la Guerre froide (Allemagne, France, UE, Japon). Biden représente la poursuite de la stratégie de la guerre froide suivie par toutes les administrations républicaines et démocrates après la Seconde Guerre mondiale.

    En interne, Trump promeut des attitudes ouvertement racistes et misogynes, promet des solutions “populistes” aux travailleurs mais a remis des milliers de milliards de dollars à la grande bourgeoisie. Les démocrates ont une composition diversifiée de militants et offrent plus de concessions à la classe ouvrière, mais bien moins que les partis sociaux-démocrates européens.

    IC : Une force alternative progressiste peut-elle se développer aux États-Unis et les espoirs placés par certains dans Sanders sont-ils de pures illusions ?

    Nous espérons certainement qu’une force alternative pourra se développer ici. Le mouvement “Black Lives Matter”, qui a également reçu un grand soutien d’autres secteurs, notamment des jeunes travailleurs et étudiants blancs, en est un exemple. C’est aussi le début de l’organisation du travail dans certaines industries non syndiquées comme Amazon, Google, qui emploient de nombreux travailleurs. On pourrait s’attendre à la croissance d’un mouvement antifasciste ou antiraciste en réaction à ce qui s’est passé à Washington hier (6 janvier). Nous appelons à un tel mouvement.

    Sanders est l’homme politique américain le plus proche d’un social-démocrate. Il a été un candidat crédible à la présidence. C’est ce qui lui a donné de l’attrait. S’il avait été nommé, presque toutes les forces progressistes des États-Unis l’auraient soutenu contre Trump. Une fois que la direction démocrate a forcé les autres candidats à s’unir derrière Biden, Sanders a abandonné. Il a fait de même en 2016 avec Hillary Clinton. En dehors de la lutte électorale, il n’est pas le leader d’un mouvement.

    IC : Avec Biden au pouvoir, pourrait-il y avoir des changements positifs sur des questions internationales ?

    Il n’y a absolument aucune raison d’espérer des changements positifs. Il pourrait y avoir une tentative de rétablir les relations avec les alliés impérialistes des États-Unis en Europe et de cesser au moins d’insulter des continents entiers. Il pourrait y avoir des stratégies plus cohérentes. Son administration pourrait essayer de subvertir la Révolution cubaine en ouvrant des relations plutôt qu’en les fermant. Ses objectifs sont les mêmes. Biden vise lui aussi à maintenir l’hégémonie américaine, et il n’y a aucune raison de croire que sa politique sera plus efficace que celle de Trump. Biden a soutenu toutes les guerres américaines, et il a même été plus hostile que Trump envers la Russie, tout aussi hostile envers la Chine. Mais nous pensons que l’on ne peut compter ni sur le parti républicain ni sur le parti démocrate pour mener une politique étrangère pacifique.

    traduction depuis l’anglais JBC 

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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