• Carnets grecs du PTB (3) : « Le jour le plus long »

    Carnets grecs du PTB (3) : « Le jour le plus long »

    Jour-J. Premières impressions du référendum : tout se passe dans le calme, le « οχι » (non) suscite de l’espoir et les électeurs du « ναι » (oui) ressemblent à des caricatures. L’impact des pressions des élites économiques grecques seront sans doute déterminantes. La journée s’annonce encore longue.

    Alors que la campagne pour le référendum bat son plein, le PTB a envoyé une délégation en solidarité avec le peuple grec. Parmi cette délégation, Michaël Verbauwhede, député bruxellois, et Steff Coppieters nous font vivre les événements sur place avec ce journal de bord.

    Bureau 1 : Exarchia

    Encore une courte nuit. Malgré la fatigue accumulée ces derniers jours, l’adrénaline nous réveille quasiment toutes les heures.

    A 8h30, nous avons rendez-vous avec deux journalistes belges (La Libre Belgique et VRT) à Exarchia (un quartier à Athènes).  Nous visitons un premier bureau de vote dans le quartier.

    C’est très calme. Dans la rue, comme dans l’école qui sert de bureau de vote. A l’intérieur, seuls les « témoins » avec une attestation sont autorisés. En Grèce, chaque parti peut envoyer des témoins pour contrôler le bon déroulement des opérations. Ces témoins sont aussi présents lors du dépouillement.

    Dans la cour de l’école, nous discutons avec les témoins du « non ». Une femme portant un autocollant « nai » (oui) s’adresse à eux en disant qu’ils n’ont pas le droit d’être là. Elle essaie de les intimider et de les chasser du bureau de vote. Sans succès.

    Nous discutons ensuite avec un témoin, partisan du « oui ». Il est membre de la Nouvelle Démocratie (ND, parti de droite conservateur). « La collaboration entre PASOK (parti social-démocrate grec, au pouvoir en alternance avec ND) et ND se passe très bien pour la campagne du oui. Aujourd’hui par exemple, j’ai pris mes "ordres" auprès du responsable local du PASOK. » Comme quoi, pour faire payer la population grecque, les deux anciens grands partis « ennemis » s’entendent à merveille.

     Bureau 2 : Petralona

    10h. En route pour un deuxième bureau de vote : Petralona, un quartier en direction du Pirée. Pour faciliter le transport des Grecs et en raison de la limitation des retraits bancaires, les transports en commun sont entièrement gratuits.

    Petit arrêt café frappé (la spécialité locale, indispensable pour tenir la journée…) au bar « Krikos ». Marius, le serveur a déjà voté. Pour le « οχι ». Sans trop de surprise, son collègue aussi. Et pour cause. Dans ce bar créé par des anciens chômeurs et géré comme une coopérative, le « non » a plutôt la cote. Marius : « Depuis la crise, on a connu une vague de suicides immense en Grèce. Je ne suis pas sûr qu’avec le "non", ca va d’office être mieux, mais en tout cas, avec le "oui", ce sera pire. Le "non", c’est un "non" de l’espoir. L’espoir que les choses changent en Grèce. Mais il faudra encore se battre ! » Il nous explique aussi les pressions pour voter « oui ». « Le patron de ma sœur veut la forcer à voter "oui". Si elle vote "non", il menace de ne pas la payer. Heureusement, elle va voter à 200 kilomètres d’où elle travaille. »

    Un peu plus loin, dans la même rue (Odos Geneou Kolokotroni), une école sert là encore de bureau de vote. Il y a un peu plus d’animation. Et il y a aussi Pascal. Pascal est businessman, et revient spécialement du Qatar pour voter. Sans surprise là non plus, il porte un autocollant « NAI ». Sa raison ? « Je ne peux pas m’imaginer vivre et voyager sans un passeport européen. Si la Grèce quitte l’UE, je la quitte. Et ce n’est pas un problème pour moi, j’ai des affaires à l’étranger ». La raison de la pauvreté en Grèce ? « Les pauvres, s’ils sont dans cet état là, c’est parce qu’ils n’ont pas ma mentalité : be, do, have. S’ils sont pauvres, c’est parce qu’ils ne font que désirer les choses, sans prendre les choses en main. Par exemple, ils jouent au loto. » Sa solution ? « C’est simple, le Premier Ministre ("mais j’ai du mal à le considérer comme un Premier Ministre", rajoute-t-il) n’a qu’à virer la moitié du secteur public. » Rien que ça. Pas sûr que cela fasse chuter le chômage en Grèce…

    Les Grecs font la file pour la démocratie

    Heureusement, nous retrouvons aussi Iris, une Franco-grecque qui sort du même bureau de vote. Pour le « οχι » : « 5 ans d’austérité, c’est assez. Bien sûr qu'il y a des problèmes en Grèce (comme la corruption), mais l’austérité ne résout rien à ça. Et puis, une partie de la dette est illégitime, comme l’a montré le Comité d’audit de la dette. Ce n’est pas à la population grecque de payer encore. »

    Dans la rue, sur les terrasses des cafés, le débat est animé. Encore un démenti pour tous ceux qui présentent les Grecs comme incapables de choisir et de comprendre les enjeux. Le débat est très vivace. Et si hier, les Grecs faisaient la file pour la banque, aujourd’hui, ils la font pour la démocratie. 

    Les bureaux de vote restent ouverts jusqu’à 19 heures (heure locale, 18 heures en Belgique). Les premiers résultats sont attendus vers 21 heures (heure locale).

    Michaël Verbauwhede et Steff Coppieters

    source: solidaire.org   le journal du PTB

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