• Carnets grecs du PTB (4) : la fierté d’un peuple

    Carnets grecs du PTB (4) : la fierté d’un peuple

    Le peuple grec a parlé. Et il a dit « non ». Le jour du référendum, ce dimanche 5 juillet, les membres de la délégation de solidarité envoyée par le PTB ont couru dans tous les sens. Ils nous racontent cette journée historique pour le peuple grec. Et pour le peuple européen en général.

    Le PTB a envoyé une délégation en solidarité avec le peuple grec pendant la campagne du référendum et jusque ce lundi 6 juillet. Parmi cette délégation, Michaël Verbauwhede, député bruxellois, et Steff Coppieters nous font vivre les événements sur place avec ce journal de bord.

    Avant de se rendre au centre-ville pour les résultats, nous visitons encore deux bureaux de vote. Pour plus d’efficacité, nous allons chacun de notre côté. Steff se rend à Kolonaki et Michael se rend au port du Pirée. Le contraste est très surprenant. Le Pirée, quartier ouvrier, vote visiblement massivement pour le « non ». Alors que Kolonaki, quartier plus riche, vote pour le « oui ». Au Pirée, Aline (35 ans et mère de deux enfants) a voté « οχι » (non). « Pas pour moi, mais pour tous mes amis sans emploi, les pensionnés, et mes enfants. Je veux un avenir pour eux. Et comme ça tourne là, ce n’en est pas un. » 

    Crédit téléphonique gratuit pour les partisans du « oui »

    Retour au centre-ville. La tension devient palpable, car les sondages de sortie d’urnes donnent plutôt des résultats serrés. Nous nous rendons à la place Klafthmonos, lieu de rassemblement de Syriza et des partisans du « non ». Mais les premiers résultats tombent très vite. A la surprise générale, le « όχι » sort largement en tête. Mais les résultats restent très partiels. La tension monte encore d’un cran car les résultats tombent bureau par bureau, sans que l’on puisse avoir une vue d’ensemble. Vers 20h30, un responsable du ministère des affaires intérieures annonce des premiers résultats officiels : « όχι » arrive largement en tête, avec plus de 60 % des suffrages. C’est l’explosion de joie à Klafthmonos. Joie très contagieuse. Les militants s’embrassent, lancent des slogans, les téléphones chauffent. Un jeune militant du « non » nous dit : « C’est fou ! On pensait que ce serait super serré. Personne ici n’imaginait une différence aussi grande entre le “oui” et le “non” ! On avait vraiment peur des pressions. Par exemple, mon opérateur téléphonique m’a envoyé un message pour m’offrir 1500 mb de données gratuites, si je propageais le “oui”. Les gens n’ont pas eu peur. C’est une victoire complète. »

    Les résultats continuent à s’accumuler et confirment la tendance : le peuple grec n’a pas cédé au chantage de la Troïka ni à la panique insufflée par leurs représentants en Grèce, la « Troïka de l’intérieur » comme on appelle ici les partis de droite, oligarques, médias privés, etc. Les images de la Place Syntagma (non loin de là) sont explicites : c’est là que ça se passe, et c’est là que nous nous rendons, sans oublier bien sûr de trinquer avec une ΑΛΦΑ (Alfa, la pils locale) avec Marie, Marina et Sophie, des jeunes camarades de Comac (mouvement de jeunes du PTB) présentes aussi à Athènes. Les rues sont bien remplies, les voitures klaxonnent, les drapeaux grecs flottent au vent. Michael se fait interviewer par une télé italienne et un journaliste français de l’Humanité.

    Les slogans fusent. « Embros laé, min skyvis to kefali! O monos dromos einai antistasi kai pali » (En avant, peuple, ne baisse pas la tête ! Le seul chemin, c’est la résistance et la lutte). Les plusieurs milliers de personnes présentes font la fête, devant des centaines de journalistes du monde entier (Europe, USA, Asie, Amérique latine, etc.) présents en nombre pour couvrir l’évènement. Leur présence est d’ailleurs le signe de la portée internationale du « δημοψήφισμα » (Prononcez « dimopsíphisma », le référendum).

    L’heure est à la fête, et au bain de foule aussi pour Zoe Konstantopoulou, présidente du Parlement grec. Steff tombera d’ailleurs nez à nez avec elle, dans la cohue. « D’où venez-vous ? » lui demande-t-elle. « De Belgique. Je suis du PTB, le parti de Raoul Hedebouw. » « Ah ! Dites-lui que je tiendrai ma promesse et que je viendrai en Belgique, rapidement si possible. » La fête continue jusqu’aux petites heures.

    Un « όχι » d’une importance européenne

    Après une très courte nuit, un mal de tête est là. Un litre d’eau et un café sont plus que nécessaires. On apprend très vite la démission de Yanis Varoufakis, ministre des Finances. Le référendum provoque aussi une secousse politique : Antónis Samaras, ex-Premier ministre et leader de la Nouvelle Démocratie, démissionne.

    Dans la rue, les Unes de journaux sont explicites : c’est une victoire incontestable pour le « non ». Le sentiment qui domine à Athènes, c’est la fierté et la dignité. La dignité d’un peuple, un peuple au final pas très nombreux (11 millions d’habitants, comme la Belgique) qui a pourtant tenu tête à l’Hydre de la Troïka (cf. Carnets grecs 1) et aux pressions gigantesques de l’intérieur comme de l’extérieur. Tous les dirigeants européens, sans exception, faisaient campagne ouvertement pour le « oui » (ironiquement, certains Grecs disent que c’est peut-être même une raison pour laquelle le « non » l’a emporté). La fierté aussi d’avoir donné un « όχι » aussi clair. Les Grecs ont conscience que le non à plus d’austérité était d’une importance européenne.

    La suite n’est pas claire et aucun Grec ne se risque à un pronostic. Nous rentrons simplement dans une nouvelle étape du combat opposant l’Europe des peuples (avec en première ligne le peuple grec) contre cette UE néolibérale et mortifère.

    Notre mission s’achève ici. Nous décollons vers 17 heures, heure grecque. Des souvenirs pleins la tête. Des expériences à partager. Et plus déterminés que jamais à se battre pour une autre société, une société des gens d’abord, et pas du profit.

    Michaël Verbauwhede & Steff Coppieters

    source: solidaire.org/   [6/07:2015]

    « A CHAUD, IL FAUT SE SITUER DANS CE PROCESSUS DYNAMISE PAR LE NON GREC (Danielle Bleitrach sur lepcf.fr 6/07/2017)Les maires mobilisés contre la loi NOTRe et l’euro – balkanisation de la République »
    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :