• CGT : le verdissement au service du syndicalisme rassemblé ? (IC.fr-5/11/20)

    CGT : le verdissement au service du syndicalisme rassemblé ? (IC.fr-5/11/20)

    Avec le changement climatique et l’augmentation de la pollution, la préoccupation écologique est en constante progression. Ce n’est pour autant pas une découverte pour les communistes, qui savent qu’au XIXe siècle déjà Marx alertait en ces termes contre la dimension exterministe pour l’Humanité du système capitaliste : “Le Capital épuise le travailleur et la nature”. Démontrant qu’il n’y a jamais lieux d’opposer revendications de justice sociale et préoccupation environnementale et qu’il serait faux de laisser penser que la question écologique est absente ou nouvelle dans les luttes des communistes et des syndicalistes de combat. Il n’y a qu’une frange réunissant droite et euro libéraux coalisés au sein des mouvements écologiques tel  pour l’affirmer, eux dont la préoccupation principale n’est jamais que l’environnement des affaires et la protection du système capitaliste, leur priorité étant de diviser la gauche et les forces progressistes et de soutenir contre les peuples la construction européenne. C’est dans ce contexte que la première confédération syndicale de France, la CGT est animée par un débat cristallisant en apparence sur cette question écologique. Les communistes de la commission lutte du PRCF vous en apporte un décryptage approfondi ci-dessous.


     

    CGT : le verdissement au service du  ?

     

    par la Commission des luttes du PRCF

     

    Les lecteurs d’Initiative communiste savent que se joue en ce moment une bataille interne entre la ligne (contre-)« réformiste » de  et la ligne rouge, pour un  et de masse, qui fit la grandeur de la CGT en 1936, 1945, 1968 et 1995, emmenée par de plus en plus d’organisations (fédérations, unions départementales et locales, syndicats…) proches de la FSM (fédération syndicale mondiale) et soutenues par le Front Syndical de Classe… et aussi, sans discontinuer, par notre journal INITIATIVE COMMUNISTE, qui n’a cessé de donner la parole à des syndicalistes de lutte comme Laurent Brun (SNCF) ou Cédric Liechti (EDF)

    En effet, après un sérieux revers au dernier congrès pour la direction confédérale sortante – la base ayant imposé que la FSM soit mentionnée dans le document d’orientation contre l’avis de la confédération (lire ici ndlr) ; après les signatures avec la CFDT de textes scélérats (l’un avec le MEDEF, l’autre encensant le régime Macron, Angela Merkel et l’Union Européenne, et un dernier en date réclamant au premier ministre que le fumeux dialogue sociale soit respecté), qui ont fait bondir bien des organisations de la CGT ; la ligne pour un syndicalisme de classe marque des points pendant que la ligne confédérale n’en finit plus de décevoir ses syndiqués. Ni Philippe Martinez de décevoir, lui qui s’était d’abord signalé comme un lutteur en 2016 (contre la loi El Khomri) et qui semble, depuis lors, avoir “mangé son chapeau” pour éviter d’être éjecté par la puissante aile droite “euro-constructive” et proche de la CES (confédération européenne des syndicats) qui pèse sur la confédération.

    C’est dans ce contexte d’illégitimité que la confédération emmenée par Martinez, dans le cadre de l’élaboration d’un programme « plus jamais ça, le jour d’après », n’a rien trouvé de mieux que de s’acoquiner avec des « ONG » aux belles idées bien boboïsantes, européistes et donc bien réactionnaires, en particulier avec Greenpeace, ennemie historique d’Electricité de France (EDF). Si ces ONG peuvent avoir des combats légitimes et même certaines positions et actions justes, elles adoptent également des positions droitières sur nombre de sujets.

     L’un des exemples frappant porte justement sur les questions environnementales liées à la production d’. Nous précisons d’abord qu’il est bien sûr plus que nécessaire de développer une ligne syndicale forte sur ce sujet, tant ce problème frappe les travailleurs de plein fouet et a pour origine l’exploitation capitaliste, comme l’avait déjà constaté Marx dans le Capital dans lequel il écrivait « La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ».

     Mais voilà, la ligne confédérale ne va pas du tout dans ce sens : au contraire, elle préfère élaborer son programme avec, par exemple, Greenpeace, qui est en guerre contre l’énergie nucléaire alors que cette dernière est aujourd’hui l’une des moins polluantes et des plus performantes et que sa sûreté peut être assurée… à la condition qu’elle soit nationalisée, que les moyens alloués en personnels et en matériels soient conséquents et qu’elle ne soit pas non plus considérée comme LA solution miracle – ce qui implique notamment d’investir massivement dans la recherche publique pour, entre autres sources d’énergie possible, trouver l’énergie de demain.

    Or, voilà ce que propose Greenpeace, par exemple, à propos de l’ : un classement des « fournisseurs » suivant qu’ils proposent plus ou moins « d’électricité verte » : https://www.guide-electricite-verte.fr. On notera dans un premier temps l’aberration d’un tel concept : comme si l’électricité qui circule exactement dans les mêmes câbles et qui provient des mêmes modes de production, pouvait être plus ou moins verte ! Du très grand n’importe quoi !

    De plus, ce type de classement, qui vise à orienter le « consommateur » vers des fournisseurs prétendument et faussement considérés verts et vertueux, fait la promotion de la concurrence (si chère à et voulue par l’Union européenne), donc à la privatisation du secteur et, par ricochets, à la casse de l’entreprise publique EDF et à l’augmentation des prix (qui ont augmenté de 50% sur les 10 dernières années : merci la concurrence !). Inutile de préciser qu’EDF est avant-dernier du classement. Et pour cause : depuis des années, EDF semi-privatisée doit servir d’énormes dividendes aux actionnaires privés, faire passer le développement industriel national derrière la concurrence capitaliste mondiale (est-ce le rôle d’EDF de construire des usines nucléaires en Angleterre ?) et servir de vache à lait et de victime consentante à ses propres concurrents hexagonaux. Car il faut le rappeler, EDF en raison des directives européennes est tenue de revendre à vil prix son électricité à ses concurrents privés, directives européennes qui impose par ailleurs la privatisation des barrages. Les concessions hydroélectriques sont ainsi vendues à la découpe au détriment de la production d’électricité décarbonée la moins chère dont la production se voit totalement désoptimisée.

    On imagine donc bien la colère des syndiqués électriciens d’EDF/ERDF représentés par la puissante fédération CGT des mines et énergies, quand ils apprennent que la confédération va fricoter avec des ONG qui colportent de telles idées. Au fait, à quel moment les énergéticiens CGT ont-ils été consultés sur cette décision de Martinez ?

    De fait, la ligne confédérale est boiteuse, la participation à l’élaboration de ce  programme dit du « jour d’après » avec de telles organisations est très contestée, les débats sur la question lors du CCN (comité confédéral national, le « parlement » de l’organisation), ont donc été disputés. Et finalement, l’équipe de Martinez a préféré passer en force, plutôt que d’écouter les légitimes et justes positions de beaucoup de secteurs qui sont, de fait, contre cette stratégie. Il est vrai que lorsque Martinez en est, sans mandat collectif clair, à cosigner des textes avec les syndicats allemands pour encenser l’Europe régionalisée sur laquelle débouche l’emprunt Macrel/Merkon, quand il ne cesse de signer des textes en France avec la CFDT et l’UNSA qui ont démantelé les retraites par répartition et le statut des cheminots il y a quelques mois, on peut se demander s’il a désormais un point d’arrêt. “Le premier accroc coûte mille francs“, écrivait la romancière et résistante communiste Elsa Triolet, signifiant par là que seule coûte la première félonie.

    Pis : conscient de la situation, Martinez n’hésite plus à contester publiquement les positions des membres du CCN, arguant s’appuyer directement sur les syndicalistes à la base ; ces derniers n’étant jamais consultés sur aucun sujet, on se demande bien comme il fait ! A côté de la démocratie ouvrière et de la démocratie syndicale, M. Martinez aurait-il inventé la démocratie du doigt mouillé ? Et que dire du mépris affiché pour les organes démocratiques de l’organisation qu’il dirige et représente ? Quand ces derniers vont-ils enfin cesser de se laisser ainsi tourner, contourner et ridiculiser ?

    Décidément, la CGT de Krasucki, qui la définissait comme étant « tout à la fois de classe, de masse, démocratique, unitaire, indépendante », a changé du tout à rien, soit disant pour “s’élargir” et se “moderniser” ; en réalité, pour perdre sa place de premier syndicat du pays et avaler, impuissante, de plus en plus de régressions tous azimuts orchestrées par l’UE : dé-nationalisations, euro-privatisations, euro-casse des statuts et du code du travail, strangulation de la Sécurité sociales, des services publics, du « produire en France » (sacrifié aux fusions capitalistes continentales ou transcontinentales : Renault, PSA, Alstom…), de l’Education nationale (contre-réforme du lycée, parcours sup, fin du bac national anonyme, etc.).

    Mais qu’on se le dise, la situation pourrait bientôt évoluer, tant la base que toujours plus de puissantes organisations (par exemple UD 13, 94, Centre-Val de Loire, fédérations de la chimie, du commerce, de l’agro-alimentaire et des cheminots) en ont assez de ces méthodes et de ce syndicalisme sans idée, sans contenu et qui ne cesse d’accompagner la casse sociale au lieu de l’affronter de face par le combat de classe.

    Ce dont nous avons besoin, “en bas”, pour stopper la casse sociale et contre-attaquer, ce n’est pas d’un surcroît d’alignement bien-pensant sur la C.E.S., la CFDT et les ONG à la mode qui sont à mille lieues du monde du travail et qui se moquent comme d’une guigne de l’indépendance nationale, du produire en France et de l’avenir de la classe ouvrière. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un programme revendicatif et d’une stratégie nationale de combat disant stop à l’ensemble des contre-réformes, avec une plateforme revendicative susceptible de fédérer les dizaines de millions de salariés du privé, du public, les chômeurs et précaires, les retraités et les étudiants. En un mot, que nous importe l’agrément de la CFDT, de la CES, des endormeurs professionnels du “dialogue institutionnel”… et des bobos de Greenpeace. En tout cas, travailleurs et syndicalistes de classe, tenons compte que dans l’état actuel des choses, il vaut mieux compter sur nous-mêmes, nos actions, notre dialogue interprofessionnel, pour construire le TOUS ENSEMBLE EN MEME TEMPS indispensable pour vaincre.

     

    POUR LA COMMISSION LUTTES DU PRCF

    • Bernard, syndicaliste CGT retraité du Livre ;
    • Gilliatt, syndicaliste CGT des transports de voyageurs ;
    • Jo Hernandez, ancien  syndicaliste CGT EDF et ancien secrétaire UD CGT Tarn ;
    • Thomas, syndicaliste CGT dans la fonction publique ;
    • Anna, syndicaliste CGT Métallurgie ;
    • Damien, syndicaliste CGT Métallurgie ;
    • José, ancien délégué syndical CGT à Véolia.

     


     

    Le « bougé » écologiste de la CGT crée des remous en interne – extraits choisi d’un article du journal Le Monde.

    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/10/19/le-bouge-ecologiste-de-la-cgt-cree-des-remous-en-interne_6056552_823448.html

     

    Par Bertrand Bissuel et Raphaëlle Besse Desmoulières

     Le rapprochement décidé par Philippe Martinez entre le syndicat à la culture industrialiste et des ONG comme Greenpeace passe mal auprès de certaines fédérations.

    […] [Au sein du] collectif Plus jamais ça, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, Jean-François Julliard, numéro un de Greenpeace France, et Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac, accompagnés d’autres responsables associatifs, ont accordé leur agenda pour se retrouver, vendredi 16 octobre, dans une papeterie à l’arrêt, à Grand-Couronne (Seine-Maritime). Les portes de l’usine de Chapelle Darblay, la seule en France à produire du papier journal 100 % recyclé, se sont refermées en juillet, 218 salariés ont été licenciés et des équipes CGT se battent, depuis, pour faire revivre le site.
    (…). « On est venus pour voir concrètement sur le terrain de quelle façon on peut matérialiser le jour d’après. Ici, c’est une très bonne illustration pour voir comment conjuguer urgences sociale et climatique », explique le leader de la CGT

    Le quotidien vespéral des marchés cite en soutien de la démarche Samantha Dumousseau, responsable de l’union départementale (UD) de Charente et issu de l’agroalimentaire qui plutôt que de vouloir convaincre les salariés de se syndiquer motive la démarche en arguant de l’aide que cela doit apporter pour établir des liens avec “des salariés qui ne se retrouvent pas dans le syndicalisme ou des jeunes plus sensibles aux enjeux environnementaux”, tandis que Jean Marc Canon de l’Union Générale des Fédérations de Fonctionnaire CGT pretexte d’un un point d’appui « sur lequel il faut que nous construisions le jour d’après »

    Le Monde ne peut cependant passer sous silence l’opposition à cette stratégie, y compris dans la méthode pour l’imposer, sous entendant dans ses colonnes que Martinez en a pris la décision de façon minoritaire.

    Et de citer Cédric Caubère, le dirigeant de l’UD de Haute-Garonne qui souligne que c’est « une démarche de sommet, coupée ou incomprise par les syndicats ». Quant aux premiers concernés, il n’ont pas été associés. Le Monde cite ainsi Sébastien Ménesplier, secrétaire général de la fédération mines-énergie “Depuis la loi de 2015 sur la transition énergétique, nous n’avons pas rediscuté de façon concrète de ces enjeux, à l’échelon confédéral” et le Monde d’ajouter toujours en citant le chef de file des syndicalistes de l’Energie

    « La CGT a donc besoin d’avoir une position, poursuit-il. Quand elle cosigne un texte avec Greenpeace, nos adhérents dans la filière du nucléaire se disent que les orientations du syndicat ont changé. Il faut que nous ayons une réflexion, pour déterminer ce que nous avons en commun avec cette ONG ou d’autres. » Au sein de sa fédération, M. Ménesplier ne voit « guère de raisons de travailler avec Greenpeace » sur la question de l’énergie atomique.

     L’article du Monde mais alors en évidence le coup de force de Martinez et des tenants du syndicalisme rassemblés inféodés à la CES :

    (…)M. Martinez aurait-il été tenté de passer par-dessus ses instances sur un thème qu’il savait miné ? C’est le reproche que lui a adressé, lors du CCN de juin, Laurent Brun, le patron de la fédération des cheminots : « Nous sommes très en colère sur ce que nous interprétons comme des coups de force sur des virages politiques de la confédération »

     et souligne qu’au sein de la CGT les syndicat s’inquiète de l’inadéquation de cette stratégie de communication pour défendre les emplois et les outils de production pourtant indispensables pour mener une politique écologique.

    Au-delà des critiques sur le manque de concertation en interne, dont certaines émanent d’opposants à M. Martinez, il y a surtout des interrogations de fond sur l’emploi. « Des démarches, comme celles qui ont été impulsées avec Greepeace, sont intéressantes, déclare au Monde Mohammed Oussedik, le leader de la fédération verre-céramique. Le syndicalisme ne peut pas rester dans l’entre-soi, le social et l’environnement doivent être pensés ensemble. Mais on ne peut pas, comme ça, tirer un trait sur des industries qui ont un avenir. Il faut les laisser opérer des transitions. »

     Interrogé par le Monde, Martinez lui refuse d’écouter les militants et syndicats de la CGT, prétendant décider seul contre l’ensemble des représentants de chacun des syndiqués de la CGT qui sont représentés par le CCN.

    M. Martinez, lui, semble vouloir maintenir le cap. « Chez nous, c’est démocratique », plaide-t-il lors de la visite de la papeterie, en reconnaissant qu’« il y a des camarades qui ne sont pas d’accord ». « Les syndiqués, vous l’aurez remarqué, ne sont pas tous au CCN, signale-t-il. Je m’appuie sur mes expériences de terrain et partout où je vais, [l’initiative] est très appréciée. » Et de conclure : « C’est la CGT qui s’ouvre. Plus on s’ouvre, mieux on se porte. Quand on discute tout seul, on est sûr d’avoir raison. »

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

    « Pandémie, menace sur la paix, fascisation et crise du capitalisme : Fadi Kassem et Georges Gastaud répondent aux questions d’IC.(IC.fr-4/11/20)Le Bélarus ou la dernière part du gâteau-par Loïc Ramirez (LGS-29/10/20) »
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