• A propos de l’audition de Didier Raoult devant les sénateursLa réunion des sénateurs avec le Professeur Raoult

    La publication des réponses du professeur Didier Raoult aux questions d’un groupe de sénateurs de la commission des affaires sociales a suscité sur notre site Gomet’ un intérêt remarquable, au point de saturer notre serveur vendredi matin. Des dizaines milliers d’internautes ont demandé à télécharger le document.

    Certains se sont étonnés de cette publication, et ont émis des doutes sur sa véracité. Ce document nous est parvenu en effet par une voie non conventionnelle, celle d’un fidèle lecteur que nous tenons à remercier.

    Un groupe de travail de la commission des affaires sociales

    Nous avons alors nous-mêmes vérifié l’intérêt et la nature de ce rapport. La première vérification est intellectuelle. Est-ce que ce document est dans la logique des interventions du professeur marseillais ? Est-ce que le ton, les thèmes, les dires sont dans son historique d’intervention. Sans être des exégètes agréés de la pensée raoultienne, nous l’avons trouvé fiable. D’autant qu’au même moment, le rapport date du 8 mai, Paris Match publie, le 9 mai, une interview certainement réalisée dans la semaine et qui aborde les mêmes sujets de façon plus châtiée, avec un style plus élaboré digne de la patte des secrétaires de rédaction de Match.

    Mais pour autant, ce pourrait être un écrit apocryphe talentueux. Nous avons alors vérifié et authentifié, l’origine réelle de ce rapport, l’existence d’une réunion en téléconférence avec des sénateurs et l’argumentaire documenté du professeur Raoult.

    Restait une question : les rapports des auditions publiques de la commission des affaires sociales sont mentionnés sur le site du Sénat et les réunions sont à l’agenda de l‘honorable institution. Pas celle avec Didier Raoult.

    Il s’agit en fait d’une réunion organisée à l’initiative d’un rapporteur de la commission des affaires sociales (une pratique courante) qui a sollicité le patron de l’IHU – Méditerranée Infection. L’audition a été demandée par la rapporteure Catherine Deroche (sénatrice LR du Maine et Loire). Elle s’est déroulée jeudi 7 mai en fin de matinée. Deux sénateurs de la métropole ont participé à la réunion : MM. Michel Amiel et Bruno Gilles. Le sénateur Bruno Gilles a confirmé à Gomet’ les propos très argumentés du professeur Raoult, sa détermination et la précision de ses propos. L’élu précise qu’un compte rendu officiel sera bien diffusé et évoque une surcharge de travail des services de la commission des affaires sociales pour expliquer le délai de publication.

    L’expérience marseillaise des lazarets

    Dans son rapport, le professeur précise son choix sur le lazaret plutôt que le confinement « la quarantaine (on confine tout le monde) ne fonctionne pas (elle consiste à enfermer des gens contagieux avec des non contagieux) » en faisant référence à l’expérience marseillaise des lazarets ceux notamment d’Arenc, puis du Frioul.

    Le lazaret du Frioul: un ensemble de douze bâtiments édifiés au XIXe siècle par Michel Robert Penchaud sur l’archipel. Ceinture sanitaire protégeant Marseille des épidémies, les bâtiments étaient destinés aux marins en quarantaine.

    Mais il hausse surtout le ton au plan politique. Après la visite d’Emmanuel Macron, l’exécutif observait une neutralité bienveillante avec Didier Raoult. Or le lundi précédant cet entretien, le 4 mai, Édouard Philippe a évoqué au Palais du Luxembourg un certain « savant » qui assure sans réelle preuve « qu’il ne peut y avoir de deuxième vague » de Covid-19. Sans mentionner le virologue, Édouard Philippe a déclaré : « Tel savant nous dit, affirmatif et catégorique, qu’il ne peut pas y avoir de deuxième vague et que le virus s’éteindra avec l’été, tel autre, tout aussi savant et respecté, nous dit l’inverse. L’Histoire nous dira qui avait raison. Mais je crains que nous n’ayons pas le temps d’attendre que l’Histoire se fasse juge. »

    La colère froide de Didier Raoult

    Le ministre de la Santé, Olivier Véran a également marqué son agacement dans Le Parisien samedi 2 mai. « Je dirais qu’en termes de prévision, je préfère me référer à des experts qui ne disent pas qu’il y aura moins de morts du coronavirus que par accidents de trottinette ! Ou qui ne disent pas qu’il n’y aura pas de seconde vague après avoir dit qu’il n’y aurait pas de première. Ce n’est pas très responsable et je le lui dirai. »

    Didier Raoult, placide, derrière son calme apparent, en tournicotant sa barbiche, a voulu dans cet échange sénatorial remettre les pendules à l’heure et dans une colère froide, il met en cause les autorités politiques et les place face à leurs responsabilités. Il dénonce les « délires », les « émotions », la « manipulation de l’opinion », les « conflits d’intérêts », « les mensonges d’un autre monde »…

    « Ceci, affirme-t-il, décrédibilise durablement les décisions de l’État dans une situation de crise, quand les praticiens sont massivement en désaccord avec les autorités, et cela représente un danger pour l’avenir ».

    « Ceci ressemble à l’histoire du sang contaminé ! » avertit Didier Raoult et il pointe ce qui pourrait devenir une non-assistance à personnes en danger, voire un procès politique : « L’idée de proposer, officiellement, aux patients de ne pas chercher de soins avant de sentir des difficultés respiratoires, a été une décision extrêmement dangereuse ».

    Christian APOTHÉLOZ

    source: https://gomet.net/

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  • Le professeur Didier Raoult devant la commission des affaires sociales du Sénat (Crédit DR).Le Professeur Didier Raoult devant la commission des affaires sociales du Sénat

     

    Critiqué par le Premier ministre, mis en garde par le ministre de la Santé, remis en question sur les plateaux TV, le professeur Didier Raoult a dégainé son argumentaire devant le Sénat le 7 mai dernier en visioconférence. Les questions des sénateurs furent factuelles, précises, acérées. Les réponses de Didier Raoult sont à la hauteur. Il réplique coup pour coup et précise ses attaques, sur le fond, avec les mêmes arguments qu’il défend depuis le début de la crise ou plus récemment dans son interview à Paris Match du 9 mai, mais sur la forme avec plus de combativité et de vélocité.

    Dans un document de synthèse qui circule, produit par Didier Raoult, les réponses au questionnaire d’un groupe d’élus membre de la commission des Affaires sociales du Sénat et que nous publions ci-dessous (en dernière page), il remet en cause globalement l’approche du gouvernement et pointe des responsabilités lourdes des décideurs politiques et médicaux. La pensée raoultienne en 10 citations.

    1. Le conseil scientifique n’est pas au niveau

    Sur le Conseil scientifique, il réitère sa grande défiance arguant du mauvais niveau des membres (par rapport à lui C.Q.F.D.) « Je refuse de débattre avec des gens ayant un niveau de connaissance trop bas » réaffirme-t-il dans Match. Mais surtout, il attaque sa consanguinité avec uniquement l’Inserm et l’Institut Pasteur au board, des infectiologues d’abord mais surtout, « ce groupe évolue dans un écosystème commun avec les directions locales de l’industrie pharmaceutique. »

    2.  Il faut tester tout de suite le maximum de personne

    « Dans une situation épidémique qui débute, il faut tester tout de suite le maximum de personne. Ceci n’a pas été réalisé, en particulier parce que pendant un certain temps, les Centres nationaux de référence (tous les deux présents au Conseil ccientifique) considéraient que les tests diagnostiques étaient une difficulté particulière, (ce qui ne correspond pas à̀ la réalité), et qu’eux seuls pouvaient les faire.»

    3. Le paracétamol avant l’insuffisance respiratoire : une décision extrêmement dangereuse

    « L’idée de proposer, officiellement, aux patients de ne pas chercher de soins avant de sentir des difficultés respiratoires, a été une décision extrêmement dangereuse : chez les patients qui ne présentaient que pas, ou peu de symptômes, et pas de difficultés respiratoires (dyspnée), 65 % d’entre eux avaient des lésions au scanner.

    De mon point de vue, il y a tentative de monopolisation de la connaissance dans ce que cette crise a permis de révéler, et qui ne correspond pas à la réalité analysable. Quant aux recommandations, il paraît difficile, de mon point de vue, de dire aux gens qui sont malades de ne pas venir se faire tester, ni soigner, et de dire aux patients que la seule thérapeutique acceptable est le Doliprane jusqu’au moment où ils présenteront une insuffisance respiratoire. »

    4. La bonne méthode pour découvrir des choses inattendues

    « Tout commence toujours dans les maladies nouvelles par de l’observation anecdotique, ensuite par des séries observationnelles qui permettent de cerner les questions basées sur l’observation initiale. Le fait d’imaginer que l’on puisse, en utilisant des méthodes traditionnelles se doter des capacités d’observations est juste un fantasme là aussi lié au fait que la plupart des gens qui sont en situation d’avoir une opinion sur cette situation se trompent de guerre. Dans les maladies nouvelles, les initiatives individuelles, les observations sont essentielles, c’est ce que les Anglais appellent l’abduction, c’est-à-dire la capacité de découvrir des choses qui sont inattendues et qui ont été extrêmement communes dans cette maladie.»

    5. La chloroquine : émotion, délire, manipulation de l’opinion

    « Il est à noter, qu’à cette occasion, j’ai pu observer un délire, qui est le plus stupéfiant sur le plan médicamenteux, de toute ma carrière, pourtant longue, sur le danger extrême de l’utilisation de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine. Ces médicaments sont prescrits depuis 80 ans, il est probable qu’au moins 1/3 de la population a eu l’occasion d’en manger. En France, la CNAM rapporte que 36 millions de comprimés de Plaquenil 200 mg ont été́ distribués en 2019. L’émotion formidable, sur les risques de la chloroquine et l’hydroxy-chloroquine, témoigne d’une absence complète de contrôle de l’information raisonnée, basée sur la bibliographie, et non pas sur les émotions des uns et des autres, voire la manipulation de l’opinion et je mesure mes termes. Par définition, le directeur de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), en est responsable. » (N.D.L.R. Le docteur en psychiatrie, Dominique Martin)

    6.  Conflits d’intérêts et « scientific misconduct »

    Didier Raoult avait déjà dénoncé les conflits d’intérêts des autorités médicales en particulier avec le laboratoire américain Gilead.

    « Ce qui est inquiétant, est que l’équipe conseillère du Conseil scientifique, qui rapporte des données sur le Remdesivir ou sur l’hydroxychloroquine, au mieux sont maladroites, ou pire, sont manipulées ». (…) « Il existe un problème très fondamental de conflits d’intérêts concernant la médecine dans ce pays, il paraît difficile d’être à la fois le bénéficiaire de financement massif et de se prononcer raisonnablement sur des choix thérapeutiques qui concernent les médicaments d’un industriel qui les produit. » Didier Raoult a même fait établir une courbe comparée des interventions contre la Chloroquine et du cours de Bourse Gilead ! (9 milliards de dollars d’action ont été́ échangés pendant la période du COVID 19 pour l’action Gilead). Derrière les murs de labos la bataille est sans merci : « Des dénonceurs professionnels m’ont fait harceler, pour me faire rétracter des publications ».

    Pour donner l’exemple, l’IHU publie en fin de rapport un compte rendu chiffré de tous les contrats, conventions et dons des industries pharmaceutiques faits à la Fondation.

    7.   Le ministère dans le collimateur

    « La position du ministère qui a consisté, sur les conseils du Haut comité de santé publique actuel, conseillé par le Professeur Chidiac, d’interdire la prescription d’hydroxychloroquine aux médecins généralistes. (…)  Il existe donc pour des raisons qui sont mystérieuses et dont je pense que cette commission devrait se préoccuper sérieusement, d’empêcher l’usage du médicament le plus utilisé au monde pour traiter le COVID, le plus utilisé au monde par les médecins qui prennent en charge les COVID. Ce mystère français reste à élucider. Ceci décrédibilise durablement les décisions de l’État dans une situation de crise quand les praticiens sont massivement en désaccord avec les autorités et représente un danger pour l’avenir. »

    8.  L’essai Discovery biaisé

    « L’essai Discovery représente les conséquences d’un choix initial, qui était d’utiliser le Remdesivir, et celui-ci ne pouvant être utilisé que dans les formes graves du fait de sa toxicité. Il ne testait plus la prise en charge des formes au début, ce que je pense être une erreur grave et une ignorance scientifique coupable sur la virologie.»

    9.  Le vaccin : un pari symbolique ?

    « Concernant les vaccins, je ne suis pas sûr qu’un vaccin, pour une maladie dont on ne sait pas si elle existera l’année suivante, soit réellement autre chose qu’un pari. Il n’empêche qu’il faut bien que certains prennent des paris, mais la route est longue. Les exigences de sécurité, pour un vaccin de cette nature, prennent plusieurs années, en général.

    J’ai la plus grande incompréhension sur les recommandations vaccinales. Il n’y a aucune homogénéité sur les recommandations vaccinales en Europe, où il existe 23 programmes de vaccination différents, aucun rapport entre nos recommandations vaccinales et celles des États-Unis. Des vaccins extrêmement importants et efficaces comme celui de la varicelle (plusieurs de centaines de milliers de cas en France, par an), le rotavirus (plusieurs de centaines de milliers de cas), le papillomavirus, plus l’absence de mise en place d’une vaccination pour la grippe des enfants (la grippe aura tué probablement plus d’enfants cette année que le Covid), amène à penser que la création d’un vaccin, en dehors de son aspect symbolique, ne débouche pas nécessairement sur un usage. Je pense qu’il est plus urgent d’avoir une réflexion sur les vaccins existants actuellement, que sur les vaccins pour une maladie dont on ne sait pas si elle sera encore présente l’année prochaine.»

    10. Le Lazaret ou la quarantaine ?

    « Les isolements ont été faits sur un mode de quarantaine et non pas sur un mode de Lazaret, que nous connaissons bien à Marseille. Nous savons à Marseille, depuis plusieurs siècles, que le Lazaret (on isole les malades) a un intérêt (comme les avaient les sanatoriums) mais que la quarantaine (on confine tout le monde) ne fonctionne pas (elle consiste à enfermer des gens contagieux avec des non contagieux) et il se passe ce qui s’est passé sur les bateaux comme le Diamond Princess ou le Charles de Gaulle qui sont des exemples typiques de ce qu’est le confinement sans test préalable.»

    Christian APOTHÉLOZ

     

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    Quadrature. — « Positions of the Unknown » (Positions de l’inconnu), 2017.

     

    Nicolas Hulot, passé à l’état de flaque de sirop, est répandu partout dans la presse. Macron laisse entendre qu’il réfléchit à un « green deal à la française ». Sur l’échelle ouverte de Richter du foutage de gueule, on se prépare des sommets — et les « jours heureux » nous sembleront comparativement un modèle de sincérité. Pendant ce temps, des économistes rêvent éveillés de « monnaie verte ». Benoît Hamon sort de son catafalque. On ne parlera plus bientôt que de « transition », comme déjà l’Union européenne sous les avisés conseils de BlackRock. Comme avec « l’Europe sociale et démocratique », mais un niveau au-dessus, on essaye de nouveau d’estimer le temps que toutes ces imbécillités vont nous faire encore perdre.

    La transition n’est pas une question « écologique » (pour « écologistes »). Il ne s’agit pas de transiter vers un « capitalisme-respectueux-de-l’environnement » — on appelle « quadrature du cercle » les projets de transition vers les cercles carrés, et ça n’a jamais très bien fonctionné. Il ne s’agit pas de sortir du capitalisme « pas encore vert ». Il s’agit de sortir du capitalisme tout court.

    Une transition de cette nature se réfléchit alors autour de trois grandes questions, toutes liées à la division du travail : 1) ce qu’on en garde, et ce qu’on en jette — le plus possible : nous avons sur les bras une planète qui tourne tantôt à l’incendie tantôt à la boîte de Pétri géante. 2) Le fait que la division du travail, spécialement sous la contrainte du « à garder », nécessite d’interroger la solution des autonomies locales. 3) Les nouveaux rapports sociaux dans lesquels la couler — pour qu’elle ne soit plus une division du travail capitaliste — et, d’abord, les fausses solutions qui rôdent en cette matière.

    La division du travail : en garder et en jeter

    Deux choses doivent être claires : 1) ce dont nous sommes mis en demeure, c’est d’en finir avec le capitalisme ; 2) sortir du capitalisme, c’est perdre le « niveau de vie » du capitalisme. À un moment, il faut se rendre à un principe de conséquence. On ne pourra pas vouloir la fin du système qui nous promet le double désastre viral et environnemental, et la continuation de ses « bienfaits » matériels. C’est un lot : avec l’iPhone 15, la voiture Google et la 7G viendront inséparablement la caniculisation du monde et les pestes. Il faudra le dire, le répéter, jusqu’à ce que ces choses soient parfaitement claires dans la conscience commune.

    Toute la question du communisme a donc pour préalable celle des renoncements matériels rationnellement consentis, et de leur ampleur. Ceci est un sujet éminemment politique. Dans le capitalisme, le périmètre des satisfactions matérielles est abandonné à la croissance spontanée, anarchique, de la division du travail sous la conduite aveugle et folle de la valeur d’échange. Dans le communisme, ce périmètre redevient une question de délibération collective. Avec quels objets voulons-nous vivre, desquels pouvons-nous nous passer, desquels non ? C’est à nous de décider — et ce sera, en effet, de la politique : car tout le monde ne sera pas d’accord. Comme toute décision politique, celle-ci sera imparfaite, majoritaire seulement (la politique ne connaît pas l’unanimité).

    C’est un lot : avec l’iPhone 15, la voiture Google et la 7G viendront inséparablement la caniculisation du monde et les pestes

    Encore pour l’être — majoritaire — requerra-t-elle un principe de prudence, c’est-à-dire de discernement. Partant de la situation présente, du degré d’aliénation marchande auquel le capitalisme nous a réduits, avec un très grand succès d’ailleurs, on ne peut pas prendre pour hypothèse le surgissement instantané de l’homme nouveau, ni envisager de lui faire faire tout de suite des bonds de géant en matière de renoncements matériels. Des déplacements oui, des bonds non. La vie à la ZAD : un bond de géant — à la portée de quelques-uns seulement. Dans cette mesure même admirable… et impropre à soutenir une hypothèse majoritaire, en tout cas pour l’heure.

    Bien sûr, on ne saurait présenter une transition révolutionnaire comme un simple renoncement, là où en fait il s’agit plutôt d’une grande substitution : abandonner une chose mais pour en gagner une autre : à la place de la vie comme quantité (le parfaitement nommé « niveau de vie »), la vie comme qualité ; à la place des futurs colifichets perdus par anticipation (iPhone 15, etc.), la tranquillité matérielle pour tous, de vastes services collectifs gratuits, une nature restaurée et, peut-être par-dessus tout, du temps. Cependant la grande substitution restera un fantasme sans suite si elle est trop exigeante, si le rapport des contreparties est trop défavorable relativement à ce que l’homme-pas-nouveau peut tolérer.

    Par exemple, parmi les ennemis mortels de tout processus révolutionnaire, il y a les étals vides, et son corrélat : le marché noir inflationniste. Une transition révolutionnaire qui se retrouve face à ça est cuite. C’est dire qu’il y a intérêt à l’avoir pensé avant. La collectivité doit s’organiser pour déterminer l’ensemble des biens sur lesquels une tranquillité absolue doit régner pour tous : alimentation de qualité, logement de qualité — évidemment encore à conquérir, mais qu’au moins il n’y ait aucun recul — énergie, eau, moyens de communications, médecine et pharmacie, et « quelques autres choses encore » (Marx et Engels). Le renoncement et la substitution ne commencent qu’à partir de ce socle.

    Héritant du niveau de développement des forces productives du capitalisme, nous avons des chances raisonnables d’y parvenir — c’est tant mieux. Les révolutions antérieures n’avaient pas eu cet avantage, et elles l’ont cruellement payé. On connaît le paradoxe de la révolution russe, survenue dans le pays où Marx la jugeait la moins probable du fait, précisément, de son arriération matérielle. Le paradoxe ne cessa pas d’être mordant puisque, la prise révolutionnaire du pouvoir accomplie, l’effort de développement eut à s’effectuer dans les pires conditions, toutes les ressources devant être dirigées vers le rattrapage des forces productives à marche forcée, le primat de l’industrialisation et des biens d’équipements — les moyens de produire tout le reste, notamment les biens de consommation, mais qui viennent logiquement avant eux. Et de même la Chine de Mao et son Grand Bond en avant, dont on sait dans quel état il a laissé la population chinoise. Drames du décollage économique forcé dans des rythmes infernaux, drames d’ailleurs pas seulement économiques : drames humanitaires, puisque ces transitions se sont payées de terribles famines, et drames politiques car seule la poigne de fer des régimes a « tenu » les populations à la grande transition dans des conditions aussi difficiles.

    Sauf à être soutenues par un désir commun très puissant, les trajectoires de sacrifice se payent au prix politique fort. Les frustrations matérielles vécues finissent toujours par s’exprimer comme tensions politiques, parfois très violentes, dont la réduction ne fait pas dans la dentelle — et l’expérience révolutionnaire chargée d’espérance de verser dans l’autoritarisme le plus désespérant. Ces trajectoires ne sont plus envisageables. Heureusement nous avons désormais les moyens de nous les épargner. Dans le bilan historique du capitalisme, il restera donc qu’il était sur le point de détruire l’humanité en l’homme, de rendre la planète inhabitable, mais aussi qu’il nous laisse l’état de très haut développement de ses forces productives, et, partant, nous permet d’envisager de l’abandonner dans des conditions matérielles plus favorables que jamais — merci, au revoir.

    Il va cependant sans dire que, si c’est pour faire tourner les machines capitalistes comme les capitalistes mais sans eux, ça n’est pas exactement la peine de se lancer dans des chambardements pareils. C’est donc la délibération politique qui détermine ce qu’il y a à garder de la division du travail capitaliste et ce qu’il y a à jeter. Qu’il faille en jeter un maximum, la chose est certaine. Mais qu’il faille en garder — évidemment pour la couler dans de tout autres rapports sociaux — ne l’est pas moins. Alors il faut reprendre la question du local et du global, mais cette fois sous l’angle des « autonomies » — et pour y faire des distinctions.

    Des « autonomies »

    Ici il faut redire et la valeur essentielle et l’insuffisance matérielle des pratiques « locales » de l’autonomie — pour les raisons mêmes qui viennent d’être indiquées : elles ne peuvent à elles seules fournir le « socle matériel » à partir duquel seulement le gros de la population peut entrer dans la logique du renoncement et de la substitution — les paris « anthropologiques » aventureux, à grande échelle, sur les « conversions frugales » finissent mal en général (soit en cruelles désillusions soit en autoritarismes politiques).

    Mais il y a plusieurs manières d’envisager l’autonomie : l’autonomie purement « localiste », ou bien réinscrite dans un ordre social global. Purement « localiste », soit elle demeure partielle — autonomie centrée sur une pratique particulière (jardin, garage, dispensaire, etc.), et par-là reste branchée sur l’extérieur du système tel qu’il est ; soit elle va aussi loin que possible dans la reconstitution d’une forme de vie complète mais alors ne concerne que des participants « d’élite ».

    Chacune à sa manière, les deux courent le même risque : celui de se détourner de fait de la transformation du système d’ensemble. Souvent d’ailleurs les pratiques de l’autonomie naissent au cœur d’une crise, comme des réponses réactionnelles à des situations de détresse matérielle. Ainsi, sans doute, par exemple, du mouvement très contemporain vers les jardins potagers dont la visée d’autosuffisance est manifeste… et suffit à dire son ambivalence : tourné vers la subsistance du petit collectif concerné, et de fait désintéressé du changement d’ensemble, soit : l’autonomie-expérimentation tournant en autonomie-fuite, sans égard pour ce qui reste derrière. C’est peu dire que le capitalisme s’en accommode fort bien. Il s’en accommode doublement même. D’abord parce que certaines de ces autonomies de nécessité sont réversibles : les participants retournent au système institutionnel standard dès que celui-ci refonctionne à peu près correctement — l’activité des clubs de troc et de monnaies parallèles en Argentine, par exemple, était très corrélée à la conjoncture globale, leurs membres revenant dès qu’ils le pouvaient au salariat comme solution privilégiée d’accès à l’argent.

    Les pratiques de l’«autonomie» forment donc un ensemble tout sauf homogène

    Ensuite parce que, même quand ces expérimentations résistent au reflux et persévèrent, elles demeurent des isolats et le système d’ensemble n’en est pas affecté : au travers de la crise des années 2010, le capitalisme grec, au passage ravi que « ces gens aillent faire leurs affaires ailleurs, désencombrent les guichets de l’État-providence et nous épargnent des charges », n’en a pas moins continué son cours après qu’avant la floraison des lieux collectifs auto-organisés. Bien sûr, ce que le capitalisme grec ne voit pas, c’est que si ces expérimentations ne l’affectent pas dans le court terme, elles sont cependant des matrices à déplacements individuels, qui finissent par faire des déplacements collectifs, et lui préparent des situations difficiles quand ils viendront à maturité — c’est là l’éminente valeur de toute cette vie sous les radars des institutions officielles. Mais pour l’heure, c’est vrai, il a la paix. Les pratiques de l’« autonomie » forment donc un ensemble tout sauf homogène : « autonomies de détresse » réversibles, « autonomies de persévérance » locales et autocentrées, « autonomies locales mais de combat » branchées, elles, sur une perspective politique de propagation, selon un modèle de défection généralisée. À quoi il faudra ajouter une dernière sorte : « autonomies réinscrites dans une division du travail d’ensemble ». C’est à ces dernières qu’on verra ce que la transition ne doit pas être : de la « décroissance ».

    Impasse de la décroissance

    Car l’esprit humain va au bout du déni et des procédés dilatoires pour ne pas regarder en face ce qu’il lui est trop pénible d’envisager. Alors il continue de tirer jusqu’au bout du bout sur l’élastique pour faire durer encore un peu ce qui ne peut plus durer — en se racontant quand même qu’il est en train de « tout changer ». Typiquement : la décroissance. La décroissance est le projet insensé de n’avoir pas à renverser le capitalisme tout en espérant le convaincre de contredire son essence — qui est de croître, et indéfiniment. Au vrai, on peut très bien « décroître » en capitalisme. Mais ça s’appelle la récession, et ça n’est pas beau à voir.

    De deux choses l’une donc : soit il est précisé que « décroissance » est un autre nom pour « sortie du capitalisme ». Mais alors pourquoi ne pas dire simplement… « sortie du capitalisme » ? Et surtout pourquoi maintenir cette problématique de la croissance (dont la décroissance n’est qu’une modalité) qui, en réalité, n’a de sens que dans le capitalisme. Il y a des questions qui appartiennent tellement à un cadre (ordre social) particulier qu’elles s’évaporent comme absurdités sitôt qu’on en sort. Par exemple, dans le cadre théologico-superstitieux, la survenue d’une pandémie peut donner lieu à des problèmes caractéristiques comme : « Qu’avons-nous fait qui ait pu offenser Dieu ? ». Alors le débat fait rage : « ceci l’a offensé, non c’est cela… ». Dans le cadre rationnel-scientifique, évidemment, ces questions-là n’ont pas trop lieu d’être — ont perdu tout sens. Les problèmes sont posés d’une façon tout à fait autre : la façon de la virologie, de l’épidémiologie, de l’économie politique, de la science des milieux naturels, etc. De même pour croissance et décroissance. Elles ne sont des obsessions cardinales que du monde capitaliste. Dans un monde communiste, on en est tellement libéré que ça ne traverse plus la tête de personne. Certes, le contrôle politique collectif de la division du travail ne cesse d’avoir à l’esprit (comme jamais d’ailleurs) les problèmes de l’inscription humaine dans la nature, et des dégâts qu’elle peut y commettre. Mais ces problèmes-là ne sont plus du tout codés dans les catégories de la « (dé-)croissance », qui n’ont de sens qu’attachées à l’ordre capitaliste. Si les mots ont une importance, pourquoi ceux qui entendent bien la « décroissance » comme sortie du capitalisme continuent-ils donc de couler leur discours dans les catégories du capitalisme ?

    Soit, donc, la décroissance comme autre nom de la sortie du capitalisme, soit la décroissance comme autre chose dans le capitalisme — la version hélas la plus répandue. Qui se figure gentiment qu’un mode de production dont l’essence est la croissance pourrait se mettre à la décroissance-demain-j’arrête, et surtout qui a tout organisé selon la logique de la croissance : notamment l’emploi. Cas extrême, mais significatif : entre 2008 et 2014, la Grèce perd 33 % de PIB — une très belle performance de décroissance —, moyennant quoi son taux de chômage atteint 27 %. Oui, c’est l’ennui : dans le capitalisme, le rapport entre croissance et emploi est bien serré.

    Hors de situations aussi critiques, ne pourrait-on cependant le dénouer un peu ? Par exemple envisager de maintenir l’emploi à taux de croissance moindre, voire négatif, en faisant porter l’ajustement sur la productivité — dont la baisse devrait être concomitante à celle de la croissance. Mais la baisse de la productivité, c’est celle du profit. Interrogeons les capitalistes :
    — « Êtes-vous prêts à maintenir une masse salariale invariante en face d’un chiffre d’affaire diminué ? »
    — « Mais certainement Madame Teresa, on commence demain ».
    Un patron un peu roué aurait même la ressource de l’hypocrisie bien fondée, et de répondre que lui voudrait bien, mais ses actionnaires… Et de fait : s’il ne leur donne pas satisfaction, il sautera.

    Pour rendre compatible maintien de l’emploi et décroissance capitaliste(s), il faudrait donc en finir avec le pouvoir actionnarial. Donc avec ses structures — celles de la déréglementation des marchés de capitaux. Tout ça commence à devenir très compliqué — en tout cas dans la logique qui voudrait bricoler une solution « à l’économie ». Et surtout très contradictoire. Car, dans l’alternative radicalisée désormais posée par l’état présent du capitalisme (et du capital), décidé à ne plus céder sur rien, soit l’épreuve de force tournera court, soit elle prendra l’ampleur d’un affrontement total où s’amorcera de fait un processus de rupture, pas seulement avec la « financiarisation », mais avec le capitalisme dans son ensemble. Mais alors, dans ces conditions, pourquoi ne pas y aller carrément ?

    Tout, dans le capitalisme, trouve sa justification par l’emploi. L’emploi est la solution imposée aux individus par le capital pour simplement survivre

    On aurait tort de se gêner car, en définitive, le petit problème « d’emploi » de la décroissance en capitalisme vient indiquer qu’il est en réalité celui du capitalisme. C’est le capitalisme qui a fait de l’emploi un problème — plus exactement notre problème, le problème des non-capitalistes —, tout de même que les curés avaient fait du courroux divin le problème des croyants sur lesquels ils régnaient. Et comme ceux-ci étaient pris en otages par le salut éternel, ceux-là sont pris en otages (d’une manière un peu plus rudement objective) par l’emploi. Et la société entière, sous l’ultimatum, se voit enrôlée dans les indifférences de la valeur d’échange, donc possiblement à faire tout et n’importe quoi : des pneus, du nucléaire, du gaz de schiste. Tout, dans le capitalisme, trouve sa justification par l’emploi. L’emploi est la solution imposée aux individus par le capital pour simplement survivre. Quand on a coulé les données de la survie des individus dans la forme de la valeur d’échange, tout le reste s’en suit sans coup férir. Un journaliste de France Info en décembre 2019 interviewe, pour le contredire, un opposant à la réouverture de Lubrizol : « mais quand même c’est bon pour l’emploi ». Le pire étant qu’il n’y a objectivement pas grand-chose à opposer à ça — sinon bien sûr qu’il faut urgemment se débarrasser du système qui fait régner ce genre de logique.

    Car, comme toujours, le partage du « possible » et de l’« impossible » est conditionnel à l’acceptation implicite, et le plus souvent impensée, d’un certain cadre. Pour que du possible ré-advienne, il faut briser le cadre qui condamnait — objectivement — à l’impossible. Dans leur cadre, les capitalistes et les néolibéraux ont objectivement raison. Mais dans leur cadre seulement. De sorte qu’ils n’ont pas absolument raison. Ce que révèle, même, la pandémie, c’est que leur cadre est inclus dans un cadre plus grand — où se déterminent des enjeux, ceux de la planète et de la situation des hommes sur la planète, qui leur donnent absolument tort.

    Nous commençons alors à mieux voir ce que nous avons à faire, et selon quelles lignes nous orienter : nous libérer simultanément des tyrannies de la valeur capitaliste et de l’emploi. Donc en détruire les institutions caractéristiques : la finance, le droit de propriété privé des moyens de production, le marché du travail.

    À suivre

    Frédéric Lordon

    source: https://blog.mondediplo.net/

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  • C’est à la date symbolique du 1er mai 2020 qu’ensemble plus de 160 personnalités de tous horizons, du Gilet jaune François Boulo au syndicaliste ouvrier Mickael Wamen, des artistes et intellectuels tels La Compagnie Jolie Môme ou François Bégaudeau, des militants politiques, syndicaux, associatifs, des étudiants représentatifs de toutes les composantes populaires ont répondu présent à l’initiative du PRCF pour lancer un appel pour une République française sociale souveraine démocratique et souveraine. Pour virer Macron et l’euro-mondialisation virale.

    En appelant à l’action, en se saisissant de la date anniversaire du NON populaire et majoritaire du 29 mai 2005.

    Un appel lancé à la France par une radiodiffusion sur les ondes d’une radio libre, Radio Campus Lille, le 1er mai 2020 à midi.

    En une semaine plus de 850 voix les ont rejoints en signant en ligne, c’est donc maintenant 1000 résistants qui soutiennent et s’impliquent dans cet appel : 

    https://www.mesopinions.com/petition/…

    Et ce, malgré le confinement : preuve s’il en est qu’il est non seulement urgent mais possible de se rassembler pour faire vivre au présent et dans l’action les valeurs du Conseil National de la Résistance, et proposer et imposer une alternative politique pour de vrais nouveaux jours heureux.

    Partagez et faites connaitre cet appel.

    JBC

     

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Confinés Mobilisés

    Voix de confinement est un clip né d'une initiative au sein du collectif ConfinésMobilisés.
     
    Retrouvez notre pétition #Jenesuispasunhéros qui demande des mesures concrètes pour l'hôpital public : https://confinesmobilises.wesign.it/fr 
    Suivez-nous sur Twitter : https://twitter.com/MobilisesFrance 
    Suivez-nous sur Facebook : https://www.facebook.com/confinesmobi...
     

     

     
     

     

     
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  • Photo d’illustration Le Télégramme 

    Émile* enseigne en cours moyen dans une école de l’agglomération quimpéroise. Il a choisi de poursuivre la classe, mais s’interroge sur le sens de cette reprise. Voici sa contribution au débat.

    « Lundi soir, en revenant de notre journée de pré-rentrée scolaire, j’étais en colère. Colère de constater que ce qui s’y organise avec cette reprise n’est plus l’école. Nous vivons pour beaucoup cette période dans une grande contradiction, partagés entre l’envie de reprendre, de retrouver nos élèves et le dépit de voir comment tout cela va se mettre en place.

    Le problème est que l’école a pour fondement la relation à l’autre. C’est le lieu premier de la rencontre du prochain et de la rencontre du savoir. Les enseignants le savent bien : la relation, la rencontre sont au cœur de ce qu’on appelle « pédagogie ». Ce qu’on propose et organise avec le protocole sanitaire qui sera mis en œuvre est absolument à l’opposé de ce fondement.

    « Tout est verrouillé, l’autre est suspect, tenu à distance »

    Une illustration : l’interdiction du ballon dans la cour (les enfants vont y mettre les mains…). Une autre : l’interdiction de coopérer dans la recherche d’une solution à un problème ou de faire chorale, de partager un jeu éducatif, de se prêter un crayon, de lire un texte de théâtre à plusieurs… Tout est verrouillé, l’autre est suspect, tenu à distance. Un impératif : se laver les mains !

    Que fait-on dans ces journées de pré-rentrée ? On prépare un environnement carcéral. La classe se vide de ses tables et chaises. Celles qui restent sont espacées comme autant d’îlots qui interdisent tout échange. On prévoit le plan de circulation dans le bâtiment qui évitera aux élèves de se croiser, de se rencontrer, on discute du passage aux toilettes, on planifie les récréations qui se feront dans des espaces séparés par de la « rubalise »… Comme le dit une collègue : « on dirait une scène de crime ! ».

    Qui imagine une telle école ?

    Et nous, les adultes, tenus à distance des élèves. La règle : « on reste à un mètre, masqués ». Les cahiers : on ne les corrige pas ; pas de contact avec les affaires des autres. Ceux qui sont en difficulté ? On verra à distance ce qui leur pose problème. Qui imagine une telle école ?

    « Nous sommes responsables, collectivement responsables de ce qui advient »

    Et pourtant, on le voyait venir. On avait préparé ce terrain avec le plan Vigipirate et les exercices « intrusion ». L’ennemi d’alors se nommait « terroriste ». L’école devait se barricader et les élèves se cacher sous leurs tables. On a changé de danger, changé d’État d’urgence. D’ailleurs, les portes ne seront plus fermées et les salles de classe à l’air libre…

    Entendons-nous bien : je ne mets personne en cause. Les services de l’Éducation nationale font ce qu’ils peuvent pour rassurer les familles et c’est légitime. Nous appliquerons ces mesures de distanciation et d’hygiène pour éviter qu’une nouvelle vague survienne et ruine tous les efforts consentis jusqu’alors. Nous sommes responsables, collectivement responsables de ce qui advient.

    « Quelle société prépare-t-on ? »

    Nous devons concentrer tous nos efforts pour protéger les personnes vulnérables. Il nous incombe à tous de faire les bons choix et nous avons besoin d’explications. Nous avons besoin de comprendre ce qui nous arrive. Il y a une propension séculaire des sociétés à contraindre la jeunesse. L’épisode que nous vivons en est, de mon point de vue, une illustration parfaite, hélas.

    Alors oui, soyons rassurés : les élèves seront accueillis et en sécurité (mais quel est le risque pour eux, exactement ?). Oui, les enseignants sont solidaires de la Nation et participeront à l’effort économique en libérant les salariés pour leur entreprise. Mais je ne peux me résoudre à voir tout ça se mettre en place sans penser que ce n’est pas l’école et me questionner sur l’avenir de nos élèves : quelle société prépare-t-on ? Au nom de la protection et de la prévention des risques, jusqu’où sommes-nous capables de rogner nos libertés et notre relation à l’autre ? »

    * Prénom d’emprunt. Le titre et les intertitres sont de la rédaction.
     
    source: https://www.letelegramme.fr/
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    "Il faut vraiment beaucoup de mauvaise foi pour qualifier une mesure de salut public de non-respect de la liberté dite religieuse, de mesure anticléricale anticatholique. Comme si la manifestation extérieure de la foi devait primer sur tout, et donner lieu à une exception qui relèverait évidemment du privilège."

    Définir la laïcité est simple. Faite pour tout le peuple, la République laïque libère le droit de ce qui divisait les hommes, à savoir de toute norme spirituelle imposée, comme de toute discrimination positive ou négative. Ni religions reconnues, ni athéisme consacré. Une même loi vaut pour tous, et elle ne doit viser que l’intérêt général. A la liberté de conscience se conjugue la pleine égalité de celui qui croit au ciel et de celui qui n’y croit pas. Donc pas de privilège pour une option spirituelle ni pour le mode d’accomplissement qui en découle.

    Croyance religieuse et humanisme athée ou agnostique doivent jouir des mêmes droits. Ainsi le triptyque qui définit la laïcité épouse parfaitement celui de la République. Liberté de conscience, égalité de traitement de toutes les options spirituelles, universalité fraternelle de l’intérêt général qui fonde le bien commun. L’ordre public ne dérive plus de particularismes coutumiers ou religieux, mais des droits fondamentaux de l’être humain qui fondent la loi commune à tous et pour tous. De ce fait la laïcité est émancipatrice par rapport aux traditions rétrogrades du patriarcat, trop souvent justifiées par les religions. Les femmes, les homosexuels, les athées, les dissidents des religions, en savent quelque chose.

    La religion n’a pas le monopole de la spiritualité

    L’émancipation laïque est bonne pour tous, y compris pour les croyants qui ne confondent pas la spiritualité religieuse avec la volonté de domination. Pour la promouvoir, la République doit s’abstenir de toute intervention normative dans les domaines de la spiritualité, des modes d’accomplissement personnel, et des styles de vie de chacun. Ces choses relèvent de la sphère privée, ainsi délivrée de toute norme indue. La religion n’a pas le monopole de la spiritualité. Elle ne doit engager que les croyants, et il en va de même de l’humanisme athée ou agnostique. Victor Hugo, croyant, résumait tout cela par une formule limpide et simple : « Je veux l’Etat chez lui et l’Eglise chez elle ». Nulle hostilité, mais une séparation destinée à garantir l’indépendance de la puissance publique et son souci de faire valoir d’un même élan les trois principes de la laïcité. Liberté, égalité, universalité source de fraternité.

    Aujourd’hui la tragédie que vit la France avec le Covid-19 a fourni à des responsables catholiques, associés à des responsables des confessions juive et musulmane, l’occasion de revendiquer un traitement de faveur pour les cultes.

    On pensait tout cela compris et admis par les institutions religieuses. Or on découvre aujourd’hui qu’il n’en est rien. En France, l’Eglise catholique, entre autres, ne loupe aucune occasion de se voir reconnaître une utilité publique, et de reconquérir ainsi certains des privilèges que l’émancipation laïque lui avait ôtés. Elle ne se contente pas des deux privilèges exorbitants que constituent le financement public d’écoles privées religieuses (Loi Debré de 1959) et les prébendes que lui octroie le Concordat encore en vigueur en Alsace-Moselle.

    Aujourd’hui la tragédie que vit la France avec le Covid-19 a fourni à des responsables catholiques, associés à des responsables des confessions juive et musulmane, l’occasion de revendiquer un traitement de faveur pour les cultes. Et ce au nom du droit à une assistance spirituelle pour les familles éprouvées par le deuil. Une demande qui réduit la spiritualité à la religion, et même à certaines religions. L’idée que les citoyennes et citoyens athées ou agnostiques, environ la moitié de la population, ont aussi une vie spirituelle, ne les a pas effleurés. Ce qui est plus grave que ce lobbying, c’est la nouvelle faute du président de la République, qui a dérogé à la laïcité en accédant à cette demande de privilèges, et en réduisant ainsi la spiritualité à sa version religieuse.

    La religion n’est pas un service public

    Le communiqué de presse du 9 avril 2020 est sur ce point accablant : « À l'occasion d'une réunion avec les représentants des principaux cultes, le président de la République a souhaité donner suite à une proposition commune de ces derniers, pour faciliter la mise en relation de ceux qui en éprouvent le besoin avec une personne à même d'assurer un soutien spirituel. Dans ce cadre, chacun des principaux cultes a mis en œuvre un dispositif téléphonique d'écoute qui est accessible via le numéro vert d'information sur l'épidémie de Covid-19 mis en place par le Gouvernement (0 800 130 000), ou par l'intermédiaire des équipes des établissements de santé et des professionnels médicaux à qui les numéros de contact mis en place par chaque culte ont été communiqués » Les tenants de l’humanisme athée ou agnostique, de la spiritualité des libres-penseurs ou des francs-maçons, mais aussi des autres cultes, apprécieront.

    La religion n’est pas un service public, et il est scandaleux que nos dirigeants l’oublient. Ils devraient s’abstenir, non par indifférence, mais par égal respect des personnes de toutes convictions. Celles-ci doivent pouvoir choisir elles-mêmes le type de spiritualité qu’elles souhaitent pour affronter et exprimer leur deuil, et il n’appartient pas aux pouvoirs publics de favoriser les unes ou les autres.

    Il faut vraiment beaucoup de mauvaise foi pour qualifier une mesure de salut public de non-respect de la liberté dite religieuse, de mesure anticléricale anticatholique.

    Pour certains évêques, ces égards sélectifs ne suffisent pas, et ils ont demandé que soit faite une exception aux règles du confinement qui interdit jusqu’au 2 juin toute réunion publique. Ceci au nom de la liberté de culte, que l’on prétend ainsi affranchir de la loi commune et des exigences de santé publique qui en sont la source. De quel droit ? Imaginons que les francs-maçons, les libres-penseurs, les humanistes de l’Union rationaliste, les nombreux adeptes du boudhisme, ceux des cultes de Dionysos et d’Aphrodite, pour ne citer que ces options spirituelles, fassent de même.

    Le confinement exploserait, et avec lui la difficile maîtrise de la pandémie. Tel est l’oubli de l’amour du prochain au profit du culte de soi narcissique. Pour Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, le rappel de l’interdiction du culte jusqu’au 2 juin est « inacceptable ». Il est caractérisé comme une « un défaut de respect des croyants et de la liberté religieuse incompréhensible. Un tropisme anticlérical en général, et peut-être anticatholique en particulier, qui a pris le dessus chez le président de la République et le premier ministre.» (Déclaration sur KTOTV).

    Rien que cela ! Il faut vraiment beaucoup de mauvaise foi pour qualifier une mesure de salut public de non-respect de la liberté dite religieuse, de mesure anticléricale anticatholique. Comme si la manifestation extérieure de la foi devait primer sur tout, et donner lieu à une exception qui relèverait évidemment du privilège. Pour la énième fois, des dignitaires catholiques accusent la séparation laïque de se convertir en volonté d’ignorer les religions, alors qu’elle n’a pas d’autre sens que l’universalisme destiné à traiter tous les citoyens de façon égale, conformément à la devise républicaine. Et ce dans l’intérêt général, qui apparemment n’a qu’une valeur relative au regard du souci de valoriser l’institution religieuse. C’est un témoignage partisan et sectaire alors qu’en ces temps d’angoisse collective un esprit de solidarité universaliste devrait prévaloir.

    Henri Pena Ruiz

    Philosophe et écrivain. Auteur de Karl Marx penseur de l’écologie (Seuil, 2018), de Marx quand même (Plon, 2012), Entretien avec Marx (Plon, 2012). Egalement auteur de nombreux essais sur la laïcité, dont un Dictionnaire amoureux de la laïcité (Plon, 2014), qui s'est vu décerner le Prix national de la laïcité 2014.

     

    source: https://www.marianne.net/

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  •  Les Goguettes

    sur l'air de "Message personnel" par Françoise Hardy avec Clémence au chant et au piano / Aurélien, Valentin et Stan aux choeurs / Stan à l'air-piano (de dos)
    Montage : Stan et Clémence / mixage : Aurélien
     
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