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    Mme Marie-Noëlle Lienemann attire l’attention de M. le ministre des solidarités et de la santé sur la production de masques en France.

    Lors de la conférence de presse gouvernementale du dimanche 19 avril 2020, il a été indiqué – infographie à l’appui – que les capacités de production nationales de masques étaient passées de 7 millions par jour dans la semaine du 30 mars à 8 millions pour la semaine du 14 avril. Cette montée en puissance paraît particulièrement faible dans la période concernée, en décalage avec les intentions annoncées de mobiliser le pays.

    Le gouvernement a fixé par ailleurs comme objectif d’atteindre une capacité de production nationale de 17 millions de masques d’ici le 11 mai 2020.
    Or dans une infographie, le gouvernement indiquait que nos besoins atteignaient 45 millions par jour. Le différentiel n’est compensé que par le recours à l’importation massive de masques – notamment depuis la Chine – qui monte donc en puissance pour atteindre 81 millions de masques par jour dans la semaine du 14 avril ; rien que cette information traduit notre formidable dépendance à l’extérieur, dépendance notamment vis-à-vis d’un pays – la Chine – dont les zones d’ombre sur la gestion de l’épidémie représentent une menace en soi sur nos garanties d’approvisionnement en cas de « deuxième vague ».

    Madame Lienemann demande au gouvernement de bien vouloir lui indiquer précisément les estimations gouvernementales des besoins quotidiens de masques de notre pays, selon le type de protections (chirurgicaux, FFP2, « grands publics ») et comment ces évaluations sont établies au regard des publics concernés (personnels de santé ou intervenants auprès des publics fragiles, travailleurs en activité, usagers des transports en commun et plus généralement l’ensemble de la population), et ce aujourd’hui et à compter du 11 mai. De la même manière, il paraît nécessaire d’avoir une estimation sur notre capacité à permettre un accès aux masques pour tous les habitants, cette dernière option devant être sérieusement préparée. Rendre public ces besoins et la façon dont notre pays y répond est indispensable pour nos concitoyens qui demeurent très inquiets non seulement des conditions de réussite de notre lutte contre cette épidémie mais aussi de la sortie progressive du confinement.

    Madame Lienemann demande enfin au gouvernement de bien vouloir lui indiquer, en plus de ces estimations, les entreprises françaises mobilisées pour la production de masques et celles qui devraient l’être, ainsi que les mesures qu’il compte prendre pour atteindre une production suffisante pour répondre à ces différents besoins et en particulier pour garantir une autonomie nationale de production de masques nécessaires à la fois aux besoins quotidiens et à la reconstitution de stocks dans la durée.

    source: http://www.mnlienemann.fr/

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  • Entre 2005 et 2006, l'usine de Plaintel (Côtes-d'Armor) a fabriqué plus de 20 % des 200 millions de masques FFP2 commandés par l'État pour se protéger de la grippe aviaire.Entre 2005 et 2006, l'usine de Plaintel (Côtes-d'Armor) a fabriqué plus de 20 % des 200 millions de masques FFP2 commandés par l'État pour se protéger de la grippe aviaire.

     

    Par Benoît Collombat et Cellule investigation de Radio France

    Enquête | Alors que la France manque cruellement de masques face à la pandémie de nouveau coronavirus, une entreprise française, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain. Qui est responsable de ce fiasco ?

    "Pour eux, on est un peu comme des pions sur un jeu de Monopoly." Antoine* est un "ancien" de l’usine de Plaintel, dans les Côtes-d’Armor. Depuis les années 90, il a vu passer plusieurs repreneurs de l’usine bretonne spécialisée dans la fabrication des masques respiratoires, notamment les fameux masques FFP2 indispensables au personnel médical. Il a connu le boom de l’entreprise au moment de la grippe H1N1, en 2009, lorsque l’usine fonctionnait "vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept" avec "huit machines, dont cinq supplémentaires". Une capacité de production multipliée par cinq et 300 employés pour fabriquer des masques pour la France entière.

    "En 2005, j’avais signé un protocole d’accord avec le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, explique Roland Fangeat, ancien président de la division respiratoire du groupe Bacou-Dalloz, propriétaire de l’usine de Plaintel à l’époque. Nous nous engagions à garantir une production d’au moins 180 millions de masques par an. Le groupe a investi près de neuf millions d’euros sur le site de Plaintel pour financer notamment une extension. Nous avions une capacité de production de 220 millions de masques par an, quatre millions par semaine, en cas de crise."

    L’État s’engage, avant de se retirer

    Dans ce protocole d’accord, dont la cellule investigation de Radio France révèle l’existence, "l’État s’engage à commander à l’entreprise" plusieurs millions de masques chaque année. "L’État assurera le renouvellement de son stock arrivé à préemption", prévoit l’article 11 de cet accord. Une ligne de conduite alors suivie par l’État, malgré certains retards dans les commandes, comme le montre ce courrier du 14 juin 2006 de Dominique de Villepin : "Je tiens à vous assurer que l’État continuera à respecter ses engagements, en termes de quantité comme de calendrier", écrit le Premier ministre de Jacques Chirac.

    "De janvier 2009 à septembre 2010, nous avons livré 160 millions de masques FFP2 à l’État, se souvient Roland Fangeat. Et puis il y a eu un désengagement de l’État. La chute des commandes a été catastrophique pour l’usine de Plaintel."

    En 2010, le géant américain Honeywell rachète le groupe Sperian (le nouveau nom de Bacou-Dalloz) alors propriétaire de l’usine de Plaintel qui compte encore 140 salariés. Le début de la fin. "Lorsque les Américains arrivent à Plaintel, ils nous expliquent qu’Honeywell est une chance pour nous et que nous allons 'intégrer' un groupe mondial avec des 'valeurs' et une force de frappe commerciale importante", témoigne Damien*. Pourtant, dès 2011, le groupe annonce 43 suppressions d’emplois. Les plans de licenciement s’enchainent, le chômage partiel devient la règle : à l’été 2018, les 38 derniers salariés de l’entreprise sont finalement licenciés pour des motifs "économiques". 

    Des salariés de l'usine Sperian basée a Plaintel se réunissent le 5 janvier 2011, avant l'annonce d'un plan social.Des salariés de l'usine Sperian basée a Plaintel se réunissent le 5 janvier 2011, avant l'annonce d'un plan social.

    La production de masques est délocalisée sur un site déjà existant (créé dans les années 90) à Nabeul, en Tunisie. En septembre 2018, l’usine de Plaintel ferme ses portes. Un mois plus tard, les chaines de production sont détruites. Alexandre* se souvient : "Lorsque je suis sorti pour ma pause-déjeuner, j’ai vu un semi-remorque embarquer un morceau de nos lignes de production qui mesuraient entre 50 et 60 mètres de long. Tout est parti chez le ferrailleur pour être détruit. J’étais vraiment choqué. J’avais l’impression de voir un corbillard chercher le corps d’un mort. C’est un peu à l’image de ce qui nous est arrivé au sein de l’entreprise. Dès qu’Honeywell a repris l’usine, nous étions comme des cancéreux en soins palliatif : on savait qu’on allait mourir, mais on ne savait pas quand ça se produirait."

    Lors de sa fermeture, l’entreprise ne produisait plus que huit millions de masques par an.

    A lire aussi: Pénurie de masques : les raisons d'un "scandale d'Etat"

    Le silence de l’État

    À l’été 2018, les élus du personnel, à la demande des salariés, tentent d’interpeller par mail le président de la République. Il explique au chef de l’État que l’usine de Plaintel est "une entreprise d’utilité publique" dont l’actionnaire américain a tout fait pour la rendre "largement déficitaire" tout en "absorbant massivement les deniers publics." "Nous sollicitons votre aide pour intercéder en notre faveur auprès des dirigeants du groupe" concernant "des indemnités de licenciement dont le niveau se situe très largement au deçà de ce qui se pratique habituellement chez Honeywell, en Europe de l’Ouest", peut-on encore lire dans ce courrier adressé à l’Élysée.

    Le 24 juillet 2018, le chef de cabinet de l’Élysée lui répond qu’il prend "bonne note" de ce courrier qu’il transmet au ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Lemaire. Le 7 août 2018, le chef de cabinet de Bruno Lemaire répond à son tour que "le ministre a pris bonne note des éléments (…) communiqués et a demandé à la délégation interministérielle aux restructurations d’entreprise et à la direction générale des entreprises de faire le point sur ce dossier. Vous serez directement informé de la suite qui pourra lui être réservé", explique le ministère de l’Économie. "Je n’ai eu aucune nouvelle…", témoigne auprès de la cellule investigation de Radio France l'un des salariés à l’origine de l’envoi de ce courrier.

    Contactée, la présidence de la République ne fait aucun commentaire. "C’est le temps de l’unité, pas de la polémique", souffle un proche de l’Élysée. Du côté du ministère de l’Économie, on assure "ne pas avoir eu les moyens d’empêcher une fermeture d’usine dans un secteur qui n’était pas alors considéré comme stratégique." "Cette entreprise avait beaucoup de difficultés, elle avait perdu beaucoup de commandes, explique un conseiller ministériel. Ses effectifs ne permettaient pas à l’outil industriel de bien fonctionner." "Ce n’est pas l’entreprise qui est en cause mais plutôt l’État qui a arrêté de stocker des masques, ajoute ce conseiller de Bruno Le Maire. Sans commande du ministère de la Santé entre 2010 et 2017, le site a été utilisé très en dessous de sa capacité. Si Honeywell avait eu une commande régulière de masques pour le compte de l’État, l’usine n’aurait pas fermé."

    Le ministère de l'Économie et des Finances (Paris, 2014).Le ministère de l'Économie et des Finances (Paris, 2014)

    "Ce message des salariés n’était pas une interpellation du chef de l’État demandant à conserver le site, souligne encore Bercy. Il s’agissait essentiellement d’une demande portant sur le niveau des indemnités de départ. Nous avons donc transmis à la Direccte [direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi] en lien avec le ministère du Travail."

    "À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde !"

    "Personne n’a rien fait lorsque notre usine a fermé, témoigne encore Coralie*, l’une des 38 personnes licenciées. C’est révoltant. On a eu l’impression qu’on nous laissait tomber. Quand je vois ce qui se passe en ce moment avec l’épidémie de coronavirus, je me dis : 'Je devrais être en train de fabriquer des masques…' "

    De l’artisanat à la mondialisation

    "C’est une belle histoire industrielle qui se termine par un beau gâchis" commente, un brin désabusé, l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée.

    Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter à 1964, lorsque le Français Louis Giffard reprend l’activité de fabrication de chapeaux pour dames de son père. Le secteur est alors en déclin. Un an plus tard, Louis Giffard se lance donc dans la production de masques anti-poussières. En 1971, il crée une société anonyme à Saint Brieuc (baptisée FILGIF puis GIFFARD) et tente de s’inspirer de ce qui se passe aux États-Unis avec la société 3M qui écrase le marché. Dans les années 80, Louis Giffard quitte ses locaux à Saint Brieuc pour s’installer à Plaintel.

    "C’est l’époque où on commence à s’occuper plus sérieusement de la santé des salariés, explique l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan. Il y a un essor important de ce qu’on a appelé les EPI, les équipements de protection individuelle. Mais la manière de produire des masques de Louis Giffard est assez artisanale. Elle entraine jusqu’à 30 % de rebut." Après la mort de Louis Giffard, l’entreprise est vendue au groupe suédois Bilsom, en 1986. Elle est rachetée par le groupe français Dalloz en 1993 qui devient le groupe Bacou-Dalloz en 2001 (rebaptisé Sperian en 2003).

    La production s’automatise et les normes se développent. "Nous vendions des masques dans le monde entier, se souvient Jean-Jacques Fuan, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, à Taïwan, au Japon, en Amérique du Sud, aux États-Unis… Lorsque je suis devenu directeur industriel du groupe en 2003, j’ai été chargé d’harmoniser les pratiques des 48 sites de production en Europe et en Afrique. Mon rôle a consisté à rationaliser les fabrications du groupe pour faire des économies d’échelle." Jean-Jacques Fuan quitte le groupe Sperian, alors propriétaire de l’usine de Plaintel, en 2006.

    Mais en Bretagne, on ne ressent pas encore l’effet des réductions des coûts. "Pour moi, ces années correspondent à une modernisation de l’entreprise, se souvient Alexandre*. C’est en 2010 avec Honeywell que tout bascule."

    Un licenciement économique "infondé"

    La fermeture de l’usine de Plaintel était-elle vraiment inéluctable ? Les éléments recueillis par la cellule investigation de Radio France permettent d’établir que la reprise de l’usine bretonne par Honeywell en 2010 s’apparente plutôt à une opération financière sans réelle volonté de développer l’outil de production. C’est ce que montre notamment un rapport d’audit financier confidentiel réalisé en 2018, peu avant la fermeture de l’entreprise bretonne. Selon les conclusions de ce document, jamais révélé, jusqu’ici "le motif économique du plan de licenciement collectif est infondé".

    "La fermeture du site apparaît relever de motifs financiers et stratégiques bien plus qu’économiques parce que le résultat net est construit artificiellement, analyse le document. Dire que le site de HSP (Honeywell Safety Products) Armor devrait fermer pour cause économique est techniquement infondé… à moins de considérer que fournir un dividende par action et une valorisation boursière 2017 record (et supérieur à la moyenne des 500 entreprises cotées les plus représentatives du marché boursier américain) est un motif économique. Ce qui est plus que discutable. Il est évident que la fermeture du site de Plaintel ne permettra pas d’augmenter le dividende par action de 9 % comme annoncé par le nouveau CEO (Chief Executive Officer) du groupe, mais cela participe bien à la stratégie économique et financière globale du groupe."

    Ce rapport d’audit note "un changement de stratégie qui marginalise les masques au sein d’Honeywell Safety Products", la division de l’entreprise dont dépend l’usine de Plaintel. Honeywell "souhaite désormais se concentrer sur des activités davantage rentables, où il est leader et en avance dans la course technologique face à ses concurrents, explique le document. La priorité est de pousser l’offre sur les solutions connectées, à forte profitabilité. La priorité de la direction est de rationaliser la gamme et de se concentrer sur les marchés en forte croissance que sont l’Inde et la Chine."

    Le groupe américain Honeywell a racheté l'usine de masques de Plaintel en 2010.Le groupe américain Honeywell a racheté l'usine de masques de Plaintel en 2010.

    "Le groupe Honeywell n’a finalement jamais investi dans le site de Plaintel, constate encore le rapport d’audit. [...] Les investissements en machines et outils de production ont été plus que limités depuis la reprise du site de Plaintel par Honeywell. (…) La conséquence directe est que l’usine fonctionne depuis lors avec un outil vieillissant et aujourd’hui loin des performances des machines plus modernes. L’investissement incorporel (brevets notamment) a été inexistant et les dépenses de R & D [recherche et développement] n’ont pas concerné de réelles innovations mais presque exclusivement des homologations. Elles ont été largement financées par le Crédit impôt recherche. Ces éléments viennent étayer le fait que le site de Plaintel n’a jamais été une entité stratégique pour le groupe, insiste le rapport, mais bien un complément non core [non essentiel] de sa gamme d’EPI [équipement de protection individuelle] et une source potentielle de revenus élevés en cas de pandémie. Cela correspond tout à fait à la stratégie du groupe. Il n’investit que dans des marchés à forte croissance et à forte profitabilité puis accompagne ses activités matures sans investir jusqu’à arrêt ou cession de l’activité."

    "Le marché du masque jetable reste en croissance et reste rentable à condition d’investir régulièrement dans ses outils de production et ses produits, ajoute le rapport d’audit. Honeywell Safety Products n’a investi, ni dans de nouveaux produits, ni dans de nouvelles capacités de production, ni même dans le simple renouvellement de l’outil productif. Le choix est fait de délocaliser la production vers un pays à faibles coûts de production, le site de Nabeul, en Tunisie."

    Dans les coulisses du "système Honeywell"

    Ce désinvestissement du groupe Honeywell est confirmé par les témoignages d’anciens salariés que nous avons recueillis. "Il y avait une stratégie claire de fermeture de l’entreprise, assure Damien*. Pour un groupe américain comme Honeywell, l’investissement doit forcément être remboursé par les bénéfices en six mois, c’est impossible ! Les investissements étaient donc interdits. Si on voulait lancer des nouveaux produits, c’était à nous de nous débrouiller, il n’y avait pas de crédit pour la recherche-développement. À l’époque de l’ancien propriétaire, le groupe Sperian, un nouveau masque sortait tous les quatre ans, j’en ai vu défiler trois. Avec Honeywell, aucun nouveau masque n’a été développé sur le site de Plaintel en huit ans. En fait, on cherche à faire mourir l’entreprise."

    "La période précédente a correspondu à une modernisation de l’entreprise, confirme Coralie*. Beaucoup d’innovations, la création d’un laboratoire et le renforcement du service recherche-développement. Avec Honeywell, notre travail a perdu tout son sens. Le groupe était obsédé par la fourniture d’indicateurs chiffrés. Nous étions constamment sous pression."

    "Nous avons découvert le système Honeywell, témoigne Antoine*. Ils appellent ça le 'Honeywell operating system', ce qui correspond en fait au lean management, c’est-à-dire : l’usine maigre. Le but est de supprimer tous les gaspillages à travers une multitude de procédures souvent ubuesques. Réfléchir, c’était déjà commencer à désobéir. Il fallait appliquer les standards… même complètement idiots. Il y avait un système baptisé '5 S' qui établissait toute une série de règles pour un rangement poussé à l’extrême : chaque poubelle, téléphone ou même revue devait avoir une place bien déterminée. C’était du grand n’importe quoi. Honeywell appliquait également la technique du gemba, un mot japonais qui veut dire 'sur le terrain'. Le but était de faire venir les managers en force au sein de l’usine, ce qui stressait énormément les salariés."

    "Honeywell surveillait constamment les stocks de matières premières, ajoute Damien*. Il ne fallait pas dépasser un certain niveau pour ne pas perdre de l’argent… parce qu’un stock, c’est de l’argent immobilisé. Et donc ce stock baissait régulièrement. Sauf que lorsqu’il fallait fournir des quantités importantes pour répondre à la demande d’un client, nous n’avions plus la capacité de le faire. Le client devait attendre trois mois. Du coup, il allait voir ailleurs. C’était un cercle vicieux : faute de commandes notre production baissait, donc notre stock diminuait… ce qui faisait à nouveau diminuer la production."

    "Pourtant, nous avions potentiellement une forte capacité de production pour le secteur hospitalier, témoigne Antoine*. Nous avons pressé la direction du siège français d’envoyer des commerciaux auprès du monde médical pour nous ramener un chiffre d’affaires. Mais on nous a répondu que ce n’était pas possible, que notre cible était l’industrie… pas le secteur hospitalier."

    Une stratégie parfaitement assumée par le groupe américain. Ainsi, les catalogues de la firme américaine ne contiennent pas la gamme de masques Easyfit qui correspond aux masques utilisés en cas de pandémie. C’est ce qu’on constate dans le catalogue 2014-2015 ou 2016-2017 du groupe.

    "Le fait qu’Honeywell n’essayait pas de vendre la totalité des produits que l’usine de Plaintel était en capacité de produire montre bien que le groupe voulait fermer le site, c’est tout, ajoute Antoine*. D’ailleurs, ils encourageaient les salariés à partir. Dès que l’effectif est descendu sous la barre des 50 personnes, ils ont lancé le go pour la fermeture."

    Contactée, la direction de la communication d’Honeywell explique que "le site n'a pas reçu de commandes suffisantes lui permettant de retrouver sa rentabilité et a accumulé des pertes financières importantes". Elle ajoute que "la société n'a pas pu identifier d'acheteurs externes potentiels pour le site de Plaintel, et après un examen minutieux approfondi, il a été déterminé qu'il n'y avait pas d'autre option viable que de fermer nos installations".

    Des choix financiers contestables

    Pourtant, les conclusions de ce rapport d’audit confidentiel de 2018 que la cellule investigation de Radio France a pu consulter montrent que le site de Plaintel était tout à fait être rentable. "L’activité d’Honewell de masques respiratoires jetables en Europe, dont celle de HSP (Honeywell Safety Products) Armor, est une activité rentable", peut-on lire dans ce document.

    "Les comptes sociaux de HSP Armor n’en témoigne que partiellement dans la mesure où :

    • Une partie (non négligeable) de la marge est captée par HSP Europe, l’entité de commercialisation du groupe pour ces produits.
    • Les frais généraux intègrent des coûts de management, de services centraux, de top management, de commercialisation et de reporting bien supérieurs à ce que peut supporter une entité de moins de 5 millions de chiffre d’affaires et de moins de 50 personnes."

    Autrement dit : ce sont les choix financiers opérés par le groupe qui place l’usine de Plaintel sous tension. Malgré cela, l’usine continue d’être profitable à Honeywell, constate encore le rapport d’audit. La "rentabilité économique [de l’usine] est avérée, peut-on lire dans le document, mais trop faible pour les standards du groupe" Honeywell.

    "Une mort programmée"

    "Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’usine de Plaintel n’avait pas accès directement au marché, explique Antoine*. Elle avait un unique client… c’était le groupe Honeywell. C’était lui qui fixait le prix d’achat des masques, donc si on ne rapportait pas assez d’argent, c’était de leur fait. Nous étions une goutte d’eau dans leur chiffre d’affaire."

    "Le groupe a construit une rentabilité très faible du site de Plaintel, estime l’avocat Laurent Beziz qui défend plusieurs salariés licenciés. Le groupe fixait les prix très faibles auxquels étaient vendus les articles [c’est ce qu’on appelle les prix de cession ou prix de transfert] tout en effectuant des refacturations importantes de frais. Résultat : la rentabilité était forcément insuffisante."

    "Tout ça était planifié, il s’agit d’une construction économique. La mort de l’usine de Plaintel était programmée." Laurent Beziz, avocat.

    Ce point est également confirmé par l’audit réalisé en 2018 au sein de l’entreprise. "Avec une construction différente du compte de résultat, et notamment des prix de transfert, l’activité de HSPA aurait pu être bien plus profitable et dégager des résultats significatifs", conclut le rapport d’audit.

    "Il y a eu un abus de l’employeur dans l’exercice de son droit de cesser son activité", estime encore l’avocat Laurent Beziz. C’est la raison pour laquelle plusieurs salariés contestent leur licenciement devant le tribunal administratif et le conseil de prud’hommes. Parmi eux se trouvent cinq salariés "protégés" (délégués du personnel et représentants syndicaux) dont le licenciement a été refusé par l’inspection du travail.

    Quand le ministère du Travail déjuge l’inspection du Travail

    Dans une lettre datée du 22 janvier 2019 que la cellule investigation a pu consulter, l’inspecteur du travail de Saint-Brieuc estime que "le motif économique invoqué à l’appui de la demande de licenciement n’est pas avéré" estimant que "la seule volonté de majorer le profit de l’entreprise n’entre pas dans la définition des difficultés économiques."

    Le 17 juillet 2019, la direction générale du travail désavoue l’inspection du travail, validant ainsi le licenciement économique de cinq salariés protégés de Plaintel. "Si une partie des moyens de production ont été déménagés en Tunisie afin d’être réutilisés par une autre entité du groupe, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une entité juridique distincte de l’entreprise HSAP (Honeywell Safety Products Armor), estime la direction générale du travail. De fait, la cause économique invoquée par l’employeur, à savoir la cessation totale et définitive de l’entreprise, doit s’apprécier au niveau de l’entreprise. Il est constant que la cessation totale et définitive de l’entreprise constitue une cause économique autonome sans qu’il n’appartienne à l’autorité administrative d’examiner la réalité d’éventuelles difficultés économiques rencontrées par l’entreprise en amont de la décision de cesser son activité."

    Autrement dit : l’État n’a pas à interférer dans la décision, souveraine, d’Honeywell. "Nous contestons l’analyse du ministère du Travail, commente l’avocat des salariés, Me Beziz, il s’agit bien d’une délocalisation." Contacté, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Quant à l’avocat d’Honeywell, Philippe Gautier, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

    Faire revivre l’usine de Plaintel ?

    "Avec cette crise du coronavirus, les vieux logiciels de compréhension doivent être modifiés", estime Serge le Quéau du syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Il faut que l’État et surtout les citoyens et les salariés se réapproprient collectivement certains moyens de production essentiels à l’intérêt de la nation." Avec d’autres, comme l’ancien directeur général du site de Plaintel, Jean-Jacques Fuan, Serge Le Quéau plaide pour une reprise de l’activité de l’usine à travers une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). 

    L’idée avait été portée en 2001 par l’ancien secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire du gouvernement Jospin, Guy Hascoët. Ce dernier est désormais en contact direct avec la présidence de la région Bretagne. "Ça va être la guerre sur les tarmacs d’aéroport autour des masques, estime Guy Hascoët. Alors que nous avons besoin de 40 millions de masques par semaine et que nous ne sommes même pas à dix en production hexagonale, il faut pousser le plus vite possible toutes les capacités pour se prémunir des épisodes à venir. Dans une situation d’extrême urgence, la Société coopérative d’intérêt collectif est le seul mécanisme qui permet à tous les bretons de prendre des parts sociales au capital de l’usine devenant 'leur' projet tout en échappant à la loi de la concurrence du marché. Si on a la possibilité de faire sortir un million de masques par jour d’ici six mois, il ne faut pas se poser de question. Cette compétition mondiale va être cruelle."

    "Il n’y a plus ni l’outil, ni le bâtiment, ni les machines, commente l’ancien maire de Plaintel, Joseph Le Vée. Donc ça ne va pas repartir d’un coup de baguette magique." Le site de l’usine de masques de Plaintel a été réoccupé par l’entreprise BiArmor, "spécialisée dans les produits naturels pour la nutrition, l’hygiène et l’environnement de l’élevage".

    Une salariée de l'usine de masques Bacou-Dalloz de Plaintel (Côtes-d'Armor), en 2005.Une salariée de l'usine de masques Bacou-Dalloz de Plaintel (Côtes-d'Armor), en 2005.

    "Il y a des friches industrielles et des locaux disponibles dans la région pour relancer l’activité de l’usine, estime de son côté Serge Le Quéau. Les machines ont été détruites mais elles ont été fabriquées par une entreprise bretonne. Si de l’argent se débloque, on peut les reconstruire. Beaucoup d’anciens de Plaintel n’ont pas retrouvé de travail. Le savoir-faire est toujours là." "Après la crise, il faudra mettre au grand jour l’histoire de cette société et pointer les manques et les très mauvais choix qui ont été faits mais aussi désigner les responsables", estime le sénateur écologiste du Morbihan, Joël Labbé. 

    Ces derniers jours, le groupe américain Honeywell a annoncé qu’il ouvrait une usine à Rhodes Island pour faire face à la demande de masques aux États-Unis. "Une information assez dérangeante", commente l’ancien président de Plaintel, Roland Fangeat.

    *Les prénoms ont été modifiés

     

    source:  https://www.franceculture.fr/ 

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  • Une bactérie détectée sur des lave-endoscopes à l'hôpital ...
     
    L'analyse des statistiques publiées par Santé Publique France sur la mortalité hospitalière fait apparaître une « anomalie » : la sous-mortalité du département des Bouches-du-Rhône. C'est un indice supplémentaire dans l'enquête sur le traitement médical du Covid-19 et sur la controverse au sujet des positions de l'Institut Hospitalo-Universitaire de Marseille dirigé par le professeur Raoult.

     

    Épisode 8

    Mortalité hospitalière liée au COVID-19 : l’anomalie des Bouches-du-Rhône

    Christophe BASILE, professeur en Sciences de la Terre à l’Université Grenoble Alpes

    Laurent MUCCHIELLI, directeur de recherche en sociologie au CNRS

     

    Tous les soirs, M. Salomon, directeur général de la Santé, communique des chiffres nationaux concernant les patients Covid-19 hospitalisés et ceux qui ont perdu la vie. Ces chiffres sont également disponibles par départements sur le site de Santé Publique France. On utilise ici le site officiel qui en fournit une représentation cartographique.

    Ces chiffres ne rendent pas compte de la totalité des décès puisque beaucoup ont lieu dans des EHPAD. Il s’agit bien de la mortalité hospitalière. Par ailleurs, on sait que certains hôpitaux ont pratiqué quelques transferts de malades d’un département à l’autre qui ne sont pas comptabilisés, ce qui diminue donc la mortalité officielle des départements les plus touchés et augmente celle des départements accueillant ces patients. On verra que ceci n’impacte pas le cas qui nous préoccupe ici.

    A partir de ces données, on peut calculer le taux de mortalité hospitalier : c’est le rapport entre le cumul des décès hospitaliers et la somme des hospitalisations (pour un jour donné) et du cumul des sorties d’hôpital (décès hospitalier ou retours à domicile).

    Taux de mortalité au jour j (%) = nombre de décès (jusqu’au jour j) / (nombre de patients hospitalisés au jour j + nombre de décès jusqu’au jour j + retours à domicile jusqu’au jour j) x 100

    Une anomalie évidente dans la comparaison des départements : les Bouches-du-Rhône

    La mortalité hospitalière au 22 Avril pour les 5 départements les plus peuplés (chiffres INSEE 2020) montre une anomalie importante pour les Bouches du Rhône :

    Nord                           16,2 %

    Paris                            17,4%

    Bouches-du-Rhône     9,8%

    Rhône                          13,9%

    Seine-St-Denis           17,9%

    Pour les 14 départements où il y a eu plus de 2 000 hospitalisations, le graphique 1 donne le taux de mortalité hospitalière en fonction du nombre d’hospitalisations.

     

    Graphique 1 - Graphique 1 - 

    On constate que les taux de mortalités sont assez proches, entre 14 et 18%, avec deux types d’exceptions. D’un côté, le Haut Rhin et la Moselle ont des taux supérieurs à 20%, probablement liés à la saturation du système hospitalier. De l’autre, les Bouches du Rhône ont un taux inférieur à 10%.

    Enfin, si on regarde à présent les 96 départements français hors outre-mer (métropole et Corse), voici ce que donne la représentation des taux de mortalité hospitalière en fonction du nombre d’hospitalisations (graphique 2) :

    Graphique 2 - Graphique 2 -

    Avec un zoom sur les départements où il y a eu peu d’hospitalisations (graphique 3) : 

    Graphique 3 - Graphique 3 -

    Le taux de mortalité varie énormément (de 5 à 25%) pour les départements où le nombre d’hospitalisations est inférieur à 300 (donc dans des départements peu affectés par l’épidémie). Cette variabilité est surement pour partie liée aux faibles nombres de patients. Par exemple, aucun décès ne s’est produit en Lozère, où il n’y a eu au total que 17 hospitalisations. Si par malheur le seul patient en réanimation décédait, le taux de mortalité augmenterait de 6%. Mais il est aussi possible que des facteurs structurels (par exemple l’organisation du système hospitalier) soient à l’origine de cette variabilité.

    Pour des départements où le nombre de patients est plus significatif (de 300 à 1 400), la variation du taux de mortalité reste importante, de 10 à 20%. Deux situations extrêmes sont à souligner : les Vosges, avec un taux de mortalité supérieur à 25% (saturation du système hospitalier), et la Haute Garonne, avec un taux de mortalité de 6% et un faible nombre de patients par rapport à la population du département.

    Il est temps de conclure cette première partie de l’analyse. Deux constats s’imposent.

    1) telle que mesurée par le taux de mortalité hospitalière au Covid-19, l’efficacité territoriale du système de santé français est manifestement très hétérogène. Des taux de mortalité hospitalière supérieurs à 20, voire 25% sont atteints dans des départements où le système hospitalier a pu être saturé, mais aussi dans des départements peu affectés par l’épidémie. Pour rappel, les taux d’hospitalisation maxima sont de l’ordre de 45 patients pour 10 000 habitants, ce qui reste faible pour une épidémie touchant potentiellement toute la population. Ceci pose la question de l’absence d’hospitalisation pour des patients qui en auraient eu besoin, et donc en filigrane la question de la dégradation continue des capacités d’accueil des hôpitaux français.

    2) le département des Bouches-du-Rhône se distingue par un taux de mortalité significativement inférieur aux autres départements ayant une population comparable et/ou ayant enregistré un nombre comparable d’hospitalisations.

    L’évolution des taux de mortalité hospitalière par départements

    Graphique 4 - Graphique 4 -

    Quel que soit le département, le taux de mortalité augmente avec le temps. On peut l’interpréter simplement comme un risque de décès qui augmente avec la durée d’hospitalisation (même si cette durée n’est pas directement fournie).

    Le Haut Rhin a connu un taux de mortalité important (>15% au début de la diffusion des données), qui s’est stabilisé depuis les derniers jours de Mars entre 20 et 21%. Une partie de cette stabilisation peut être due à des transferts de patients. Il a fallu quatre semaines pour que le même taux de mortalité soit observé à Paris, pour un nombre de patients plus de dix fois supérieur (même taux de mortalité avec 561 hospitalisés dans le Haut Rhin le 18 Mars, et 6620 à Paris le 14 Avril).

    Les courbes de mortalité de Paris et de l’Isère présentent des pentes identiques, avec un taux de mortalité au 20 Avril de 5% plus faible en Isère (12,8% au lieu de 17,4%). Cette différence de taux de mortalité est équivalente à un décalage temporel de 16 jours (comme si l’épidémie était arrivée 16 jours plus tard en Isère qu’à Paris). La population hospitalisée présente le même taux de mortalité, mais plus tard, et surtout pour un nombre de patient qui (même rapportée à la population du département) est beaucoup plus faible (5 au lieu de 34 pour 10 000 habitants). On peut raisonnablement attribuer ces deux différences (du taux de contamination et du taux de mortalité hospitalière) au fait que le confinement a été imposé avant que l’Isère ne soit contaminée de manière significative. Utiliser les mêmes taux de contaminations et de mortalité multiplierait par 9 le nombre de décès dans l’Isère. On comprend en miroir l’effet mortifère d’un confinement trop tardif sur d’autres départements comme Paris ou le Haut-Rhin.

    La comparaison des courbes de mortalité hospitalière des Bouches-du-Rhône et du Rhône présente un intérêt particulier. Cette comparaison est d’autant plus légitime que la taille de la population est comparable (de l’ordre de 2 millions d’habitants), que le taux d’hospitalisation est comparable (respectivement 16 et 16,8 pour 10 000 habitants) et que le nombre d’hospitalisations est à la fois important et identique (3 259 et 3 149 au 22 Avril). Ces deux courbes sont parallèles, avec un taux de mortalité de 4 à 5% inférieur dans les Bouches-du-Rhône (9,8 au lieu de 13,9% le 22 Avril). Ici, on ne peut pas interpréter cette différence par un décalage temporel, les deux départements étant touchés en même temps et dans les mêmes proportions.

    Alors comment l’expliquer ?

    Rappelons qu’on compare des rapports et donc qu’il y a deux moyens de les modifier :

    - par le numérateur, c’est-à-dire le nombre de décès hospitaliers, qui est plus faible dans les Bouches-du-Rhône que dans le Rhône. Si on considère que ce sont les mêmes populations de patients qui sont hospitalisées dans les deux départements, un moindre nombre de décès dans les Bouches-du-Rhône peut alors être interprété comme résultant d’un traitement plus efficace.

    - par le dénominateur, c’est-à-dire le nombre de personnes hospitalisées, qui est identique dans les deux départements. Si on considère que les populations hospitalisées sont différentes, on peut interpréter la variation du taux de mortalité comme une prise en charge hospitalière de patients présentant un risque de décès plus faible dans les Bouches-du-Rhône. Il faudrait alors le démontrer.

    Bien entendu, les deux possibilités peuvent se cumuler, par exemple si le risque de décès plus faible est lié à un traitement plus précoce et plus efficace. Ceci rejoint l'hypothèse issue de la comparaison à l’échelle internationale proposée récemment par M. Izoulet sur la base du critère de l’utilisation ou non de traitements antipaludéens pour prévenir le développement de l’infection épidémique. Et ceci confirme que l’interrogation au sujet de l’efficacité du protocole proposé par l’IHU de Marseille, ou de protocoles dérivés, est pleinement légitime.

    En conclusion, il apparaît que :

    1) le confinement a eu et a toujours des effets importants en diminuant la mortalité. Dans les départements les plus affectés, sa mise en place tardive est associée à une augmentation du taux de mortalité.

    2) le taux de mortalité significativement plus faible des Bouches-du-Rhône constitue une « anomalie » incontestable. Toutefois son explication ne peut pas être fournie par ces seules données statistiques. Elle nécessite le recours à d’autres données médicales, notamment le suivi des cohortes de patients et l’évaluation de l’efficacité de leurs traitements.

    Christophe BASILE, professeur en Sciences de la Terre à l’Université Grenoble Alpes

    Laurent MUCCHIELLI, directeur de recherche en sociologie au CNRS

    source: https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/ 

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  • Marcel D. (3 avril 2020)
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  • Le TGV sanitaire se prépare à évacuer une vingtaine de patients gravement atteints par le Covid19 vers l’Ouest de la France, le 5 avril 2020 © Protection civile Paris Seine

    En train, bateau, bus ou en avion, des centaines de patients ont été transportés d’une région à l’autre depuis le 18 mars, afin de désengorger les services de réanimation les plus saturés. Pourquoi ne pas avoir plutôt privilégié le déplacement d’équipes de soignants et de matériel issus de régions moins tendues ? Éléments de réponses.

    Trains médicalisés, transferts en avion ou par hélicoptère, en bateau voire par bus ou ambulances [1]. Ces différents modes de transports médicalisés, en particulier le TGV sanitaire présenté comme « une première en Europe », ont fait la une des médias ces dernières semaines. Entre le 18 mars et 2 avril, 439 transferts de patients ont été organisés, indique le ministère de la Santé, pour « soulager les régions les plus en tension vers les régions les plus épargnées par le Covid19 ». Des transferts ont aussi eu lieu depuis l’Alsace vers le Luxembourg, la Suisse et surtout l’Allemagne, témoignant de la solidarité des pays voisins.

      Source : ministère de la Santé
     

    Ces nombreux transferts auraient permis d’éviter l’effondrement d’un système de soins sous haute tension. La priorité a d’abord été donnée à l’augmentation des capacités en réanimation, en empiétant sur d’autres services. « Mais à un moment donné, vous ne pouvez plus transformer un service lambda en un service de réanimation car les locaux ne sont plus adaptés », souligne François Braun, président de Samu-Urgences de France et à la tête du pôle urgences du CHR de Metz-Thionville (Moselle).

    « C’est vrai que l’on ne peut pas prendre une pièce normale et faire une salle de réanimation à l’intérieur », confirme une médecin auprès de Basta !. « Il faut des prises à oxygène, que la chambre soit en pression positive pour éviter que le virus se diffuse... Il y a des critères pour faire une salle de réanimation Covid, et c’est compliqué. »

    Un pilotage depuis Paris avec des ratés

    Avec ces transferts au moment du pic de l’épidémie, l’exécutif entend éviter qu’un malade se retrouve sans lit de réanimation. Un point est fait quotidiennement au sein de la cellule interministérielle de crise, installée au ministère de l’Intérieur, pour les planifier. Non sans quelques couacs. Le 31 mars, un bus médicalisé avec huit patients du CHU de Reims en route pour Tours fait demi-tour. La décision d’annulation est venue du PC de crise de Paris qui pilote ces transferts. « Le transfert avait été accordé par l’ARS. Il a été annulé par la cellule nationale, je suis en colère parce qu’il n’est pas question de jouer avec la vie des patients », dénonce, le 1er avril, le maire de Reims (LR), Arnaud Robinet, qui préside le conseil de surveillance du CHU local.

    Le Grand Est connait un deuxième couac quelques jours plus tard. Le 6 avril, c’est le transfert en avion militaire de six patients du CHR de Metz-Thionville vers la République tchèque qui est annulé à la dernière minute. « Nous n’avions pas demandé ce transfert en avion militaire », explique la directrice générale du CHR Metz-Thionville. « Nous avions demandé des transferts la semaine [précédente] parce que nous étions au bord d’une catastrophe annoncée », poursuit-elle, mais la situation s’était depuis améliorée avec des lits en réanimation à nouveau disponibles.

    Lors de la conférence de presse, la directrice de l’hôpital est dans l’incapacité de savoir qui avait demandé le transfert. « La France nous a demandé de l’aide, nous avons répondu à l’appel », a de son côté fait savoir, le 5 avril, le Premier ministre tchèque Andrej Babis.

    Opacité sur le coût des transferts médicalisés

    Combien coûtent ces déplacements médicalisés ? Depuis le 26 mars, la SNCF a fait circuler dix TGV médicalisés, qui ont transporté 202 patients du Grand Est et de l’Ile-de-France vers des régions moins touchées. Les voitures médicalisées sont préparées en 48h. Dans chaque train, les équipes sont doublées avec deux conducteurs, deux chefs de bord, des dépanneurs pour assurer une alimentation continue en électricité, des agents de sûreté... « Tous volontaires ». Chaque TGV sanitaire peut transporter jusqu’à 24 malades, accompagnés d’une cinquantaine de soignants. Chaque trajet mobiliserait ainsi 200 cheminots pour que le train circule dans les meilleures conditions.

    La SNCF indique ne pas vouloir évoquer le coût de ces TGV sanitaires et n’aurait pas l’intention de les facturer. Le dispositif intéresse en revanche d’autres compagnies ferroviaires comme son homologue Renfe en Espagne. L’idée de recourir à des TGV sanitaires remonte à mai 2019. Les urgentistes du SAMU parisien avaient organisé avec la SNCF un entraînement sur un trajet Metz-Paris, avec l’objectif d’être prêt pour transférer des victimes d’un attentat vers Paris, dans le cas où elles ne pourraient pas toutes être prises en charge sur place. Baptisé « chardon », en référence à la plante emblématique de la Lorraine, cet exercice a permis aux équipes de définir une « marche à suivre » pour le transfert ferroviaire.

    Du côté de la cellule interministérielle de crise, la question du coût est aussi balayée [2]. Le groupe Dassault Aviation a, lui, fait le choix de communiquer dans Le Figaro, dont il est propriétaire, sur la mise à disposition « à ses frais » de sa flotte de Falcon pour transporter des infirmiers, aide-soignants et médecins jusqu’à Paris.

    Des difficultés à augmenter le nombre de lits de réanimation ?

    Ces opérations complexes requièrent beaucoup de personnels médicaux. 150 soignants pour une vingtaine de malades auraient été mobilisés lors du premier transfert en train sanitaire selon Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France et syndicaliste CGT santé. François Braun, président de Samu-Urgences de France nuance ces chiffres, évoquant six soignants par voiture pour quatre malades. Si Christophe Prud’homme reconnait que ces transferts ont soulagé le Grand Est et l’Île-de-France, il estime que la priorité devrait porter sur la réouverture de lits de réanimation, « plutôt que d’envoyer des hélicoptères, des équipes qui font des centaines de kilomètres, ou des TGV à l’autre bout de la France ». « C’est très médiatique », déplore t-il. « Vous avez des dizaines de milliers de mètres carrés, des services qui ont été fermés, mais dans lesquels il y a de l’oxygène, des fluides, comme l’Hôtel-Dieu. On ne peut pas ouvrir des lits à l’Hôtel-Dieu plutôt que transférer des patients en province ? » interroge t-il.

    Pour la région Grand Est, ces transferts ont véritablement permis de soulager les hôpitaux : c’est, au total, près d’un lit de réanimation sur quatre qui a été libéré [3]. En Île-de-France, où moins de 5 % des lits occupés ont été libérés, l’intérêt est moins évident. Face aux critiques, le gouvernement a communiqué sur l’ouverture anticipée d’un bâtiment de réanimation de 40 lits à l’hôpital Henri-Mondor dans le Val-de-Marne, prévue initialement en septembre [4]. 150 professionnels se sont portés volontaires pour y travailler. Pour le professeur Alain Combes, chef du service de réanimation à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, augmenter la capacité de lits de réanimation sur les différents hôpitaux d’Île-de-France n’est pas chose aisée : « Ce n’est pas qu’un lit : il faut aussi des respirateurs, des pousse-seringues pour faire passer les médicaments et il faut surtout du personnel, notamment infirmier ».

    Pourquoi ne pas plutôt envoyer des équipes de soignants ?

    Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP reconnaît qu’il puisse « y avoir aussi, et c’est logique, des balancements de doctrine pour savoir s’il vaut mieux transférer des malades ou transférer des équipes et du matériel ». Mais une médecin d’un CHU en Nouvelle-Aquitaine alerte, elle, sur les lourdeurs administratives : « J’ai parlé avec des collègues parisiens qui disent qu’ils manquent certes de matériel et de lits mais aussi de bras. Je me suis donc portée volontaire comme beaucoup d’autres pour aller aider dans les zones en tension », confie t-elle à Basta !. « Je me suis signalée à la direction de mon hôpital pensant bêtement que les hôpitaux allaient se mettre en lien les uns avec les autres, et la première chose qu’ils m’ont dit c’est : "Ok, mais sachez que si vous bossez pas chez nous, nous on ne vous paie pas". »

    Elle s’est également inscrite sur la plateforme Renforts-Covid recommandée par le directeur général de la Santé. Une fois ses choix validés, surprise : la plateforme lui demande de ne se signaler que dans les départements où son hébergement est déjà prévu. « En clair, ils ne peuvent pas assurer l’hébergement pour les personnels qui se déplaceraient pour aider. En Ile-de-France, j’ai de la famille mais je n’ai aucune envie d’aller m’infecter dans une unité Covid et d’aller cracher ça dans ma famille... Je pensais qu’ils allaient réquisitionner des hôtels. Il n’y a pas de touristes en ce moment, je suppose qu’il y a plein d’hôtels disponibles... Mais j’ai peur que ce soit une question d’argent. »

    Plutôt que la réquisition de logements pour le personnel soignant, le ministère de la Cohésion des territoires a privilégié un partenariat avec Airbnb, en lançant le 24 mars la plateforme Appartsolidaire. Les logements y sont gratuitement mis à disposition du personnel médical (pour chaque séjour, les hôtes seront dédommagés à hauteur de 50 euros). Airbnb ne perçoit pas de commission. En une semaine, 5000 logements ont été proposés et 11 000 nuitées réservées.

    A Marseille, le syndicat Sud Santé a de son côté demandé la réquisition de chambres d’hôtel, afin de permettre aux personnels soignants de ne pas risquer de contaminer leur famille. Une demande acceptée par le préfet et l’ARS, qui ont mis à disposition des chambres.

    Rouvrir des lits d’hôpitaux

    La France est, « en temps normal », équipée d’un peu plus de 5000 lits en réanimation. La répartition de ces équipements est inégale dans les départements [5]. Les départements de l’Ile-de-France concentrent à eux seuls 1147 lits en réanimation, pour environ 12 millions d’habitants. D’autres zones sont moins fournies. Le département du Haut-Rhin ne dispose ainsi que de 70 lits. La décision de fermer prématurément les stations de sports d’hiver s’est aussi faite sur la base du faible nombre de places en réanimation que connaissent des départements comme la Haute-Savoie (34 lits) ou la Savoie (18 lits).

    - Notre enquête sur le sujet : La pandémie de Covid-19 va-t-elle mettre fin à trois décennies d’austérité imposée à l’hôpital ?

    « On a fermé 100 000 lits [d’hôpitaux] en vingt ans » alertait Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), il y an. A l’aune de cette crise sanitaire, les personnels hospitaliers et des établissements de Santé et d’Action Sociale proposent des mesures immédiates pour remettre le système de santé au niveau qu’il n’aurait jamais dû quitter [6].

    Ils demandent de « rouvrir des lits d’hôpitaux où c’est nécessaire, reconstituer les troupes en réembauchant du personnel médical et non-médical, administratif et ouvrier, et le payer décemment pour qu’il revienne notamment dans le service public, qui soigne chacun d’entre nous sans considération de fortune et sans trier les malades sur leur "rentabilité" ». Considérant que l’épidémie actuelle n’est qu’une parmi une longue série à venir, cet « effort national pour restaurer nos capacités à nous soigner » relève d’un investissement pour l’avenir.

    Sophie Chapelle

     

    [1Il s’agit plus précisément des Unités Mobiles Hospitalières (voir ici).

    [2Voir cet article du Monde.

    [3255 transferts en tout au 2 avril, pour près d’un millier de patients en réanimation à ce moment.

    [4Voir la vidéo de communication de l’AP-HP

    [5Voir la carte réalisée par France Info.

    [6Communiqué du 2 avril 2020, source.

     

    source: https://www.bastamag.net/

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  • Un fabricant de masques : « Pas un seul coup de fil des services publics »

    Témoignage d’Olivier Rimmel, fabricant et importateur de masques de protection… mis au chômage politique !

    « Comme vous le savez puisque je l’ai écrit, je suis fabricant et importateur de masques de protection FFP2 (entre autres). Je suis connu des services publics, et ma société a été financée par des aides publiques. Depuis le début de la crise je n’ai même pas eu un coup de fil.

    L’État ne contacte pas les petites entreprises françaises qui sont en mesure d’assurer des commandes pour deux raisons…

      1. Ils veulent passer en direct pensant pouvoir négocier les prix.
      2. Ils ne veulent pas payer d’avance les entreprises qui vont passer les commandes en Asie.

    Tous les jours, mes fournisseurs asiatiques m’envoient des e-mails pour me relancer et me proposer des stocks ou de lancer des fabrications de masques FFP2 et même FFP3. Les tarifs ne sont pas déconnants, les délais non plus.

    Mais ,je n’ai pas passé de nouvelles commandes de production, car je n’ai aucune piste pour les écouler. Amazon et CDiscount m’ont empêché de les vendre en me fermant ces marchés par crainte de tarifs en hausse et sous la pression du gouvernement.

    D’ailleurs, même topo pour les gels hydroalcooliques. Je ne peux plus en vendre car ces produits ont été interdits à la vente (comme tout le monde sous la pression du gouvernement qui voulait contrôler les prix).

    Toutes ces petites choses, impossible de les écouler désormais…

    => Source : fil Twitter d’Olivier Rimmel

    Pierrick TILLET

    source: https://yetiblog.org/

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  • Témoignage : « Les petits cons d’auditeurs de l’AP-HP qui débarquaient… »

    Le témoignage d’Alain Astier [photo], chef du service pharmacie à l’hôpital Henti-Mondor de Créteil (source et intertitres : Reflets).

    « Le manque de médicaments en quantité suffisante est très fréquent. Souvent j’ai un médicament pour deux patients alors que j’en ai quatre à soigner. Alors on choisit à qui on le donne… Parfois on réduit les doses. Avec la crise du Covid-19, on en parle plus et c’est plus aigu. Oui, on peut parler de pénurie de certains produits. Dans ma pharmacie, deux à trois jours de manque d’un médicament, c’est malheureusement banal. Et parfois, la durée est indéterminée. On ne sait pas quand le produit reviendra et ça peut durer longtemps.

    Parfois on [reçoit]la moitié [de nos commandes], parfois rien… Être pharmacien, c’est se débrouiller, emprunter à un hôpital voisin parfois… On passe notre temps au téléphone… »

    Les médicaments qui manquent sont ceux qui ne sont pas chers

    « En 2008, la pénurie concernait une vingtaine de médicaments ; en 2018, elle concerne 800 produits ! En 10 ans, ça a été multiplié par vingt.

    Étonnamment, tous les médicaments qui manquent, antibiotiques, anticancéreux, curares entre autres, ce sont des médicaments efficaces mais un peu anciens, qui peuvent être produits en génériques. Ce ne sont jamais les médicaments chers qui sont les vaches à lait des labos.

    Les labos ont délocalisé massivement dans les années 2000-2005 pour faire plus de profit. Les matières premières comme les médicaments sont fabriqués en Inde et en Chine. J’en veux à Sanofi, notre géant français, qui n’a pensé qu’à minimiser ses coûts. Et les gouvernements ont laissé faire sans penser aux dépendances que cela engendrait.

    On a eu des petits cons d’auditeurs de l’AP-HP qui débarquaient dans nos hôpitaux et qui assénaient : “Il faut travailler en flux tendu, les stocks c’est de l’argent immobilisé !” Sauf que l’hôpital n’est pas une entreprise… Les conséquences de cette politique explosent au grand jour. »

    Brûlez les masques ou utilisez-les pour faire de la peinture

    « À Henri-Mondor, on stockait 250 millions de masque pour le compte de l’Eprus, l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, sur le milliard six-cent millions de masque du stock Bachelot. Quand ils sont arrivés à péremption, on leur a demandé ce qu’on en faisait. Ils nous ont dit : “Brûlez-les ou utilisez les pour faire de la peinture !” Et on les a détruits… On a sciemment organisé le manque. Je peux vous dire que le stock de pilules d’iode en cas d’accident nucléaire a fondu comme le reste. Bien sûr, on ne peut pas avoir tout avec des stocks importants. Mais un virus pulmonaire, on sait que c’est un risque important, des rapports en parlaient régulièrement.

    Mes collègues allemands ne comprennent pas pourquoi le nombre de décès est si élevé. C’est simple : en Allemagne, il y a plus de tests, plus de masques, plus de lits de réanimation. C’est tout, c’est une question d’organisation. Et devant cette pénurie, on a menti aux Français sur l’importance de porter un masque. Il faut qu’une enquête soit ouverte, que les responsables de cette imprévoyance organisée soient retrouvés. »

    => Lire l’article entier de Reflets

     

    Pierrick TILLET

    source: https://yetiblog.org/

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  • Premiers actes de désobéissance civique chez les soignants de terrain

    Devant l’incurie et la corruption criminelle des autorités politiques et sanitaires française, la révolte monte parmi les soignants de terrain.

     

    Déjà les premiers appels à la désobéissance civile se profilent. Le Dr Claude Escarguel, ancien collaborateur du professeur Didier Raoult lance un appel à manifester le 25 avril à Six-Fours.

    Le Dr Gérard Simler, médecin dans une région alsacienne particulièrement touchée par l’épidémie, frappé lui-même par le Covid-19 et rétabli après administration du protocole Raoult, a écrit une lettre ouverte à l’Ordre des médecins l’enjoignant de laisser les médecins libres de traiter leurs patients en « âme et conscience » :

    « Peut-on qualifier d’un autre mot que “crime contre l’humanité” ou “crime de guerre”, puisque nous sommes en “temps de guerre !”, comme le dit le président Macron, l’action des pouvoirs publics qui :

    – empêchent les médecins généralistes de traiter efficacement avec le mix hydroxychloroquine-azithromycine
    – classent, comme par hasard, au tableau des substances vénéneuses mi-janvier 2020 une hydroxychloroquine auparavant en ventre libre
    – font un tapage médiatique des effets secondaires majeurs de l’hydroxychloroquine additionné à l’azithromycine, alors que c’est un gros mensonge. »

    « Le président se trompe, les Français doivent porter un masque dès maintenant«  et sans attendre le 11 mai, clame le professeur Philippe Juvin, chef des urgences à l’hôpital Geaorges-Pompidou (Paris).

    Où l’on voit le personnel soignant entrer en dissidence… et les Gilets jaunes revenir sur terrain !

    D’autres entrent carrément en dissidence et passent aux actes : la chambre syndicale des groupements et enseignes de pharmacie Federgy et l’Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO) ont annoncé que leurs adhérents allaient sans délai vendre des masques chirurgicaux à la population, malgré les strictes restrictions gouvernementales.

     

    Nécessité et urgence oblige, la subversion finit même  par pénétrer les murs épais des temples les plus orthodoxes : l’AP-HP, dirigée par le très jésuite Martin Hirsch, annonce le début d’un essai hydroxychloroquine + azithromycine réservé « au départ » à son personnel soignant. Il faut un début à tout, même si on remarquera que le professeur Tréluyer, de l’unité de recherche clinique Necker-Cochin (AP-HP)/Université de Paris, présenté comme l’investigateur coordonnateur de cette étude appelée PrEP Covid, se garde bien de citer son collègue précurseur du protocole : le professeur Didier Raoult.

    Et pendant ce temps-là, jusqu’aux Gilets jaunes qui repointent leur nez :

    Pierrick TILLET

    source: https://yetiblog.org/

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  • Chaque jour qui passe démontre les conséquences tragiques de la mondialisation et du système capitaliste alors que frappe la pandémie de . D’après les chiffres de l’université américaine John Hopkins, il fallait déplorer 156 076 décès dans le monde, et plus de 2 millions de malades officiellement identifiés du .

    Mais il apparait que chaque peuple n’est pas à égalité devant le coronavirus : le risque de mourir est bien plus important au sein de la zone  que partout ailleurs dans le reste du monde. 1 mort sur deux du COVID-19 est à pleurer dans la , pourtant censée être l’économie la plus riche du monde. 1 mort sur 4 est américain, dans la première puissance mondiale. A l’inverse alors qu’une personne dans le monde sur cinq est chinoise, la Chine populaire où l’épidémie a pourtant était déclarée pour la première fois ne compte que 3% des décès ! Et il y en a aucun au Vietnam voisin !

    Le terrible bilan de l’Union Européenne.

    Alors que la Chine a réussi à mettre fin en trois mois à l’épidémie, ce qui est loin d’être le cas en Union Européenne, les chiffres provisoires font froid dans le dos. Le nombre de décès rapporté à la population de la zone euro est près de 80 fois plus important que celui constaté en Chine. Il est même trois fois plus important que celui observé dans la province du Hubei épicentre de l’épidémie.

    A l’opposée des polémiques inutiles des leaders capitalistes des USA et des capitales européennes, osant mettre en cause la Chine qui a pourtant sonné l’alarme dès début janvier, ce chiffre traduit :

    • que l’Union Européenne, pourtant alertée très tôt, a été incapable d’empêcher l’expansion de l’épidémie à l’ensemble de ses territoires. A l’inverse de ce qu’à réussit la Chine qui a cantonné au prix de décisions très courageuses, très couteuses mais rapides, l’épidémie dans le Hubei.
    • que l’Union Européenne est incapable de dépister, de protéger par le matériel adéquat, et soigner aussi bien les malades au cœur des zones les plus touchées par la pandémie que ne l’a fait la Chine, exception faites de l’Allemagne.
    • qui plus est la comparaison à d’autres pays, asiatiques (Vietnam, Corée du Sud, Japon…) ou de l’Amérique latine (Cuba, Venezuela, Nicaragua…), démontrent la responsabilité incontestable du système européen dans ce bilan catastrophique. Là où des mesures de confinement ciblées appuyées sur des tests sont mises en oeuvre, là où on ne sacrifie la santé sur le dogme de la “libre circulation des capitaux et des biens”, là où des masques sont disponibles, le bilan de la pandémie est bien moins lourd, et l’épidémie contrôlée.

    Le bilan de la catastrophe qu’est l’Union européenne en quelques graphiques :

    En notant la date à partir de laquelle l’épidémie de covid-19 est devenue significative, on retient ici le dépassement du seuil de 10 morts du covid-19, il est possible de montrer que l’Union Européenne a eu un mois complet pour se préparer à l’arrivée de l’épidémie de covid-19 à partir du moment où la Chine était frappée. Contrairement à la Chine qui elle a du détecter sans bénéficier d’aucun délai d’alerte : l’émergence de cette nouvelle épidémie, identifier le virus, improviser des traitements, et inventer des mesures de protection adéquates de sa population.

     

    A ceux qui disent que un mois c’est trop peu, et bien remarquons que la Corée du Sud a eu le même délai. Et ce pays, pas plus riche que la zone euro a réussi a maintenir un nombre de décès par millions d’habitant du même ordre de grandeur que la Chine. Et ce malgré un démarrage très virulent de l’épidémie. Mais la Corée a réalisé un dépistage massif avec des tests généralisés, et a mis à disposition des masques pour tous le monde.

    Au delà du nombre de morts, c’est le nombre de décès par millions d’habitants qui permet de décrire le niveau de protection d’une population face au covid-19. Et le graphique suivant qui représente le nombre de décès selon la taille de la population totale est édifiant :

    Il fait apparaitre que l’ensemble des pays de la zone euro sont frappés de manière bien plus mortelle par le covid-19, que le reste du monde. Il n’y a guère que les Etats-Unis d’Amérique pour atteindre une mortalité aussi importante.
    La zone euro compte 100 fois plus de décès que la plupart des pays asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud, Vietnam, Singapour,….), mais aussi que des pays comme Cuba, le Venezuela, le Nicaragua ou encore la Russie.

    De fait, il est faux de dire que les peuples sont impuissants pour résister au covid-19 : les mesures simples qui sont d’ailleurs celles préconisées par l’OMS font leur preuve :

    • dépistage massif de la population pour isoler les malades, empêcher la transmission (le fameux slogan de l’OMS est tester, tester, tester…)
    • mise en quarantaine des malades, et lorsque le contrôle sur l’épidémie est perdu, confinement rapide et massif des zones concernées pour empécher l’extension de l’épidémie.
    • protection contre la transmission, par le port généralisé dans la population de masque.
    • traitement des malades au plus tôt pour empécher la dégradation de leur état, ce qui suppose un dépistage massif.

    Observons que c’est exactement l’inverse qui a été fait par l’Union Européenne. Interdiction de limiter d’une quelconque façon la circulation des marchandises et du tourisme (sauf en Autriche) dans un premier temps, pas de dépistage généralisé (sauf en Allemagne), pas de distribution de masques (sans dans les pays de l’Est), et un confinement excessivement tardif (sauf au Portugal) : l’Union Européenne a fait le pari d’exposer massivement sa population pour dépenser le moins possible, ne pas arrêter les usines, faisant le pari criminel et insensé d’une illusoire immunité collective. Le résultat c’est des dizaines de milliers de morts.

    Observons que là où l’une des mesures préconisées par la Chine a été mis en place, la mortalité a été divisée de plusieurs fois. C’est le cas avec les tests massifs en Allemagne, le confinement précoce au Portugal ou en Grèce. Evidemment, la qualité du système de santé joue aussi un rôle important. L’Allemagne qui a bien plus de lits de réanimation et d’hôpitaux (+33%) que la France, (160%) l’Espagne ou l’Italie n’a pas eu à faire le choix de laisser mourir ses personnages agées sans avoir accès à la réanimation. Ce qui explique probablement le bilan bien moins lourd outre Rhin.

    Il n’y a rien de miraculeux dans la mise en œuvre des mesures préconisées par l’OMS, mais on observe que les chiffres de la Chine, de la Corée, du Japon, de Singapour ou même du Maroc (où le port du masque est généralisée comme l’usage du plaquenil) suivent la même distribution statistique. On retrouve les même performances à Cuba, au Nicaragua ou au Venezuela trois pays sous blocus américain, mais qui faisant de la santé une priorité nationale n’ont pas eu de mal à engager immédiatement une mobilisation de toutes leurs forces contre le covid-19.

    Le tableau suivant de la mortalité au 17 avril 2020 illustre parfaitement combien c’est le choix délibéré par la Commission Européenne et les gouvernement de la zone euro, un choix identique également des USA de Trump, qui est responsables de la catastrophe que nous subissons en Europe.

    Le désastre des Etats-Unis d’Amérique !

    Les États-Unis d’Amérique, alors qu’ils n’en sont qu’au tout début de l’épidémie, avec 112 morts par million d’habitants ont déjà 35 fois plus de morts que la Chine Populaire.

    Les Etats-Unis sont désormais le premier foyer épidémique, en nombre de cas, du monde.

    Il est vrai que le régime Trump a mis la pression maximum sur les autorités des Etats pour les empêcher de prendre des mesures de confinement, heureusement sans succès pour nombre d’Etat, et a longtemp appelé à ne mettre aucune entrave, pour des raisons de protection de la santé, à l’extraction du profit capitaliste. Avec pour conséquence des manifestations de néo nazies en armes dans certaines villes du pays pour refuser les mesures de protection sanitaire.

    De fait, les pays leaders de l’impérialisme euro atlantique, qui concentrent l’essentiel de la richesse mondiale sont moins capables de protéger leur population que la Chine. Question de priorités et de système. La priorité de l’Union Européenne et des USA aura été de façon permanente de maximiser la défense des profits capitalistes. Refusant d’abord des mesures contraignantes pour la production des entreprises privées, avant de procéder à des mesures minimales. La Chine, elle, a très vite stoppé sa production, tourné son appareil de production entièrement pour combattre l’épidémie et répondre aux besoins de sa population.

    UE, Euro, Capitalisme, En sortir pour s’en sortir !

    Oui, il va falloir tirer des leçons de cette pandémie. Alors que le capitalisme ravage notre écosystème planétaire pour les profits de quelques milliardaires, alors qu’il nous laisse démunis, sans même la capacité de produire des masques dans la 6e économie mondiale, ce système exterministe est à l’évidence une grave menace pour l’Humanité entière.
    La solidarité, le partage et la mise en commun, en un mot le communisme, sont au contraire le chemin de l’avenir.

    JBC

    source: www.initiative-communiste.fr


    Au 17 avril 2020 d’après les chiffres diffusés par l’université américaine, le bilan de l’épidémie de Covid-19 était le suivant :

    • Chine Populaire :
      • population 1 438 000 000 habitants
      • nombre de morts : 4636
      • nombre de morts par million d’habitants 3.2 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 9770 $/habitant
    • Chine (Province du Hubei)
      • population : 58 500 000 habitants
      • nombre de morts : 4512
      • nombre de morts par million d’habitants : 77.1 morts par million d’habitant
    • Union Européenne – Zone euro (hors pays baltes et Slovénie)
      • population 327 000 000 habitants
      • nombre de morts : 76 282
      • nombre de morts par million d’habitants : 233 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 38 300 $/habitant
    • Allemagne :
      • population 83 020 000 habitants
      • nombre de morts : 4 352
      • nombre de morts par million d’habitants : 52 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 47 603 $/habitant
    • France :
      • population 66 990 000 habitants
      • nombre de morts : 18 681
      • nombre de morts par million d’habitants : 279 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 41 463 $/habitant
    • Italie :
      • population 60 360 000 habitants
      • nombre de morts : 22 745
      • nombre de morts par million d’habitants : 377 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 34 483 $/habitant
    • Espagne :
      • population 46 940 000 habitants
      • nombre de morts : 20 002
      • nombre de morts par million d’habitants : 426 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 30 370 $/habitant
    • Belgique
      • population 611 460 000 habitants
      • nombre de morts : 5163
      • nombre de morts par million d’habitants : 451 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 47 518.64 $/habitant
    • Pays Bas :
      • population 17 280 000 habitants
      • nombre de morts : 3 459
      • nombre de morts par million d’habitants : 200 morts par million d’habitants
      • PIB par habitant 53 024 $/habitant.

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Un professeur de Rhumatologie à la Faculté de Médecine de Marseille revient sur la controverse au sujet des travaux de l'équipe de D. Raoult. On l'interroge sur la querelle méthodologique qui semble opposer des conceptions très différentes de la recherche et de la médecine. Il critique sévèrement les essais thérapeutiques financés par les laboratoires pharmaceutiques.
     
    Photo Jean Roudier (Inserm)   Photo Jean Roudier (Inserm)
     
    1) Bonjour Jean Roudier. En ces temps de peurs et de polémiques, les personnes sont facilement soupçonnées soit de parler à tort et à travers, soit d'avoir des intentions cachées. Pouvez-vous donc nous résumer rapidement votre parcours scientifique, et nous dire aussi d’emblée si vous avez des liens d'intérêts avec des institutions, avec des personnalités (comme le professeur Raoult) et/ou avec des laboratoires pharmaceutiques ?

    Je suis un Professeur de Rhumatologie (maladies des os et des articulations) à la Faculté de Médecine de Marseille et à l'APHM, spécialiste d’une maladie inflammatoire, la polyarthrite rhumatoïde. Ma page professionnelle sur Researchgate est ici. Je dirige aussi depuis près de 30 ans une Unité de recherche de l’INSERM, l’UMRs 1097, consacrée elle aussi à la polyarthrite rhumatoïde. Je ne suis pas Marseillais. J’ai été nommé dans les Bouches-du-Rhône après avoir été "Assistant Professor" puis "Associate Professor" à l’Université de Californie à San Diego (USA). Je n’ai pas de lien d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique : je ne participe à aucun essai thérapeutique, je ne fais partie d’aucun « Board ». Et enfin je ne suis pas du tout un proche du Professeur Raoult.

    2) Bien que ne faisant pas partie de ses amis, vous estimez qu'il faut prendre au sérieux ses préconisations médicales face à l'épidémie de coronavirus. Pourquoi ?

    Didier Raoult a structuré le domaine des maladies infectieuses à Marseille. Il a procédé à la manière d’un bulldozer et a écrasé ou phagocyté de nombreux collègues. Mais je pense qu’il est un infectiologue compétent et un vrai chercheur, c’est-à-dire qu’il ne se contente pas d’exécuter des essais thérapeutiques pour l’industrie. C’est aussi un grand organisateur et un énorme moteur. Dans la prise en charge de l’infection par covid-19, il a préconisé et pratiqué d'emblée le dépistage massif et l’emploi de l’hydroxychloroquine, médicament doté d’activité anti covid-19 démontrée in vitro, associé à l’azythromycine, un antibiotique.

    Il se trouve que l'hydroxychloroquine est un médicament que les rhumatologues utilisent depuis 40 ans aux doses de 400 à 600 mg/j pour traiter les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde et surtout de lupus, une maladie auto-immune voisine. Je l’ai prescrit à des dizaines de patients pendant des années. Les accidents cardiaques sont exceptionnels et peuvent être prévenus en contrôlant un électrocardiogramme au début du traitement.

    3) Dans leur volonté de présenter le professeur Raoult comme un « charlatan » voire un faussaire, tous les commentateurs (la plupart n'étant évidemment pas eux-mêmes des chercheurs) se réfèrent à la « méthodologie scientifique ». Didier Raoult a d'ailleurs écrit de longue date tout le mal qu'il pensait des « méthodologistes ». Ce n'est pas facile à comprendre au premier abord. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce canon méthodologique et en quoi cet argument disqualifierait ou pas le travail des équipes de l'Institut Méditerranée Infection ?

    Depuis une trentaine d’années, l’industrie pharmaceutique a infiltré le milieu des médecins universitaires en leur faisant réaliser des essais de médicaments.

    Les essais de médicaments, conçus et structurés par l’industrie, ont pour but de démontrer l’efficacité d’un médicament dans le traitement d’une maladie, pour obtenir ensuite sa mise sur le marché. Ces essais sont nécessaires, mais ne représentent qu’une toute petite partie de la recherche médicale. La méthodologie de ces essais comporte la définition de paramètres quantitatifs, « représentatifs » de l’état du malade et que l’on pourra traiter par des méthodes statistiques pour démonter l'efficacité d’un traitement. 

    La conception des essais comprend la définition de groupes de patients qui reçoivent des traitements différents, parfois sans que le médecin sache quel patient reçoit quel traitement. A la fin, une analyse statistique garantit que les résultats obtenus sont « significatifs ». Sous réserve que le paramètre analysé signifie quelque chose...

    Les médecins qui participent aux essais sont des exécutants rémunérés. Ils suivent un protocole rigide, conçu par l’industriel qui finance l’essai et qui paye (habituellement dans un créneau de 1 000 à 3 000 euros par patient inclus) le médecin qui inclut des patients dans l’essai. Dans cet accord, le laboratoire pharmaceutique et le médecin investigateur sont bénéficiaires, le premier de la démonstration de l’efficacité du médicament, le second d’une somme d’argent conséquente et du soutien du laboratoire pour sa carrière. 

    Le patient est le dindon de la farce, car son inclusion dans un protocole standardisé d’essai médicamenteux le prive d’un suivi personnalisé.

    Malgré tout, de nombreux Professeurs de médecine ne réalisent que des essais de médicaments et se considèrent comme de grands chercheurs. Ces « essayistes » profitent de la grande efficacité de l’industrie pharmaceutique à promouvoir ses hommes.                                                                                                                             

    4) Mon collègue sociologue des sciences canadien, Yves Gingras, estimait ces jours-ci que la polémique actuelle en France réactive un conflit médecins/statisticiens qui aurait été tranché en faveur des seconds dès les années 1940 aux États-Unis. Que lui répondez-vous ?

    Le conflit actuel n’est pas le refus par des médecins de la méthodologie des essais thérapeutiques, mais le refus par des médecins scientifiques de laisser les méthodologistes envahir tout l’espace de la médecine et de la recherche médicale.

    Si on les laisse faire, il n’y aura plus de recherche médicale, juste des essais médicamenteux poussés par l’industrie. Il n’y aura plus de patients individuels, juste des participants anonymes dans des protocoles randomisés.

    5) Dans cette polémique, il y a manifestement aussi des enjeux de pouvoir et d'argent autour des médicaments et des laboratoires qui les produisent, avec tout ce que cela implique en termes de liens voire de conflits d'intérêt pour des médecins haut placés dans les institutions médicales et sanitaires. Qu'en savez-vous et qu'en pensez-vous ?

    Au fil des années, j’ai vu l’industrie pharmaceutique prendre, avec beaucoup de finesse, le contrôle de la médecine universitaire.  Elle a fait la carrière de jeunes médecins en les faisant parler dans les congrès qu’elle finance, en les faisant publier, en les faisant connaître.  Elle a réussi à remplacer les médecins chercheurs par des médecins « essayistes » et fiers de l’être !  Ces « essayistes » arrivent, avec le temps, à représenter leur spécialité et à passer pour des interlocuteurs compétents, des « Experts ». En réalité, ce sont des « Key Opinion Leaders », le terme utilisé par l’industrie pour désigner ses influenceurs.  

    Derrière le conflit de style entre Didier Raoult et les « Experts » (Superdupont déplaît à la Cour), il y a bien un conflit de fond entre deux conceptions de la recherche médicale, celle des chercheurs qui posent des questions et tentent d’y répondre et celle des « essayistes ».  Ce n’est pas un conflit médecin contre chercheurs, mais plutôt médecin chercheur fondamentaliste contre médecins chercheurs… de capitaux.

    source: https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/

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