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    Plus riches et plus puissantes que jamais, les firmes pharmaceutiques orientent la recherche et le remboursement des soins. Enquête sur une industrie hors de contrôle, dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec les impératifs de santé publique.

    On les surnomme les "Big Pharma" : à eux seuls, les suisses Novartis et Roche, les américains Pfizer et Johnson & Johnson, et le français Sanofi contrôlent la majeure partie de la fabrication de médicaments. Pour conserver leur monopole, ces grands laboratoires minimiseraient, voire occulteraient, certains effets indésirables causés par leurs produits. En Europe, la Dépakine, un antiépileptique responsable de malformations congénitales et de troubles neurodéveloppementaux chez des enfants exposés in utero, est au cœur d’un retentissant scandale. Soupçonné d’avoir tardé à alerter les autorités sanitaires et les consommateurs sur ces risques pourtant connus, Sanofi a été mis en examen pour "tromperie aggravée", "blessures involontaires" et "homicides involontaires". Aux États-Unis, où la crise des opioïdes fait des ravages (plus de cent morts par jour), les multinationales pharmaceutiques sont accusées d’avoir encouragé la prescription massive de ces antidouleurs en dissimulant leur caractère hautement addictif. En 2019, Johnson & Johnson a ainsi été condamné à payer 572 millions de dollars à l’État d’Oklahoma pour avoir mis en danger la vie de ses citoyens. Alors que l’industrie pharmaceutique bénéficie largement des innovations de la recherche publique, les prix des médicaments atteignent des sommets : facturé 84 000 dollars aux États-Unis, où la tarification n’est pas encadrée, le traitement contre l’hépatite C coûte 24 000 euros en France, quand la nouvelle thérapie génique contre la leucémie commercialisée par Novartis avoisine les 300 000 euros. Entre intense lobbying et ententes illicites, les laboratoires déploient d’efficaces stratégies pour préserver leurs exclusivités, à l’instar du même Novartis, qui est parvenu à imposer sur le marché un médicament contre la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) quarante fois plus coûteux que son concurrent. Le 9 septembre 2020, Novartis, Roche et Genentech ont ainsi été condamnés par l’Autorité française de la concurrence à payer 445 millions d’euros pour pratiques abusives dans le traitement de la DMLA.



    Course au blockbuster
    À l’heure où la lutte contre le Covid-19 aiguise les appétits des mastodontes pharmaceutiques, Luc Hermann (Starbucks sans filtre) et Claire Lasko éclairent le nouveau paradigme à l’œuvre dans le secteur, entre concentration, financiarisation et course effrénée aux profits. À l’aide d’exemples documentés et de nombreux témoignages (de médecins, patients, journalistes, victimes et avocats, ainsi que d’un représentant de Sanofi et de l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine), leur enquête met en lumière la puissance démesurée des Big Pharma – "comparable à celle d’un État", selon le professeur François Chast –, les menaces qu’ils font peser sur les systèmes de santé publique, mais aussi les élans de résistance qu’ils suscitent, entre multiplication des procédures judiciaires et constitution de collectifs de médecins luttant contre la corruption dans le domaine de la santé.


    • Réalisation : Claire LASKO & Luc HERMANN
    • Pays : France
    • Année : 2018
    88 min
    Disponible sur ARTE du 08/09/2020 au 14/02/2021
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  • Le Pr. Christian Perronne était l'invité du Grand Matin pour son livre "Y-a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise ?" chez Albin Michel.
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  • Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’université de Paris-Descartes et directeur de l'Institut de Recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRMES), revient sur les derniers chiffres du coronavirus en France. Et commente sévèrement la recommandation du port du masque en extérieur. 

    source: https://www.youtube.com/watch?v=b6Yh1EQlYQw&list=PLquopJQNqecvxixw9BBs0HO3Z1kJo_jka&index=2

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  •  «La société française est en tension, beaucoup de citoyens s’affolent (...) Il est urgent de changer de cap», insistent ces chercheurs et médecins.«La société française est en tension, beaucoup de citoyens s’affolent (...) Il est urgent de changer de cap», insistent ces chercheurs et médecins

    Dans une tribune pour le Parisien, 35 chercheurs, universitaires et médecins, dont Jean-François Toussaint et Laurent Mucchielli, critiquent la communication du gouvernement sur la crise du Covid, qu’ils jugent trop anxiogène.

    Dans cette tribune collective, 35 scientifiques, universitaires et professionnels de santé critiquent la politique et la communication gouvernementales. Selon eux, elles relèvent davantage d'un affichage d'une « posture protectrice » que d'une stratégie sanitaire précise.

    « Nous, scientifiques et universitaires de toutes disciplines, et professionnels de santé, exerçant notre libre arbitre et notre liberté d'expression, disons que nous ne voulons plus être gouvernés par et dans la peur. La société française est actuellement en tension, beaucoup de citoyens s'affolent ou au contraire se moquent des consignes, et nombre de décideurs paniquent. Il est urgent de changer de cap.

    Nous ne sommes pas en guerre mais confrontés à une épidémie qui a causé 30 décès le 9 septembre, contre 1438 le 14 avril. La situation n'est donc plus du tout la même qu'il y a 5 mois. Par ailleurs, si la guerre peut parfois justifier un état d'urgence et des restrictions exceptionnelles de l'Etat de droit et des libertés publiques qui fondent la démocratie et la République, ce n'est pas le cas d'une épidémie. Aujourd'hui comme hier, cette crise doit nous unir et nous responsabiliser, pas nous diviser ni nous soumettre.

    C'est pourquoi nous appelons les autorités politiques et sanitaires françaises à cesser d'insuffler la peur à travers une communication anxiogène qui exagère systématiquement les dangers sans en expliquer les causes et les mécanismes. Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l'éducation citoyenne avec l'infantilisation. Nous appelons également l'ensemble des journalistes à ne plus relayer sans distance une communication qui est devenue contre-productive : la majorité de nos concitoyens ne fait plus confiance aux discours officiels, les complotismes en tous genres foisonnent sur les réseaux sociaux et les extrémismes en profitent.

    Le confinement général, mesure inédite dans notre histoire, a eu des conséquences individuelles, économiques et sociales parfois terribles qui sont loin de s'être encore toutes manifestées et d'avoir été toutes évaluées. Laisser planer la menace de son renouvellement n'est pas responsable.

    Il faut évidemment protéger les plus faibles. Mais de même que l'imposition du port du masque dans la rue, y compris dans les régions où le virus ne circule pas, l'efficacité du confinement n'est pas démontrée scientifiquement. Ces mesures générales et uniformes, imposées sous surveillance policière, relèvent davantage d'une volonté d'afficher une posture protectrice que d'une stratégie sanitaire précise. D'où leur grande volatilité depuis six mois. Beaucoup d'autres pays agissent avec plus de cohérence. Une coordination européenne serait nécessaire.

    Nous appelons également le gouvernement à ne pas instrumentaliser la science. La science a pour condition sine qua non la transparence, le pluralisme, le débat contradictoire, la connaissance précise des données et l'absence de conflits d'intérêts. Le Conseil scientifique du Covid-19 ne respectant pas l'ensemble de ces critères, il devrait être refondé ou supprimé.

    Nous rappelons par ailleurs que les premiers à soigner les malades sont les médecins généralistes. Les écarter de la lutte contre le Covid, en ne leur fournissant ni tests ni masques et en suspendant leur liberté de prescrire les médicaments autorisés de leur choix a constitué une erreur qui ne doit pas se reproduire. L'ensemble des soignants doit au contraire être mobilisé, équipé et solidarisé afin d'améliorer nos capacités de réaction et non les restreindre.

    Enfin, les impératifs de protection contre la contagion ne doivent pas conduire à trahir l'éthique médicale et les principes humanistes fondamentaux. Isoler les malades et protéger les personnes à risque ne veut pas dire les priver de tous droits et de toute vie sociale. Trop de personnes âgées sont décédées et se dégradent encore actuellement dans un abandon motivé par des motifs sanitaires non justifiés. Trop de familles souffrent de ne pouvoir leur apporter l'affection indispensable à leur bonheur et à leur santé.

    Il est urgent de nous remettre à penser ensemble pour définir démocratiquement nos stratégies sanitaires, redonner de la confiance à nos concitoyens et de l'avenir à notre jeunesse. »

    Les premiers signataires

    Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université de Paris ; Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS ; Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’Université de Bordeaux ; Gilles Bœuf, professeur de biologie à Paris-Sorbonne Université ; Pierre-Henri Gouyon, professeur de biologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean Roudier, professeur de rhumatologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Louis Fouché, médecin, anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital de la Conception ; Olivier de Soyres, médecin, réanimateur à la clinique des Cèdres ; Christophe Lançon, professeur de psychiatrie à l’Université d’Aix-Marseille ; Laurent Toubiana, épidémiologiste à l’Inserm ; Mylène Weill, biologiste, directrice de recherche au CNRS ; Anne Atlan, généticienne des populations et sociologue, directrice de recherche au CNRS ; Bernard Swynghedauw, biologiste, directeur de recherche émérite à l’Inserm ; Marc-André Selosse, professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle ; Jean-Louis Thillier, médecin, immunopathologiste ; Jean-François Lesgards, biochimiste, chercheur au CNRS ; Alexandra Menant, biologiste, chercheuse au CNRS ; André Comte-Sponville, philosophe ; François Gastaud, chirurgien orthopédiste à Strasbourg ; Éric Desmons, professeur de droit public à l’Université Sorbonne Paris Nord ; Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté ; Charalambos Apostolidis, professeur de droit public à l'Université de Bourgogne-Franche-Comté ; Nicolas Sembel, professeur de sociologie à l’Université d’Aix-Marseille ; Dominique Crozat, professeur de géographie à l’Université de Montpellier ; Marnix Dressen-Vagne, professeur de sociologie à l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ; Thomas Hippler, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Caen-Normandie ; Nicolas Leblond, maître de conférences en droit à l’Université Polytechnique Hauts-de-France ; Dominique Labbé, politiste, enseignant émérite à l’Université de Grenoble-Alpes ; Arnaud Rey, chercheur en psychologie au CNRS ; Mathias Delori, politiste, chercheur au CNRS ; Jacques Tassin, écologue, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ; Sylvie Gourlet-Fleury, écologue, chercheuse au Cirad ; Emmanuelle Sultan, docteur en océanographie physique, ingénieure de recherche au Muséum national d’histoire naturelle ; Christophe Leroy, biologiste, docteur en biologie moléculaire et cellulaire ; Bernard Dugué, docteur en pharmacologie, docteur en philosophie

     

    source: https://www.leparisien.fr/

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  • Onfray-fin de partie par Gilles Gressani et ses entretiens (legrandcontinent.eu-1/07/20)

     

    Michel Onfray s'est longtemps fait passer pour un représentant des classes populaires. Alors que sa nouvelle revue Front populaire le place sans aucun doute possible à l'extrême droite du spectre politique, deux historiens, qui s'étaient déjà exprimés à son sujet en 2010, dialoguent dans les colonnes du Grand Continent pour défaire les mythes avec lesquels s'est construite cette personnalité médiatique. On y découvre un faussaire et un manipulateur de textes, dont la voix ne porte peut-être déjà plus autant qu'avant.  

    Il y a 10 ans vous commenciez une querelle intellectuelle avec Onfray. Qu’aviez-vous vu chez lui qui vous appelait à intervenir publiquement ?

    Elisabeth Roudinesco

                               Elisabeth Roudinesco est historienne de la psychanalyse.                                  Elle a publié en 2014-Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre.

    J’avais bien sûr déjà croisé Michel Onfray à plusieurs reprises. Onfray était chez Grasset avec comme éditeur Jean-Paul Enthoven, ami intime de Bernard-Henri Lévy qui d’ailleurs l’avait soutenu à ses débuts. En 2010, il bénéficiait du soutien inconditionnel de Franz-Olivier Giesbert, directeur de publication du Point. Franz-Olivier Giesbert voyait en Onfray un nouveau Derrida et pensait qu’il était le plus grand philosophe français du début du XXIème siècle. Onfray était très implanté dans les médias de gauche et les journalistes croyaient avoir affaire à un magnifique libertaire d’une érudition phénoménale. Evidemment aucun d’entre eux, pas plus d’ailleurs que l’éditeur, n’était capable de regarder de près sa méthode de travail. Il y avait une fascination pour ce personnage boulimique de tout et qui était très convainquant dans l’art d’énoncer des fantasmes qu’il prenait pour des vérités. Quand son livre paraît, Le Crépuscule d’une idole, je m’attendais à une sorte de fourre-tout d’extrême gauche dans le genre : Wilhelm Reich, c’est mieux que Freud. Vieux poncif.

     

    Quelle a été votre première impression de lecture ?

    C’était caricatural ! J’étais sidérée parce que je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait deux ou trois erreurs grossières par page. À telle enseigne que je me suis demandée s’il y avait des correcteurs chez Grasset. Nous avons tous publié des livres, nous pouvons faire des erreurs, mais nous relisons et avons des correcteurs qui peuvent vérifier les textes. Afin d’éviter par exemple à l’auteur d’affirmer que Freud avait engrossé sa belle-soeur en 1923 alors qu’elle avait 58 ans. Ou que ses soeurs avaient été déportées à Auschwitz et avaient rencontré Rudolf Höss. Comment pouvait-on laisser passer une telle erreur sur la déportation et l’extermination des soeurs de Freud ?

    «Sur Freud, on voyait tout de suite, dès la première lecture, qu’il se trompait grossièrement. Historien c’est un métier, c’est un travail dur, laborieux. Comme tout travail, cela demande de respecter des savoir-faire.»  Elisabeth Roudinesco

     

    C’était un livre bâclé ?

    C’était un livre fou. Et cela se voyait immédiatement. Aucun travail critique sur les sources, aucune réflexion sur les biographies précédentes qu’il prétendait « déboulonner », aucune connaissance de la correspondance de Freud, Onfray s’autoproclamait grand connaisseur de Freud parce qu’il avait avalé à toute allure les vingt volumes de de son oeuvre publiées aux PUF dans la traduction la plus discutable. Il se pensait le plus grand lecteur de Freud, auteur commenté dans le monde entier. En un mot, il était d’une ignorance crasse car auto-référencé. En bon autodidacte, il pensait qu’il suffisait de lire les œuvres de Freud pour devenir son meilleur biographe et transformer la « légende dorée » en «  légende noire ». Or à cette époque, il y avait belle lurette que cette problématique du bien et du mal avait été dépassée. Autrement dit, Onfray était déjà démodé et décalé par rapport aux travaux de l’historiographie freudienne. Mais comme celle-ci est essentiellement anglophone, il ne la connaissait pas et du coup il répétait, comme toujours, la même scène du révolté contre l’ordre établi, contre ce qu’il appelait d’ailleurs les « milices freudiennes ». On voyait tout de suite, dès la première lecture, qu’il se trompait grossièrement. Historien c’est un métier, c’est un travail dur, laborieux. Comme tout travail, cela demande de respecter des savoir-faire. Il est impossible de lire vingt volumes de Freud en un été et de penser écrire sur Freud quelque chose de révolutionnaire ou même de pertinent. Très vite j’ai vu qu’il ne s’agissait absolument pas d’une critique reichienne de Freud mais de bien autre chose.

     

    En quel sens ?

    On n’y trouvait pas seulement les thèses antifreudiennes habituelles qui considèrent Freud comme un manipulateur, un menteur sériel, presqu’un criminel. Non, les principales sources de sa lecture provenaient directement de la littérature d’extrême droite païenne. J’y retrouvais par exemple les propos de Pierre Debray-Ritzen, l’auteur de La scolastique freudienne (1972), antisémite notoire, artisan de la Nouvelle Droite, ou de Jacques Bénesteau, auteur de Mensonges freudiens (2002) qui m’avait intentée un procès – qu’il a perdu – à propos d’un article publié dans Les temps modernes en 2004. Bénesteau avait été soutenu par le Club de l’Horloge de Henry de Lesquen et j’avais démontré que son livre relevait d’un « antisémitisme masqué ». Le positionnement de ces auteurs est explicite, vraiment évident quand on connaît un tout petit peu l’historiographie freudienne et que l’on a une once de sens critique. Si Onfray reprenait Debray-Ritzen et recopiait Bénesteau, lequel était soutenu par le Club de l’Horloge et défendu, lors de son procès, par Wallerand de Saint-Just, c’est que leur positionnement politique lui convenait parfaitement.

    «Chez Onfray, on retrouve les éléments d’un discours antisémite inconscient. Il récuse la lutte des classes au profit de la lutte des origines»  Elisabeth Roudinesco

    Jusqu’à l’antisémitisme ?

    Je me suis demandée s’il était conscient ou non de copier des textes à caractère antisémite et venus de l’extrême-droite. On ne copie pas impunément Debray-Ritzen si l’on est un peu cultivé. On ne copie pas Bénesteau si l’on connait un peu l’histoire. Pour moi c’est devenu évident que s’il en était à recopier et à reprendre leurs thèses, c’est qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans sa pensée. Bien entendu, aujourd’hui on ne peut pas être antisémite comme ça, en direct comme dans les pamphlets de l’entre-deux-guerres. C’est inavouable et c’est interdit par la loi. En ce sens-là, chez Onfray, on retrouve les éléments d’un discours antisémite inconscient, mais alors c’est encore plus grave quand on se dit érudit. Par exemple, il récuse la lutte des classes au profit de la lutte des origines  : la terre contre la ville, la bonne nature du peuple contre les bourgeois, les fils de femmes de ménages (comme il dit) contre les fils de la haute société, celle des banquiers, de la finance, assignés à une identité d’exploiteur des pauvres, etc. C’est une manière de se réclamer de la lutte des races, des ethnies avec une essentialisation des origines qui procède d’un raisonnement binaire et de chaînes de syllogismes pervertis : « Si je suis, moi, fils de femme de ménage, ça veut dire donc ancré dans la terre, ça veut dire donc que tous les bourgeois parisiens sont une élite qu’il faut combattre, etc ». C’est la manière qu’a l’extrême droite de se représenter le monde. La tendance de ce genre d’argumentation, c’est de tomber très vite dans l’imaginaire antisémite qui renvoie l’élite en général à l’élite juive qui posséderait l’argent, le pouvoir médiatique, le pouvoir intellectuel et qui, dans le cas de Freud, serait obsédé par le sexe. L’argent, le sexe (lubricité), l’intellect sont les trois grands signifiants du discours antisémite : il n’y a qu’à lire La France juive d’Edouard Drumont pour s’en convaincre.

    On retrouve cette tendance d’une manière spectaculaire dans les premières lignes d’une préface à un livre publié en 2017 par un influent membre de la Nouvelle Droite 2 où Onfray oppose Proudhon issu « d’une lignée de laboureurs francs » de Karl Marx « issu d’une lignée de rabbins ashkénazes » 3

    Oui, évidemment, mais quand j’interviens en 2010 avec Guillaume Mazeau, nous ne disons jamais qu’Onfray est antisémite. Nous établissons un fait : Onfray reprend telle quelle la vulgate de l’extrême droite antisémite. Nous souhaitons rester à un niveau d’érudition pour le confronter à son inculture, pour démasquer son ignorance qui le porte à traiter les juifs persécutés de véritables bourreaux ou à traiter Freud de nazi, d’antisémite, de fasciste en répétant des mécanismes propres aux négationnistes. Le plus étonnant, c’est qu’il va ensuite passer son temps à dire qu’on le traite d’antisémite, de nazi, de fasciste, de négationniste, etc. Ce qui n’a jamais été le cas. Mais cela montre qu’il est obsédé par cette thématique.

    «Nous ne disons jamais qu’Onfray est antisémite. Nous établissons un fait : il reprend telle quelle la vulgate de l’extrême droite antisémite. Nous souhaitons rester à un niveau d’érudition pour le confronter à son inculture, pour démasquer son ignorance qui le porte à traiter les juifs persécutés de véritables bourreaux ou à traiter Freud de nazi» Elisabeth Roudinesco

    Justement, Guillaume Mazeau, c’est à partir de vos études de la Révolution française et de son historiographie, en particulier de la figure de Charlotte Corday, que vous avez souhaité intervenir publiquement pour contraster Onfray. 

    Guillaume Mazeau

    Guillaume Mazeau est historien, spécialiste de la Révolution française.

     

    Oui, je rejoins l’approche d’Élisabeth Roudinesco. L’érudition, la précision des connaissances, ne sont pas des détails dans les différends qui nous opposent à Onfray et aux autres falsificateurs. De mon côté, je suis intervenu sur une petite chose, Charlotte Corday, parce qu’elle relevait de ma spécialité, mais aussi parce qu’elle me permettait de poser une question infiniment plus large : au fond, il s’agissait de démontrer par la preuve qu’Onfray, qui se présentait comme un démythificateur, était en réalité un falsificateur qui, au lieu d’émanciper son public comme il prétendait le faire, le manipulait en réalité. Dans un livre paru chez Galilée en 2009 4, Onfray se travestissait en historien, pour proposer un éloge de la meurtrière de Marat, Charlotte Corday. Au cours de ma thèse, j’avais identifié Corday comme une des figures importantes de la droite conservatrice et royaliste du XIXe siècle, puis de l’extrême droite du XXème siècle. Une figure dont il faut rappeler qu’elle a assassiné un journaliste et député. Quoiqu’on pense de Marat, faire l’éloge de Charlotte Corday, censée représenter « tous ceux qui, aujourd’hui, opposent la vertu à la corruption politique » (p. 81), est d’une violence innommable. Comme Élisabeth Roudinesco, j’ai par ailleurs été surpris par la même tendance à la falsification et à la mystification. Dans son livre, Onfray inventait de toutes pièces des citations de Marat, semblait croire sérieusement que le cannibalisme était une pratique fréquente sous la Révolution… La liste des erreurs et manipulations est interminable. En tant qu’historien de la Révolution française, je possédais les outils pour comprendre immédiatement que rien de ce qu’Onfray écrivait ne provenait d’aucune source ni d’aucune archive, mais qu’il avait puisé dans toute la tradition de la contre-révolution catholique et royaliste, surtout la tradition utilisée par l’extrême droite du XXème siècle, y compris par Drieu la Rochelle. En vérité la Charlotte Corday dont Onfray faisait l’éloge n’a jamais existé que sous la plume des hommes proches de la droite fascisante ! C’est ce dur labeur du métier d’historien, l’érudition dont parlait Élisabeth Roudinesco, qui nous permettait de détecter l’origine de cette pensée, et de dénoncer son caractère profondément dangereux et réactionnaire. Car dans ce projet fondé sur la destruction du régime de la preuve, sur la falsification et le travestissement des sources, c’est tout l’outillage scientifique issu des Lumières qui se trouve balayé : tous les outils et procédés qui nous permettent de débattre en commun à partir des mêmes critères, était radicalement remis en cause. 

     «En tant qu’historien de la Révolution française, je possédais les outils pour comprendre immédiatement que rien de ce qu’Onfray écrivait ne provenait d’aucune source ni d’aucune archive, mais qu’il avait puisé dans toute la tradition de la contre-révolution catholique et royaliste, surtout la tradition utilisée par l’extrême droite du XXème siècle» Guillaume Mazeau

     

    L’intellectuel spécifique a-t-il un rôle à jouer dans l’ère de Donald Trump ou Bolsonaro ?

    Oui tout à fait. En réalité, ce que Michel Onfray faisait – et qu’on comprend en effet beaucoup mieux avec le trumpisme, 10 ans après – visait à détruire la confiance dans le caractère émancipateur du savoir scientifique, mais aussi de l’usage de la raison et de la preuve en général. En somme, des outils qui garantissent l’honnêteté, le partage et la qualité du débat démocratique. La défense des sciences sociales et de l’érudition ne peut pas tenir sans passer par une interrogation : sur quoi peut-on compter, sur quoi nous appuyons-nous quand on prétend « émanciper » par le savoir ? Quand j’ai écouté ses conférences, parcouru ses livres – ce que j’ai tout de même beaucoup fait à une époque – je me suis rendu compte que non seulement il se trompait, mais aussi qu’il trompait son public. On peut évidemment utilement déconstruire un savoir, mais le fondement principal du contrat que l’on passe avec son public, c’est de ne pas dire n’importe quoi, de ne pas tromper ses lectrices et ses lecteurs et, c’est là que l’on retrouve la question de l’intellectuel spécifique, défendue par Foucault, c’est de ne parler que de ce que l’on connaît. Onfray fait clairement partie de ceux que Gérard Noiriel appelle les « toutologues » : des faux savants, qui se disent spécialistes de tout mais qui, forcément, ne le sont en fait de rien. C’est à partir du champ de spécialité qu’il faut essayer de combattre ce genre de manipulateur. La querelle intellectuelle et la confrontation de méthode sont les seules bonnes manières de déboulonner ce type d’idole, bien plus efficacement qu’en prenant des positions tribuniciennes. Au risque, cependant, d’être relégué au rang d’érudit tatillon et de sembler endosser l’habit de ceux qu’Onfray aime tant jeter en pâture avec une violence inouïe : ces  « fonctionnaires de la recherche (dite scientifique) appointés par l’État […] qui passent leur vie le regard perdu dans une poubelle, les yeux fixés dans son trou noir [et deviennent] les VRP d’une vulgate qui leur vaudra salaire et retraite ». (« Michel Onfray, la haine des universitaires », L’Humanité, 12 juin 2015)

     

    Au fond pourtant c’est précisément de son public, notamment de l’Université populaire de Caen qu’émane en grande partie l’autorité d’Onfray – c’est « la province » que Paris traite tantôt avec mauvaise conscience, tantôt avec mauvaise foi, qui lui permettait de tenir malgré les scandales répétés provoqués par sa méthode…

    Oui, dans la réception d’Onfray, la question locale est centrale. Derrière l’usurpation intellectuelle d’Onfray se dessinait dès 2009 un problème politique bien plus vaste. Tout en se disant en rupture avec l’establishment, Onfray occupait déjà un pouvoir, auquel personne ne prêtait trop attention, car il exerçait ce pouvoir en province, en Normandie, entre Caen et Argentan. Je me souviens de l’incompréhension de certains de mes collègues, qui me demandaient si Onfray représentait vraiment un enjeu politique et intellectuel. Au-delà des questions idéologiques – car à partir de Freud on a tout de suite mieux compris qu’il portait aussi des enjeux idéologiques – déjà à Caen se dessinaient les bases de sa construction politique. Il était déjà devenu un acteur incontournable de la région Basse-Normandie. Les élus entretenant avec lui des rapports plus qu’ambigus. Il était devenu une vitrine de la ville de Caen, mais aussi de la région car avec sa présence à la radio, ainsi que l’affluence de son Université populaire et de son Université populaire du goût, il drainait un public très important. Ce problème politique s’est malheureusement aggravé. Il se pose au moins à l’échelle nationale.

    «Derrière l’usurpation intellectuelle d’Onfray se dessinait dès 2009 un problème politique bien plus vaste. Tout en se disant en rupture avec l’establishment, Onfray occupait déjà un pouvoir, auquel personne ne prêtait trop attention.»  Guillaume Mazeau

    Elisabeth Roudinesco

    Il y a toujours eu chez Onfray une intentionnalité de pouvoir, une mégalomanie, une hybris : l’idée que par son génie, il pourrait sérieusement refonder en un temps record l’histoire de la philosophie, l’histoire de la psychanalyse, l’histoire de la Révolution française. Il revendique d’avoir publié cent volumes volumes avant l’âge de cinquante ans et se plaît à donner l’image du laboureur infatigable de Caen : ce sont les éléments de sa posture médiatique. Dans son refus du travail de fond, sur les sources, sur l’historiographie, au fond, il y a surtout une paresse intellectuelle déguisée en ardent travailleur du bocage normand. Dans son incapacité à dialoguer avec les chercheurs de l’Université qui pourraient le prendre en flagrant délit d’anachronisme ou d’affabulation, il y a un aveu d’ignorance et d’incompétence. Il veut monologuer au milieu d’adeptes qui le portent aux nues. Mais comme ce n’est plus le cas du tout aujourd’hui, il insulte la terre entière en se disant victime de vastes complots de la part de médias : Le Monde, Libération, L’OBS, etc. Et il est célébré par la presse de la droite la plus extrême, jusqu’au jour où cette presse le rejettera en le traitant  de gauchiste.

    Onfray pourrait-il être étudié en fonction du marketing intellectuel qui définissait selon Deleuze les nouveaux philosophes ? « À la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien ne pas exister du tout… » — chez Onfray c’est la multitude de livres écrits à la va-vite qui sollicite l’exposition médiatique et permet une présence constante qui finit par s’opposer asymptotiquement au travail…

    Oui, Onfray est la figure du polémiste qui plaît aux médias. Mais les nouveaux philosophes le récusent, à commencer par Bernard-Henri Lévy qui l’a récemment comparé à Doriot (Le Point, juin 2020). Cependant, contrairement à Zemmour, Onfray a sincèrement voulu être du côté du savoir – c’est ce qui le rend paradoxalement moins sérieux que Zemmour qui tente par ailleurs aujourd’hui de se faire passer pour historien. Onfray, en effet, prétendait être spécialiste de tout. Je me souviens qu’il expliquait partout que l’on n’étudiait pas à l’Université les présocratiques. C’est évidemment une énormité ! Mais il y a malheureusement des gens pour le croire. Toute sa vie, il a refusé de se confronter au savoir universitaire. Or c’est un problème de refuser à ce point tout diplôme, de ne pas dialoguer avec ceux qui travaillent dans un champ, lorsqu’on veut incarner une historiographie nouvelle, lorsqu’on veut renouveler sérieusement les pratiques du savoir. Cela prouve que l’on est incapable de se confronter à une altérité ou de sortir des cadres et des figures imposées. C’est pourtant la grande règle : en tout, il faut des maîtres, et il faut respecter les normes académiques pour mieux s’en éloigner par la suite si l’on veut. De ce point de vue, Onfray a échoué : plus un seul universitaire de haut niveau ne l’invitera, alors qu’il avait auparavant ses entrées, grâce au succès de son université populaire.

    «Dans son incapacité à dialoguer avec les chercheurs de l’Université qui pourraient le prendre en flagrant délit d’anachronisme ou d’affabulation, il y a un aveu d’ignorance et d’incompétence.»  Elisabeth Roudinesco

    Guillaume Mazeau

    Ce qui est intéressant aussi c’est de remarquer que Michel Onfray prospère moins sur l’ignorance populaire qu’il la fabrique, tout en prétendant au contraire émanciper les classes populaires contre les savoirs institués. En renversant tout, en trafiquant tout, il fabrique une ignorance qu’il appelle « contre-histoire » et sur laquelle il prospère. La confiance qu’ont les gens en lui est telle qu’il les désoriente complètement. Il y a là des phénomènes de comparaison avec beaucoup d’autres falsificateurs de ce type, qui sont devenus les éminences grises des nouveaux nationalismes d’extrême-droite. On est ici dans un phénomène global très inquiétant.

    Ce qui rejoint un autre élément crucial dans la composition de l’autorité d’Onfray : c’est en effet la référence au « peuple » comme entité, à l’éducation populaire…

    Bien sûr, la question de l’éducation populaire est centrale. Je dirais même que ce qu’il a fait à l’éducation populaire est sans doute le problème central du cas Onfray. Je suis d’origine caennaise. Je connais bien l’environnement dans lequel est née l’université populaire. Dès le début des années 2000, j’observais qu’il s’inscrivait dans une rupture avec la tradition de l’histoire de l’éducation populaire qui vise une dimension collective, un projet d’émancipation tout à fait contraire aux appropriations individuelles. Dans l’histoire des universités populaires, l’expression « université populaire d’un tel ou d’un tel » n’a aucun sens : c’est même une trahison absolue. L’« Université populaire de Michel Onfray » n’a rien de l’outil d’émancipation dont même France Culture a fait la publicité pendant des années parce qu’elle rapportait à tout le monde : c’est un instrument de pouvoir personnel et une marque déposée.

     

    Pourriez-vous clarifier ce que vous entendez par appropriation individuelle ?

    Guillaume Mazeau

    Onfray a énormément personnalisé et par conséquent rentabilisé ce qu’il faisait de la transmission des connaissances de l’Université. Onfray entretient un rapport très ambigu avec les institutions universitaires. D’un côté, il les martèle ou cherche à salir en opposant artificiellement une sorte d’histoire populaire ou une contre-histoire à une histoire dite officielle qui n’a en réalité jamais existé. De l’autre, il organise son Université populaire dans les locaux de l’Université de Caen, puis dans d’autres lieux de la culture institutionnelle normande. Si les médias, y compris publics, ont une grave responsabilité dans l’institutionnalisation d’Onfray, c’est aussi le cas d’un certain nombre de responsables politiques, artistiques et culturels locaux, qui n’y ont vu que du feu – avant, souvent, de s’en mordre les doigts.

    «Si les médias, y compris publics, ont une grave responsabilité dans l’institutionnalisation d’Onfray, c’est aussi le cas d’un certain nombre de responsables politiques, artistiques et culturels locaux, qui n’y ont vu que du feu – avant, souvent, de s’en mordre les doigts.» Guillaume Mazeau

    Elisabeth Roudinesco

    À ce propos, j’ai vécu d’ailleurs une anecdote parlante. En 2005, avant la querelle autour de son livre sur Freud, j’avais débattu avec Onfray à la Fête de l’Humanité. Il était accueilli comme un dieu, par une foule de groupies – alors qu’il se revendiquait déjà de l’anti-marxisme. Dans l’audience, il devait y avoir 1 500 personnes. J’ai vu ressurgir la vieille figure du Père Duchesne dans les rangs de la Fête de l’Humanité : à-bas les bourgeois, à-bas ceci, à-bas cela – tous étaient spontanément pour Onfray !

    Guillaume Mazeau

    Ce n’est pas un hasard de recroiser le Père Duchesne à la Fête de l’Huma. À partir d’une relecture de la Révolution française, Onfray se présente, comme Mélenchon, comme le porte-parole des classes populaires, en invoquant la figure et l’imaginaire du père Duchesne. Sauf que lorsque Mélenchon le fait, c’est au nom d’un projet radicalement différent, et avec une érudition à l’opposé de celles d’Onfray. La filiation entre Mélenchon et la tradition sans-culotte ne relève pas du simulacre : elle a un vrai sens politique, quoi que l’on pense de son projet, et même si, comme lorsqu’en 1793, le journaliste Jacques René Hébert s’exprimait à travers la figure populaire du Père Duchesne, parler au nom du peuple recèle toujours sa part d’ambiguïtés.

    Elisabeth Roudinesco

    Oui mais de mon côté, même si Mélenchon s’est désormais fort heureusement détourné d’Onfray, leur rapprochement, quoique éphémère, avait quelque chose de très inquiétant… À la Fête de l’Humanité, en tout cas, on ne se rendait pas compte de ce qui se passait, il y avait comme une fascination… Je crois que j’ai eu une bonne idée pour interrompre ce fanatisme. Onfray critiquait la religion « donc Robespierre ». Je l’ai interrompu et j’ai lu un fragment du discours de Robespierre sur la déchristianisation (7 mai 1794), dans lequel il explique l’inconséquence qu’il y aurait à remplacer Dieu par des idoles. Il a été sidéré, il ne connaissait évidemment pas le texte. Et là je me souviens très bien qu’il y a eu un coup d’arrêt. Devant le public communiste, tout n’était pas permis : cela ne prenait pas de dire que Robespierre préfigurait Staline. Il y avait dans la salle les historiens de la Révolution française. Il était désarçonné, le public a basculé face à ce magnifique discours qui déjouait toute la chaîne des oppositions binaires qu’il cherchait à imposer. J’ai dit : « moi, je suis robespierriste, mais ma vision de la Révolution française est dans Hugo, dans Dumas, dans l’épopée » – lui était uniquement binaire. Il m’a dit que si j’étais Robespierriste, j’étais totalitaire, donc maoïste. Il y avait là une telle inscription dans une idéologie que l’on connaît bien, que ça ne pouvait pas durer. On a tous nos figures puisées dans ce récit national qu’est la Révolution française. Dans mon cas, c’est particulier, je les aime tous ! J’aime les aristocrates qui viennent se faire tuer le 10 août, j’aime le côté héroïque de cette époque si bien décrit dans Quatre Vingt Treize de Hugo, dans Dumas ou Michelet, tout cela m’a toujours beaucoup inspirée.

    «Voilà bien une chose qui manque à Onfray : zéro talent littéraire, pas d’imaginaire, aucune représentation épique de l’histoire. Lorsqu’il lit la Bible ou le Coran, il ne comprend pas à quel texte il a affaire.»  Elisabeth Roudinesco

    Or voilà bien une chose qui manque à Onfray : zéro talent littéraire, pas d’imaginaire, aucune représentation épique de l’histoire. Lorsqu’il lit la Bible ou le Coran, il ne comprend pas à quel texte il a affaire. Plus tard, à l’époque où il s’était choisi la psychanalyse pour ennemie, nous avions organisé un débat à Caen pour entendre ses arguments sur Freud. Il n’est pas venu. Je crois que la confrontation avec l’ignorance lui va, mais qu’il ne veut pas se confronter au savoir. Il le montre encore aujourd’hui : Michel Onfray aime le public mais il a toujours fui les débats avec les vrais penseurs et on comprend pourquoi.

    Guillaume Mazeau

    Ce qui me posait problème, outre la contradiction avec le fait qu’il se présente comme quelqu’un de gauche, c’était le problème plus global de la relecture de la Révolution. Il a ensuite écrit sur les Girondins. Il ne cesse de se répandre sur Robespierre. Je voyais qu’il se rattachait en fait à une partie du courant anti-totalitaire, qui, par rejet du totalitarisme, tentait de détruire tout le marxisme et toute une partie de la pensée émancipatrice de la gauche. C’est d’ailleurs ce qui explique son utilisation du proudhonisme. Toute sa relecture de la Révolution française, est faite en fonction de ce projet. Il explique, en somme, que l’émancipation ne viendrait pas des Montagnards, ni des projets de la République démocratique et sociale de l’An II, mais qu’elle viendrait du camp girondin. Le projet des Girondins l’inscrit en fait dans une tradition conservatrice et libérale. C’est paradoxal : en dénonçant comme conservatrice la tradition de la République démocratique et sociale, et en présentant comme émancipatrice celle qui serait plutôt issue de la République girondine, il s’agit surtout pour Onfray de dépouiller les idées de gauche et de participer au grand retournement conservateur qui a fait basculer le centre de gravité de la vie politique de ces quarante dernières années vers la droite la plus conservatrice et vers l’extrême droite. 

     

    Est-ce que selon vous le projet de la revue Front populaire s’inscrit dans ce retournement ?

    Ce projet est plutôt un symptôme porté par Onfray. Le symptôme monstrueux de la décomposition des idées d’émancipation venues des gauches associées au marxisme. Onfray a su prendre une place laissée vacante : celle des pensées de l’émancipation collective, et s’est imposé comme un porte-parole des classes populaires. À partir de sa destruction de la pensée de l’émancipation, il a rejoint des catégories puissantes de l’imaginaire collectif contre-révolutionnaire. Cette décomposition là du champ intellectuel est également le terrain d’autres analyses, comme celle de Jonathan Israel par exemple5, qui présente la pensée girondine comme la seule émancipatrice, issue des Lumières radicales, une pensée opposée au legs montagnard, quant à lui dépeint comme un « populisme autoritaire » de nature pré-totalitaire. Le livre de Jonathan Israel rencontre un succès qui n’est pas anodin : même s’il vient d’une autre famille intellectuelle que celle d’Onfray, il témoigne du profond doute et même de la haine vis-à-vis des idéologies de la gauche radicale.

    «Onfray a su prendre une place laissée vacante : celle des pensées de l’émancipation collective, et s’est imposé comme un porte-parole des classes populaires.» Guillaume Mazeau

    Elisabeth Roudinesco

    La Révolution française est vraiment ce qui l’a fait en quelque sorte sortir des rails. On est pourtant après 2005, après la célébration du bicentenaire, après Furet… Alors que l’historiographie de la Révolution était en train d’évoluer, tout était binaire dans l’esprit de Michel Onfray. Il remplaçait l’histoire en « bloc » de la Révolution par une histoire d’oppositions manichéennes : le mauvais Robespierre contre le bon Danton, le méchant Marat contre la bonne Charlotte Corday. C’est cette dimension binaire de la pensée qui indiquait que, dès 2010, quelque chose n’allait pas. Maintenant c’est difficile de ne pas le remarquer. C’est la raison pour laquelle je suis pour ma part plutôt optimiste. Il a fait trop d’erreurs : factuelles d’abord, mais aussi stratégiques, médiatiques, politiques. Son projet ne prendra pas. Avec une certaine gauche – les trotskystes, les communistes – la mayonnaise n’a jamais pris. Pour la droite, je ne suis pas inquiète, plus il va se lepéniser, comme il fait avec sa revue Front populaire, plus il va persévérer dans le ridicule. La droite républicaine finira par le rejeter, comme la droite libérale. Notons que les conservateurs éclairés et universitaires n’ont jamais été dupes d’Onfray : Marcel Gauchet, par exemple, n’a jamais adhéré à ce genre de dérives.


    Guillaume Mazeau

    Onfray continue à permettre à la droite républicaine de dégommer le marxisme aussi… il continue à publier sur Le Point tout de même !
     

    Elisabeth Roudinesco

    Certes, mais Le Point… c’est-à-dire Franz-Olivier Giesbert relayé par ses successeurs. Par ailleurs, il est maintenant adulé à Marianne par Natacha Polony, par Valeurs actuelles par Le Figaro Magazine, Causeur, par des chaînes d’information continue, mais plus du tout comme en 2010. Je dirais qu’il est devenu un objet de curiosité pour les journalistes qui veulent faire des « portraits critiques » et non plus des hagiographies. À l’extrême-droite, on préfère Zemmour pour le moment. Ce qui est d’ailleurs amusant c’est que quand Onfray dialogue très cordialement avec Zemmour, il se prend pour un marxiste jacobin. On a atteint des sommets dans la sottise.

    «Je suis pour ma part plutôt optimiste. Il a fait trop d’erreurs : factuelles d’abord, mais aussi stratégiques, médiatiques, politiques. Son projet ne prendra pas.» Elisabeth Roudinesco

    Guillaume Mazeau

    Il faut insister là dessus, d’ailleurs le livre de Noiriel le montre très bien 6. Il y a un poid écrasant des médias, pas que privés. Le service public a donné une tribune à Onfray : France Culture lui a donné presque un monopole. Ils ont tenu très longtemps, même en sachant. C’est ce qu’on disait tout à l’heure. Il prospère sur l’ignorance.

     

    Est-ce que Onfray se terminera vraiment mal ? Sa revue ne sera-t-elle pas à même de ressembler ?

    Elisabeth Roudinesco

    La seule question c’est pourquoi Henri Peña Ruiz l’a rejoint. C’est peut être le point le plus compliqué du casting de cette revue : Front populaire.

    Guillaume Mazeau

    Les positions récentes de Peña Ruiz en ce qui concerne la laïcité, esquissent des jonctions avec l’athéisme que défend Onfray. Il s’agit de défendre, au nom de l’universalisme, une intransigeante laïcité qui exclut les minorités et infériorise la différence religieuse.  

    Elisabeth Roudinesco

    Mais Peña Ruiz connait l’étude de textes, c’est une surprise. J’espère qu’il n’y aura pas beaucoup de Peña Ruiz dans sa revue. Le problème de Front Populaire c’est que je ne vois pas vraiment de relève. Quand il m’avait invité à l’université populaire en 2009, j’avais été frappée par la moyenne d’âge de son public : une écrasante majorité de retraités et des notables de province attirés par le remue-ménage. Ce public là n’y est plus. Est-ce qu’il y a une jeunesse pour Onfray comme il y a eu une jeunesse pour Foucault, Deleuze ou Sartre, Derrida ? Je ne le crois pas, du tout. Les jeunes sont dans la rue pour l’anti-racisme, ils sont écologistes.

    «Les raisons pour lesquelles nous sommes intervenus il y a une dizaine d’années lorsqu’il était en train de monter comme une sorte de phénomène populaire, ne se sont pas vraiment profondément améliorées.» Guillaume Mazeau

    Guillaume Mazeau

    Je ne suis pas aussi optimiste qu’Elisabeth Roudinesco. Les raisons pour lesquelles nous sommes intervenus il y a une dizaine d’années lorsqu’il était en train de monter comme une sorte de phénomène populaire, ne se sont pas vraiment profondément améliorées. Onfray prospère sur la défiance envers une partie de ceux qu’il construit comme des intellectuels, des élites politiques, etc… Malgré tout, cette défiance repose sur des réalités sociales, démocratiques… Je ne pense pas que cette réalité là ce soit beaucoup améliorées avec la constitutionnalisation de l’État d’urgence, le conservatisme galopant. Je pense que tant que l’on sera dans cette situation politique et qu’il continuera, malgré tout, à poser certaines bonnes questions, et que d’autres ne s’en saisiront pas politiquement et intellectuellement, il restera un danger extrêmement fort et on échouera toujours à répondre de notre situation puisqu’on fait partie de ses cibles, on fait partie des gens qui de toute manière ont tort parce qu’ils sont ce qu’ils sont et représentent ce qu’ils représentent. Tant que l’on n’a pas un changement politique profond, que cette défiance existera toujours et tant que, nous intellectuels, représentons ces institutions sur la destruction desquelles il prospère. Tant que l’on ne changera pas notre manière de faire, de transmettre notre savoir, on aura beau écrire des articles dans Le Monde (ce qu’il faut continuer à faire en déconstruisant ce discours, intervenant dans les médias et jouant notre rôle public), cela restera difficile de le faire. C’est pour cela que j’appelle dans ma pratique de l’histoire à descendre dans la rue, et à partager le savoir autrement parce que, sinon, les croyances dont il est le porteur triompherons, au détriment de la raison.

    Elisabeth Roudinesco

    Je suis moins pessimiste que vous. Les batailles intellectuelles ont toujours été très difficiles et longues. Un polémiste qui a une notoriété est adoré pendant un bon moment puis rejeté. Souvenez-vous, Guillaume, lors de notre venue à Caen, j’avais dit : « il faudra 10 ans ». C’est beaucoup dix ans, mais c’est le temps qu’il faut. Parce que quand on tire le tapis sous les pieds d’une idole qui est à ce point portée par les médias, on crée un malaise profond. On vous déteste presque parce que vous enlevez quelque chose aux gens qui sont dans l’idolâtrie. Je connaissais bien Franz-Olivier Giesbert, c’est devenu invivable. Quand on est intervenu Onfray était idolâtré et il avait une base populaire de gauche déjà très âgée. Quand vous retirez le tapis, vous enlevez aux gens quelque chose de viscéral. Je l’ai vraiment vécu. J’ai vu des gens venir en larmes : « Vous m’avez enlevé Onfray, j’écoutais les cours de l’Université populaire sur France Culture, je trouvais ça formidable, ça m’apportait quelque chose ». Vous ne vous imaginez pas combien de gens j’ai rencontré pour qui Onfray incarnait un savoir, une force. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’il y a quelque chose de puissant chez lui. Une rhétorique, des gestes corporels, une présence.

    «Les journalistes iront enquêter pour voir si la légende qu’il a construite est vraie. C’est le côté redoutable des médias. Ils érigent des idoles mais quand elles déçoivent, ils les font tomber. Onfray a été plus qu’un intellectuel médiatique, il a été drogué de médias. Elisabeth Roudinesco

     

    En quel sens alors ?

    Onfray est un faussaire au sens où il écrit des contre-vérités, mais pas au sens de sa conviction qu’il a raison et qu’il peut convaincre le peuple : mais le peuple finalement n’est pas au rendez-vous. La dimension faussaire est indubitable mais il y a aussi une vraie mythomanie. Depuis longtemps, il croit aux contre-vérités qu’il énonce. Et puis, en même temps, quand il est pris en défaut, il se met dans la position du persécuté en développant tout un discours complotiste : le monde entier est contre lui. L’exemple de Drumont est intéressant et paradigmatique : à un moment donné, Drumont devient fou comme l’avait été son père et il redoutait ça. Il a terminé sa vie dans la misère quand des Juifs géniaux ont propagé l’idée qu’il était lui-même juif de par de prétendues origines, qu’il aurait dissimulées, et par son « physique » qui était en effet une caricature des traits juifs inventés par les antisémites. Le coup de génie, c’était la revanche de l’humour juif contre la bêtise et la haine.

    Voyez-vous une intensification de la dérive ?

    Tous les polémistes excités et fanatiques sont menacés de dérive. Mais la question pour Onfray et de savoir à quel moment le public le lâchera. Là, avec sa revue Front Populaire, il aura droit à des portraits par de grands reporters. On le scrutera, on ne lui fera pas de cadeau car il n’est plus aimé. On sait maintenant qu’il a menti sur lui-même. Maintenant, ça va commencer à être la curée. Dans un premier temps, on enlève le tapis, ensuite il faut un temps pour que les médias qui l’ont idolâtré se sentent bafoués. Le backlash sera fort. Les journalistes iront enquêter pour voir si la légende qu’il a construite est vraie. C’est le côté redoutable des médias. Ils érigent des idoles mais quand elles déçoivent, ils les font tomber. Onfray a été plus qu’un intellectuel médiatique, il a été drogué de médias. C’est la malédiction de Drumont. Drumont, ça a mal fini. Zemmour, ça finira mal aussi  – je ne sais pas comment. Et Onfray, la chute est amorcée. 

     

    Sources
    1.  Les études ont été réunies dans un ouvrage : Élisabeth Roudinesco (dir.), Pierre Delion, Christian Godin, Roland Gori, Franck Lelièvre, Guillaume Mazeau, Mais pourquoi tant de haine ?, Paris, Seuil, 2010
    2.  Thibault Isabel, Pierre-Joseph Proudhon, l’anarchie sans le désordre, Paris, Autrement, 2017
    3.  Dans la Préface intitulée « Proudhon oui, et vite… Contre le ciel des idées matérialistes » on peut lire ces lignes : « Marx est issu d’un lignage de rabbins ashkénazes ; Proudhon, d’une lignée de laboureurs francs. Marx était fils d’avocat ; Proudhon, l’enfant franc-comtois d’un tonnelier et d’une travailleuse à la ferme. Marx fait des études universitaires jusqu’au doctorat, qu’il consacre à la Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure ; Proudhon est bouvier dès l’âge de sept ans. Marx est un juif dont le père s’est converti au protestantisme afin de pouvoir exercer son métier d’avocat ; Proudhon est baptisé catholique. Marx apprend la vie dans les bibliothèques où il lit Hegel, Feuerbach, Stirner, Bruno Bauer et les grands textes de la philosophie idéaliste allemande ; Proudhon la découvre dans les champs, où il garde l’unique vache de ses parents. Marx est un héritier, au sens de Bourdieu, il effectue ses études universitaires financées par sa famille ; Proudhon est boursier, il doit quitter ses études pour devenir ouvrier typographe, puis correcteur dès l’âge de dix-neuf ans, avant, pour cause de faillite de son patron, de partir sur les routes de France… ».
    4.  Michel Onfray, La Religion du poignard. Éloge de Charlotte Corday, Galilée
    5.  Jonathan Israel, Idées révolutionnaires, Alma, 2019
    6.  Gérard Noiriel, Le venin dans la plume. Édouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République, Paris, Éditions La Découverte, septembre 2019.
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  • Covid-19, retos de la economía mundial 

    Où en est-on de l’épidémie de  ? quelques chiffres pour mesurer de façon objective la situation.

    COVID-19 :Une épidémie bien plus meurtrière que la grippe

    Dans un article précédant nous avions eu l’occasion de mener cette comparaison montrant que le COVID-19 pouvait être trente fois plus mortel que la grippe. Les chiffres actuels permettent de préciser les choses.

    Le nombre de personnes mortes de la grippe durant la saison 2018-2019 est estimé à 9900 morts. Ce n’est là qu’une estimation, car le chiffre de morts recensés à l’hôpital est de 289 morts. À l’heure actuelle celui des morts hospitaliers du Covid-19 est de 20 222 personnes soit 70 fois plus!

    Par comparaison le décompte officiel des morts par accidents du travail en France était de 551 morts en 2018. Celui des morts par accident de la circulation était de 3488 morts.

    La mortalité du COVID-19 en France comparée à d’autres pays : catastrophique !

    Le site https://www.worldometers.info/coronavirus/ calcule pour chaque pays la mortalité officielle résultant du COVID-19 rapporté à la population, indiqué en morts par million d’habitants. Voici donc la situation pour plusieurs pays et nous indiquons entre parenthèses le nombre de morts que nous aurions eu si on avait le même taux de mortalité que les pays cité.

    France : 30 724 morts – 471 morts / million d’habitants

    Vietnam : 0.4 morts/million d’habitants (correspondant à 26 morts en France)
    Chine : 3 (195)
    Corée du Sud : 6 (390)
    Cuba : 9 (585)
    Japon : 10 (650)
    Venezuela : 14 (910)

    Il apparaît que les conséquences de l’épidémie de covid-19 sont particulièrement dramatiques en France.

    Une deuxième vague touche-t-elle la France ?

    Au cours de l’été, chacun peut constater l’augmentation exponentielle du nombre de cas enregistrés officiellement. Ces derniers jours le nombre de cas quotidiens a ainsi dépassé la barre des 8000 !

    source https://www.worldometers.info/coronavirus/country/france/

    La situation est très différentes selon les départements, la région PACA et notamment les Bouches-du-Rhône, l’Île de France ou la Gironde étant les plus touchées. 

     

    Epidémie de COVID-19 : quelques chiffres pour mesurer la situation.(IC.fr-5/09/20)

    Si durant un moment l’augmentation du nombre de cas a pu être le résultat de l’augmentation du nombre de tests PCR réalisés – enfin accessible pour la population générale – il apparaît désormais que l’augmentation du nombre de cas traduit désormais une augmentation de la proportion de la population touchée par le virus. En effet le taux de positivité – c’est-à-dire le nombre de tests positifs divisés par le nombre de tests réalisés – augmente plus vite que le nombre de test. Il atteint désormais les 7% dans les Bouches du Rhône par exemple.

    De fait la proportion de malades dans la population générale augmente, traduisant bien la réalité d’une dynamique de croissance de l’épidémie, dont il faut se préocupper.

    Epidémie de COVID-19 : quelques chiffres pour mesurer la situation.(IC.fr-5/09/20) 

    À partir des estimations réalisées par l’institut Pasteur de l’ampleur réelle du nombre de cas au printemps rapporté au nombre de cas officiellement confirmés, O. Berruyer a retracé une estimation de la dynamique de l’épidémie en France.

    La plus grosse part des personnes testées positives, pour l’instant, sont les personnes de 20-29 ans et 30-39 ans, ce qui doit expliquer le fait que l’augmentation n’entraîne fort heureusement pas forcement de séjour à l’hôpital. Cependant il faut remarquer que lors des secondes vagues au Japon, Israël, Iran il y a eu un déphasage de 20-30 jours entre l’augmentation du nombre de nouveaux cas et le nombre de morts. Par ailleurs toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne: certaines régions voient comme la Réunion une grosse augmentation du nombre de personnes hospitalisées. Qui plus est, au-delà des cas graves nécessitant une hospitalisation, les témoignages sont nombreux de malades souffrant dans la durée de symptômes très gênant du covid-19, parfois durant plusieurs mois.

    Ci-dessous un graphique de la tranche d’âge la plus touchée ainsi qu’un autre sur la tranche d’âge la plus à risque de 60 ans à 90 ans et plus.

    On voit que l’augmentation sur cette tranche à risque est bien là. De plus le nombre de personnes en réanimation est passé de 375 personnes à 440 en 7 jours soit 17% d’augmentation en 1 semaine. On est certes encore loin des 7019 personnes en réanimation le 8 avril mais la tendance à l’augmentation semble se confirmer.

    Le régime Macron MEDEF tarde à réagir ! à nouveau…

    Même cause, mêmes effets. Le régime Macron annonce ainsi la réouverture avec des précautions très minimales des écoles. En à peine une semaine, ce sont déjà des centaines de classes qui ont dû fermer, et ce alors que le ministre Blanquer avait dit que cela n’arriverait pas… rappelant ainsi les déclarations du mois de mars. Tandis que le ministre de la Santé Véran ose, toute honte bue, affirmer que si le régime Macron avait interdit aux Français d’avoirs accès aux masques chirurgicaux dans les difficiles mois de mars à mai ce n’est pas car la France n’en avait pas suite à la destruction des stocks et la fermeture des usines accélérée par Macron… mais car l’OMS ne l’aurait pas recommandé !

    La question posée est donc bien de savoir si la réaction du gouvernement est adaptée et suffisante, et si elle ne tarde pas – sous la pression du MEDEF par exemple qui n’a de cesse de réclamer à ce qu’il n’y ait aucune mesure pouvant “faire peur” ou “atteindre l’économie – pour assurer la sécurité sanitaire du pays. Rappelons, comme l’a démontré le confinement de mars à mai, qu’une nouvelle perte de contrôle sur l’épidémie aura des conséquences sanitaires, mais aussi économiques dramatiques.

    À titre d’exemple, on peut observer que le taux d’incidence dans les Bouches-du-Rhône est de 186.3/100 000 hab. Pour comparaison les Cubains qui sont face à une seconde vague viennent de mettre en place des mesures restrictives à la Havane pour 15 jours depuis le 1er septembre. Le taux d’incidence à la Havane était alors de 114,8/100 000 habitants.

    Pour le moment, on ne peut que constater que le gouvernement s’est précipité pour annoncer de façon tapageuse des mesures d’obligation du port du masque… en extérieur – invalidées par les tribunaux -, rechignant avant le 1er septembre à l’imposer dans les lieux clos, sous la pression patronale. Et ce alors qu’il est désormais établi que la transmission de ce virus respiratoire se ferait principalement dans les lieux clos mal ventilés.

    Inquiétant constat aussi, malgré les annonces d’un accès pour tous gratuit, des difficultés d’accès non seulement aux tests mais l’augmentation des délais pour obtenir les résultats. De fait, le régime Macron, dogme capitaliste oblige, se repose en effet complètement sur les laboratoires privés et l’initiative individuelle. Sans planification de la mise en œuvre des moyens matériels et humains pour réaliser les tests, sans stratégie de dépistage, et avec une industrie en voie de disparition, on ne peut qu’assister à cet engorgement. Plus de 9 mois après le début de l’épidémie, grâce au capitalisme le pays n’est toujours pas prêt… tandis que la Chine a elle a réussi à éradiquer l’épidémie.

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Les masques tombent-par Jacques Cotta (La sociale-2/09/20)Pris en faute pour incom­pé­tence, men­songe, mise en danger d’autrui il y a plu­sieurs mois, au plus haut de la crise du Covid, le gou­ver­ne­ment semble aujourd’hui tenir une revan­che en redou­blant de consi­gnes sani­tai­res plus absur­des les unes que les autres. Mais il agit, et veut ainsi faire preuve d’exis­tence et d’auto­rité.

    Il n’y avait hier pas de masque. Il était même recom­mandé de ne pas le mettre disait le minis­tre Veran. Aujourd’hui, on ne jure plus que par le masque imposé à tous dés l’âge de 11 ans et en toutes cir­cons­tan­ces, y-com­pris et sur­tout au grand air.

    Les forces de l’ordre sont à nou­veau au coeur du dis­po­si­tif gou­ver­ne­men­tal. Hier Policiers et gen­dar­mes avaient la tâche de « mater » les Gilets jaunes. Aujourd’hui ils doi­vent impo­ser par les moyens qui leur sont pro­pres la dis­ci­pline voulu par mes­sieurs Macron, Castex et autre minis­tre du moment.

    La méca­ni­que en place est évidente. L’uni­forme se heurte sou­vent à des refus exas­pé­rés, et au lieu d’un simple rappel à la loi, notam­ment concer­nant l’outrage, voila poli­ciers ou pan­do­res rou­lant en nombre des méca­ni­ques pour mettre nos conci­toyens au sol et leur passer les menot­tes, leur infli­ger humi­lia­tion et au pas­sa­ges quel­ques ecchy­mo­ses bien visi­bles. A croire que la vio­lence poli­cière est deve­nue l’alpha et l’oméga de la phi­lo­so­phie gou­ver­ne­men­tale. Du moins un des moyens au ser­vice de sa poli­ti­que, impo­sée par la peur.

    La répres­sion d’un maga­si­nier dans une grande sur­face à Breil-sur-Roya ou celle d’un couple lors du départ du tour de france en témoi­gne.

    Le masque n’a d’autre fonc­tion immé­diate, en l’état de la pro­pa­ga­tion et de la dan­ge­ro­sité du virus, que de faire taire les fran­çais dans un contexte qui sera marqué, dans les mois qui vien­nent, par un cor­tège de fer­me­tu­res d’entre­pri­ses, de licen­cie­ments, et donc de méconten­te­ments.

    Les « forces de l’ordre » sont le moyens armé de cette poli­ti­que.

    Tout cela s’appuie sur l’assen­ti­ment géné­ral, le consen­sus de toutes les forces poli­ti­ques qui visi­ble­ment n ‘ont comme seul souci, non de démon­ter la poli­ti­que du pou­voir et les basses manoeu­vres en cours, mais de ne pas être accu­sées de laxisme sur ce satané bout de tissu.

    Le pou­voir pousse son avan­tage. Il a par exem­ple été indi­qué à des orga­ni­sa­teurs de ras­sem­ble­ments qu’ils seraient tenus res­pon­sa­bles du non port de masque de cer­tains des par­ti­ci­pants. Avec inter­pel­la­tion et amende en prime, cela va de soi, mesure dis­sua­sive s’il en est…

    Ce sont les liber­tés socia­les, poli­ti­ques, intel­lec­tuel­les qui sont ainsi mena­cées, tout sim­ple­ment. Jour après jour, les mas­ques tom­bent…

    Jacques Cotta
    source: https://www.la-sociale.online/

     

     Tyrannie du masque et violences policières

    Interpellation d'un salarié, à Breil sur Roya sur son lieu de travail, pour une histoire de masque

    (source: chaine youtube de Jacques Cotta)

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  • Grâce au binôme des « adversaires complices » selon l’excellente expression de Maurice Merleau-Ponty, à savoir Valeurs Actuelles et son surmoi racisant d’une part et le courant racialiste indigéniste qui a pris le contrôle de la France Insoumise d’autre part, nous avons eu droit à une diversion en forme de débat pourri pour effacer la rentrée sociale.

    J’ai dit dans ces colonnes ce que je pensais de la dimension politique de la séquence et j’ai insisté sur le fait que sur le plan juridique, le texte et les images de Valeurs Actuelles ne relevaient pas de l’application de la loi pénale qui réprime l’expression raciste. Éric Dupond Moretti était également de cet avis qu’il avait exprimé dans un tweet. Histoire de le moucher et de lui rappeler qui c’est Raoul (pas Didier hein), le procureur de Paris a immédiatement, et inévitablement à la demande de l’Élysée, ouvert une enquête préliminaire. Actuellement pour EDM c’est une baffe par jour, il doit aimer ça.

    J’ai demandé à Denis Collin sa définition du racisme et la portée politique qu’elle a sur la petite séquence que l’on vient de nous infliger.

    Merci à lui.

    Régis de Castelnau (vududroit.com)


     

    Affaire Obono, racisme ou pas ?-par Denis Collin (vududroit.com-3/09/20)Qu’est-ce que le racisme ?

    par Denis Collin, 

     

    On en peut donner une définition assez simple. Dans le racisme, il s’agit :

    1) de classer les humains en grandes catégories selon des critères phénotypiques arbitraires (couleur de la peau, forme du crâne…)

    2) d’attribuer à ces prétendues « races » des traits de caractère généraux et relevant du pur préjugé.

    3) d’utiliser ces préjugés comme justifications pour engager des actions en faveur de certaines prétendues races (suprématisme, par exemple, qui existe en plusieurs versions) ou en leur défaveur (discriminations, par exemple) ou même pouvant aller jusqu’à l’extermination (cas des génocides).

    Que le racisme soit une absurdité à tous égards, c’est évident pour quiconque réfléchit un peu, tout simplement parce que le concept de race, déjà douteux quand il s’agit des animaux, est dénué de tout sens pour l’espèce humaine dont l’homogénéité génétique est tout à fait remarquable. Mais que les thèses racistes soient stupides n’empêche pas le racisme d’exister et les discours racistes de proliférer. Les critères que je propose sont simples et permettent de déterminer si un discours est raciste ou non. Par exemple, comme l’islam n’est pas une race et que la religion ne concerne pas l’être des individus, la critique, même virulente, même caricaturale de l’islam n’est pas raciste. En revanche, ces critères montrent que les discours sur le racisme structurel ou systémique de la France sont des balivernes : la mention des « races » a disparu de la constitution, fût-ce pour réaffirmer leur égalité et suffisamment de faits réfutent cette thèse du racisme structurel, même si on trouve des Français racistes, comme partout ailleurs, mais pas plus qu’ailleurs et même, pour des raisons qu’on pourrait expliciter, plutôt moins.  La France n’a rien à voir avec les États-Unis, pays officiellement raciste jusque dans les années 1960 et qui en garde de nombreuses traces, notamment par le fait que l’État y classe les individus selon leur race. Ces mêmes critères montrent que le PIR et autre indigéniste comme la LDNA sont des racistes authentiques, comme le sont les factions islamistes de diverses obédiences qui professent désormais un antisémitisme « décomplexé ». Il peut aussi sembler curieux que des « Noirs », victimes du racisme, soient à leur tour racistes. Mais cela n’a rien d’étonnant, puisque le racisme est sans doute un des vices les plus largement partagés.

    De tout cela, il découle aussi que les caricatures de Danièle Obono dans Valeurs Actuelles n’étaient pas racistes, pas plus que les caricatures de Mahomet reprises dans Charlie ! Valeurs Actuelles est un journal réactionnaire animé par la haine des fonctionnaires et des droits sociaux des travailleurs et dont l’objectif est de se faire le porte-parole de la droite la plus extrême. A priori on n’aurait aucune raison particulière de prendre sa défense face aux réactions de tous bords après la publication de sa « fiction » sur Danièle Obono. Mais les attaques contre ce journal ne sont pas une offensive contre sa ligne politique – M. Macron qui soutient Danièle Obono contre VA partage en effet une partie des orientations néolibérales de ce journal et pratique un autoritarisme qui ne doit pas déplaire à sa rédaction.  Mais l’offensive contre VA est une offensive contre la liberté d’expression et son corollaire, la liberté de la presse, régie par la loi de 1881. Les excuses de la rédaction de VA et le front unique Macron-Mélenchon indiquent les limites de ce qui est dicible et le prochain qui s’essaiera à la critique un peu virulente y regardera à deux fois. L’ouverture – étonnante – d’une enquête par le parquet constitue clairement une affirmation de la volonté du pouvoir de soumettre toute expression au bureau de vérification des énoncés politiquement corrects – aujourd’hui, c’est VA et demain Mélenchon ou un autre qui s’étonnera de récolter les fruits empoisonnés de ce qu’il a semé. Ceux qui, comme les dirigeants de LFI, dénonçaient hier l’instrumentalisation politique de la justice quand ils en étaient les victimes appellent aujourd’hui à la répression contre la liberté de la presse. On ne peut réclamer pour soi-même l’application d’un principe que l’on dénie pour les autres.

    Voici bientôt dix ans, j’avais analysé cette mise en cause des libertés « libérales » de base dans mon livre La longueur de chaîne (Max Milo, 2011) et l’évolution de la loi et des pratiques au cours des dix dernières années ont largement corroboré ces analyses. Hélas.

    Denis Collin – le 2 septembre 2020


     

    source: https://www.vududroit.com/

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    Une plainte contre le professeur Raoult, formée par une association dont l’indépendance n’est pas manifeste, traduit la panique de ceux qui n’ont pas cessé d’attaquer l’IHU de Marseille.

     

    Les choses vont mal pour « Big Pharma » et ses serviteurs zélés.

    L’horizon se dégrade. En effet, aucune nouvelle de l’étude Discovery, la fameuse étude dont on devait avoir rapidement des résultats et pour laquelle on justifiait de prescrire du paracétamol en attendant de savoir quel traitement serait efficace contre le coronavirus. Discovery est dans les limbes. On a certes les résultats de Recovery (l’étude anglaise), du moins en partie, mais il est difficile de se prévaloir d’une étude qui a quand même conduit à prescrire des surdoses toxiques d’hydroxychloroquine à des patients. Dans cette étude, le taux de mortalité est remarquable, mais en administrant à un patient 4 fois la dose journalière maximale recommandée pour un médicament, ce n’est plus une étude mais un délire mortifère.

    Il y a bien eu la fameuse étude publiée par The Lancet mais, à part Olivier Véran, tout le monde a vu la supercherie. Trois des auteurs de l’étude se sont même sagement désolidarisés de cette mascarade.

    Il y a la dernière méta-analyse publiée par de jeunes étudiants qui ont soigneusement choisi leurs données en fonction du résultat voulu. Ne parlons même pas des biais de leur méthode : les étudiants indiquaient avoir sélectionné des études qui avaient retenus des patients choisis sur tests PCR. Toutefois, il ressort de leur travail qu’ils ont notamment retenu deux études qui n’ont pas utilisé ces critères (Dont Recovery).

    Tout s’effondre donc pour les zélateurs de big pharma. Il ne reste donc que la vieille tactique : attaquer son ennemi pour masquer sa propre déroute, faire du bruit médiatique pour masquer sa faillite.

    Le cheval de Troie SPILF

    Le Figaro du 2 septembre 2020 (dans sa version Internet) nous annonce avec retard, qu’en juillet, la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF Association) a déposé plainte contre Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, auprès du Conseil départemental de l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. La SPILF reproche à Didier Raoult d’avoir enfreint pas moins de neuf articles du code de déontologie médicale et notamment :

    -d’avoir fait la promotion d’un traitement qui n’a pas démontré son efficacité : les citoyens attendent désormais les actions de la SPILF contre ceux qui ont fait la promotion du Remdesivir ;

    - d’avoir diffusé de fausses informations auprès du public : les citoyens attendent désormais l’intervention de la SPILF contre ceux qui, en mars 2020, ont dit que le masque ne servait à rien ;

    - d’avoir eu de graves manquements au devoir de confraternité : les citoyens attendent désormais les interventions de la SPILF contre celui qui a menacé de mort le professeur Raoult et ceux qui l’on traité de charlatan ;

    - d’avoir réalisé des essais cliniques dont la légalité reste à démontrer : effectivement, leur illégalité reste vraiment à démontrer, le président Macron lors de sa visite à Marseille n’aurait pas perçu un problème de légalité ?

    Le Figaro nous indique aussi que la SPILF rassemble plus de 500 spécialistes des maladies infectieuses. Cette information en impose mais la presse oublie le principal : la SPILF, au niveau de son bureau et de son conseil d’administration, est un « cluster » d’individus ayant de nombreux liens d’intérêt avec "Big Pharma". Le président de la SPILF, le professeur Pierre TATTEVIN, (Infectiologie, CHU Rennes), était même classé par France Soir comme la 9ème personnalité à bénéficier de confortables accessoires de rémunération versés par les laboratoires. Il aurait ainsi perçu 79.956 €, dont 15.028 € de Gilead, le fameux laboratoire qui déteste l’hydroxychloroquine. France Soir nous apprend que M. Tattevin aurait noté sur sa déclaration d’intérêt n’avoir reçu que 1000 € de Gilead ! On comprend le surmenage de ce professeur, ce n’est pas facile de recompter ses compléments de rémunérations au millier d’euros près et de préparer des plaintes farfelues contre un homme de science et non d’argent. 

    Les autres membres du bureau de la SPILF sont tout autant en liens d’intérêt avec les laboratoires : la Vice Présidente de la SPILF, Mme France ROBLOT, (Infectiologie, CHU Poitiers) présente, sur la base transparence santé 106 lignes d’avantages servis par les laboratoires (Gilead et principalement PFIZER SAS), le deuxième Vice Président, M. Serge ALFANDARI, (Infectiologie-Hygiène, CH Tourcoing) présente 61 lignes d’avantages (Gilead, MSD France), le Secrétaire Général, le M. Bernard CASTAN, (Infectiologie, CH Périgueux) présente 251 lignes d’avantages, (Bristol-Myers, Gilead sciences etc…), la Secrétaire Adjointe, Mme Emmanuelle VARON, (Microbiologie, CHIC, Créteil) présente 37 lignes (PFIZER SAS principalement), le Trésorier, le M. Christian RABAUD, (Infectiologie, CHU Nancy) présente 155 lignes d’avantages (dont Gilead, Janssen), le Trésorier Adjoint, M. Alexandre BLEIBTREU, (Infectiologie, HU Pitié-Salpétriere, Paris) présente 67 lignes d’avantages (dont Gilead, Eumedica etc..) et le conseiller spécial aux recommandations, M. Remy GAUZIT, (Anesthésie-Réanimation, GH Cochin, Paris) présente 49 lignes d’avantages (dont PFIZER SAS, Eumedica, MSD France…)

    Certains membres du conseil d’administration de l’association SPILF entretiennent des relations de travail fructueuses avec les laboratoires. Nous ne citerons que M. Vincent LE MOING, (Infectiologie, CHU Montpellier) qui présente 113 lignes d’avantages, (dont Gilead) et surtout M. Jean-Paul STAHL, (Infectiologie, CHU Grenoble), sixième dans le classement de France soir. Ce monsieur aurait ainsi perçu la somme de 100.358 €, dont 4.552 € d’Abbvie. Rédacteur en chef du journal Médecine et Maladies Infectieuses, M. STAHL avec une indépendance et une liberté d’esprit hors norme avait comparé le médicament Plaquénil au papier toilette ! L’Inde, le Portugal, l’Italie et de nombreux autres pays seront surpris d’apprendre que s’ils présentent des taux de guérison importants de leurs malades, cela a pour origine les propriétés du « papier toilette » utilisé… On voit que le niveau de M. STAHL ne se situe plus dans le domaine de la science.

    La SPILF est donc un cénacle dont on peut dire, sans trop se tromper, qu’il prête une oreille attentive aux « malheurs » des laboratoires. La SPILF est aussi un outil utilisé, parfois de façon surprenante, par l’administration. Par un courrier du 17 septembre 2018, le directeur général de la santé (ministère de la santé), avait confié à la société de pathologie infectieuse de langue française la coordination de l’élaboration de nouvelles recommandations pratiques concernant la prévention, le diagnostic, et le traitement de la borréliose de Lyme et des autres maladies vectorielles à tiques. De là à dire que la SPILF agit aujourd’hui contre Raoult pour faire plaisir à une administration qui lui confie des missions de santé publique, c’est un pas que l’on ne franchira pas. Toutefois, on peut raisonnablement s’interroger sur la légitimité et la sincérité de la SPILF, dans la mise en œuvre une procédure qui vise un homme qui s’est ouvertement opposé aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques et à certains choix de l’administration. 

    Si la SPILF est réellement une association indépendante, les liens d’intérêts évoqués et l’exercice de missions pour l’administration nuisent à la perception de cette indépendance. Au cas d’espèce, la théorie des apparences n’est pas favorable pour la SPILF. Les Français peuvent donc être dubitatifs sur la réelle indépendance de la SPILF. Cette suspicion nuit aux adversaires du professeur Raoult. En effet, s’attaquer à M. Raoult par l’intermédiaire de la SPILF, c’est tomber bien bas. Une telle action contre le professeur marseillais révèle que ses opposants sont vraiment aux abois, voire désespérés.

    L’heure des comptes à rendre se précise

    Ce désespoir est compréhensible au regard des données actuelles : taux de létalité, nombre d’hospitalisations, nombre de décès, constat que le nombre de décès sur la période de la crise sanitaire n’est pas significativement différent des autres années pour pouvoir révéler les dommages d’une pandémie effroyablement mortelle. Tous ces indicateurs nous montrent une pandémie finissante et une mortalité très faible.

    Par ailleurs, contrairement aux allégations de la SPILF, les études en faveur de l’efficacité de l’hydroxychloroquine se multiplient. Il est donc urgent de détourner l’attention de la population en la braquant sur le port inutile d’un masque en plein air et sur une action de poursuites devant un ordre professionnel. Par l’écho donné aujourd’hui dans la presse, d’une plainte déposée en juillet, il s’agit de faire croire aux Français que les griefs articulés contre le professeur Raoult sont vrais puisqu’ils sont repris dans les médias. C’est encore une fois le fameux « c’est vrai puisque je le dis ». Ce genre de méthode fonctionnait peut-être hier, mais aujourd’hui cela est terriblement pathétique.

    Une chose se précise chaque jour davantage : l’efficacité de la bi-thérapie du professeur Raoult commence à être visible et devient difficilement contestable. Chaque jour qui passe nous montre à quel point des mauvais choix, sans réel fondement scientifique, ont été et sont encore faits. Actuellement, les discours officiels peinent de plus en plus à persuader les Français. Si encore de nombreux référés contre les arrêtés imposant le port du masque sont rejetés par les juges, ces derniers vivent une situation de plus en plus intenable. Les juges motivent leurs rejets en évoquant une pandémie dangereuse (ce qui est faux depuis mai 2020, les données statistiques le prouvent) et répètent que les requérants ne démontrent pas que le masque est inutile en évitant de voir que le préfet ne démontre pas scientifiquement son utilité. L’heure approche où il deviendra trop difficile de « masquer » la réalité dévoilée par les professeurs Raoult, Perronne ou Toussaint. La pandémie touche à sa fin et l’heure des comptes arrive car il y a eu des morts inutiles. Tous ceux qui ont menti devront assumer leurs responsabilités. Cette heure qui approche inquiète beaucoup de monde. L’intervention de la SPILF est l’un des derniers soubresauts d’un système à bout de souffle.

    Régis DESMARAIS*

    source: https://www.agoravox.fr/ &  https://irocblog.wordpress.com/2020/09/03/tentative-dintimidation-sur-didier-raoult/

    (*) Observateur de la société, j'exprime un point de vue sur notre monde sans être rattaché à un courant politique ou à un groupe de pensée. (l'auteur: Régis DESMARAIS)

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  • "S’il faut se garder de comparer des époques qui n’ont rien à voir, il est frappant de constater à quel point le regard et les concepts marxiens nous aident à y voir plus clair aujourd'hui."

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Entretien avec Alphée Roche-Noël

     

    (réalisé par  Kévin Boucaud-Victoire  et publié le 1/09/20)

     

    Politologue et auteur du blog "Vu de la butte", Alphée Roche-Noël vient de publier "Marx Rapatrié" aux Éditions du Cerf. Il y analyse l'actualité politique et sociale à partir de l’œuvre du communiste allemand.

    Après Jérôme Sainte-Marie et Emmanuel Todd, c'est au tour du politologue Alphé Roche-Noël d'utiliser les livres historiques de Karl Marx sur la France (Les luttes des classes en France (1850), Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), mais aussi La guerre civile en France (1871) afin d'analyser la séquence politique et sociale actuelle, marquée par l'accession au pouvoir d'Emmanuel Macron et la révolte des gilets jaunes. Il revient avec nous sur l'actualité du penseur allemand.

    Marianne : En quoi Marx nous aide-t-il à comprendre notre époque ?

    Alphée Roche-Noël : Je crois que Marx nous donne trois clefs de lecture de l’Histoire, qu'il faut utiliser ensemble. Une première pour le temps long de la société humaine : c’est la lutte des classes. Une deuxième pour l’économie politique : c’est la critique du capitalisme. Une troisième, qui peut paraître plus circonstancielle, et qui n'est pas moins utile : c’est l’analyse qu’il nous a laissée des événements politiques de son temps. Il a ainsi observé avec une grande acuité la situation en France, dont il avait été expulsé à deux reprises, dans les années 1848-1871 : la révolution de Février, la restauration de l’Empire, l’avènement et la répression de la Commune de Paris...

    S’il faut se garder de comparer des époques qui n’ont rien à voir, il est frappant de constater à quel point le regard et les concepts marxiens nous aident à y voir plus clair aujourd'hui. Il me semble en effet que nous nous trouvons précisément dans une période d’incertitude pareille à celle qu’il a décrite, où l’histoire est comme une pièce vacillant sur la tranche, dont on ne sait pas de quel côté elle va tomber : du côté de la révolution citoyenne ou du côté de l’involution autoritaire.

    Les horreurs du stalinisme et des autres régimes du même type ont dû faire faire à Marx des bonds dans sa tombe

    L’analyse de Marx n’est-elle pas entachée par le "socialisme réellement existant" et les goulags ?

    Celle d’Adam Smith l’est-elle par deux siècles d’un libre-échangisme qui a dévoré le vivant ? Et par toutes les guerres et les atrocités commises au nom de l’ordre capitaliste ? Ceci pour montrer, si ce n’est l’absurdité, du moins la limite de l’argument qui consiste à rapprocher un auteur passé des potentats plus ou moins inspirés qui s’en réclament… En vérité, les horreurs du stalinisme et des autres régimes du même type ont dû faire faire à Marx des bonds dans sa tombe. Sa pensée était une pensée de l’émancipation. Pour s'en convaincre, il suffit de se donner la peine de le lire. Il faut aussi avoir une idée de ce qu’étaient les conditions de vie des ouvriers au milieu du XIXe siècle.

    Comment s’articulent les luttes de classes en France aujourd’hui ?

    La lutte des classes est une constante dans l’Histoire. L’idée qu’il s’agirait d’un concept daté sert uniquement ceux qui forment la classe dominante et ont intérêt à faire perdurer une autre idée, aussi idiote qu’efficace, selon laquelle les places, les revenus, les honneurs dans la société seraient attribués au mérite.

    Aujourd’hui, cette lutte des classes fait rage entre ceux qui ont tiré les meilleurs fruits du développement économique et ceux, de plus en plus nombreux, qui voient leur situation stagner ou se dégrader. Les gilets jaunes en ont été l’expression la plus probante des dernières décennies. Nous avions là, d’un côté, des femmes et des hommes issus de la classe moyenne en décomposition, caractérisés par leur place dans le processus de production (ouvriers de la logistique, aides-soignantes, artisans...) qui revendiquaient de meilleures conditions de vie et plus de justice sociale, et, de l’autre, l’incompréhension, le mépris, la violence de la répression.

    La lecture de Marx permet d’échapper à l’écueil qui consisterait à voir dans cette révolte singulière un agrégat de demandes catégorielles. Elle aide également à saisir les subtilités d’un antagonisme qui ne met pas aux prises les "99% contre les 1%", mais une pluralité de catégories adossées les unes aux autres, réagissant à l’évolution de leurs conditions matérielles d’existence et aux rétributions qui leur sont ou non offertes par le système. C’est cette complexité, cette intrication, dans un système politique où le suffrage universel est la seule sortie de crise théoriquement permise par les institutions, qui rend le résultat de ces luttes particulièrement difficile à prévoir. Et c’était déjà le cas en 1848 !

    La société fourmille d’idées, dont le RIC est seulement l’exemple le plus emblématique
     

    La crise du Covid-19 pourrait-elle servir de base à une révolte sociale d’ampleur ?

    De base, non ; de déclencheur, probablement. Les bases sont là depuis longtemps : ce sont la nouvelle donne économique post-chocs pétroliers et les politiques publiques de casse sociale des trente dernières années. Les gilets jaunes et les centaines de milliers de manifestants contre la retraite à points n’ont pas attendu le Covid pour descendre dans la rue. Depuis lors, la situation sociale s’est considérablement détériorée pour les petites gens, pour ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre. L’État-providence tient la tête des autres à peu près hors de l’eau – mais jusqu’à quand ? Pour l’instant, la politique extrêmement anxiogène de lutte contre l’épidémie maintient dans la population une forme d’attentisme nourri par la peur, mais on a du mal à croire que dans les prochains mois, le chômage, la précarité, l’incertitude ne nourrissent pas l’esprit de révolte. La question est de savoir comment il s’exprimera.

    Selon vous, il n’y a que deux alternatives : l’Empire et la Commune. Comment la Commune pourrait-elle à nouveau advenir ?

    Il ne s’agit pas de refaire la Commune… Il faut se garder de tout esprit de réplication formelle. C’est justement ce qui a divisé la Commune, lorsque la majorité de ses membres a voulu ressusciter une parodie de "Comité de salut public" pour contrer la menace versaillaise. Or, le Versailles de Thiers n’était pas le Versailles de l’Ancien Régime ! Il ne fallait pas recommencer, mais inventer autre chose !

    L’histoire pose des jalons, des points d’appui, mais à chaque époque, à chaque problème, il faut des solutions nouvelles. L’alternative Empire/Commune, proposée par Marx dans La Guerre civile en France, porte cependant plus loin que l'époque dans laquelle elle s’inscrit, car elle nous interroge sur les modalités d’organisation de la société. En 1871, c’est soit la monarchie, instrument des classes dominantes, soit la République, défendue par la Commune. Je crois que notre époque nous place face à une alternative du même type, entre une Ve République de plus en plus autoritaire, qui s’apprête peut-être à tomber entre les pires mains qui soient, et une société qui aspire à s’organiser plus directement, à devenir vraiment démocratique et républicaine. Ici encore, la Commune est un jalon, car elle a créé un lien plus direct entre représentant et représenté. Mais il faut aller plus loin, et la société fourmille d’idées, dont le RIC est seulement l’exemple le plus emblématique.

    Ce n’est pas l’humain qui détruit l’environnement, c’est le modèle de développement qu’il s’est choisi

    La question écologique est aujourd’hui incontournable. Or, même s’il a écrit que "le capital épuise les deux seules sources de toute richesse : la Terre et le travailleur", Marx n’a pas sérieusement envisagé ce problème et a même pu pécher par productivisme. Est-il utile pour ce sujet ?

    Il est utile et même incontournable, car même s’il n’a pas approfondi le sujet, il a laissé des concepts pour le penser. Cela dépasse largement le niveau d’une simple intuition qui affleurerait au fil de l’œuvre. Sans pouvoir être calquée totalement, sa critique du capitalisme pour le tort qu’il cause à l’humain vaut aussi pour le tort qu’il cause à la terre. Le néologisme récent de capitalocène pour désigner notre modernité, par préférence au concept moins précis d’anthropocène, rend bien compte de l’historicité du capitalisme mise en lumière par Marx. En d’autres termes, ce n’est pas l’humain qui détruit l’environnement, c’est le modèle de développement qu’il s’est choisi.

    Le slogan "fin du monde, fin du mois, même combat", utilisé ces deux dernières années en France, en est une autre illustration. Comme quoi, le regard de Marx sur son temps, les concepts qu’il a créés et sa compréhension très fine de son époque sont de précieux outils pour aborder l’avenir.

    • Alphée Roche-Noël, Marx rapatrié, Éditions du Cerf, 132 pages, 15 euros

    source: https://www.marianne.net/

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