• Crise du #COVID-19 : Entretien croisé avec Alessio Arena (Fronte Popolare Italie), Annie Lacroix-Riz , Jean-Pierre Page et Fadi Kassem [Partie 2] IC.fr-2/04/20

    La crise profonde liée à la pandémie du et à la crise systémique du Capitalisme posent de nombreuses questions. Alessio Arena, secrétaire national du Fronte Popoplare en Italie, Jean-Pierre Page – militant syndical CGT bien connu, Fadi Kassem – secrétaire national adjoint du PRCF, et Annie Lacroix-Riz – professeur d’histoire contemporaine – ont accepté de répondre en exclusivité aux questions d’Initiative Communiste. L’occasion d’apporter avec leur point de vue de communistes italien et français, de syndicaliste et avec l’éclairage historique de la connaissance des grandes crises du système capitaliste, une analyse de la situation, de ses causes et conséquences, et des solutions et mobilisation à construire dès maintenant pour s’en sortir.

    Vous trouverez ci-après la seconde partie de cet réalisé entre Paris et Milan le 29 mars 2020.

     


    Initiative Communiste : Que vous inspirent les réactions des forces politiques syndicales et politiques qui se réclament du camp populaire face à cette crise et aux mesures prises par Macron sur le terrain sanitaire ET sur le terrain social, politique et économique ?L’heure est-elle à l’unité nationale derrière Macron, au dialogue social entre le MEDEF et les syndicats, ou à une nouvelle forme de la lutte des classes ?

    Alessio Arena : À notre avis, la gauche politique et le monde syndical italien font preuve, en ce moment, d’une subordination culturelle excessive au gouvernement et au patronat. Notre devoir est d’indiquer une sortie de la crise qui réponde aux intérêts des classes laborieuses, et non de nous limiter à des critiques et des invectives quotidiennes. Certaines forces politiques et syndicales, dont nous, nos alliés du PCI et d’autres, sont en train d’élaborer progressivement des propositions sur la base d’orientations stratégiques qui ont été consolidées depuis des décennies et qui sont maintenant clairement confirmées par les faits. Nous devons travailler ensemble pour donner à toutes ces propositions un cadre et une logique unifiants, afin de répondre à la situation avec un profil programmatique. Nous espérons que la gauche française fera de même et nous étudions avec attention les positions du PRCF, qui témoignent d’un esprit d’inspiration avant-gardiste.

    Annie Lacroix-Riz : « L’Union nationale » ? On a beaucoup donné, et à tant d’occasions, qui ont coûté si cher au « camp populaire » depuis 1914. S’unir avec les prétendus « premiers de cordée » qui ont fait tabasser, gazer, éborgner par leurs forces de répression ceux qui sont aujourd’hui en première ligne dans le combat contre la pandémie, après avoir lutté plus d’un an contre la casse de l’hôpital, de l’ensemble des services publics, et, récemment, des retraites?

    Fadi Kassem : En s’autoproclamant « chef de guerre » et en appelant à « l’union nationale », le Tartuffe de la République espère faire oublier ses lourdes responsabilités et les fautes commises en se prenant pour le « roi thaumaturge » qui « guérit la Nation » … et ainsi faire taire les « polémiques ». Mais on n’est jamais mieux trahi que par les siens, et Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé tout aussi responsable que ses amis macronistes, a clairement plaidé coupable et désigné Macron et Philippe comme responsables de la situation désastreuse actuelle.

    Jean-Pierre Page : Le débouché politique dont nous parlons souvent ne saurait être réduit à la manière dont les forces politiques et sociales se détermineront et quel rapport de forces elles établiront entre elles. On ne saurait leur délivrer un chèque en blanc ou leur demander de prendre le relais des luttes qui déjà s’organisent et iront en s’affirmant. D’ailleurs, il ne saurait y avoir d’autres choix possibles : il faut soutenir les grèves comme celles décidées par la Fédération des Services publics CGT. Les initiatives revendicatives, il faut les susciter, les encourager et les multiplier. La colère sociale ne saurait être confinée chez soi et encore moins la lutte des classes. Il n’y a rien à réformer, le pire serait d’attendre, de subir les évènements. Le débouché politique appelle tout autre chose que l’invocation « d’un dialogue social indispensable », comme le réclament 5 confédérations syndicales ensemble avec le patronat, y compris la CGT. Cet appel qui encourage l’attentisme, tourne le dos et prend le contre-pied des perspectives qu’il faut impérativement donner et construire. Fort logiquement, la CES a fait de même avec le patronat européen, y compris en rendant hommage à la Commission de Bruxelles et à la BCE, ce qui n’est pas nouveau.

    Fadi Kassem : En bon serviteur du capital, le gouvernement attaque les conquêtes sociales et démocratiques et justifie sa politique d’euro-casse – dans la continuité de celle qu’il mène depuis son arrivée au pouvoir et de celle des euro-gouvernements précédents – avec l’argument selon lequel « nous sommes en guerre ». Résultat : la loi dite d’« état d’urgence sanitaire » offre les pleins pouvoirs au patronat (masqués par une prétendue « concertation » et un « dialogue social » bidon avec les « partenaires sociaux ») pour attaquer le repos dominical, le repos hebdomadaire, les congés payés… et faire travailler les salariés du privé jusqu’à 60 heures par semaines ! En l’occurrence, les travailleurs des classes populaires qui, eux, sont contraints de travailler dans les secteurs indispensables comme la grande distribution par exemple ; car les couches supérieures urbaines, elles, fuient vers leurs résidences secondaires ou pratiquent un télétravail amoindrissant considérablement les risques de contamination. Mais voilà : le MEDEF annonce qu’il faut « produire coûte que coûte », et il peut compter sur le soutien des ministre Bruno Lemaire et Muriel Pénicaud, cette dernière expliquant même qu’« il n’y pas de notion d’indispensable ou pas ».

    Jean-Pierre Page : Fondamentalement, il faut tenir tête au patronat et au pouvoir, encourager partout sur les lieux de travail et dans les quartiers une prise en charge des responsabilités par les intéressés eux-mêmes (c’est-à-dire au premier rang les travailleurs) sans déléguer celles-ci à quiconque. Ces questions doivent se poser, et c’est ensemble qu’il faut construire les réponses et certainement pas sous le parapluie de l’« union sacrée » ou du prétendu « dialogue social ». Macron veut tirer un avantage politique d’une grave crise sanitaire pour rassembler autour de lui. Cette manière assez abjecte n’est pas nouvelle ; en revanche, il est sur la défensive. Ne soyons pas dupes : l’« union sacrée », c’est la collaboration des classes et rien d’autre !

    Fadi Kassem : En somme : les profits avant la santé, « produire coûte que coûte » avant de se protéger ! Plus que jamais, la lutte des classes se poursuit et s’amplifie à mesure que les travailleurs et les syndicalistes comptent leurs morts : un responsable de sécurité dans un centre commercial de la région parisienne, par ailleurs responsable CGT, est décédé, de même que récemment une caissière en Seine-Saint-Denis. Très tôt, des unions départementales et locales de la CGT ont exigé une stricte application des règles de confinement et de réelles mesures sanitaires et hygiéniques sur les lieux de travail, que les patrons se gardent bien pour la plupart d’appliquer. L’heure n’est donc, une nouvelle fois, pas à une « union nationale » avec Macron/Philippe et leurs laquais, ni à un quelconque « dialogue social » (mensonge tant mortifère pour les travailleurs !) porté par un « syndicalisme d’accompagnement » cher au jaune Berger – rappelons-le, président de la Confédération européenne des syndicats ! – ; mais, à la fois, à la lutte contre le , à la stricte application des gestes barrière et d’une discipline collective – unanimement réclamées par les personnels hospitaliers eux-mêmes : nous nous devons d’être solidaires d’eux de cette manière ! –, et au combat de classe et de masse contre Macron/Philippe et leurs laquais, le MEDEF uniquement inquiet pour les profits capitalistes, et la « laide » UE, uniquement bonne à détruire les services publics et les conquêtes sociales et démocratiques.

    Jean-Pierre Page : Indépendamment des circuits mis en place par le gouvernement et le patronat, ce qui doit animer chacun, c’est comment être concrètement solidaires, comment imposer un véritable pouvoir des travailleurs. Qui construit les ventilateurs et les masques : ce sont les travailleurs. On nous dit qu’il faut importer, et pourtant la France est la cinquième puissance économique mondiale ! Pourquoi devrait-on accepter la logique criminelle de la loi du marché, surtout quand on a les moyens de faire autrement ? Nous devons engager partout l’offensive sociale, car Le Capital va encourager et dans tous les domaines les fausses solutions, les mirages individualistes ; il va chercher à casser les solidarités et boucher la recherche d’une issue véritable.

    Concrètement, prenons le problème des masques évitant la contagion. Fin 2018, le groupe américain Honeywell fermait son site de production industrielle de Plaintel (22) pour le délocaliser en Tunisie et en Roumanie. Cette entreprise, créée il y a une cinquantaine d’années, fabriquait des masques respiratoires jetables et des vêtements de protections sanitaires en quantité considérable. Sa production était de 200 millions de masques par an, soit près de 20 millions par mois, fabriqués sur des machines ultra-modernes pouvant produire chacune 4.000 masques à l’heure. La Banque Centrale Européenne vient de débloquer 750 milliards de liquidités, le gouvernement 45 : il faut mettre cet argent en priorité au service de l’urgence sanitaire et de l’intérêt général, Le site industriel de fabrication de masques de protection sanitaire de Plaintel doit donc être récréé en urgence sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes. Le personnel compétent et disponible existe et ne demande que cela, les habitants de Plaintel soutiennent ce projet : tous ensemble et par l’action, ils ont les moyens de l’imposer.

    Autre exemple : les douaniers CGT mettent en question l’importation des masques pour les entreprises quand cela se fait au détriment des personnels hospitaliers qui en manquent cruellement ! Aucun prélèvement, aucune réquisition n’est faite, même partielle, pour ce qui est prioritaire : contenir l’épidémie et sauver des vies. Les douaniers revendiquent le pouvoir de procéder à des prélèvements de masques pour les acheminer vers les personnels soignants selon les besoins. Ce pouvoir de décider et de produire, il faut le prendre, imposer la traçabilité et la réquisition ; les douaniers doivent y contribuer.

    Il faut redonner du sens concret à ces mots d’ordre « l’émancipation sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » et « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

    Alessio Arena : L’heure est certes à l’unité maximale dans la société et à la responsabilité maximale, mais certainement pas derrière Macron ou Conte et encore moins derrière le Medef et Confindustria. En ce moment, il est clair que les classes laborieuses sont les seules à défendre l’intérêt général et que c’est à elles qu’il incombe de diriger l’ensemble de la société. Mais pour ce faire, il est impératif que leurs avant-gardes développent une approche programmatique et stratégique de la crise, capable d’offrir une issue politique viable aux tensions sociales. Soit nous sommes à la hauteur, soit nous nous préparons à une sortie de crise qui laissera un héritage de nouvelles formes d’oppression de classe et de nouveaux espaces pour l’autoritarisme social.

    Annie Lacroix-Riz : Je m’en tiendrai au terrain syndical, où deux précédents sautent aux yeux, à l’heure où la direction de la CGT, l’ex-grande CGT de Benoît Frachon, a renoué avec celle de Léon Jouhaux, dont les liens avec le grand patronat et son État ont été fatals aux travailleurs français, de l’avant-guerre de 1914 à sa mort (1954).

    • abandons de l’été 1914 pour cautionner l’envoi à la boucherie des Français, puis des Italiens (1915), suivis d’une participation active à la surexploitation de la main-d’œuvre, officiellement jusqu’en 1917, de fait jusqu’à la fin de la guerre mondiale[1];
    • capitulation des mêmes entre sabotage de l’unité de 1936, adhésion aux décrets-lois Daladier cassant les salaires et réprimant le monde du travail, croisade contre les combatifs et durable « couverture » apportée à l’offensive patronat-État-occupant sous l’Occupation (Jouhaux jusqu’en 1941, le courant Belin, son successeur désigné, jusqu’à la fin de l’Occupation) [2].

    Ce n’est pas s’opposer à « l’unité » que rappeler ces expériences oubliées, c’est contribuer à trouver les solutions à la tempête en cours et à venir. Or, après deux décennies de ralliement à la Confédération européenne des syndicats (CES) ‑‑ toujours indifférente aux intérêts des travailleurs, survie, sanitaire et matérielle, incluse ‑‑, la Confédération a signé, le 19 mars, un texte de soi-disant « constat » avec quatre autres syndicats de salariés : CFDT, dirigée par Laurent Berger ‑‑ désormais en outre président de la CES ‑‑, FO, CFE-CGC, CFTC, ses compagnons de CES; et avec « trois organisations patronales MEDEF, CPME, U2P) », organisations, de salariés et de patrons, se targuant d’être « attachées à leur liberté de comportement ».

    Cette « déclaration commune » a provoqué une telle indignation au sein de la CGT que sa direction n’a jamais osé l’afficher, alors qu’elle trône chez les sept autres signataires[3]. Son site officiel lui a préféré un texte intitulé « droit-de-retrait et action-syndicale » en faveur des salariés[4], avant d’afficher une explication embrouillée sur « le constat » mystérieux. Connu le 25, affiché le 26 mars, ce texte exalte le « rôle essentiel du dialogue social et de la négociation collective », au moment même où le conseil des ministres du 25 mars décide « l’état d’urgence sanitaire » : son train d’ordonnances achève la casse du code du travail et donne toute liberté au patronat pour décréter la semaine de 60 heures et la modification des congés. Prônant le « dialogue social » avec le grand patronat et son État, la Confédération brandit à l’inverse le bâton contre les indignés : « le temps des explications internes viendra », menace-t-elle[5].

    C’est renouer avec Fritz Tarnow, chef de l’ADGB (grand syndicat social-démocrate allemand), qui prôna en 1931 « “un mariage de raison” avec les patrons » : « ne devons-nous pas être le médecin au chevet du capitalisme ? » Le mariage déboucha sur la casse des organisations ouvrières dès 1933. Ce n’est pas, comme on nous l’a seriné depuis des décennies le KPD (parti communiste allemand) qui amena au pouvoir Hitler, le candidat de Krupp. C’est l’abdication des organisations de la classe ouvrière qui, après avoir facilité la guerre impérialiste, ne luttèrent pas contre le recours patronal au fascisme pour écraser les salaires. Comme les grands patrons d’, ceux des États-Unis adorèrent l’Allemagne des années 1930, où ils avaient investi tant de milliards de dollars, et sa journée de 16 h « librement » décidée par les « Führer » d’entreprise[6]. D’ailleurs, ils déléguèrent Tarnow à la réorganisation syndicale de la RFA[7]…

    Initiative Communiste : Que ce soit hypocritement, pour jouer les fédérateurs de la nation, ou que ce soit parce qu’il a en tête un terrible serrage de vis sociopolitique au sortir de la crise sanitaire, Macron a souligné maintes fois qu’après cette tragédie, nous ne pourrions plus jamais « fonctionner comme avant ». Comment voyez-vous la configuration des forces sociales et le devenir des luttes de classes au sortir de l’épidémie ?

    Annie Lacroix-Riz : Changer ? Comme quand Sarkozy avait promis en 2008 que le capitalisme se moraliserait et que la crise serait réglée par la transformation de la monstrueuse dette des banques privées en dette publique ? Cette mutation magique qui a liquidé nos services publics et notre système de santé ? Ils fonctionneront comme avant, parce que le système capitaliste ne peut fonctionner autrement.

    Jean-Pierre Page : Macron et ceux dont il est le mandataire ne vont pas renoncer à leur révolution conservatrice. Ils vont vouloir pressurer plus encore les travailleurs, fixer unilatéralement de nouvelles règles, déréglementer, développer la précarité, encourager la concurrence, imposer un chômage de masse et de nouvelles formes de travail à domicile, le « télé travail », la « gig économie », celle des salariés du « clic », des « micro-taches » et des nouveaux « tacherons » afin de passer à une société de pauvres avec emplois, disponibles et corvéables sans limites ni règles.

    Fadi Kassem : Hypocrite, Macron l’est dans la formulation toujours (faussement) vague et ambiguë de cette expression : dans son esprit, l’occasion est belle d’en finir avec le programme « Les Jours heureux » du Conseil national de la Résistance (CNR), que l’ancien numéro 2 du MEDEF Denis Kessler appelait, en 2007, à démanteler méthodiquement par le biais de « réformes » ; d’ailleurs, alors que la pandémie se répandait, le gouvernement avait pour priorité de faire adopter son projet de contre-réforme des retraites par le biais du 49-3 ! Une mise en bouche de ce qui attend le monde du travail, déjà contraint d’assister – sans pouvoir manifester pour le moment – à l’adoption d’ordonnances fixant la date limite pour les « mesures économiques exceptionnelles » au… 31 décembre 2020.

    Alessio Arena : Il est clair que Macron et les autres dirigeants au service du capital tenteront d’étouffer le conflit social au nom des priorités de la “reconstruction”. En , le président de la République Sergio Mattarella a déjà proposé un parallélisme entre cette “reconstruction” à venir et celle d’après la Seconde Guerre Mondiale.  Nous, communistes, nous souvenons bien que l’après-guerre a été un passage de répression violente des conflits sociaux, dans le cadre déterminé par la guerre froide.

    Jean-Pierre Page : Oui, sans perdre de temps, le gouvernement propose déjà une nouvelle « réforme » du code du travail et une application dans le temps sans date limite, avec entre autres, un droit du travail qui sera aménagé, la remise en cause des congés payés, des 35h, des droits des chômeurs et la restriction importante des libertés individuelles comme collectives. C’est ce qu’ont affirmé, le premier ministre et la Ministre du Travail avec leur projet de loi « Urgence Coronavirus », et cela dans le silence assourdissant des organisations syndicales. Il est là le programme du Capital ! Édouard Philippe l’a dit clairement : « ce sera de plus en plus un choc économique, un choc social, les Français doivent se préparer à un effort long ».

    Fadi Kassem : Il n’empêche : Macron et le gouvernement Philippe ont peur de la réaction de plus en plus furieuse de pans entiers de la population ; ce n’est pas un hasard si Macron adopte un ton martial, en réalité plus destiné aux travailleurs et forces progressistes en colère qu’au coronavirus. Car comme le souligne le politologue Jérôme Sainte-Marie, « un imaginaire de lutte des classes s’éveille à nouveau » : la soif de justice et la volonté de voir Macron et ses laquais rendre des comptes s’accroît considérablement – et d’ailleurs, Philippe et Buzyn sont déjà l’objet de plaintes de collectifs de soignants devant la Cour de Justice de la République !

    Jean-Pierre Page : Effectivement, cette situation à hauts risques pour le devenir de l’humanité tout entière n’est pas non plus sans opportunités. Elle permet des clarifications et devrait inciter le mouvement syndical, et en particulier les militants de lutte de classes dans la CGT, à tenir leur rôle d’éclaireur des consciences. Bien des gens font une expérience amère dans des conditions tragiques : ils ne manqueront pas d’en tirer les leçons.

    La preuve est faite de la nocivité de ce système inhumain qu’est le capitalisme, son incapacité à résoudre les grands problèmes et défis de l’humanité comme la santé, la justice sociale, l’éducation, la recherche, ou le réchauffement climatique, la paix et l’aspiration des travailleurs à décider eux-mêmes, à être souverains.

    Alessio Arena : Nous devons donc nous équiper pour la suite. De ce point de vue, plus nous aurons été aujourd’hui proactifs et capables de construire un profil indépendant des classes laborieuses sur un plan programmatique, plus nous serons équipés et « légitimés » pour nous proposer comme avant-garde des luttes de demain.

    Jean-Pierre Page : Ce qui est l’ordre du jour, c’est bien la mise en chantier d’un programme et d’une stratégie révolutionnaire pour en finir avec ce capitalisme criminel et prédateur. L’alternative, c’est une société qui réponde aux besoins des gens et des peuples à leurs aspirations à la justice sociale, à la coopération, à la paix. Cette société, c’est le socialisme.
    Nous sommes entrés dans une nouvelle époque où justice ou barbarie, guerre ou paix, seront les choix qui détermineront le futur de l’humanité : voilà pourquoi il s’agit de construire et de multiplier les réseaux, les contrepouvoirs face aux institutions supranationales, aux institutions économiques et financières, aux puissances hégémoniques pour imposer les rapports de force dont le mouvement populaire et les travailleurs ont besoin.
    Ne faut-il pas se donner les moyens d’un vaste débat tout autant sur la stratégie que sur les contours qui devraient être ceux d’une société capable de mettre l’ensemble des ressources productives du monde au service des besoins légitimes, des aspirations des travailleurs et donc des habitants de la planète en faveur de la paix, du progrès social, de la solidarité et de la coopération, par un internationalisme de notre temps. N’est-ce pas, au fond, ce qui est dès à présent à l’ordre du jour ?

    Annie Lacroix-Riz : Profitons du confinement pour lire et relire les marxistes, et notamment L’impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine, limpide sur ceux qui, théoriquement au service des travailleurs, sont au service de « ceux d’en haut ». On ne supprimera les tares du capitalisme qu’en en finissant avec lui. Sa crise aiguë, au terme de plus de soixante-dix ans de crise systémique, mêle les caractères de la première grande crise (1873-1914) et de la deuxième (années 1930) : elle offre l’occasion objective de sortir de la trappe. Il faut reconstruire, comme après 1914, comme après les années 1930, il n’y a pas d’autre solution. Il faut renouer avec l’offensive de « ceux d’en bas », et bannir les illusions du « syndicalisme rassemblé » funeste aux intérêts de tous ses mandants…

    Alessio Arena : Le caractère inédit de cette situation rend difficile la prévision de ses débouchés, mais ce qu’il faut dire, c’est que sans l’indépendance de classe des travailleurs et leur capacité de se proposer comme dirigeants de l’ensemble de la société, il est impossible que ces débouchés soient favorables pour les couches populaires. D’où les tâches actuelles de ceux qui, comme nous, travaillent, étudient et se battent pour bâtir des organisations d’avant-garde.

    Fadi Kassem : Le risque est cette colère profite au prétendu « Rassemblement national » : de fait, la macronie déroule un véritable tapis brun pour Le Pen en 2022. Pour empêcher ce funeste scénario d’advenir, il est indispensable d’œuvrer, comme le fait inlassablement le PRCF, à la constitution d’un vaste Front antifasciste, patriotique, populaire et écologiste, un Fr.A.P.P.E. ayant pour centre de gravité une gauche patriotique et populaire désireuse d’en finir avec l’euro austéritaire, l’UE qui étrangle les souverainetés nationales et populaires (y compris la souveraineté sanitaire !), l’OTAN, bras armé du capitalisme euro-atlantique, et bien entendu le capitalisme exterministe qui détruit l’environnement, les droits sociaux, la santé… et tout simplement toute trace de vie sur terre. Ce rassemblement, à destination de tous les communistes, les forces progressistes, les syndicalistes, les gilets jaunes, les travailleurs, les patriotes sincèrement antifascistes, anti-européistes et anti-impérialistes, est nécessaire pour « virer la mondialisation virale » et proposer la seule orientation politique en mesure d’empêcher un mortifère duel Macron-Le Pen (que cette dernière pourrait de surcroît bien remporter !) en 2022.


    [1] Bernard Georges et Denise Tintant, Léon Jouhaux, cinquante ans de syndicalisme, Paris, PUF, t. 1; Jacques Pauwels, 1914-1918, La grande guerre des classes, Paris, Delga, rééd. 2016.

    [2] Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930; De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940 ; Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2010, 2008, 2013.

    [3] https://www.cfdt.fr/upload/docs/application/pdf/2020-03/declaration_commune_19_mars_cfdt_cgt_fo_cfe_cgc_cftc_medef_cpme_u2p.pdf

    [4] https://www.cgt.fr/actualites/france/interprofessionnel/droit/coronavirus-droit-de-retrait-et-action-syndicale-et-du

    [5] http://data.over-blog-kiwi.com/0/94/60/80/20200326/ob_cb49d4_cgt-ce.pdf

    [6] « Remarques contemporaines sur la face non idéologique du fascisme : crise de surproduction et guerre aux salaires », https://ujre.monsite-orange.fr/page4/index.html , n° 333 à 336, 2016

    [7] Scissions syndicales, réformisme et impérialismes dominants, 1939-1949, Montreuil, Le Temps des cerises, 2015, réédition Delga, 2020, p. 172, 207-209, 232.

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