• Le 30 avril 1975, Saïgon était libérée , le Vietnam réunifié par ses propres forcesAujourd’hui, 30 avril, marque le 45e anniversaire de la chute de  en 1975, qui a vu la défaite décisive de la plus grande intervention militaire américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. Contraint de retirer ses dernières forces du  deux ans plus tôt, Washington a assisté impuissant à l’effondrement du régime fantoche du général Nguyen Van Thieu et de son armée sud-vietnamienne de 700 000 hommes entraînés et armés par les États-Unis, pratiquement sans combat. Les images du personnel américain fuyant la ville assiégée depuis le toit de l’ambassade US à bord d’hélicoptères ont fini par symboliser une débâcle historique pour la politique étrangère de Washington, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

    Dans la guerre d’agression criminelle de Washington contre le Vietnam, une succession d’administrations – de Kennedy à Johnson et Nixon – se sont combinées pour mener une guerre génocidaire par la violence infligée à toute une population. Occupant le pays avec, à son apogée, plus de 500 000 soldats américains, l’armée américaine a largué quelque 15 millions de tonnes de munitions dans une campagne aérienne qui a vu des zones entières du pays être bombardées en tapis. En outre, plus de 20 millions de tonnes de produits chimiques toxiques ont été déversés sur le pays, transformant de grandes parties de celui-ci en un désert et laissant des millions de Vietnamiens, y compris des bébés encore nés aujourd’hui, meurtris à vie.

    Bombardement chimique à l’agent orange par l’armée américaine

    Au total, ce sont plus de 3 millions de Vietnamiens qui ont perdu la vie suite à une intervention américaine au cours de laquelle des atrocités hideuses – comme le massacre de plus de 500 villageois de My Lai où périrent femmes, nourrissons, enfants et personnes âgées – sont devenues monnaie courante. Les responsables de la planification et de la poursuite de cette guerre n’ont, bien sûr, n’a jamais été appelé à rendre des comptes.

    En cette date, le PRCF s’incline en hommage de notre camarade Etorix de Angelis, héros décoré du Vietnam, décédé il y a maintenant 5 ans.

     

     A voir également :

    Le Vietnam célèbre les 40 ans de la chute de Saïgon

    et  La chute de Saïgon: une ombre dans l'histoire militaire américaine 

    Les images ont tourné en boucle et les révélations troublantes se sont poursuivies pendant des années. 40 ans après la fin de la guerre du Vietnam, les souvenirs demeurent bien présents et douloureux. Le document réalisé par un étudiant de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke vient résumer en 3 minutes le déroulement des événements ayant mené à la chute de Saigon. Réalisation : Marc-Alexis Laroche Analyste en formation École de politique appliquée Université de Sherbrooke

    sources: https://www.initiative-communiste.fr/  &  https://www.youtube.com/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • La rue Colonel Arnaud-Beltrame remplace la rue Youenn-Drezen

    Ce changement de nom de rue a fait couler beaucoup d’encre. Début décembre, le conseil municipal adoptait une délibération visant à débaptiser la rue Youenn-Drezen en raison du passé trouble de l’écrivain/journaliste durant la Seconde Guerre mondiale. La plaque a été retirée au début du mois d’avril. Place désormais à la rue Colonel Arnaud-Beltrame, en hommage à cet officier de gendarmerie décédé lors de l’attaque terroriste du 23 mars 2018 à Trèbes (Aude). « Un héros d’aujourd’hui », avait commenté le maire, Stéphane Le Doaré, dans nos colonnes. En raison du contexte sanitaire, l’inauguration a été reportée sine die. Le premier magistrat tient toujours à organiser une cérémonie en présence de la famille du gendarme défunt.

    source: https://www.letelegramme.fr/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Le Dr Pierre-Augustin De Bourgues, médecin et adjoint au maire, à Recouvrance (maire de Brest par intérim), au milieu du XIXe siècle.Le Dr Pierre-Augustin De Bourgues, médecin et adjoint au maire, à Recouvrance (maire de Brest par intérim), au milieu du XIXe siècle. (Archives de Brest)

    Brest n’a, bien entendu, pas attendu l’épidémie de grippe espagnole, il y a un siècle, pour connaître une grave crise sanitaire. Au XIXe siècle par exemple, le choléra a sévi à plusieurs reprises, notamment dans les années 1830, puis la toute fin des années 1850.

    Un homme a été particulièrement loué, à l’époque, pour son action : Pierre-Augustin de Bourgues. Un nom tombé aux oubliettes. Sauf pour des gens comme Hugues Courant, des archives de Brest.

    « Lors de l’épidémie de 1832, notamment, les habitants de Recouvrance le remercient pour son action, d’autant que des médecins sont partis. Il a été membre du comité administratif de l’hôpital, président du conseil d’administration de la Caisse d’Épargne ».

    Médecin sur une frégate et fait prisonnier

    Surtout, Pierre-Augustin de Bourgues, adjoint au maire à Recouvrance, a remplacé le maire de Brest, le baron Jean-Hilaire Barchou de Penhoën, lorsque, avec son premier adjoint, il a fui après les Trois Glorieuses, ces trois jours de révolution de la fin juillet 1830. Il a occupé ce fauteuil jusqu’au 10 septembre. Il a ensuite remplacé un pharmacien de marine à la retraite, Charles Fleury, du 15 mai au 2 juillet 1839.

    « Il a également fait office de sous-préfet en son absence, plusieurs fois au cours des années 1830, en dirigeant le conseil d’arrondissement, un territoire qui correspond à peu près à celui de la sous-préfecture aujourd’hui », poursuit l’archiviste.

    Un long texte du journal L’Océan, daté du vendredi 8 février 1850, signé d’un certain J. Feillet, détaille sa vie et en dresse un éloge circonstancié, juste après sa mort. Il est précisé que de Bourgues est né le 29 décembre 1779 à Nantes, d’une famille de magistrats et de médecins. Il a embarqué sur la frégate La Gloire le 24 octobre 1803, pendant trois années, « placé dans un lieu plus ou moins exposé au feu de l’ennemi ». Il a ensuite été fait prisonnier le 26 septembre 1806 « et il passa sur les pontons deux ans et demi d’une captivité dont l’histoire a dit toutes les horreurs ».

    Il meurt en soignant à près de 70 ans

    Devenu médecin civil à Recouvrance en 1814, il a vu les habitants réclamer pour lui la croix d’honneur, après ses offices de 1832. « Cette distinction lui fut refusée, mais il en est une qui ne s’obtient que par la charité et le dévouement : c’est la reconnaissance ! », poursuit le texte.

    À l’aube de ses 70 ans, continuant à soigner le peuple de Recouvrance, « il a succombé sous l’action foudroyante de la terrible maladie qui a si cruellement éprouvé notre population », écrit J. Feillet en prenant soin, pudiquement, de ne jamais la nommer.

     

    source: https://www.letelegramme.fr/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • La bande dessinée de Kris et Étienne Davodeau, Un homme est mort, adapté en fiction d’animation, réalisée par Olivier Cossu, est diffusée sur Tébéo ce samedi 18 avril à 20 h45 à l'occasion du 70ème anniversaire de la mort tragique d'Edouard Mazé, ouvrier du batiment de 27 ans, militant de la CGT tué par les forces de l'ordre lors d'une manifestation. La fiction raconte le combat des ouvriers brestois lors des grèves de 1950 et raconte  l'arrivée de René Vautier, un cinéaste engagé qui vient filmer les événements. 

    La fiction d’animation est librement adaptée de l’oeuvre de Kris et Étienne Davodeau. Voici le résumé de l’éditeur, Futuropolis : 

    Brest, 1950. La guerre est finie depuis cinq ans. De la ville, il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert. Des milliers d’ouvriers vont s’atteler à la reconstruire, pierre à pierre. Mais face aux mauvaises conditions de travail, la contestation gronde, et la grève éclate bientôt. De violents affrontements surviennent lors des manifestations. Jusqu’à ce qu’un homme tombe. 

    Le film d’animation, qui a obtenu le Prix du public au Festival international du cinéma d’animation de Meknès 2018, se concentrera sur l’histoire d’amitié, mais aussi d’amour entre P’tit Zef, un ouvrier, et Paulette, une fille de commerçant qui prend part à la lutte syndicale. Il opérera également une reconstitution de Brest en 3D, au rythme de la musique de Yan Volsy et Pablo Pico. 

    On y verra des événements réels comme la mort d’Édouard Mazé et le film de René Vautier rythmé par le poème de Paul Eluard, Gabriel Péri. Grâce à un cinéma ambulant, Vautier a parcouru la Bretagne pour montrer ce témoignage du combat et de la solidarité des ouvriers. La seule pellicule de ce film a malencontreusement été détruite. Les mots du poète, « Un homme est mort qui n’avait pour défense que ses bras ouverts à la vie », prennent dans ce contexte une dimension bouleversante. 

    « Je trouvais qu’il y avait quelque chose de judicieux dans le fait de ramener cette histoire vers une forme animée. Kris, qui a initié le projet de la bande dessinée et l’a écrite avec moi, partageait cette idée. Après avoir remis à la lumière le film de René Vautier en bande dessinée, l’idée de le voir revenir à l’écran qui est son support originel, par le dessin, c’est magnifique, comme une évidence qui assume et valide les formes successives de ce récit » explique Étienne Davodeau qui a réalisé l’univers graphique du film tandis que Kris participait au scénario et à l’adaptation. 

    « Gabriel Péri, le poème de Paul Eluard, lu et réinterprété par René Vautier lors des projections de son film sur ces événements de 1950, nous permet de ne jamais oublier le combat de ces hommes luttant contre l’injustice, parfois au péril de leur vie. On aime les villes qui n’ont pas à dire qui elles sont ni d’où elles viennent. Brest n’a pas ce luxe mais a su se relever alors qu’elle avait été mise plus bas que terre, tout comme ses habitants et ses travailleurs » complète Olivier Cossu.

    Le film est coproduit par Arte, Les Amateurs et Vivement Lundi. Merci à Tébéo pour cette initiative.

     

    source: https://www.tebeo.bzh/replay/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    2 commentaires
  • Le 17 avril 1950, voici 70 ans, Édouard Mazé, ouvrier du bâtiment de 27 ans, militant CGT était tué d’une balle tirée par les forces de l’ordre, lors d'unz manifestation.

    Le 17 avril 1950, voici 70 ans, Edouard Mazé, ouvrier du batiment de 27 ans, et militant CGT était tué d'une balle en plein front par les forces de l'ordre, lors d'une manifestation "pour la paix, le pain et la liberté".

    L'Institut d'Histoire Sociale de Bretagne à l'occasion du 70ème anniversaire de cette mort tragique  publie un dossier fort bien documenté sur les grèves des ouvriers du batiment de l'année 1950 dans le Brest en ruines de l'après-guerre.

    Voir ci-dessous.... 

    A noter également que , ce samedi 18 avril 2020, Tebeo diffusera à 20h 45, le film d'animation "un homme est mort" d'Olivier Cossu, adapté de la bande dessinée de Kris et Davodeau. Cette dernière  est elle-même tirée du film de notre camarade René Vautier, sur les manifestations et les grèves de Brest de mars-avril 1950. Le film d'animation souligne « le rôle qu'avaient joué les femmes durant les manifestations, rôle laissé plus ou moins volontairement sous silence dans la bande dessinée parce que René Vautier en parlait peu dans son film. Autre différence le film en profite aussi pour raconter beaucoup plus en détail le quotidien d'une ville en reconstruction.

    Sur Tébéo: Samedi 18 avril 2020-20h45

    le film d'animation d'Olivier Cossu- Un homme est mort

    https://www.tebeo.bzh/le-programme

    Le 17 avril 1950, voici 70 ans, Édouard Mazé, ouvrier du bâtiment de 27 ans, militant CGT était tué d’une balle tirée par les forces de l’ordre, lors d'unz manifestation.

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • source: https://vimeo.com/

     

    Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • source: https://www.youtube.com/

     

    Partager via Gmail Yahoo!

    votre commentaire
  • Un soldat américain face à deux femmes.

    Un soldat américain face à deux femmes

    Ces images sont impressionnantes. Elles dormaient dans les archives nationales américaines. Un doctorant américain, Jeff Nichols, en partage des extraits sur son compte Twitter. On y voit des vidéos de Brest (Finistère), totalement détruite, après le siège des Américains, qui a duré 43 jours. C’était en 1944.

    Une Brestoise à vélo devant un magasin de photographie.

     

    Une brestoise à vélo devant un magasin de photographie

    Les destructions de Brest, en 1944.

    Les destructions de Brest en 1944

    « De Brest, dont il ne restait rien », comme l’écrivait Jacques Prévert. Cette phrase colle on ne peut mieux avec ces vidéos numérisées qui dorment dans les archives américaines. On y voit Brest (Finistère) complètement ravagée. Ces films-là documentent le siège de la cité du Ponant par les Alliés. 43 jours, où libération rime avec explosions. Les Allemands se sont rendus le 18 septembre 1944.

    Le pont Albert-Louppe, en partie détruit.

    Le pont Albert-Louppe en partie détruit

    Une rue de Brest.

    Une rue de Brest

    Sur l’une des vidéos, un avion survole la cité du Ponant, au lendemain de ces épisodes. C’est une claque visuelle : on prend toute la mesure des ravages. Après le siège, il ne reste que quatre immeubles debout en centre-ville. Le reste n’est que ruines, gravas. Les routes, bloquées à cause de tous les effondrements.

    Des « terroristes français » ?

    Un spécialiste de la Résistance, Christian Bougeard, a visionné toutes les vidéos. Même si ces documents sont datés, les géolocalisations ne sont pas précises, pour l’historien officiant à l’université de Brest. Deux éléments intéressants sont à retenir : « Sur l’une des vidéos, on voit la capitulation des soldats allemands. On voit qu’ils sont soulagés, qu’ils sourient. Ce n’est pas la reddition de Stalingrad. » 

    Dans une autre, qui consacre trois à quatre minutes au siège de Brest dans un journal télévisé, la voix off a interpellé Christian Bougeard. « Le commentateur dit « une requête nazie demandait à ce que les Américains les protègent de ce que les Allemands appellent le terrorisme français – les combattants français. C’était une sage anticipation ». Cela donne l’image qu’a l’armée américaine de la résistance bretonne. Ce discours est le même que les Allemands. Ce n’est qu’une phrase, il ne faut pas généraliser, mais cette voix est officielle. » Cela ne tient en effet pas compte des civils français qui ont tenu le front.

    Un « Twitterstorien »

    C’est grâce à Jeff Nichols et son compte Twitter que la rédaction a pu redécouvrir ces précieuses vidéos du siège de Brest. Le doctorant en histoire et spécialiste de la Première Guerre mondiale à l’université de l’Illinois, à Chicago, est un tweetos fructueux.

    Il publie environ cinq contenus historiques par jour, photos ou vidéos d’époques. Il se qualifie de « Twitterstorien », à la frontière entre Twitter et historien. Son compte, @backwards_river, est quasiment un musée virtuel.

     

    Gaëlle COLLIN

    source: https://www.ouest-france.fr/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire

  • En effet, cette dernière est, à bien des égards, une révolution oubliée. Pourtant, comme Mai 68, elle est un moment de « convergence des luttes » estudiantines et ouvrières, ainsi qu’en témoigne les récits de L’Éducation sentimentale de Flaubert. Comme Mai 68, elle aboutit à des réformes et fait de la classe ouvrière le véritable « disrupteur » du monde politique et social. Comme Mai 68, elle remet la barricade comme instrument politique et symbolique au goût du jour et s’inscrit dans un mouvement agonistique de bouleversement européen et international (le « Printemps des peuples »).

    On peut alors se demander pourquoi, comme le rappelait l’historien Maurice Agulhon, les « vieilles barbes » quarante-huitardes ont assez mauvaise presse lorsqu’on les compare à leurs ancêtres jacobins de 1793, à leurs successeurs communards de 1871 ou encore aux bolchéviques de 1917 ou autres « barbudos » cubains ? Il est important de ne pas oublier que ce moment historique inattendu fut dans un premier temps celui d’une révolution sociale, qui ne fut pas avare de grandes figures dont la République démocratique et sociale n’a pas à rougir. Louis Blanc, premier socialiste de l’Histoire de France à siéger dans un gouvernement, est l’une de ces figures. Les idées, l’action et les raisons de l’échec de ce défenseur du droit au travail et de l’État serviteur face au libéralisme triomphant, permettent de comprendre cette révolution manquée, « deuxième défaite du prolétariat ».

    De la révolution politique à la révolution sociale : deux visions de la république

    Depuis 1830, la France « s’ennuie » (Lamartine) dans une monarchie parlementaire « à l’anglaise », que l’on nomme Monarchie de juillet. Le soir du 21 février 1848, l’opposition légale au « roi des français » Louis-Philippe et à son ministre conservateur Guizot, se réunit à la Madeleine pour réclamer la réforme électorale. Le suffrage électoral alors très restreint (censitaire) est réservé à une minorité de propriétaires, base que cette « gauche dynastique » souhaite cependant élargir. Curieux, certains royalistes orléanistes ou légitimistes comme Adolphe Thiers et Falloux se rendent à la réunion : « N’êtes-vous pas effrayé, demande Falloux à Thiers, de tout ce que nous venons de voir et d’entendre ? Non pas du toutCependant, insiste Falloux, ceci ressemble bien à la veille d’une Révolution ?Une révolution ! Une révolution ! Répond Thiers en haussant les épaules, on voit bien que vous êtes étranger au gouvernement et que vous ne connaissez pas ses forces. Moi je les connais ! Elles sont dix fois supérieures à toute émeute possible. Avec quelques milliers d’hommes sous la main de mon ami le maréchal Bugeaud je répondrais de tout. Tenez, mon cher Monsieur de Falloux, pardonnez-moi de vous le dire avec une franchise qui ne peut vous blesser, la Restauration n’est morte que de niaiserie et je vous garantis que nous ne mourrons pas comme elle. La garde nationale va donner une bonne leçon à Guizot. Le roi à l’oreille fine, il entendra et cédera à temps. » Mais Thiers se trompe vertement, la Monarchie de Juillet ne satisfait plus grand monde : les ultra-royalistes rejettent cette antichambre de la République, les vrais républicains se sentent lésés depuis que le « roi bourgeois » (que Daumier caricature en poire) a pris les rênes de la France après la révolution de juillet 1830. Même la bourgeoisie industrielle jalouse sa sœur de la haute finance et bascule doucement vers l’opposition. La seule arme des opposants se matérialise à travers les banquets dans lesquels les toasts à l’anglaise que l’on porte sont en fait des programmes politiques déguisés. Malgré l’échec de la campagne de 1840 et les interdictions de réunion de la préfecture, l’opposition est déterminée à agir. Les évènements auraient probablement gardé une teneur légaliste si, le 23 février, la provocation d’un manifestant boulevard des Capucines n’avait entraîné une fusillade, causant la mort d’une cinquantaine de personnes. La garde nationale, qui jusqu’alors avait constitué la « garde prétorienne » du roi, se rallie à l’insurrection. C’en est dès lors fini de la Monarchie de juillet : la deuxième République est en marche. Néanmoins, 1848 n’est pas une simple révolution politique, elle est aussi une révolution sociale : après l’opposition et la jeunesse étudiante, c’est l’action de la classe ouvrière des faubourgs parisiens qui renverse le régime.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d2/Monogrammist_G.R.,_Paris_1848,_Pack_dich,_Illustration_zu_dem_gleichnamigen_Revolutionslied.jpg/800px-Monogrammist_G.R.,_Paris_1848,_Pack_dich,_Illustration_zu_dem_gleichnamigen_Revolutionslied.jpgCaricature de l’époque, représentant une allégorie de la République chassant le roi Louis-Philippe. ©

    Le 24 février 1848, le peuple de Paris en proie à une violente crise économique et las du célèbre « Enrichissez-vous ! » du ministre Guizot, renverse la royauté. Un Gouvernement provisoire se met en place. Ce gouvernement est composé de onze républicains aux sensibilités diverses (Dupont de L’Eure, Ledru-Rollin, Lamartine, Crémieux, Marie, Arago, Garnier-Pagès, Marast, Flocon, Louis Blanc et Albert). Le camp républicain, qui ne désespérait pas de revoir la République en France, forgeait son unité autour de la lutte contre une monarchie que peu semblent alors considérer comme légitime, et sur l’espoir de bâtir à nouveau une Constitution républicaine. Seulement, comme la Révolution de 1789 avait vu des tendances plus ou moins antagonistes se dessiner dans la famille républicaine, la révolution de 1848 voit également différentes tendances, unies par le combat antimonarchiste, mais désunies dans leurs conceptions propres de la république. Ces deux tendances deviennent en 1848 deux véritables camps en contradiction sur de nombreux points fondamentaux. Outre les nombreux clubs de gauche et d’extrême gauche, le camp libéral des républicains modérés se retrouve majoritairement au sein du journal Le National, alors que le camp représentant la gauche républicaine jacobine, radicale et socialiste partisan de la « République démocratique et sociale » (bientôt appelée « démoc-soc »), se retrouve plutôt au sein du journal La Réforme.

    Après la chute de la monarchie, le Gouvernement Provisoire qui s’installe à l’Hôtel de Ville de Paris se voit donc composé d’un nouveau personnel politique issu soit du National (majoritaires) soit de la Réforme (minoritaires). Le rapport de force s’exprime alors place de Grève, devant l’Hôtel de Ville. Les ouvriers, drapeaux rouges en main, imposent aux modérés les représentants de leurs aspirations (résumées depuis dizaine d’années dans le nom de « socialisme »). Par leurs acclamations vindicatives, ils imposent celui que Marx considère, avec un soupçon de moquerie, comme le Robespierre de 1848 : Louis Blanc, mais également, sortant des entrailles du peuples, Alexandre Martin dit l’ouvrier « Albert ». Pour la première fois de son Histoire, la France compte deux socialistes dont un ouvrier dans son gouvernement.

    http://www.museehistoirevivante.fr/expositions/anciennes-expositions/1848-et-l-espoir-d-une-republique-universelle-democratique-et-socialeLe peuple parisien brûle le trône place de la Bastille en février 1848. © Musée de l’histoire vivante

    Cette action d’un peuple qui brûle le trône place de la Bastille force le Gouvernement à proclamer la République et à organiser des élections pour une constituante. Avant celles-ci, le gouvernement légifère. Parmi ses grands actes on peut compter l’instauration du suffrage universel (masculin), l’abolition de la peine de mort en matière politique et l’abolition de l’esclavage (décret Schœlcher du 27 avril). Cependant, 1848 est une révolution sociale ; la volonté d’organiser le travail et d’assurer, comme un droit absolu, à chaque homme une fonction et une dignité dans la société, semble s’imposer. Cette impulsion de 190 000 ouvriers et artisans parisiens fait décréter au gouvernement, le 25 février, qu’il « s’engage à garantir du travail à tous les citoyens ; il reconnaît que les ouvriers doivent s’associer entre eux pour jouir du bénéfice de leur travail ». Ce décret est arraché par l’ouvrier Marche qui, entrant dans la salle où siège le Gouvernement frappe avec la crosse de son fusil sur le sol et réclame l’Organisation du travail. Le Gouvernement Provisoire, confronté à l’urgence d’une réalité sociale accablante et au développement de l’idée socialiste, doit alors trancher sur le projet de Louis Blanc. Celui-ci se résume en quelques mots lourds de sens : l’Organisation du travail doit consacrer le droit au travail pour tous, un État serviteur doit alors mettre en place des ateliers sociaux fondés sur la fraternité, la coopération et le principe de l’association des travailleurs. Pour ce faire, il est nécessaire de créer un ministère du travail, véritable « parlement des travailleurs » qui organise les « États-Généraux du travail ». Louis Blanc le nomme même « ministère du progrès », dans le but d’introduire la République à l’atelier.

    Un ministère du travail et du progrès ? Une idée bien saugrenue pour la majorité du gouvernement ; même Lamartine n’en saisit pas le sens : « Tous les services publics ne tendent-ils pas au progrès ? S’exclame-t-il. On ne comprendrait pas plus un ministère du progrès qu’un ministère de la routine ». Mais, face au verbe romantique de Lamartine, le partisan du drapeau tricolore, Louis Blanc, le partisan du drapeau rouge, pétri d’exigence sociale, insiste. Si ce nouveau Robespierre quitte le gouvernement, on ignore à la tête de quelles troupes il pourrait revenir : on accepte alors de lui donner la présidence d’une « Commission gouvernementale pour les travailleurs » qui siégera au palais du Luxembourg. Les vieux sénateurs royalistes cèdent dès lors leurs places cossues aux ouvriers qui viennent légiférer. L’expérience du Luxembourg est qualifiée par Marx de « synagogue socialiste dont les grands prêtres Louis Blanc et Albert avaient pour mission de proclamer le nouvel évangile et d’occuper le prolétariat parisien » — grands prêtres qui de surcroît « à la différence de tout pouvoir d’État ordinaire […] ne disposaient d’aucun budget, d’aucun pouvoir exécutif ». Pour Marx, « tandis que le Luxembourg cherchait la pierre philosophale, on frappait à l’Hôtel de Ville la monnaie ayant cours ». Si Marx pointe une réalité, cette Commission est cependant à l’initiative de législations et d’avancées sociales qu’il est important de ne pas oublier.

    https://juliacgs.blogspot.com/2018/02/louis-blanc-23-de-febrero-de-1848.html

    Louis Blanc. © Julia Gómez Sáez

    Un État serviteur, garant du droit au travail

    Ce souci de la question sociale est donc bien ce qui marque la rupture entre républicains modérés, simplement soucieux de donner à la France une constitution politique, et les héritiers du jacobinisme et partisans du socialisme. Pierre Leroux (à qui l’on attribue la paternité du mot « socialisme » dans son acception moderne) ne déclarera-t-il pas le 14 février 1848 : « Je n’ai pas besoin de vous dire que ce ne sont pas vos principes qui font agir les hommes de l’opposition, loin de là ; s’ils pouvaient nous entendre ici, s’ils se doutaient que des socialistes songent à les suivre, cela suffirait certainement pour les empêcher de marcher […] Ne faites rien avec de pareils alliés. Laissez les bourgeois régler entre eux leurs différends ». De même, le célèbre anarchiste mutuelliste Proudhon note-t-il dans ses carnets le 24 février 1848 : « C’est une cohue d’avocats et d’écrivains tous plus ignorants les uns que les autres et qui vont se disputer le pouvoir. Je n’ai rien à faire là dedans ». Louis Blanc, que n’effraye ni la cohue d’avocats ni le fossé de plus en plus profond entre républicains modérés et socialistes, croit pour sa part à ce que, dans un accord fondé sur la forme républicaine du régime, les deux tendances trouvent un terrain d’entente favorable aux intérêts économiques et sociaux du grand nombre. Concilier en un mot réforme politique et réforme sociale.

    Pour les victimes de la « féodalité industrielle », pour les proies du système capitaliste et de la concurrence « impure et imparfaite », la présence de Louis Blanc au gouvernement est synonyme au moins d’amélioration des conditions de vie, au mieux de l’avènement d’un nouveau système, plus respectueux du travail et des travailleurs. C’est en effet le travail qui est au cœur des préoccupations de 1848, travail dont l’unique réglementation allant dans le sens des travailleurs n’est alors que la loi (peu appliquée) du 22 mars 1841 sur l’interdiction du travail pour les enfants de moins de huit ans. Le travail est la préoccupation phare de Louis Blanc, mais c’est un « travail attrayant » (comme le disait Fourier) et non aliéné qu’il défend, le travail libéré de l’emprise de l’exploitation, le travail qui ne subit pas la loi du marché, l’ « extermination » de la concurrence ni la dictature ploutocratique du capital. Il défend dès lors l’idée de la création des ateliers sociaux, des unités de production fondées sur le principe de l’Association et possédées par les travailleurs eux-mêmes. Contrairement à Proudhon, il demeure néanmoins persuadé que c’est par l’intermédiaire d’une intervention de l’État que ces ateliers pourront voir le jour. C’est ce qu’il nomme l’État serviteur (par opposition à l’État maître), serviteur parce que démocratique donc appartenant à tous.

    En effet, la véritable notoriété de Louis Blanc dans le monde ouvrier commence avec une brochure écrite en 1839, Organisation du travail. Cet opuscule, écrit l’année de l’échec de la prise de pouvoir par les armes des révolutionnaires Barbès et Blanqui, voit le jour à une période assez prolixe en matière d’ouvrages socialistes. C’est cependant le sien qui est retenu par cette partie de la population à qui le pouvoir prêche « la patience et la résignation ». Si le Livre du peuple du chrétien social Lamennais connaît à ce moment un certain succès, Organisation du travail, brochure assez courte et relativement accessible, sonne comme un véritable slogan positif, une force de proposition et non une simple critique. Cet élément explique probablement la supériorité de son succès sur l’ouvrage Qu’est ce que la propriété ? de Proudhon (au titre interrogatif et au contenu assez long et peu accessible) ou encore sur le très célèbre Voyage en Icarie du communiste utopique Etienne Cabet. Ce franc succès permet à Louis Blanc de se faire un nom, d’accéder au rang de représentant des classes laborieuses et d’écrire à la veille de la Révolution : « Organisation du travail, il y a quatre ou cinq ans ces mots expiraient dans le vide. Aujourd’hui, d’un bout de la France à l’autre, ils retentissent. ».

    Cette philosophie organisatrice prend en compte l’ouvrier à la fois en tant que membre d’une classe qui tend à l’émancipation (le prolétariat), mais également en tant qu’individu propre, détenteur de droits inhérents à sa personne, d’autant plus importants pour lui que l’organisation de la société ne lui permet pas d’en bénéficier convenablement. Parmi ces droits, figure celui que Louis Blanc défend tout particulièrement : le droit au travail. Ce droit, qu’il veut placer à la cime des droits les plus inviolables et sacrés, se veut de surcroît un véritable droit opposable, une créance que détient l’homme sur la société. L’origine de ce droit au travail est le droit naturel de chaque individu à l’existence et à la vie garantie par la société soit par l’assistance soit par le travail. En d’autres termes, l’homme doit bénéficier d’une authentique sécurité sociale. Il conçoit ainsi ce droit comme un « titre absolu » de l’ouvrier fondé sur la contrepartie d’un véritable devoir de fraternité mais également lui conférant un véritable pouvoir. « Le droit au travail est celui qu’a tout homme de vivre en travaillant. La société doit, par les moyens productifs et généraux dont elle dispose et qui seront organisés ultérieurement, fournir du travail aux hommes valides qui ne peuvent s’en procurer autrement ». Il implique dès lors un droit à l’outil de travail, mais également au fruit du travail, c’est à dire un juste droit au salaire et un droit au repos et aux loisirs.

    http://arveagauche.fr/2019/05/lemergence-du-mouvement-ouvrier-dans-la-vallee-de-larve-1901-1904

    « Nul n’a droit au superflu tant que chacun n’a pas le nécessaire ». Anonyme, vignette colorée pour une feuille volante © musée Carnavalet.

    Louis Blanc puise ses idées du droit à l’existence chez Robespierre et Babeuf et y ajoute les grands principes des pères-fondateurs du socialisme critico-utopique : l’organisation des producteurs et de la production, chère à Saint-Simon, le travail attrayant et convenablement rémunéré, cher à Charles Fourier, et la logique de l’Atelier fondée sur les principes de la coopération et de la solidarité, chère à Buchez. Après le règne holistique du catholicisme où le collectif écrasait l’individu et la liberté, est venu le règne du protestantisme où l’individualisme sans frein détruit le collectif et l’égalité, et devra venir le règne du socialisme, « Nouveau Christianisme », qui réconciliera et équilibrera les deux tendances dans la République démocratique et sociale en ne sacrifiant rien de la formule « Liberté, Fraternité, Égalité, Unité ». Faisant du droit au travail un devoir de l’État envers les citoyens, fondé sur la notion de droit à l’existence, en même temps qu’une créance, qu’un droit idéalement opposable devant n’importe quelle juridiction, sans pour autant perdre son caractère de droit social, Louis Blanc pose néanmoins le présupposé de la Fraternité. Mot d’ordre de la révolution de 1848 qui l’inscrit définitivement comme la devise de la République, la Fraternité comme la Solidarité, est pour Louis Blanc le préalable et l’aboutissement logique du droit au travail. Dans la mesure où Blanc distingue en l’homme deux propriétés — les besoins et les facultés —, les droits que procure la première propriété sont indissociables des devoirs qu’entraîne la seconde. Or, ces deux propriétés sont liées, au même titre que droit et devoir, sont liés dans la mesure où elles s’inscrivent dans une organisation du travail aux bases socialistes. Elles ne peuvent être fondées que sur le sentiment de fraternité. C’est effectivement le sens qui est donné à l’idée « À chacun suivant ses facultés, là est le devoir ; à chacun selon ses besoins, là est le droit ».

    Cette conception implique une définition propre du droit, de la liberté, de la propriété et du travail. Pour faire passer ce droit du qualificatif de dette de l’État à celui de créance, Louis Blanc pense aux mécanismes idoines et poursuit sa quête en polémiquant avec tous ceux qui le critiquent. En effet ce droit impliquerait une Fraternité à laquelle Tocqueville ou l’économiste libéral Frédéric Bastiat s’opposent parce qu’« obligatoire » et donc contraire à la libre spontanéité qu’elle suppose normalement. On voit alors poindre déjà dans les discours conservateurs et libéraux, la critique de l’assistanat et l’interventionnisme économique comme une tyrannie de l’Etat « pourvoyeur de toutes les existences » de même qu’on retrouve les anathèmes et disqualifications pour utopisme chimérique contraire à la nature égoïste de l’homme. Les socialistes considèrent eux que l’altruisme est tout autant inhérent à l’homme et que l’égoïsme n’exclut en rien la solidarité. Ils distinguent dès lors la solidarité égoïste de la solidarité altruiste, la seconde menant évidemment à l’association libre des travailleurs. « Si le Socialisme arrivait au pouvoir, il fournirait aux aptitudes diverses le moyen de se manifester, les encouragerait à choisir, et, ouvrant ainsi carrière à la première des libertés, celles des vocations, il hâterait l’heure désirée où chacun, dans l’atelier social, sera employé non plus d’après le hasard de la naissance, mais suivant les indications de la nature. » écrit Louis Blanc. En effet, si l’État organise, il ne régente pas, il encourage et favorise l’association par un crédit avantageux tout en laissant la liberté aux travailleurs. Au non possumus du laisser-faire, Louis Blanc ne veut pas faire une réponse à la Néron, « Non : Du pain gagné par le travail ! » affirme-t-il. Ce socialisme fraternitaire, associationniste et interclassiste teinté de déisme christianisant va se heurter à la violence du conservatisme politique.

    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Horace_Vernet-Barricade_rue_Soufflot.jpgLes journées de Juin 1848 contre la fermeture des Ateliers Nationaux, réprimées par le général Cavaignac. Tableau de Horace Vernet. © Deutsches Historisches Museum

    L’échec du socialisme de 1848

    La Commission du Luxembourg siège dès le 1er Mars. Elle est organisée en « Parlement du travail » qui fonde sa législation sur une conciliation entre 231 délégués patronaux et 242 délégués ouvriers (chiffre doublé au bout d’un mois). Elle réalise la « réduction du nombre des heures de travail » à Paris et en province, l’interdiction du marchandage (« c’est à dire de l’exploitation des ouvriers par des sous-entrepreneurs de travaux »), elle élabore des projets de protection des travailleurs et crée un certain nombre d’associations ouvrières et agricoles. Elle défend l’idée d’un droit au logement et la création d’établissements (inspirés des Phalanstères de Fourier) pour y pourvoir.

    Elle est aussi à l’initiative de la création de bureaux de placement pour les chômeurs, supprimant les intermédiaires et établissant des tableaux statistiques de l’offre et de la demande de travail. En proie au problème de l’immigration du travail et à la xénophobie au sein de la classe ouvrière, elle « place sous la sauvegarde des travailleurs français les travailleurs étrangers qu’emploie la France et […] confie l’honneur de la République hospitalière à la générosité du peuple. » En outre, préfigurant le conseil des Prud’hommes, elle met en place une « Haute cour de conciliation », véritable tribunal arbitral du travail.

    Néanmoins, l’Hôtel de Ville crée de façon concurrente des Ateliers Nationaux pour résoudre le problème du travail. Ces ateliers, véritable caricature volontaire des idées socialistes, sont en réalité une réminiscence des ateliers de charité d’ancien régime. Ils ne réorganisent pas le travail à la façon de l’atelier social, mais sont une solution précaire qui envenime la situation. Cette charité maquillée s’effectue sur la base de travaux (bien souvent de terrassement) inutiles et donc insultants pour les travailleurs. On est bien loin de l’organisation du travail fondée autant sur l’utilité productive que sur l’épanouissement des travailleurs dans la dignité.

    Le droit au travail se solde finalement par un échec et le triomphe du républicanisme libéral des modérés puis enfin des conservateurs. Les élections à la constituante ont lieu le 23 avril (malgré la tentative désespérée des socialistes de repousser l’échéance de l’élection) et amènent une assemblée de républicains dit « du lendemain », peu acquis aux idées nouvelles. Du fait du résultat médiocre du camp socialiste aux élections, le rapport de forces devient moins favorable aux idées de Louis Blanc et à son ministère du travail qui voulait « sans secousse, l’abolition du prolétariat ». Armand Barbès prend alors la défense de son camarade qui « a bien mérité de la patrie ». Son intervention résume assez bien le divorce consommé entre républicains : « Il y a deux écoles : l’une est pour le laissez faire et le laissez passer ; l’autre dit que dans toutes ces questions de travail, l’État doit intervenir, proscrire le mal, faire triompher le bien. Louis Blanc s’est dévoué à cette dernière ».

    Une manifestation le 15 mai (en solidarité avec la Pologne) évolue en journée révolutionnaire et en invasion du palais Bourbon et de l’Hôtel de Ville. Les insurgés tentent alors d’imposer les idées de la deuxième école mais, impréparés, ils échouent. L’extrême-gauche, accusée de complot, se retrouve décapitée de ses principaux chefs qui sont arrêtés (pour être traduit devant la Haute Cour de justice de Bourges) ou, comme Louis Blanc, obligés de fuir. On dénigre le droit au travail et on décide même de fermer les Ateliers Nationaux (seuls subsides des ouvriers parisiens pour pourvoir à leur existence). Le reste de la gauche qui s’oppose à leur suppression est alors balayée au moment des journées de Juin ou le général Eugène Cavaignac massacre les ouvriers parisiens insurgés (5 à 6000 morts). Les Associations sont alors persécutées comme des sociétés politiques déguisées. Le prolétariat subit ce que Benoît Malon appellera sa deuxième défaite (préfiguration de sa troisième défaite que sera la Commune de Paris de 1871). La conception du travail et de la propriété qui triomphe est donc celle bourgeoise d’Adolphe Thiers que le gendre de Marx, Paul Lafargue, moquera dans son ouvrage Le Droit à la Paresse. La République sera dès lors conservatrice.

    Malgré le réquisitoire de Proudhon (prochain sur la liste des proscrits) et sa célèbre phrase du 31 juillet : « Ou la propriété emportera la République, ou la République emportera la propriété », c’est un vague droit à l’assistance qui est proclamé dans la Constitution du 4 novembre 1848, celle-là même qui crée pour la première fois la fonction de président de la République. Or, l’assemblée législative qui suit, plus conservatrice encore que la constituante, avec la loi du 31 mai 1850, revient sur le suffrage universel et donne au président Louis-Napoléon (élu depuis le 20 novembre 1848) une justification à son coup d’État du 2 décembre 1851 (qui prétendra le rétablir). Le prince-président, rédacteur en 1844 de L’Extinction du Paupérisme, brochure socialisante, trouvera également un soutien auprès des ouvriers face une république antidémocratique et antisociale. Louis-Napoléon, qui avait rencontré Louis Blanc au fort de Ham en 1844, impose une image de lui bien plus sociale que la république qu’il renverse.

    Là où Blanc prend, pour Marx dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, l’allure d’un « Robespierre-farce », c’est par son échec au sein d’un gouvernement dont il n’avait, contrairement à Robespierre au sein du Comité de Salut Public, ni le contrôle ni la maîtrise, pas plus qu’il n’avait la maîtrise du peuple de Paris. Il sera alors oublié par les historiographies anarchistes (lui préférant Proudhon) et marxistes (lui préférant Blanqui, qui aura d’ailleurs des mots durs à son endroit). Lénine écrira plus tard un texte intitulé À la manière de Louis Blanc établissant une analogie entre le président de la Commission du Luxembourg avec le chef socialiste-révolutionnaire du gouvernement provisoire russe en 1917, Alexandre Kerenski, faisant du premier un exemple « tristement célèbre […] qui ne servait en réalité qu’à affermir l’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat ». Ce jugement est cependant celui d’un révolutionnaire qui juge a posteriori pour ne reproduire ni les erreurs de 1848, ni celles de la Commune ni même celles de 1905. Cependant, les idées de Blanc seront reprises par le mouvement ouvrier puis par le PCF après la Libération. La constitutionnalisation des droits-créances, comme le droit au travail, revient à l’ordre du jour lorsque le rapport de force au lendemain de la Seconde Guerre mondiale permet à la constituante de 1946 et à sa majorité socialo-communiste d’imposer le droit à l’emploi dans le préambule de la constitution. Ainsi, les fameux conquis sociaux se frayent un chemin. Toujours dans le bloc de constitutionnalité, ce droit voit néanmoins sa réalisation fondée sur une obligation de moyens et non de résultats qui relativise sa portée.

    Si Louis Blanc évoque aujourd’hui davantage une station de métro qu’un concepteur du socialisme, on remarque que ses idées sont néanmoins toujours pour partie d’actualité. Les questions du chômage et, de manière plus large, du travail sont au cœur des problèmes politiques et des luttes du XXIème siècle. Des « États-Généraux du travail » pour repenser l’organisation de celui-ci, s’imposeront peut-être à nouveau pour chercher à résoudre ces problèmes fondamentaux.

    Honoré de Raspail

    source: https://lvsl.fr/

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Les historiens n’ont plus accès aux archives de 39-45, leurs travaux sont menacés (OF.fr-1/02/20)

    Jean-Marc Berlière, Professeur d'histoire contemporaine

    Jean-Marc Berlière, professeur d’histoire contemporaine et spécialiste de la police française, s’inquiète de la fermeture des archives de la défense. Dans ces conditions, les historiens ne peuvent accéder aux fonds concernant la Seconde Guerre mondiale.

    Dans quelle mesure chaque citoyen peut-il accéder aux archives de la Seconde Guerre ?

    Le président François Hollande avait permis la libre consultation de ces archives après un gros travail des historiens en ce sens. Une façon, avait-il dit, de lutter contre  le révisionnisme, l’altération de la mémoire, l’oubli, l’effacement . Déjà, sous Lionel Jospin en 1999, les choses évoluaient. En 2015, l’ouverture au grand public a permis à des amateurs, qui ne sont pas historiens de formation, de progresser dans la connaissance de cette période. Cela a multiplié les études locales. C’est aussi une façon de faire avancer la démocratie.

    En quoi la situation a-t-elle changé ?

    Depuis le début de l’année, on note de grosses difficultés pour obtenir les documents aux archives, notamment au Service historique de la Défense, à Vincennes. Ce centre incontournable pour les chercheurs, qui dépend du ministère des Armées, a reçu une consigne des autorités qui vise à la fermeture « provisoire » totale des fonds postérieurs à 1940, en attendant de revenir ensuite sur les documents antérieurs à 1940. Pour un universitaire qui, par exemple, travaille sur le contre-espionnage de 1934 à 1944, tout se ferme brutalement !

    Quel est votre sentiment face à ces « blocages de fonds » d’archives ?

    Les gens ont besoin de leur passé, c’est vital ! Dès lors qu’on ne communique plus sur un certain nombre de choses, il y a un retour en arrière. Je suis noyé par les plaintes d’historiens, de chercheurs. Pour l’instant, il n’y a pas de conséquence sur le travail universitaire. Mais demain ?

    Benoit ROBERT.

    source: https://www.ouest-france.fr/

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique