• Ce film a reçu le label « centenaire » délivré par la Mission du centenaire de la première Guerre mondiale.

    Raconté grâce à de nombreux documents inédits, issus des archives officielles et privées "Les Mutins de La Courtine" nous dévoile un épisode méconnu de la Première guerre mondiale, celui des soldats du Corps Expéditionnaire Russe engagés aux côtés des Français, victimes encombrantes de l’histoire qui osèrent se révolter contre l’ordre guerrier. Une épopée romanesque au coeur de la guerre alors que la Russie se libérait du tsarisme pour basculer dans la révolution bolchévique. Retirés du front, regroupés au camp de La Courtine dans la Creuse, certains de ces soldats accueillis en héros mourront en mutins

    Les mutins de la CourtineFrance 3 Limousin / Leitmotiv Production

    En Février 1916, un accord conclu avec la France aboutit à l'envoi des  20 mille premiers combattants russes pour affronter l'armée allemande. Ils seront entre 40 et 50 000 au total. Courageux, travailleurs, disciplinés, ces soldats sont de bons gars qui ne reculent devant aucun sacrifice. Nous sommes au cœur de la 1ère Guerre Mondiale mais une autre page de l'Histoire est en train de s'écrire en Russie. En Février 1917, la révolution éclate et le Tsar Nicolas II abdique. Un gouvernement provisoire est constitué et il souffle comme un air de liberté, y compris jusque dans les rangs des moujiks présents sur le front français. Ils sont de plus en plus nombreux à contester l'autorité de leur hiérarchie.

    De la chair à canon

    C'est l'offensive "Nivelle" qui va être le déclencheur d'un mouvement de contestation, qui va mettre le feu aux poudres. Cette offensive du Chemin des Dames va coûter la vie à 30 mille soldats français et 5000 Russes de la 1e et de la 3e brigade : les survivants veulent rentrer au pays. "Sur cette photo... mon grand-père, raconte Eric Molodtzoff, il a été blessé en avril 1917 lors de l'offensive Nivelle. Touché à l'épaule, il a été évacué sur Saint-Malo. Pendant sa convalescence aura lieu la mutinerie de la Courtine. Il n'y aura pas participé directement, mais je me suis pris dans le jeu de l'enquête, j'ai découvert que l'histoire officielle a jeté aux oubliettes la révolte des soldats russes."

    Vers la mutinerie

    La première brigade russe est décimée. La révolte gronde. Les soldats veulent rentrer chez eux, profiter de la liberté récemment acquise dans leur pays. Ils ne se reconnaissent plus dans la discipline dans laquelle ils ont été forgés. La propagande pacifiste parvient jusqu'à eux et la France craint alors une "contagion" dans ses propres troupes. Il faut alors éloigner les "mauvais esprits"… La 1e brigade doit être cantonnée : ce sera dans la Creuse.

    Plus de 10 mille hommes débarquent donc le 26 juin 1917  dans le camp militaire de La Courtine. Rapidement, ce camp devient un site autogéré par des soldats à bout. Ils refusent de rendre leurs armes.  Le 16 septembre, l'armée française et le commandement russe passent à l'action pour museler les mutins et obtenir leur reddition : 3 jours de bombardements, 9 morts et 49 blessés. Les hommes de la 1e brigade se rendent. Les deux brigades 1e et 3e sont dissoutes.

    "A ce moment-là, trois choix sont offerts aux survivants, raconte Eric Molodtzoff, rejoindre le front, intégrer des compagnies de travail à l'arrière… et pour les réfractaires, une déportation en Algérie (…) mon grand-père ira casser des cailloux dans une carrière à Lure…."


    les Documentaires en Limousin

    .

    Réalisation : Pierre Goetschel
    Coproduction : France Télévisions / France 3 Limousin / Leitmotiv Production
    Avec le soutien de : la Région Limousin, en partenariat avec le C.N.C., la Procirep et l’Angoa
    En savoir +
    lacourtine1917

    source: france3-limousin

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  • La salle des fêtes de Douarnenez en 1934 et aujourdhui.

     

    Architecture. Créés en 1936 ou peu après, ces lieux nous parlent des priorités du Front populaire : les loisirs, la santé, l'éducation, les Beaux-Arts...

    OÙ ?

    À Douarnenez (Finistère), la salle des fêtes occupe l'étage des halles municipales, en plein centre de la petite ville cornouaillaise du bout du monde.

    HIER

    En 1836, la Ville de Douarnenez rachète les premières halles, privées et sommaires, qui datent de 1816. En 1871, elle les remplace par un bâtiment plus imposant, après avoir démoli dix maisons expropriées sur Park an Holl, la « place à tout le monde ».

    Le 6 octobre 1934, le maire tribun de la ville rouge, Daniel Le Flanchec, anarchiste (*) tatoué et borgne, inaugure la salle des fêtes, à l'étage de ces halles, tout juste surélevées.

    Le 26 juin 1937, « Flanchec » passe officiellement commande à Robert-Paulo Villard, un peintre issu d'une grande famille de photographes quimpérois. Seize grands panneaux de 3,80 m sur 2,10 m, illustrant Douarnenez et ses environs, doivent être réalisés. Il le désigne maître d'oeuvre de ce travail de décoration, « à charge pour vous de vous arranger avec vos confrères, au prix forfaitaire de 60 000 francs ».

    Six artistes-peintres, Lionel Floch, Maurice Le Scouëzec, Gaston Pottier, Jim Sévellec, Abel et Robert-Paulo Villard réalisent les toiles, évoquant la plage du Ris, l'île Tristan, des scènes de pêche dans la baie, les quais, l'abri du marin de Douarnenez...

    Cette commande « s'inspire de la politique de Jean Zay, estime Philippe Bonnet, conservateur du patrimoine au service inventaire de la Région Bretagne. En 1936, le ministre du gouvernement du Front populaire a lancé un certain nombre de commandes d'État pour donner du travail aux artistes, pour beaucoup en difficulté depuis le krach de 1929. »

    AUJOURD'HUI

    La salle des fêtes, qui a conservé sa buvette, reste un lieu très apprécié des Douarnenistes. Elle continue d'accueillir assemblées générales, salons, congrès, cérémonies officielles, expositions, bals du carnaval des Gras et de Noël, lors des joyeuses retrouvailles des jeunes de la diaspora douarneniste.

    Les seize toiles ont été classées monuments historiques en avril 1997. Un demi-siècle d'usage intensif de la cigarette les avait opacifiées d'un voile jaunâtre. Elles ont été restaurées, avant d'être surélevées, en juin 2002.

    Gaël HAUTEMULLE.

    source: le Quotidien Ouest-France 12/08/2016

    (*) Daniel Le Flanchec a été réélu aux élections municipales de 1929 à la tête d'une"Liste du Parti Communiste" il le sera à nouveau aux élections municipales de 1935. Le 6 octobre 1934, le maire tribun de la ville rouge Daniel Le Flanchec est communiste tatoué et borgne lorsqu'il inaugure la salle des fêtes [note Hermine Rouge]

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  • Georges Séguy à Renault-Billancourt, le 27/05/1968 ©droits réservésGeorges Séguy à Renault-Billancourt, le 27/05/1968 ©droits réservés

     

    Jeune ouvrier cheminot, syndicaliste CGT et militant communiste, Georges Séguy est devenu un grand Résistant, comme d’ailleurs son camarade et futur successeur à la tête de la CGT, Henri Krasucki, et comme son prédécesseur, Benoît Frachon, figure de proue du Front populaire et dirigeant clandestin du PCF à côté de Jacques Duclos et de Charles Tillon.

    C’est Georges Séguy qui a conduit à la victoire la grève de masse de mai-juin 1968 en consultant sans cesse les travailleurs, notamment ceux de Renault-Billancourt, l’usine où notre camarade Roger Sylvain exerçait d’importantes responsabilités syndicales. A la clé, de grandes avancées pour les travailleurs qu’occultent en général ceux qui résument Mai 68 au douteux personnage de Cohn-Bendit ou à l’aventurisme opportuniste de Mitterrand.

    Frachon, Séguy, Krasucki continuent de personnifier aux yeux des travailleurs français conscients ce syndicalisme de classe et de masse qui, mariant le drapeau rouge des prolétaires au drapeau tricolore de la nation, et luttant côte à côte avec le PCF combatif d’avant la « mutation », a apporté tant de conquêtes sociales à l’ensemble du monde du travail.

    Il est vrai hélas qu’en tant que dirigeant du PCF longtemps membre de son bureau politique, G. Séguy n’a pas combattu frontalement ladite « mutation » social-démocrate et eurocommuniste du PCF qui a tant nui au monde du travail et à la nation populaire. Néanmoins, il avait énergiquement condamné la participation du PCF au gouvernement socialiste, qui avait été un serviteur loyal de la bourgeoisie.

    Vrai également qu’après son retrait de responsabilité, il n’a pas dénoncé les graves dérives du « syndicalisme rassemblé » (union sans principe de la CGT avec la CFDT), de la rupture de la CGT avec la Fédération Syndicale Mondiale (la centrale mondiale qui incarne le combat de classe), de l’adhésion de la CGT à la CES et à la CSI, les centrales européenne et internationale qui soutiennent la « construction européenne » et qui pratiquent le désarmant « syndicalisme » de collaboration des classes). Mais on ne peut ignorer que depuis des années, notre camarade était affecté d’une grave maladie.

    C’est dans les luttes de la CGT ouvrière contre la loi Travail, dans la renaissance de l’aspiration au « tous ensemble et en même temps » contre le capital, contre son pouvoir politique et contre son UE de malheur, que vit et que vivra le souvenir de ce militant chaleureux qui incarnait avec vigueur, humour et fraternité le double attachement du monde du travail à l’indépendance syndicale PAR RAPPORT AU PATRONAT et de l’indépendance nationale par rapport à l’Europe de Maastricht, que Séguy a ardemment combattue lors du référendum de 1992.

    Honneur et hommage du PRCF au camarade Georges Séguy !

     

    Léon Landini, président du PRCF, ami personnel de G. Séguy, ancien Résistant FTP-MOI

    Jo Hernandez, ancien secrétaire UD CGT du Tarn de 1969 à 1975, animateur de la commission luttes du PRCF

    Benoît Foucambert, syndicaliste, militant PRCF

    le 15/08/2016

    source: initiative-communiste.fr

     

    à lire également:

    Télécharger « 160814-Communiqué Institut d'Histoire Sociale CGT-Georges Séguy.pdf »

    Télécharger « 160814-Déclaration confédération CGT-Hommage à G Séguy.pdf »

     

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  • Jolfred FREGONARA, 96 ans, "dernier poilu de la sécu" nous a quittés (Michel Etiévent-

    Jolfred Fregonara, 96 ans, "dernier poilu de la secu" comme il aimait s'appeler, batiisseur de secu en 1946 et fabuleux intervenant à nos cotés dans notre film "la sociale" nous a quittés pour rejoindre Ambroise Croizat au paradis de la securité sociale ou l'eternité est remboursée a 100 % Bises à lui. il est dans nos coeurs, proche, si proche, On peut le retrouver avec un bonheur inoui dans le film "la sociale" qui sortira dans toutes les salles de ciné du national le 9 novembre. 

    Michel Etievent, le 12/08/2016

    source: facebook.com/michel.etievent

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    3 commentaires
  • Mes amis, le 12 aout 1946, il y a exactement 70 ans, (en moins de 6 mois dans un pays ruiné) la secu était mise en place . tout allait changer dans le sens de la dignité pour des millions de francais...

    Merci le Conseil National de la Résistance !

    Bâtie sous la maitrise d'oeuvre Ambroise Croizat, elle visait « à en finir » comme le soulignait le ministre du travail « avec le rejet, l’exclusion, l’impossibilité d’accéder aux soins et surtout, disait-il en des termes très novateurs, en finir avec la souffrance et les angoisses du lendemain ».Elle s’organisa à l’aide de bénévoles des entreprises essentiellement des militants CGT hors leur temps de travail ou sur leurs congés. Deux tiers des français n’étaient alors couverts par aucune assurance sociale. La plupart, vivaient à l’heure de la charité ou de quelques petites mutuelles dont les caisses étaient épuisées à la moindre épidémie de grippe. La sécurité sociale donna à tous les salariés la possibilité d’accéder à l’hôpital, au médecin ou à la pharmacie sans débourser un centime . «C’était une véritable révolution, raconte un ouvrier. Avant, on ne se soignait pas. On laissait la maladie nous affaiblir ou nous emporter ! ». « Je me souviens, surenchérit un paysan, qu’avant la fameuse « Sécu », l’intervention chirurgicale était une terreur.. Pour les familles, il fallait parfois vendre deux vaches, la moitié de son cheptel pour se faire opérer. »
    Autre grande conquête toujours proclamée sous les auspices d’Ambroise Croizat le 12 aout : la retraite. 82 % des français ne bénéficiaient d’aucune allocation vieillesse. « Il fallait alors travailler jusqu’à 70 ans ou plus, glisse un ancien, pour espérer une petite obole donnée par les municipalités. Alors, on se tuait au travail jusqu’au bout! Mon père d’ailleurs y est mort, à l’usine !» Tout change avec l’institution de ce qui fut appelée « celle qui vous doublait la vie ». On comprend le sens de cette appellation quand on se souvient que la vieillesse fut dès lors envisagée non plus comme une « antichambre de la mort » mais au contraire, dira encore Ambroise Croizat, « comme une nouvelle étape de la vie ».
    Parmi les grandes conquêtes du CNR fut aussi proclamée par la loi Croizat, la généralisation des comités d’entreprises qui offrirent aux enfants d’ouvriers le droit à la lecture, aux vacances et aux bourses scolaires qui permirent à beaucoup d’envisager des carrières impensables pour des familles des cités. On vit naître également, peu de gens le savent, le CNRS, outil de recherche de premier plan qui, avec les nationalisations des banques, des mines et de l’énergie, ainsi que la mise en place de la fonction publique et de la médecine du travail furent les pierres angulaires de ce renouveau social aujourd’hui menacé.

    Michel ETIEVENT, le 10 août 2016

    Note:Ci dessous l'annonce du film "LA SOCIALE " qui racontera bientôt cette belle aventure collective que fut la naissance de la Sécurité sociale le 12 aout 1946.

    sources: facebook.com/michel.etievent  &  communcommune.com

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  • Le mythe de l’Europe en paix depuis 1945 : l’exemple français-par Nadine ROSA-ROSSO (LGS.info-2/08/2016)

    Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, devant le Congrès, François Hollande affirmait d’un air grave « La France est en guerre ». Il le répète inlassablement après chaque nouvel attentat ; après Nice, il précisait « à l’extérieur et à l’intérieur de la France ». La terre sacrée des droits de l’homme, de la paix et des Lumières se réveille en état de guerre, lâchement attaquée par la barbarie et l’obscurantisme. Voilà la version de l’histoire à laquelle nous devrions tous adhérer, nous peuples de l’Europe civilisée qui avons réussi à vivre dans la paix depuis septante ans. En réalité, nous n’avons jamais cessé d’être en guerre. Et la France est un exemple clair de ce permanent état de guerre. Un rappel historique s’impose.

    Une époque de guerres ininterrompues

    La seconde guerre mondiale à peine terminée, le gouvernement provisoire français, issu des forces de la résistance, souvent pris en exemple par la gauche actuelle, envoie un corps expéditionnaire au Viet Nam (qui fait partie de l’Indochine française à l’époque), pour tenter de mater la guerre d’indépendance. Sous la présidence de Léon Blum, figure politique modèle de la gauche actuelle, l’intervention devient une véritable guerre. La France envoie près d’un demi-million de soldats pour garder sa colonie ; 43.5% de cette armée sont composés de soldats d’autres colonies françaises (Maghreb et Afrique Noire) ! La France sera défaite lors de la bataille de Dien Bien Phu en mai 1954.

    Pendant la même période, en 1947, la France organise un massacre à Madagascar, contre la révolte des Malgaches ; entre 11.000 morts, selon les chiffres officiels français et 100.000 selon les résistants malgaches. Là aussi, les troupes de répression françaises sont composées en grande partie de soldats provenant des colonies africaines et maghrébines...

    Ces guerres intenses n’empêchent pas la France de prendre part pendant la même époque à la guerre de Corée, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953. Une coalition de dix-sept états (dont la Belgique et la Grande-Bretagne), emmenés par les États-Unis, sous bannière ONU, avec pour objectif, tout comme en Indochine de s’opposer aux luttes de libération dirigées par des forces communistes. Ces deux guerres ont fait plus de deux millions de morts. La guerre oubliée de Corée fut une guerre de destruction massive (en termes d’aujourd’hui on appelle ça un génocide), la capitale Pyongyang fur entièrement rasée : « Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires » (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951) »[1].

    Tant la guerre du Vietnam que la guerre de Corée aboutirent à la partition des deux pays. Le Vietnam obtiendra sa réunification par une nouvelle longue guerre d’indépendance, contre les États-Unis cette fois, en 1975. La Corée quant à elle n’est toujours par réunifiée et toujours occupée, au Sud, par les États-Unis. Voilà le genre de paix dont ont bénéficié les nations autoproclamées civilisées dès la fin de la seconde guerre mondiale. Des guerres vite oubliées chez nous mais par par les peuples concernés.

    Et les peuples concernés ne sont pas que les peuples asiatiques. La victoire des Vietnamiens de 1954 contre la métropole française a donné un élan irrésistible aux autres luttes de libération partout en Afrique.

    Loin de tirer les leçons de son humiliante défaite au Vietnam, la France a poursuivi sur sa lancée coloniale : « Entre 1960 et 1998, il y a eu 60 interventions militaires françaises en Afrique subsaharienne, dont 23 pour ‘maintien de l’ordre’ au service d’un régime ami, et 14 pour changer un gouvernement disqualifié aux yeux des dirigeants français ! »[2].

    La plus célèbre, en ce qui concerne la France, est naturellement la guerre d’Algérie. Je veux seulement revenir sur quelques aspects. Tout d’abord, la position du Parti Communiste Français, pourtant encore auréolé de sa résistance exemplaire à l’occupant nazi, à l’égard des manifestants nationalistes algériens dès la libération. Le 8 mai 1945, une manifestation nationaliste à Sétif est réprimée dans le sang, et la révolte qui s’ensuit sera elle aussi matée avec une violence inouïe. Ici aussi les chiffres varient d’un millier à près de 80.000 selon le point de vue de l’historien.

    Comme l’explique Mohammed Harbi, « en France, les forces politiques issues de la Résistance se laissent investir par le parti colonial. " Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable", avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression. Le PCF – qui a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens » et demandé que « les meneurs soient passés par les armes » – sera, malgré son revirement ultérieur et sa lutte pour l’amnistie, considéré comme favorable à la colonisation. »[3]

    L’ennemi intérieur

    Un autre aspect que je veux souligner ici, c’est la création de « l’ennemi intérieur », dans la politique et l’idéologie française, qui a pris corps pendant la guerre d’Algérie. « Le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d’un des plus grands massacres de gens du peuple de l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d’Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de cet épisode majeur de la guerre d’Algérie sera occultée »[4].

    Selon Mathieu Rigouste [5], c’est de cette époque que date le concept d’ennemi intérieur, lié à la présence d’une immigration importante issue de la colonisation : « L’histoire du contrôle de l’immigration dans la pensée militaire française permet d’analyser, en observant la reconstruction d’un ennemi intérieur socio-ethnique, la régénération puis la généralisation dans le temps et dans l’espace, d’une technologie conçue pour le contrôle exceptionnel de populations infériorisées ».

    En réaction à l’attentat de Nice de juillet 2016, Georges Fenech, le président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015 a proposé la création d’"un Guantanamo à la française". Il propose de regrouper tous les djihadistes de retour de Syrie dans le centre pénitentiaire de l’île de Ré. Cette idée, qui suscite la polémique, plonge ses racines dans la guerre d’Algérie au cours de laquelle le gouvernement français créa des « camps de regroupement » destinés à placer les résistants du FNL et à les couper ainsi de tout appui dans la population algérienne. Il ne reste plus qu’à introduire officiellement la pratique de la torture en France et la boucle sera bouclée.C’est d’ailleurs un débat délirant au sein du Front National : réintroduction de la torture ou de la peine de mort pour Salah Abdelslam, tout peut être envisagé.

    Assassinats politiques à grande échelle

    L’histoire pacifique de la France ne se limite pas aux guerres ; la patrie autoproclamée des droits de l’homme a aussi développé une longue tradition d’assassinats politiques qui a exterminé les dirigeants nationalistes de l’Afrique et du Maghreb. Dans « Retournez les fusils », Jean Ziegler consacre un hapitre aux campagnes d’assassinats politiques organisées par les services secrets européens et développe le cas du Cameroun : « Tous les dirigeants nationalistes sans exception ont été assassinés l’un après l’autre : Ruben UmNyobe, en 1955 déjà, puis ses successeurs Isaac Nyobe Pandjok, David Mitton, Tankeu Noé » [6]. Il raconte le meurtre du jeune médecin Félix-Roland Moumié, chef de l’Union des Populations Camerounaises (UPC) invité à déjeuner à Genève par un « journaliste » français, qui mourut empoisonné la nuit suivante. Le journaliste était en réalité le colonel William Betchel, officier français du SDECE (service de documentation extérieure et de contre-espionnage) qui ne sera jamais condamné pour ce meurtre. Et tant d’autres cas encore...

    Il est de bon ton aujourd’hui en Occident de dénoncer la corruption (réelle) de nombre de chefs d’État africains, mais il vaudrait mieux rappeler que nos gouvernements et leurs hommes de main ont assassiné pratiquement tout ce qu’il y avait de dirigeants nationalistes intègres qui voulaient rendre à l’Afrique son indépendance dans la dignité et la justice. En tant que Belge, je ne peux pas ne pas évoquer Patrice Lumumba, sauvagement assassiné par le commandant belge Weber, le 17 janvier 1961, et donc le corps fut ensuite dissous dans l’acide. Ses fils se battent toujours en vain aujourd’hui pour la condamnation des coupables et de l’État belge. Comme le rappelle Jean Ziegler : « Cette criminalité d’État fut implacable : il fallait, à tout prix, éliminer les leaders nationalistes authentiques afin de remettre le « pouvoir » à des « élites » autochtones préparées, suscitées et contrôlées par le colonisateur » [7]. Tuer Lumumba pour installer la marionnette Mobutu.

    Guerres, torture, assassinats politiques, voilà les vrais visages de cette France porteuse des Lumières quand elle agit pour défendre son empire colonial et les intérêts de « ses » multinationales, Elf, Total, Areva, Bolloré, Eramet, Technip, Bouygues, Orange, Geocoton, Rougier, etc [8]. Et il ne s’agit pas d’une histoire ancienne mais de la vie quotidienne pour des millions d’Africains.

    Ce qu’il y a de nouveau aujourd’hui, c’est que la guerre, ou du moins une infime fraction, a ses retombées chez nous, sur le sol français ou le sol belge. Des victimes civiles tombent, totalement innocentes, et plongent des familles dans l’horreur. Pourquoi avons-nous fermé les yeux sur tant de victimes innocentes dans le tiers monde, victimes de nos guerres coloniales ? Pourquoi continuons-nous à soutenir des gouvernements, des partis politiques qui perpétuent cette politique ? Si le discours des recruteurs du djihad touchent autant de jeunes, c’est parce qu’il est en grande partie imprégnée d’une rhétorique anti-impérialiste et parce que toutes leurs autres formes de contestation de nos sociétés ont été réprimées[9]. Au lieu de focaliser le débat sur l’aspect religieux du phénomène, il serait plus productif d’aborder son aspect politique et de faire un bilan correct de « nos » politiques coloniales et néocoloniales. Même si les chefs de Daesh n’ont rien à voir avec les dirigeants nationalistes du siècle passé, ils peuvent occuper une place laissée vide par notre silence assourdissant sur 70 ans de politique coloniale faite de guerres et de massacres. Mais pour briser ce silence, nous ne pouvons rien attendre ni des partis au pouvoir ni des partis de l’opposition, car s’en prendre au colonialisme, c’est à coup sûr perdre des voix. Et pourtant, comme le dit Jean Ziegler, il faut « choisir son camp » : celui de ceux qui, malgré la répression et les massacres ont continué à résister, et si, chez nous, ils ont toujours été une très petite minorité, ce sont pourtant les Henri Alleg, les membres du Réseau Janson, les porteurs de valise anonymes qui peuvent encore nous faire aimer la France.

    Nadine Rosa-Rosso

     

    sources:   http://nadinerosarosso.blogspot.be/2016/08/le-mythe-deleurope-en-paix-...

    & http://www.legrandsoir.info/le-mythe-de-l-europe-en-paix-depuis-1945-l-exemple-francais.html

     

    notes:

    [1] http://chaoscontrole.canalblog.com/archives/2013/04/23/26991804.html

    [2] Francis Azalier, Colonialisme et impérialisme : « l’exception française » ou « le mythe humaniste », in Une mauvaise décolonisation, La France : de l’Empire aux émeutes des quartiers populaires, Le temps des cerises, Pantin, 2007, p36-37

    [3] Mohammed Harbi, Faces cachées de la seconde guerre mondiale La guerre d’Algérie a commencé à Sétif. Le Monde diplomatique, mai 2005, page 21 ; http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HARBI/12191

    [4] http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/17/17-octobre-1961-ce-ma...

    [5] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, https://conflits.revues.org/3128

    [6] Jean Ziegler, Retournez les fusils, Choisir son camp, Éditions du Seuil, Paris, 2014, pp 199-200

    [7] Idem, p 198

    [8] http://www.afrique-demain.org/economie-140-place-des-entreprises-franc...

    [9] Voir mon précédent article : 25 ans après la révolte des jeunes à Forest : Première, deuxième, troisième génération, toujours la répression... http://nadinerosarosso.blogspot.be/2016/05/25-ans-apres-la-revolte-des...

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  • Des chars allemands à 150 km de Leningrad-par Raoul Marc Jennar (22/07/2016)Des infirmières venant en aide aux blessés lors du premier bombardement ( Source www.wsws.org )

     

    Qui connaît ce que fut le sort d’une ville qui s’appelle aujourd’hui St-Pétersbourg ?  Il fut un temps où elle s’appelait Leningrad.

    L’ignorance de l’Histoire étant devenue une caractéristique des jeunes générations, rappelons que le siège de Leningrad par les troupes allemandes a commencé début septembre 1941. Parties des pays baltes conquis en juillet-août, les divisions allemandes du groupe d’armée nord de la Wehrmacht sont arrivées à proximité de la ville en quelques jours. Avec l’ordre d’Hitler de « raser Leningrad de la surface de la terre », elles passent à l’attaque et se heurtent à une résistance acharnée au point que les Allemands décident d’en faire le siège. Il a duré 872 jours pour se terminer en janvier 1944. Il a coûté la vie à 1.800.000 personnes, dont 1.600.000 Russes parmi lesquels un peu plus de 600.000 sont morts de faim. Mais la population de la ville et les forces soviétiques ont tenu bon. Cette ville est devenue, avec Stalingrad, un symbole de la résistance à l’envahisseur et des souffrances infligées par la Wehrmacht. Pendant trois ans, la formidable résistance de Leningrad a fixé sur place une partie importante de l’armée allemande, rendant impossible la conquête de l’URSS. La ville de Leningrad est une de ces grandes villes martyres de la Seconde guerre mondiale. Une de ces villes russes, innombrables, dont la conquête, réussie ou pas, a affaibli considérablement les capacités militaires de l’Allemagne d’Hitler.

     Aujourd’hui, 72 ans après l’échec allemand devant Leningrad, des blindés allemands, frappés de la croix de fer, héritée de la Wehrmacht et restée le symbole de la Bundeswehr, se déploient, une nouvelle fois, à 150 km de la ville. Précisément dans les pays baltes – aujourd’hui dirigés par des gouvernements d’extrême-droite – d’où ils lancèrent l’offensive vers Leningrad.

    On ne peut plus parler aujourd’hui, et nul ne s’en plaindra, de militarisme allemand comme on le faisait à bon droit tant avant 1914 qu’avant 1940. Mais il faut parler dans le même sens donné à cette expression, de militarisme américain. Les Etats-Unis d’Amérique ont besoin d’un ennemi pour justifier leur « leadership » mondial, comme dieu a besoin du diable pour justifier son existence. Et les va-t-en guerre à la tête des armées US représentent une menace permanente pour la paix du monde. D’autant qu’ils peuvent compter sur la servilité des dirigeants européens.

    Les engagements pris après la fin de la guerre froide ont été reniés par les Occidentaux.  L’OTAN ne devait pas s’installer aux frontières de la Russie (ainsi que rappelé dans un excellent article de la revue Foreign Affairs, 29 octobre 2014). Les USA, avec des complicités européennes, ont fomenté des révoltes initiées par des ONG locales financées par les USA et l’UE. En utilisant habilement le ressentiment bien légitime des populations pour les épreuves subies du temps de l’Union soviétique, ces révoltes ont d’abord suscité de la part du pouvoir en place, démocratiquement élu, une répression qui a servi de prétexte à des rapports d’ONG internationales de défense des droits de l’Homme, financées elles aussi, par les USA et l’UE. Ces ONG internationales, peu le savent, sont financées pour stigmatiser les gouvernements que les USA et leurs vassaux européens veulent renverser, qu’ils soient démocratiquement élus ou pas. C’est ce qui s’est passé en Ukraine et en Géorgie. En Serbie, pour affaiblir un allié traditionnel de la Russie, le choix fut le démembrement du pays au prix d’une guerre illégale au regard du droit international et la création d’un Etat artificiel, le Kosovo, devenu aujourd’hui un Etat mafieux. Le but : encercler la Russie d’Etats passés sous le contrôle de l’OTAN.

    Le renversement en Ukraine d’un gouvernement démocratique remplacé aujourd’hui par un gouvernement où domine l’extrême-droite fascisante et raciste a suscité la réaction de Moscou, mais aussi de populations russophones à l’est du pays ainsi que la rétrocession à la Russie de la Crimée par une population qui ne demandait que cela depuis l’effondrement de l’Union soviétique. En effet, dès 1992, le parlement de Crimée demandait déjà sa sortie de l’Ukraine. Le résultat du référendum approuvant cette rétrocession n’aurait pu être contesté si Moscou avait eu la malice de demander à l’ONU de l’organiser. Mais il est probable que les membres permanents occidentaux du Conseil de Sécurité de l’ONU auraient refusé cet exercice démocratique.

    Car, ce que les Occidentaux appellent « l’annexion de la Crimée » leur est trop utile. Il leur offre le prétexte rêvé pour désigner un nouvel ennemi dont ils ont tant besoin pour satisfaire les attentes de leurs complexes militaro-industriels. Et imposer un embargo sur la Russie dont les producteurs Européens sont les principales victimes. Et installer des troupes dans les pays limitrophes de la Russie. Et organiser en Pologne et dans les pays baltes des manœuvres réunissant des dizaines de milliers de soldats qui sont autant de provocations adressées à la Russie.

    Après les manœuvres organisées en mai qui ont vu, comme en 1941, des soldats espagnols (la brigade BRILAT aujourd’hui, la Division AZUL hier) aux côtés des troupes allemandes, des décisions récentes prises à Hanovre puis à Varsovie, sur ordre des USA, vont amener des éléments blindés allemands à opérer de nouveau à proximité de la Russie.

    De la Mer Baltique à la Mer Noire, l’OTAN a érigé une ligne offensive – a « front line », pour parler comme eux – contre la Russie. L’OTAN met en oeuvre une véritable politique d’encerclement qui peut conduire au pire.

    Jusqu’où ira l’obsession guerrière des USA ? Jusqu’où ira la servilité européenne ?

    En mai dernier, quelques jours avant le 75e anniversaire du déclenchement de l’opération Barbarossa, nom donné à l’invasion de l’Union soviétique, des chars allemands frappés de la croix de fer se sont déployés de nouveau à 150 km d’une ville qui s’appelait alors Leningrad.

    Réfléchissons et résistons.

    Raoul Marc JENNAR

    22 juillet 2016.

    source: jennar.fr

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  • Histoires d'Images/ Images d'Histoire-par Moïra Chappedelaine-Vautier & René Vautier (Tébéo/Tébésud/TVRennes 21/07/2016)Pierre CAUZIEN, grièvement blessé le 17 avril 1950

    Chaque jeudi à 20h45, Tébéo, Tébésud et TVR 35, les trois TV locales bretonnes, unissent leurs antennes pour proposer un programme inédit sur la Bretagne: documentaires, émissions spéciales ou fictions…Ce jeudi 21 juillet c'est un film documentaire de Moïra Chappedelaine-Vautier et René Vautier intitulé "Histoires d'Images/Images d'Histoire; celles du 17 avril 1950 à Brest.

    En 1950, en pleine reconstruction, les ouvriers de Brest se mettent en grève. Elle durera plus d'un mois et sera sanglante. Edouard Mazé, ouvrier brestois de 26 ans laissera la vie lors de la manifestation du 17 avril, des dizaines de ses camarades seront blessés et l'un d'eux Pierre Cauzien sera amputé cinq jours plus tard. La ville est en état de siège. René Vautier, jeune cinéaste de 20 ans, se rend clandestinement à Brest, à l'appel de la CGT, pour tourner un film sur les raisons de la colère. La trace de ces événements est aujourd'hui ténue et portée par des témoins dont la parole s'éteint petit à petit. Ce film se propose de retrouver les traces de ces événements, recueillir la parole des témoins, fouiller leurs archives personnelles, exhumer les photogrammes oubliés, ouvrir les dossiers officiels protégés jusqu'alors par un délai de non-communicabilité, fouiller au fonds des mémoires individuelles pour comprendre. En 1950, un homme est mort... Qui s'en souvient encore ?

     

     
     
    source:  tebeo.bzh/
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  • La résistante communiste Raymonde Tillon-Nédelec est décédée (OF.fr-17/07/2016-20 h 14)En 2006, Raymonde Tillon, lors de la remise d'un tableau représentant son mari au lycée Charles Tillon, à Rennes.

    La résistante communiste Raymonde Tillon-Nédelec est décédée à l'âge de 100 ans, a annoncé ce dimanche l'Elysée, François Hollande saluant cette "femme engagée" qui était "la dernière survivante" des 33 premières femmes élues députées en 1945. Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a également rendu hommage à "son esprit de liberté, sa soif de justice et sa lutte contre l'arbitraire sous toutes ses formes".

    « J'écris ton nom, Liberté ». Ce vers d'Éluard est le titre du livre de mémoires qu'a publié en 2002 Raymonde Tillon, l'épouse de l'ancien chef de la résistance communiste et de l'ancien ministre de De Gaulle, Charles Tillon (1897-1993). Mme Tillon, qui était revenue vivre à Rennes où son mari était né, avait à cette occasion rencontré notre confrère Eric Chopin. Voici l'article qu'il avait rédigé à l'époque :

    L'héroïque liberté de Raymonde Tillon

    La perte de ses parents à l'âge de 4 ans, la déportation à Ravensbrück, l'exclusion du PCF au plus fort du stalinisme d'après-guerre : la vie de Raymonde Tillon a été marquée par les épreuves. Et quelles épreuves... Ce destin exceptionnel forgé dans la douleur mais riche de grandes joies, Mme Tillon le raconte dans un livre autobiographique.

    Femme et « fidèle secrétaire » de Charles Tillon, cette grande figure historique née du côté des Lices en 1897, Raymonde Tillon a pris à son tour la plume pour « évoquer sept décennies de luttes et d'espoir » en dénonçant d'entrée de jeu « le stalinisme à la française qui a bien existé ».

    Engagée très jeune dans les Jeunesses communistes puis au sein du PCF, Raymonde Tillon s'est mobilisée sur le front syndical (CGT) entre les deux guerres, au temps du Front Populaire. Avec son premier mari, Charles Nédelec (1907-1944), elle ne ménage pas son énergie au service de la cause ouvrière. Mais la seconde guerre mondiale la met rudement à l'épreuve. Déportée à Ravensbruck en avril 1944, Raymonde Tillon réussit à s'extirper de l'horreur en mai 1945. « Quand je suis revenue à Paris, pesant à peine 35 kg, j'ai appris le décès de mon mari, mort d'épuisement dans la Résistance ».

    « Fraternité brisée »

    Raymonde Tillon met, au lendemain de la Libération, son idéal communiste au service des institutions. Vivant à Marseille, elle devient conseillère générale, puis députée de la Constituante avant d'entrer à l'Assemblée nationale où elle fait la connaissance d'un certain Charles Tillon, député PCF d'Aubervilliers, ancien mutin de la Mer Noire, chef de la Résistance communiste FTP et ministre de De Gaulle de 1944 à 1947.

    Ils unissent leur destin familial (deux enfants naîtront de leur union, qui s'ajoutent aux deux garçons de Charles, lui aussi veuf) et vont faire face ensemble à l'écroulement de leur idéal communiste au début des années 50.

    « Le parti nous en a fait voir »

    Le stalinisme fait des ravages. Ils se démarquent des positions du PCF « qu'ils ne comprennent pas ». C'est l'époque des « Procès de Moscou à Paris » », titre d'un des livres de Charles Tillon. « Le Parti nous en a fait voir mais nous avons résisté ». Le couple Tillon s'exile en Provence. La « fraternité est brisée ». Pour avoir protesté contre l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie, Charles Tillon est finalement exclu du PCF en 1970. Les enfants ayant grandi, les Tillon reviennent vivre au pays (à La Bouëxière, près de Rennes) avant de repartir pour Marseille où le géant Charles Tillon s'éteint le 13 janvier 1993.

    Raymonde Tillon a choisi en juillet dernier de revenir vivre « là où Charles est né ». C'est à dire à Rennes. Le rapatriement des cendres de son époux est en préparation. Raymonde Tillon est soulagée d'avoir dit « ce qu'elle avait, elle, à dire ». Mais foin de nostalgie. Raymonde Tillon fait « une confiance extraordinaire à la jeunesse ».

    Éric CHOPIN.

    « J'écris ton nom, Liberté », de Raymonde Tillon, aux éditions Du Félin. Collection Résistance-Liberté-Mémoire. 212 pages. Préface de Germaine Tillion. Postface de Charles-Louis Foulon.

    source: ouest-france.fr 17-07-2016 (20 h 14)

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  • Lettre ouverte de la Libre Pensée  à Monsieur Jean-Marc Todeschini,

    Secrétaire d’Etat auprès du Ministère de la Défense Chargé des Anciens combattants et de la Mémoire.

    Va-t-on interdire la Chanson de Craonne en France ?

    Monsieur le Secrétaire d’Etat,

    L’interdiction de la Chanson de Craonne, que vous avez décidée lors des cérémonies commémoratives de la bataille de la Somme le 1er juillet 2016, a scandalisé non seulement les libres penseurs pacifistes et internationalistes que nous sommes, mais, bien au-delà, elle a interrogé de très nombreux citoyens qui considèrent que ce chant appartient au patrimoine le plus populaire de notre pays et le plus digne de respect, parce qu’il est pour ainsi dire consubstantiel à la guerre de 1914-1918.

    Faut-il rappeler que cette chanson a été en pleine guerre l’objet d’investigations policières, pour en découvrir  alors le parolier et le châtier de façon à lui interdire la récidive, c’est-à-dire en vue de le traduire en Conseil de guerre et d’ obtenir si possible qu’il soit passé par les armes comme « Fusillé pour l’exemple ? »

    Sommes-nous revenus au temps de la Guerre d’Algérie ?

    Vous avez eu des prédécesseurs de triste renommée dans la censure sur le même sujet en pleine guerre d‘Algérie. Quand Stanley Kubrick réalisa son extraordinaire film Les Sentiers de la Gloire, il fut interdit en France pendant des décennies. Y aurait-il un lien inavouable entre l’amnistie des « généraux félons de l’OAS » et l’interdiction de la Chanson de Craonne ? Celui du refus que soit honoré le droit de dire NON à la boucherie ? Celui du refus de la réhabilitation collective des 639 Fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale ? Celui du refus de la guerre et des massacres ?

    Faut-il rappeler que cette chanson a connu un immense succès dans les tranchées ?  Cette chanson, vous le savez, n’a rien à voir avec une simple rengaine passée de mode et à laquelle nos contemporains seraient devenus indifférents. Non. Mille fois non. Tout au contraire. Il s’agit d’une chanson pleine d’un sens profond ayant su traduire l’état d’esprit des combattants de la Première guerre mondiale, tant elle est empreinte d’une nostalgie poignante et d’un esprit de révolte contre des ordres absurdes, dont la guerre de 1914-1918 n’a pas manqué, comme la majorité des historiens modernes s’accordent désormais à le dire.

    Cette chanson a bravé le temps et l’oubli. Il n’est pas excessif de dire qu’elle a pris un caractère symbolique et qu’à elle seule, elle exprime l’immense désespoir et l’immense colère de ces centaines de milliers de jeunes hommes voués à sacrifier, qui leur vie, qui leur intégrité physique, qui leur santé mentale, pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs.

    La censure est toujours contre la vérité de l’Histoire

    En conséquence, nous vous demandons si, lors des commémorations de la bataille du Chemin des dames, l’an prochain, vous oserez interdire que soit chantée cette Chanson de Craonne, dont le titre indique précisément un des  lieux les plus mémorables de cette bataille calamiteuse, dite offensive Nivelle, moment effroyable où la chanson devint célèbre. Oserez-vous occulter  la dimension la plus terrible de la condition humaine dans l’histoire de cette guerre atroce pour ne retenir que l’héroïsation de faits d’armes et d’assauts victorieux, loin de la réalité infiniment tragique et révoltante des tranchées où un gigantesque déploiement d’artillerie procédait à sa terrifiante  boucherie de part et d’autre de la ligne de front  ?

    La Chanson de Craonne est une chanson qui appartient à l’Histoire avec une majuscule. On lui doit respect, voire déférence. Elle a marqué à jamais la période et le front où elle fut fredonnée par les « bonshommes », réduits à n’être que de la « chair à canon ». « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels » disait Anatole France, comme en écho à ces fortes paroles de la Chanson de Craonne : « Ceux qu’ont l’pognon ceux-là r’viendront /Car c’est pour eux qu’on crève… »

    Telle est la voix de la vérité. Allez-vous l’étouffer une nouvelle fois ou, faisant droit à la raison et au respect de nos aînés, autoriser cette voix à s’exprimer l’an prochain au Chemin des Dames ?

    Dans l’attente de votre réponse, nous vous assurons, Monsieur le Secrétaire d’Etat de notre attachement indéfectible à ce que toute la vérité soit dite sur 1914-1918 et à ce que, notamment lors des cérémonies commémoratives de la bataille du Chemin des Dames, soit entendue enfin la voix authentique des combattants, si présente dans la Chanson de Craonne.

    Paris, le 9 juillet 2016

    Christian Eyschen, vice-Président de la Fédération nationale de la Libre Pensée

    Pierre Roy, Président de la Fédération nationale laïque des Associations des amis des monuments pacifistes

    source: fnlp.fr

    La chanson de Craonne par Marc Ogeret

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