•  

    Vu d’ici, l’image de la patrie de la Révolution bolivarienne est celle d’une dictature qui rend la vie difficile à sa population.

    Pourtant, si l’on regarde derrière le décor, on découvre un pays qui a réalisé le record de vingt-cinq élections en 18 ans, un pays qui pratique la démocratie directe en matière de gestion communale, un pays où le seuil de pauvreté a baissé de 60% en 1996 à 19,6% en 2013, un pays où deux millions de logements sociaux ont été attribués en 2018…

    Les JRCF et le PRCF de l'antenne d'Ille et Villaine proposent, par cette conférence de Romain Migus, de mettre en avant un autre point de vue sur le Venezuela et d’exprimer notre solidarité à son peuple victime de la vindicte de l’empire étasunien et de ses valets.

     

     

     

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  •   massive à Boyaca – – hoto: Twitter/ @ginamarcela84

    Dans un pays sous la botte de l’une des plus violentes dictatures paramilitaires d’, le peuple colombien avec courage a pris les rues dans des manifestations massives ce 21 novembre 2019. Malgré la répression, malgré les assassinats des leaders progressistes par centaines chaque année, c’est par centaines de milliers que les colombiens sont descendus dans la rue.

    A Medellin, la capitale du département de Antioquia, les étudiants ont été parmi les premiers à manifester.

    A Bogota

    Face à la mobilisation populaire, le chef du régime, le président d’extrême droite , a ordonné le déploiement de 4000 policiers supplémentaires, la fermeture des frontières et la mise en place d’une surveillance aérienne. D’après la commission des droits de l’homme pour l’ONU, plus de 27 raids ont été menés rien qu’à Bogota, 5 à Cali et 4 à Medelin, pour persécuter les maisons et les bureaux des militants des organisations sociales et de leurs médias alternatifs.

    hoto: Twitter/ @ginamarcela84

    Une mise en œuvre de la machine répressive dans un pays où le gouvernement et ses paramilitaire ont assassiné plus de 777 syndicalistes et 137 personnalités des FARC depuis les accords de paix de 2016.

    Les principales organisations de travailleurs du pays et les étudiants s’opposent à la politique néolibérale de Duque qui veut supprimer le fond de retraite gérés par l’Etat, reculer l’âge de départ à la retraite et autoriser des emplois spéciaux pour les jeunes à un salaire en dessous du SMIC colombien. Des “réformes” et des méthodes qui ne sont pas sans rappeler celle du régime Macron en France au demeurant.

    Si le moindre rassemblement de 10 opposants violents au Venezuela fait la une des médias en France, vous pouvez observer la censure totale des manifestations massives en Colombie ou au Chili, de celles contre le coup d’état en Bolivie, où les manifestants se font massacrer. La preuve que la machine médiatique en France, détenue et controlée par les milliardaires n’a que faire des droits de l’homme. Elle défend ses dictateurs, elle combat les gouvernements qui défendent les droits des peuples, ceux de la classe des travailleurs.

    JBC

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Le Tro Breiz de la Solidarité au Venezuela Bolivarien fait escale aux "Mardis Jaunes" ce 19/11, 20h, Salle des Grands Projets à Quimper

    Le Tro Breiz de la Solidarité au Venezuela Bolivarien fait escale aux "Mardis Jaunes" ce 19/11, 20h, Salle des Grands Projets à Quimper

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  • Conférence de Maurine Lemoine sur la géopolitique de l'Amérique du Sud pour l'Université populaire de Saint-Dizier. Il est intervenu sur la déstabilisation de l'Amérique latine et le Venezuela dont il est l'un des meilleurs spécialistes. Une mise en perspective pour comprendre les enjeux liés aux différentes crises que traversent le continent sud américain mais aussi le Monde. Depuis la doctrine Monroe (1823) jusqu'aux derniers événements de Bolivie ou du Chili, Maurice Lemoine retrace et explique la lutte des classes à l'oeuvre dans cette partie du monde.

    upsd52.

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  • Coup d’état réactionnaire téléguidé par l’impérialisme US en Bolivie ? Evo Morales renversé #EvoNoEstasSolo #EvoElMundoContigo #FranciaConEvo .(IC.fr-10/11/19)

    du PRCF

    Paris – 10 novembre 2019 -23h30 – UNE PREMIÈRE EXPRESSION DE LA COMMISSION INTERNATIONALE DU P.R.C.F A LAQUELLE SE JOINT G. GASTAUD

    A l’heure où cette première expression publique du PRCF est rédigée à propos de la , il semble qu’Evo Morales soit renversé.

    Depuis que ce militant indien du MAS (Mouvement vers le Socialisme) aux fortes convictions anticapitalistes est au pouvoir en Bolivie, tout a été fait pour lui nuire, et plus globalement, pour déstabiliser l’alternative bolivarienne des Amériques (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua et, pendant un temps, Equateur) afin, notamment, d’isoler et d’étrangler Cuba socialiste.

    La tentative de stranguler les pays progressistes de l’ s’est terriblement accentuée avec l’avènement de Trump, puis du fasciste brésilien Bolsonaro, par lesquels les processus de fascisation, de guerre contre les gauches et d’ingérence impérialistes se sont durcis et ont carrément tendus à ne plus faire qu’un, cette entreprise recevant l’aide traîtresse des oligarchies locales, avides de revanche contre les pouvoirs patriotiques qui remettent en cause l’ordre néocolonial cher à l’Oncle Sam en .

    En attendant que des informations plus précises ne nous parviennent, disons clairement que la question n’est nullement ce soir de se demander gravement si Morales a commis des erreurs et lesquelles ; ni de laisser Trump, Bush et Cie, dont les « victoires » électorales aux Etats-Unis mêmes ont toujours été fort suspectes (sans parler de Bolsonaro qui a fait incarcérer Lula pour éliminer son concurrent électoral le plus sérieux !) et qui ont eux-mêmes été « élus » avec une minorité des voix quand ce n’est pas au moyen d’une fraude massive ; le temps de l’analyse viendra au sujet des contradictions rencontrées par le processus bolivarien et avec ce temps, viendra sans doute aussi la nécessité de réaffirmer qu’aucune révolution populaire ne peut durablement triompher sans socialisation en profondeur des grands moyens de production ni pouvoir du peuple (ce que Marx appelait la dictature du prolétariat) ; le rôle dirigeant de la classe ouvrière et l’intervention de son avant-garde, le parti communiste étant imprescriptibles quelles qu’en soient les formes propres à chaque temps et à chaque pays.

    Mais à l’heure actuelle notre unique devoir est de soutenir les militants communistes, syndicalistes et progressistes boliviens et de faire connaître l’œuvre considérable en faveur des pauvres et des « indigènes » qu’ont réalisée les pouvoirs bolivariens de l’ALBA dans le sillage de Fidel Castro et d’Hugo Chavez.

    Il est aussi de choisir clairement notre camp, celui de la lutte anti-impérialiste, de la solidarité avec les militants populaires, de soutenir encore plus fort les camarades boliviens, vénézuéliens, nicaraguayens, cubains sans perdre l’espoir. Car en même temps que l’impérialisme et ses valets oligarchiques fomentent des coups d’Etat fascisants ou carrément fascistes, le combat de classe a repris au Chili et en Amérique latine, notamment en Equateur et en Amérique latine, à l’initiative des forces populaires et de la classe ouvrière.

    Dans l’immédiat, tenons-nous prêts à toutes les initiatives de solidarité nécessaires avec les patriotes boliviens véritables, avec le processus bolivarien en Amérique latine, avec Cuba socialiste.

    PRCF – 10 novembre 2019 – 23h30

    Coup d’état réactionnaire téléguidé par l’impérialisme US en Bolivie ? Evo Morales renversé #EvoNoEstasSolo #EvoElMundoContigo #FranciaConEvo .(IC.fr-10/11/19)

     

    Dans un contexte régional où les secteurs conservateurs se trouvent en grande difficulté – perte électorale du Mexique et de l’Argentine, crise institutionnelle au Pérou, explosions sociales en Haïti, en Equateur et au Chili, résistance de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela –, tout doit être fait pour empêcher Evo Morales de demeurer chef de l’Etat en Bolivie. Sa victoire lors de l’élection présidentielle du 20 octobre dernier a déclenché une vague de violence dont tous les ingrédients s’apparentaient ces jours derniers à une tentative de coup d’Etat. Chargée d’auditer le scrutin, l’Organisation des Etats américains (OEA), dans l‘orbite de Washington et d’emblée favorable aux thèses de l’opposition, a comme il était prévisible annoncé ce dimanche 10 novembre qu’elle n’en validait pas le résultat. Le pouvoir bolivien ayant accepté par avance, pour prouver sa bonne foi,  que ce rapport de l’OEA serait « contraignant »,  Evo Morales vient d’annoncer que de nouvelles élections seront organisées. Et ce même si les analyses statistiques prouvent qu’il n’y a pas eu de fraudes et qu’il a bien gagné les élections.

    Rappelons en quelques chiffres le bilan du MAS (mouvement pour le socialisme) emmené par Evo Morales :

    • Analphabétisme : 2006 13% – 2018 2.4%
    • Chômage : 2006 9.2% 2018 4.1%
    • Pauvreté modérée : 2006 : 60.6 % 2018 34.6%
    • Pauvreté extrême : 2006 38.2% 2018 15.2%

    Au soir de ce dix novembre et alors que la situation est confuse en Bolivie, avec de grandes violences commises par les putchiste, IC vous propose, la diffusion du discours de Evo Morales, un résumé des derniers événements connus, ainsi qu’une analyse du journaliste Maurice Lemoine, spécialiste de l’amérique latine, publiée par nos confrères de Mémoire des luttes le 9 novembre

    le discours de démission de Evo Morales

    Ce discours de démission a été diffusé le 10/11/2019 à 14H12 heure bolivienne sur la chaine facebook de Evo Morales. Nous ne pouvons certifier qu’il s’agit d’un discours libre ou s’il est prononcé sous la contrainte.

     

    Que ce passe t il en Bolivie?

    • Avant l’élection présidentielle, l’opposition de droite et les USA avaient annoncé qu’il ne reconnaitraient pas la réelection de Maduro
    • 20 octobre : le MAS remporte largement les élections législatives, avec une large majorité à la chambre des députés et au sénat. Les résultats de la présidentielle donne Evo Morales largement en tête avec plus de 40% des voix. Avec 10 points d’avance sur le second, il est constitutionnellement élu.
    • La droite avant même que le décompte ne soit fini proclamme un second tour, attaque des bureaux de vote et le tribunal électoral. Le décompte est suspendu avant de reprendre
    • Evo Morales pour appaiser la situation accepte un audit par l’OEA, une organisation à la main des USA
    • L’opposition organise des émeutes dans plusieurs villes du pays, le MAS réplique par des manifestations massives, pacifiques
    • 9 novembre, des sections de la police rejoignent les émeutiers
    • 9 novembre, l’état major de l’armée refuse d’intervenir, et ce alors que le palais présidentiel n’est plus défendu, que des élus du MAS sont attaqués, molestés, que des médias sont pris d’assault
    • Evo Morales convoque les partis présents au parlement pour un dialogue politique
    • 9 novembre, l’OAS, sans produire aucune preuve, publie un communiqué indiquant qu’elle ne reconnait pas les élections, accusant des fraudes électorales.
    • 10 novembre : démocrate et devant les troubles, Morales convoque de nouvelles élections présidentielles. Le chef d’état major de l’armée outrepassant son devoir de réserve constitutionnel exige la démission de Evo Morales

    Le palais présidentiel est livré par la police aux putchistes, le leader patronal d’extrême droite à la manoeuvre derrière les émeutes (Camacho) pénétre dans le palais présidentiel

    Je démissionne pour que Mesa et Camacho ne continuent pas à persécuter, kidnapper et maltraiter mes ministres, les dirigeants syndicaux et leurs familles et pour qu’ils cessent de porter préjudices aux marchands, syndicats, professionnels indépendants et transporteurs qui ont le droit de travailler.

    Je veux que le peuple bolivien sache que je n’ai pas besoin de m’échapper pour prouver que je vole quelque chose. A ceux qui disent que nous n’avons pas travaillé, voyez les milliers réalisations construites grâce à la croissance économique. Les humbles, les pauvres qui aiment le pays vont continuer ce combat.

    Nous sommes dans le gouvernement depuis 13 ans, 9 mois et 18 jours grâce à l’unité et à la volonté du peuple. Nous sommes accusés de dictature par ceux qui nous ont perdu lors de tant d’élections. Aujourd’hui, la Bolivie est un pays libre, une Bolivie inclusive, de dignité, de souveraineté et de force économique.

    Page facebook de Evo Morales
    • D’après le ministre de la Santé, la police putschiste tente d’arréter Evo Morales, tandis que sa maison a été mis à sac.

    Constitutionnellement c’est la présidente du Sénat qui est désormais présidente, Adirana Salvatierra, mais elle est également contrainte à la démission.

    De Chimore, dans le département de Cochabamba, Morales appelle à la résistance ” nous reviendons, nous serons des millions, comme Tupac Amaru l’a dit”

    Face aux violences putschiste, le Mexique a offert l’asile dans son ambassade à la Paz à Evo Morales et 20 personnalités de l’executif.

    L’ex président de l’Uruguay Pepe Mujica a condamné le coup d’état et apporté son soutien à Evo Morales. Tout comme Lula, Nicolas Maduro, Bruno Rodriguez Parilla. Le président élu d’Argentine, Fernandez a lui ausis condamné le coup d’état contre le président Evo Morales.

    Sur les réseaux sociaux, les hastag #BoliviaUnida #GolpeDeEstadoEnBolivia #EvoPresidenteLegitimo #EvoNoEstasSolo #BoliviaDijoNo en tête des tendances montrait l’opposition populaire massive, tandis que des hordes de policiers putschistes s’en prennent aux élus du MAS, arretant la présidente du tribunal électoral. Des témoignanes rapporte également que la répression vise également les quartiers populaires.

    Communiqué du ministère des affaires étrangères de Cuba

    Le 20 octobre, par une jour d’élection avec une participation populaire très large, le peuple bolivien a élu comme président de l’État plurinational de Bolivie, Evo Morales Ayma. L’histoire victorieuse de l’Evo, en opposition aux manœuvres de la droite locales, de l’impérialisme et sous une guerre médiatique, est un triomphe de la Grande Patrie.

    Au mépris des institutions électorales et du vote populaire exprimé dans les urnes, des secteurs de l’opposition bolivienne, avec l’appuis et sous la conduite des Etats Unis d’Amériques, de l’oligarchie regionale, ont mis en marche un coup d’état dont l’objectif est d’escamoter le vote du peuple bolivien et son résultat électoral. La stratégie putschiste de l’opposition a eu pour résultat de plonge le pays dans des journées de violence, avec pour conséquences des morts, des centaines de blessés et l’expression condamnable du racisme contre les peuples autochtones.

    Le Président de la République de Cuba, Miguel Díaz-Canel Bermúdez, a déclaré que se déroule un coup d’état contre le Président légitime de la Bolivie et que l’opposition se refuse à reconnaitre sa défaite dans les urnes et a recours à la violence et à la force contre l’ordre constitutionnel.

    Nous denonçons énergiquement le coup d’état en court contre le président légitime de la Bolivie et appellons tous les secteurs concernés à mettre fin à cette manœuvre dangereuse, qui constitue une menace pour la stabilité de la Bolivie et de toute la région.

    Nous soutenons l’appel du président Evo Morales Ayma, qui, dans une manifestation d’équanimité et d’envergure politique, a convoqué les forces politiques à une table de dialogue pour la paix en Bolivie, et appelé les organisateurs de manifestations violentes à une “réflexion en profondeur” et exhorté le peuple à se mobiliser pour défendre la démocratie.

    Nous exprimons le ferme soutien du gouvernement et du peuple cubain au camarade Evo Morales Ayma, président élu légitime de la Bolivie, et au processus de changement que cela amène en faveur de la grande majorité, ce qui montre des succès indéniables dans une croissance économique admirable et dans des avancées extraordinaires. réalisations sociales, en particulier la revendication des peuples autochtones. Nous appelons la communauté internationale à se rallier à la légalité et à la paix, dans le respect du droit et des principes de la pDéclaration de l’Amérique latine et des Caraïbes en tant que zone de paix et à condamner l’aventure putschiste de l’impérialisme et de l’oligarchie .

    La Havane 9 novembre 2019

    La longue campagne du « Tout sauf Evo »

    9 novembre 2019 Par Maurice Lemoine, spécialiste de l’amérique latine

    résident aymara, paysan et syndicaliste, symbole d’une Bolivie nouvelle, appuyé depuis janvier 2006 sur une base « indigène et plébéienne » (pour reprendre les termes de son vice-président Álvaro García Linera), Evo Morales se représentait le 20 octobre pour un troisième mandat consécutif. Pour être élu au premier tour, tout candidat devait obtenir au moins 50 % des suffrages ou recueillir 40 % des voix avec une avance de 10 points sur le deuxième (article 167 de la Constitution), un second tour étant prévu le 15 décembre en cas de nécessité.
    Dans une Amérique latine bousculée par une série de crises politiques et économiques parfois aiguës, le pays, de l’avis des observateurs de tous bords, se porte exceptionnellement bien. La nationalisation des ressources stratégiques [1] et la redistribution des recettes de l’Etat ont permis une stabilité politique inédite (si l’on excepte quelques épisodes de tensions et de contestations) grâce à la mise en place de programmes d’accès au travail, à l’éducation et à la santé. Dans un contexte de croissance soutenue, le PIB a bondi de 9 milliards de dollars à plus de 40 milliards, les réserves de change se maintiennent à la hausse, l’inflation est maintenue sous contrôle, le salaire réel a augmenté et, de 59,9 % en 2005, le taux de pauvreté était descendu à 36,4 % fin 2017 (l’extrême pauvreté passant de 38 % à 15 %, soit une baisse de 23 points). On évitera le mot « miracle », beaucoup restant à faire, mais l’appréciation positive de tels résultats dans le pays considéré depuis des lustres comme « le plus pauvre d’Amérique latine » n’a rien d’une vue de l’esprit.

    Malgré un tel bilan, cette dernière élection se présente sous un jour moins favorable que les précédentes, remportées haut la main par Morales au premier tour, avec une confortable majorité. Après treize années de pouvoir, la très classique « usure » a fait son apparition. Des pans de population sortis de la pauvreté ne s’identifient plus au Mouvement vers le socialisme (MAS) qui leur a permis une telle ascension ; pour des raisons inverses, tout en bas de l’échelle, ceux qui ont le moins progressé expriment leur déception ; d’une façon plus générale, à l’élan initial d’une « refondation plurinationale » mettant le pays cul par dessus tête se sont substitués des progrès désormais plus lents et, avec leurs inévitables scories, de moins enthousiasmantes « bureaucraties », « gouvernance » et « normalité ».
    En soi, et s’il doit être pris en compte, ce nouveau panorama n’a rien de catastrophique pour la mouvance progressiste à la veille du scrutin, Evo Morales demeurant largement en tête de toutes les projections. Néanmoins, il apparaît tout aussi clairement qu’une victoire au premier tour est hautement souhaitable pour lui. Très divisée, la droite part perdante, mais serait susceptible, dans un éventuel second tour, malgré ses divergences et ses rivalités, de se regrouper autour d’un vote dur « Tout sauf Evo ».

    Dans ce contexte, Morales affronte au tout premier chef le postulant conservateur le mieux placé dans son camp, à la tête de l’alliance Communauté citoyenne (CC), Carlos Mesa. Journaliste aisé, historien, ce candidat (centriste d’après L’Obs, de « centre droit », selon Courrier International  !) a été vice-président de… l’ultralibéral Gonzalo Sánchez de Lozada – dit « Goni » – élu en 2002 après avoir battu « el Indio » Morales avec une différence minime, mais acceptée par ce dernier, de 1,41 % des voix [2]. Chiens de garde de George W. Bush, Otto Reich (secrétaire d’Etat assistant pour l’hémisphère occidental) et Roger Noriega (ambassadeur devant l’Organisation des Etats américains [OEA]), avaient menacé d’imposer des sanctions à la Bolivie si « Evo » était élu.
    Corruption, ouverture économique, privatisations, projet d’impôt nouveau sur les salaires, éradication forcée et brutale de la coca… Débordé après des semaines de manifestations et malgré une répression féroce se soldant par plus de 70 morts et des centaines de blessés, Sánchez de Lozada s’enfuit à Miami le 17 octobre 2003. Doté d’un certain sens de l’opportunité politique, le premier de ses collaborateurs, Mesa, lui succède, comme le lui permet la Constitution, plutôt que de démissionner. Il gouvernera jusqu’en mai 2005, chahuté par une contestation sociale permanente menée, entre autres, par Evo Morales, son principal opposant. Lequel, le 28 août suivant, mettant en échec et la droite et Washington, appuyé sur une base majoritairement indigène, mais aussi sur des secteurs urbains, les corporations, les coopératives, les retraités et des cohortes de métis professant un discours à l’accent « national », sera élu une première fois avec 53,74 % des voix.

    Sans surprise, au soir du scrutin du 20 octobre dernier, les premiers résultats du comptage préliminaire du Tribunal suprême électoral (TSE) donnent le binôme Morales-García Linera (vice-président) en tête. Toutefois alors que 83 % des votes ont été comptabilisés, ce duo ne dispose toujours pas des 10 points de différence nécessaires à un succès immédiat (45,28 % – 38,16 %). Si Mesa et ses soutiens crient immédiatement victoire, dans la perspective d’un second tour inédit qu’ils annoncent absolument certain, le camp du chef de l’Etat sortant ne s’émeut pas pour autant. Les 17 % de votes encore non pris en compte correspondent aux zones paysannes et indigènes les plus lointaines, éparpillées et isolées, dépourvues d’Internet (pour l’envoi des PDF des procès verbaux) et de modernes voies de communication. Des espaces très majoritairement favorables à « Evo », dont ils constituent la base sociale et une importante réserve de voix.
    Cet élément incontestable (car constaté lors des élections précédentes) aura été soit oublié soit gommé lorsque, le 21, après une nuit de silence de la page Web du TSE jugée « suspecte » voire « scélérate » par l’opposition, tombe le bilan quasiment définitif, mais déjà contesté : « Evo Morales l’emporte au premier tour ». Une information confirmée le 24 vers 18 heures, après dépouillement de 99,81 % des bulletins, lorsque le TSE indiquera que le chef de l’Etat socialiste bénéficie de 47,06 % des suffrages contre 36,52 % à Mesa [3]. Un écart supérieur aux fameux 10 points de pourcentage et qui, portant sur plus de 600 000 voix, se révèle irrattrapable pour l’opposant.

    Dès le lundi 21, Mesa a dénoncé « une fraude scandaleuse » et accusé le TSE d’être « une honte pour le pays ». L’appuyant implicitement, le chef de la délégation de l’OEA, l’ex-ministre des Affaires étrangères du Costa Rica, Manuel González Sanz, a de son côté critiqué l’interruption du comptage rapide intervenue dans la nuit du 20 au 21 et manifesté sa « profonde préoccupation et surprise pour le changement de tendance » constaté le lundi matin. Alors que, à l’appel de Mesa, se produisent les premières mobilisations et violences à Potosí, Oruro, Tarija et Chuquisaca, l’OEA va plus que vite en besogne : dès le mercredi 23, alors que le TSJ n’a pas encore rendu public le résultat définitif, la mission d’observation électorale de l’organisation interaméricaine estime que la « meilleure solution » serait de déclarer un ballottage entre les deux candidats. L’Union européenne fait encore plus fort en appelant le 24 à « mettre un terme au processus de dépouillement en cours » et à organiser directement un second tour « pour rétablir la confiance et s’assurer du respect du choix démocratique du peuple bolivien ». Les Etats-Unis et leurs comparses du Brésil, de l’Argentine et de la Colombie ne disent pas autre chose. L’Eglise catholique bolivienne abonde dans leur sens.

    Il n’en faut pas plus pour que les professionnels de la plume, de la caméra et du micro se mettent de la partie. Dans le registre absurde, s’agissant de Radio France Internationale (RFI) qui titre le 22 avril, évoquant les injonctions de Fernando Camacho, président fascisant du Comité Pro-Santa-Cruz (la plus grande et plus riche ville du pays) : « Présidentielle en Bolivie : la société civile appelle à une grève de 24 heures [4] ». Est-ce à dire que les 2 889 359 électeurs qui ont porté Evo Morales en tête du scrutin (contre 2 240 920 à Mesa) n’appartiennent pas à la dite « société civile » ? Peut-être s’agit-il d’extraterrestres ! A moins, bien entendu, qu’il ne s’agisse d’« Indios de mierda » – expression fréquemment employée par l’ « élite » raciste blanche de Sucre (la capitale) et Santa Cruz, et que nous traduirons pudiquement par « misérables Indiens »…
    Chacun dans son style, de la presse conservatrice à la gauche « pensée conforme » (et en particulier Attac, pour ne citer avec accablement que cette organisation [5]), une tendance se dégage – émergée en réalité depuis déjà de longs mois : Evo Morales se présente alors que les Boliviens lui ont dit « non » en 2016 à l’occasion d’un référendum portant sur la possibilité d’un troisième mandat consécutif, alors que la Constitution (article 168) n’en autorisait que deux ; il est donc, en s’ « accrochant au pouvoir », à la manière d’un « caudillo », pour ne pas dire d’un « dictateur en puissance », le responsable de la situation [6].
    Sauf bien sûr à rappeler dans quelles conditions a eu lieu, en 2016, le référendum en question.

    Deux ans auparavant (le 12 octobre 2014), Morales avait été réélu avec 61,36 % des voix, son parti, le MAS, obtenant les deux tiers des sièges de l’Assemblée législative. Depuis, les forces conservatrices continentales étaient repassées à l’offensive. En témoignait la violente tentative de déstabilisation de Nicolás Maduro au Venezuela. En Bolivie, d’aucuns au sein du parti au pouvoir – « el oficialismo » – envisageaient l’avenir avec circonspection. De par sa personnalité, Evo Morales constitue le pivot central de l’archipel des mouvements sociaux. Sans lui, les forces du changement peineraient à demeurer unies. Il n’y a qu’un fou pour changer de cheval au milieu du gué ! Les « masistas » (militants du MAS) firent très tôt pression pour l’organisation d’un référendum permettant une réélection de leur leader,alors non autorisée. Loin des débats abstraits sur la démocratie, les militants et citoyens font ceci ou cela en fonction du contexte : ni bien ni mal, c’est pragmatique et opportun. L’alternance « obligatoire » ne garantit en tant que telle ni la volonté générale ni la stabilité politique, encore moins le maintien des programmes sociaux. Or, à l’exception de quelques points noirs, dont l’affaire de corruption ayant permis à une vingtaine de mandataires et élus du MAS de piller le Fonds indigène (une institution de développement rural), y laissant un trou évalué à 14,6 millions de dollars, le bilan économique et social du chef de l‘Etat était largement positif. Même si, dans le cadre d’un référendum, le choix entre de simples « oui » et « non » devait unir tous ses adversaires, « Evo » avait toutes les chances de l’emporter. Les « masistas » le savaient. L’opposition aussi.

    Depuis 2014, le chargé d’affaires Peter Brennan est le diplomate de plus haut rang présent dans l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie. En 2008, l’ambassadeur Phillip Goldberg a été expulsé pour son implication dans la tentative de renversement d’Evo Morales à laquelle a participé en tout premier lieu le Comité civique pro-Santa Cruz, dirigé alors par l’homme d’affaires extrémiste bolivo-croate Branko Marinkovic (en cavale depuis 2010 au Brésil, après un passage par les Etats-Unis). En poste au Nicaragua entre 2005 et 2007, Brennan s’y est fait remarquer par ses liens étroits avec les groupes et partis antisandinistes. Après un passage par le Costa Rica, il prend en charge la coordination des Affaires cubaines du Département d’Etat. Arrive en Bolivie en 2014. S’y lie ouvertement avec l’alpha et l’oméga de l’opposition. Y rencontre, le 11 décembre 2015, dans le luxueux hôtel « cinq étoiles » Los Tabijos, de Santa Cruz, un certain Carlos Valverde. Journaliste de son état. Mais aussi ex-chef des services de renseignements boliviens entre 1989 et 1993, en pleine ère néolibérale, sous la présidence de Jaime Paz Zamora.

    Par le plus grand des hasards, l’ « affaire » éclate peu de temps après, en pleine campagne pour le référendum du 21 février. Et alors que, créant un sentiment d’échec et de reflux général, les gauches continentales « amies » du MAS se trouvent en difficulté. Au Venezuela, en s’appuyant sur une féroce « guerre économique », la droite a remporté les élections législatives. L’Argentine a pour nouveau chef de l’Etat le néolibéral Mauricio Macri. Au Brésil, vient d’être lancée une procédure d’« impeachment » contre la présidente Dilma Rousseff.
    Les vents médiatiques ne demandent qu’à accompagner le mouvement en l’étendant à la Bolivie : pour n’évoquer que lui, car il exerce une influence certaine, le quotidien espagnol El País a déjà titré (4 janvier) : « Evo Morales transgresse les normes à la recherche d’une réélection ».
    Le 5 février, dans son émission « Todo por Hoy » (« Tout pour aujourd’hui ») diffusée depuis Santa Cruz par Activa TV, Carlos Valverde lance l’ « opération » en dévoilant l’acte de naissance du fils qu’aurait eu en 2007 Evo Morales avec une petite amie secrète, une militante du MAS de 28 ans sa cadette, Gabriela Zapata. Jusque-là, rien de véritablement scandaleux (sauf pour les grenouilles de bénitier). Toutefois, sans compétences particulières, Zapata est devenue en 2013 gérante d’une firme de BTP chinoise, CAMC Engineering Co (CAMCE), qui a conclu, grâce à la proximité de cette cadre supérieure avec le président, des contrats de l’ordre de 566 millions de dollars avec l’Etat. Un trafic d’influence aussi scandaleux qu’évident !

    Dès le lendemain, en conférence de presse, Morales donne sa version des faits. En résumé : oui, il a bien eu une liaison avec la jeune femme entre 2005 et 2007, année au cours de laquelle ils ont eu un enfant, qu’il n’a jamais vu, le bébé étant malheureusement décédé très rapidement ; le couple s’est séparé immédiatement après et a rompu tout contact ; Morales ignorait que son « ex » travaillait pour CAMCE.

    Un bon scandale doit comporter une image en laquelle l’imagination du public puisse s’investir. Les médias boliviens dégoulinent de photos et de commentaires sur la vie luxueuse (bien réelle) de « la maîtresse d’Evo ». Les réseaux sociaux débagoulent, dégoulinent, racontent n’importe quoi, passés maîtres dans l’art de blesser et de faire suppurer la plaie. L’intégrité du chef de l’Etat – jusque-là sa force principale – est plus qu’écornée. La presse internationale s’en donne à cœur joie avec ce qui devient une passionnante « telenovela ».
    Une telle « indignité » provoque un fort sentiment de réprobation au sein des classes moyennes et dans les secteurs urbains. La campagne de presse atteint son paroxysme. « Les intentions de vote pour le non augmentent en raison du scandale qui affecte Gabriela Zapata et Evo » : d’après les quotidiens Página Siete, Los Tiempos et Correo del Sur, qui ont commandité une enquête, le « non » s’impose désormais très largement sur le « oui » – 47 % contre 28 % [7].
    Deux jours avant l’échéance, des groupes d’étudiants de l’Université publique d’El Alto, immense urbanisation qui surplombe La Paz, paralyseront le centre de cette dernière aux cris de « Evo, Zapata, rendez l’argent ! »… Tous les opposants ne forment alors qu’une seule et belle famille, depuis l’ex-président Carlos Mesa (droite), les gouverneurs de Santa Cruz, Rubén Costas (droite extrême), et de La Paz, Félix Patzi (autoproclamé « indigène lettré »), en passant par l’ancienne ministre de la Défense Cecilia Chacón (démissionnaire en 2011 après une répression de manifestants), l’indigénisme radical et communautariste (hostile depuis toujours à « Evo ») et l’ultragauchiste Parti ouvrier révolutionnaire (POR). Rebaptisée « mobilisation citoyenne », cette sainte alliance dénonce fort classiquement, et à l’avance, une « fraude » à venir lors du référendum – le Tribunal électoral étant composé de « sympathisants du MAS », on l’aura compris.

    Malgré cette fraude annoncée (au cas où !), le chef de l’Etat perd une bataille électorale pour la première fois en dix ans. Avec une participation de 84,47 %, 51,3 % des Boliviens se prononcent contre la réforme de la Constitution lui permettant de briguer un nouveau mandat. Détail dont on pourrait dire qu’il a son importance : ponctuée de dénonciations de tricheries et d’irrégularités, la tension fut énorme durant les deux jours qui suivirent le scrutin. C’est en effet le laps de temps qui fut nécessaire pour l’annonce d’une tendance irréversible par le TSE. Comme cette année…

    Soixante mille voix de différence sur un corps électoral de 6,2 millions de personnes. La « fake news » a atteint son objectif de très peu. Mais elle l’a atteint. Lorsque la vérité va se faire jour, révélant l’ampleur de la manipulation, il sera malheureusement trop tard… La défaite d’Evo est consommée.
    Dès le 21 février, accusée d’ « enrichissement illicite et trafic d’influence », Zapata est arrêtée et placée en détention préventive. Une semaine plus tard, en conférence de presse, le vice-président García Linera produit des photos de ses frère et sœur (Paola et Gabriel) en compagnie de politiciens d’opposition – les députés Norma Piérola et Shirley Franco, l’ex-président Jorge « Tuto » Quiroga et Samuel Doria Medina (riche homme d’affaires, candidat à la présidence en 2005, 2009 et 2014). La connivence tombe fort heureusement dans les oubliettes quand, le lendemain, Pilar Guzmán, la tante de Gabriela Zapata, provoque un tsunami. L’enfant du président, Ernesto Fidel, a 8 ou 9 ans et il est bien vivant. « Il est le fils de M. Evo Morales. Je ne sais pas pourquoi ils ont dit ça. Je ne sais pas ce qui les a poussés à mentir », déclare-t-elle sur la chaîne PAT TV.
    Tombant manifestement des nues, le président demande à voir l’enfant, dont les avocats de Zapata ont confirmé l’existence : « J’ai le droit de connaître mon fils, c’est mon devoir de le soigner, de le protéger », déclare-t-il le 29 février. Les proches de l’intrigante font durer le suspens tandis que surgissent des photos sur lesquelles cette dernière apparaît en compagnie d’un gamin. Il faudra que le président ait recours à la justice pour qu’un garçon de 11 ans soit présenté le 12 avril à l’autorité compétente. Prenant l’initiative de se soumettre à un test ADN de paternité, Evo Morales se voit opposer le refus de Zapata quand il réclame une démarche similaire sur elle-même et leur enfant supposé.

    Après de nouvelles péripéties, il s’avèrera que Zapata a menti lorsqu’elle a fait croire à Morales en 2007 qu’ « ils » avaient eu un bébé (puis qu’il était décédé) ; que l’acte de naissance présenté au début de l’affaire par le « journaliste » Valverde était un faux (le nom du bébé ne figurant dans aucun registre de l’hôpital où il était censé avoir vu le jour) ; et que l’enfant présenté en cette année 2016 à la juge de la famille par Pilar Guzmán, la tante de Zapata, n’était en aucun cas le fils de cette dernière (et donc encore moins d’ « Evo »).
    L’ensemble des révélations mènera à l’arrestation de Pilar Guzmán ainsi qu’à la détention des avocats Eduardo León, William Sánchez et Walter Zuleta, accusés d’avoir monté cette supercherie en sa compagnie. « Il a été offert de payer la pension au collège de l’enfant jusqu’à son baccalauréat et d’offrir un terrain et une somme, entre 5 000 et 15 000 dollars, aux parents de ce mineur », révélera le procureur général Ramiro Guerrero en juin. Sa propre mère était chargée d’apprendre ses « éléments de langage » au supposé fils du président. Ces révélations feront, entre parenthèses, une autre victime de poids : la chaîne d’information en continu étatsunienne CNN qui venait d’expédier en urgence un « envoyé spécial » à La Paz pour obtenir un « scoop » spectaculaire et politiquement intéressant grâce à l’autorisation d’interviewer l’enfant.
    Sentant le vent du boulet se rapprocher à grande vitesse, l’initiateur de tout ce roman, le « journaliste » Valverde, avait lui, dès le 18 avril, pris les devants : « J’ai eu accès à une information sérieuse (sic !) qui confirme que le fils supposé de GZapata et du président Morales n’existe pas. »

    A ce volet « people » du « Zapatagate » qui combla les médias, s’ajoutera le démontage, plus modestement couvert, du supposé « scandale de corruption ». Celui-ci eut pour cadre un bureau du Ministère de la Présidence destiné par le passé à la « Première Dame » (figure éliminée avec l’arrivée du célibataire Evo Morales au pouvoir). Avec la complicité de deux fonctionnaires du ministère et de comparses extérieurs pour établir les contacts, dont l’avocat d’affaires Walter Zuleta, Gabriela Zapata y recevait des entrepreneurs. Arguant de son « intimité » avec le président et de d’une supposée proximité avec un certain nombre de ministres, elle signait au nom de l’Etat des « accords » et des « autorisations » (permettant, par exemple, d’ouvrir des maisons de jeux), moyennant d’importants pots de vin (ses transactions bancaires se montèrent à 700 000 dollars l’année précédant son arrestation).
    S’agissant des contrats signés avec CAMCE, l’enquête démontra qu’ils étaient antérieurs au recrutement de Zapata par la firme. Ils avaient pour raison majeure le fait qu’ils conditionnaient l’octroi d’un prêt par la Chine (pour la réalisation des travaux dont CAMCE obtenait la responsabilité). On apprit même que l’entreprise avait été soumise à une amende de 21 millions de dollars et à une interdiction de participation à des licitations pendant trois années pour ne pas avoir respecté certaines de ses obligations. En d’autres termes, le pseudo scandale retomba comme un soufflé [8].

    Le pouvoir et ses partisans ont depuis fait du 21 février (date du référendum de 2016) le « Jour du mensonge ». Une enquête effectuée par Market Opinion Research International (Mori) le confirma à sa manière en révélant ultérieurement qu’à la question « le cas Zapata vous a-t-il influencé au moment de voter ? », 53 % des personnes interrogées ont répondu « oui ». C’est donc à juste titre que Juan Ramón Quintana, ex (2006-2010 puis 2012-2017) et actuel ministre de la Présidence, pouvait annoncer en décembre 2016 : « Oui, de fait, nous discutons avec les mouvements sociaux de la possibilité de remettre en question les résultats du 21 février. (…) Cela a été un coup [au sens de coup d’Etat] politico-médiatique. L’une des preuves les plus fortes est la relation entre l’auteur de la dénonciation sur le supposé fils d’Evo et l’ambassade nord-américaine. Et ce qu’a signifié la triangulation politique de l’ambassade des Etats-Unis (…) avec le comportement des médias, des analystes et des laboratoires d’opinion publique qui fonctionnent à travers les réseaux sociaux. Il y a des preuves tangibles, irréfutables, qu’il s’est agi d’une conspiration [9].  »
    Etait-il donc dès lors illégitime de remettre en cause cet attentat à la démocratie ? Envolés les grands principes : il semblerait que, pour les acteurs du formatage de l’opinion, la réponse est « oui ».

    Lorsqu’elle défend une cause qui lui paraît juste, la gauche latino-américaine, elle, n’a pas l’habitude de la reddition. Dans le cadre d’intenses cogitations sur des solutions alternatives légales, le MAS met dès lors quatre options sur la table, toutes compatibles avec la Constitution politique de l’Etat (CPE) : la réalisation d’un nouveau référendum, cette fois d’initiative citoyenne [10] ; une réforme de la Constitution en utilisant la majorité des deux tiers au sein de l’Assemblée législative ; une démission du président, lui permettant de se représenter de façon « non consécutive » (le vice-président terminant le mandat) ; un recours au Tribunal constitutionnel plurinational (TCP) basé sur l’article 256 de la Constitution, lequel considère que les traités internationaux signés ou ratifiés par la Bolivie et comportant des droits « supérieurs » prévalent sur la dite Constitution.
    Il se trouve que l’article 23 de la Convention américaine relative aux droits de l’Homme (CADH), adoptée à San José (Costa Rica), le 22 novembre 1969, mentionne explicitement, s’agissant des droits politiques des citoyens, que ces derniers doivent pouvoir : « participer à la direction des affaires publiques, directement ou par l’intermédiaire de représentants librement élus ; d’élire ou d’être élus (…). » Seules exceptions à cette possibilité « d’élire ou d’être élus » : « (…) des motifs d’âge, de nationalité, de résidence, de langue, de capacité de lire et d’écrire, de capacité civile ou mentale, ou dans le cas d’une condamnation au criminel prononcée par un juge compétent.  » Aucune mention d’une éventuelle limitation du droit des citoyens à choisir un candidat et, pour ceux-ci, à se présenter pour plusieurs mandats populaires, consécutifs ou non.

    En se basant sur cet argument, la Cour constitutionnelle du Costa Rica a permis en 2006 la réélection, interdite jusque-là, du social-démocrate Óscar Arias (sans un haussement de sourcils de la « communauté internationale »), son équivalente colombienne a fait de même pour le maintien au pouvoir, la même année, du plus que droitier Álvaro Uribe (avec juste quelques signes de désapprobation) et la décision de la Cour de justice nicaraguayenne a autorisé la candidature et la réélection du sandiniste Daniel Ortega en 2016 (soulevant cette fois, comme pour « Evo », un hourvari d’indignation).

    Le 28 novembre 2017, répondant à un recours déposé par plusieurs parlementaires du MAS, le Tribunal constitutionnel invalide le résultat du référendum, au motif que la campagne des partisans du « non » a été diffamatoire et donc illégale. Le lendemain, la reconnaissance de la primauté de l’article 23 de la CADH supprime la limite d’un seul renouvellement consécutif visant la fonction de chef de l’Etat (mais aussi celles de vice-président, de gouverneur et de maire). A ceux qui acceptent sans barguigner que Jean-Claude Junker ou Angela Merkel puissent respectivement gouverner le Luxembourg et l’Allemagne pendant vingt années, mais paniquent en voyant le « maintien perpétuel » au pouvoir d’un président latino (surtout quand il est de gauche), le président du Tribunal rappelle que, en tout état de cause, c’est l’électorat bolivien qui conservera « le dernier mot » Par son vote à l’occasion des prochains scrutins.
    Ce genre d’argument raisonnablement acceptable ne convainc pas tout le monde (ça se sent ces choses-là !). Vingt-quatre heures ne se sont pas écoulées que l’administration de Donald Trump demande au président bolivien de respecter et la Constitution et le référendum de 2016, et de renoncer à se présenter. Le Sénat américain en fait autant. Leur petit soldat Luis Almagro, secrétaire général de l’OEA, renchérit. Après avoir noué sa plus belle cravate, Carlos Mesa s’envole pour Washington. Lorsqu’il revient, après une série de réunions avec hauts fonctionnaires et sénateurs américains, il annonce qu’il va rétablir les relations diplomatiques au plus haut niveau. Certes, il n’est pas encore président, mais la campagne « La Bolivie a dit non » vient de prendre son élan.

    Ici, l’inventaire sera bref des multiples modalités de son développement. On se contentera de quelques épisodes significatifs. Fin juillet 2018, Jorge « Tuto » Quiroga et Carlos Mesa déclarent que le thème de la réélection va générer une tension qui mènera l’opposition « à une situation que nous ne désirons pas : la violence [11] ». Plus concrètement, Mesa propose de déterminer un « Jour D », à partir duquel sera mis en place un agenda concret pour empêcher Evo Morales de se présenter. Le 10 octobre, dans tous le pays, de multiples manifestations se déploient pour exiger le respect du « référendum ». Celle de La Paz, très « classes moyenne et supérieure métisses et blanches », à laquelle participent Carlos Mesa et Samuel Doria Medina, a été convoquée par une coalition baptisée Comité national de défense de la démocratie (Conade) et par (cela devient un grand classique dans les crises internes latino-américaines)… l’Assemblée permanente des droits humains de Bolivie (APDHB). Correspondante des grandes multinationales du secteur – Amnesty International (AI), Human Right Watch (HRW), Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) –, l’APDHB a connu de fortes divisions et des ruptures internes du fait de son appui implicite et explicite à l’opposition. Sa directrice Amparo Carvajal, une religieuse espagnole, n’hésite pas à déclarer qu’elle était mieux écoutée par le pouvoir « du temps de la dictature [1964-1982] » [12].

    Conséquence directe… Quand, immédiatement après le scrutin du 20 octobre, l’opposition lancera ses premières actions, délibérément violentes, sans qu’on ne détecte une quelconque apocalypse de violence policière, Amnesty sera déjà dans les « starting blocks » (24 octobre), impatiente de mettre la Bolivie à son tableau de chasse, après le Venezuela et le Nicaragua : « Jusque-là, la réponse des autorités boliviennes face aux manifestations a été très alarmante et démontre un mépris pour les droits humains. Nous surveillons leurs actions et les engageons à ne pas avoir recours à une force excessive [13]. »De son côté, et alors qu’au Chili les militaires de Sebastian Piñera répriment sauvagement, gazent, éborgnent et tuent, José Miguel Vivanco, au nom de Human Right Washington (également connu sous le nom de Human Right Watch) établit une claire hiérarchie dans ses priorités : il demande à son compère Luis Almagro et à l’OEA l’application de la Charte démocratique à… la Bolivie, en raison de la « fraude » constatée lors de l’élection.

    Tout aura été essayé. Pour empêcher Morales de se présenter, l’opposition en a appelé à la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), à l’OEA, au Brésil, à la Colombie et même directement à Donald Trump. En interne, les tristement célèbres Comités civiques, à la tête du combat lors de la tentative de déstabilisation de 2008, ont fait leur réapparition. Il s’agit d’instances « citoyennes » et de plateformes représentant certains secteurs économiques et/ou d’extrême droite, agissant en dehors des partis politiques (mais souvent en phases avec ceux-ci). Ils annoncent sans fioritures qu’ils ne reconnaîtront pas le résultat électoral si Morales l’emporte, traitent le gouvernement de « dictature » et proposent le « fédéralisme » comme moyen d’en finir avec l’Etat central (comme en 2008, précisément).

    Aucune manœuvre, la plus agressive soit-elle, n’y a pu rien changer : jusqu’à preuve du contraire, Evo Morales a été élu (et, dans le cadre des législatives, le MAS a obtenu la majorité). L’opposition conteste le résultat de la présidentielle. Sur quelle base ? Vice-président du Tribunal électoral, Antonio Costas a certes démissionné en invoquant lui aussi l’arrêt du flux des résultats le 20 au soir. « Il y a eu une alerte à l’attaque informatique, a-t-il ultérieurement déclaré, gérée avec maladresse, mais la pagaïe technique [d’où la raison de sa colère] n’a pas changé la véracité des résultats [14].  »

    Insuffisant apparemment pour que l’OEA et l’Union européenne, par leurs déclarations précipitées, n’encouragent et ne renforcent ouvertement les velléités d’insurrection de l’opposition. Des prises de positions très contestables pour le Mexique, dont la représentante à l’OEA, Luz Elena Baños, affirmait dès le 23 octobre que la mission d’observateurs s’était éloignée « des principes d’objectivité et de non intervention dans les affaires internes du pays » et mettait en garde sur « le risque d’instrumentalisation politique des missions d’observation électorale [MOE], un outil technique devant être utilisé pour améliorer la qualité des processus démocratique. »

    Pas de second tour ! Mais, a précisé la présidente du Tribunal électoral, l’institution n’a rien à cacher : «  Nous sommes disposés à l’organisation d’un audit électoral, et nous allons le faire. Tout comme nous avons accueilli des observateurs électoraux. » Les affrontements ont commencé entre la « mobilisation démocratique », emmenée par Mesa et les dirigeants des Comités civiques, et les électeurs du président mobilisés pour défendre la… démocratie. Le Conade et les comités civiques de La Paz, Potosí, Chuquisaca, Cochabamba, Oruro, Tarija, Beni et Santa Cruz décrètent une grève générale pour obtenir « un second tour ». « Où je vais en prison, où je vais à la présidence », a déclaré Mesa. Mais, alors qu’il soutient cette grève, il refuse de participer à l’audit des résultats électoraux, qui démarrera le 28. Pourtant conforme à ce qu’il prétend réclamer puisque, après accord entre le gouvernement et l‘organisation, des experts de l‘OEA le mèneront (de même que des « pays amis », le Mexique, le Paraguay, le Pérou et l’Espagne).
    A partir de ce moment débutent l’escalade. Les manifestations des « contre » et des « pour » se multiplient. Avec leur lot de chocs entre les deux camps. La police doit intervenir pour séparer les manifestants pro et anti Morales à Santa Cruz (le 28). Les anti-« Evo » paralysent le centre des villes ; les « pro » menacent d’utiliser les méthodes de « blocus » déjà envisagées en 2008.

    En organisant un référendum illégal, Santa Cruz s’était alors déclarée « autonome » (comme les autres Départements d’opposition, tous sur les basses terres : Beni, Pando et Tarija). Mais les putschistes avaient oublié un détail : « S’ils tiennent la ville, les banlieues et les zones rurales environnant Santa Cruz sont majoritairement habités par des paysans colonisateurs, Indigènes immigrés des hauts plateaux, nous avait confié à l’époque, sur place, un partisan du président. Ils peuvent crier “autonomie, autonomie”, c’est nous qui contrôlons les accès à la ville. S’il se passe quelque chose, il y aura une réponse immédiate, ils sont encerclés ! »
    De fait, ces derniers jours, mineurs, syndicalistes et paysans, les secteurs qui historiquement ont appuyé le président, marchent sur La Paz, Cochabamba, s’organisent à Santa Cruz, et ont commencé à établir des barrages sur les routes qui relient Potosi à Sucre (la « ville blanche ») et Cochabamba à Santa Cruz (la cité au racisme à fleur de peau).

    Aucun euphémisme n’y changera rien : il s’agit désormais d’une tentative de renversement d’Evo Morales. Alors que les experts de l’OEA sont à l’œuvre, Mesa a changé son fusil d’épaule. Il réclamait un second tour, il invoque maintenant la nécessité d’une nouvelle élection et, le traitant de « manœuvre destinée à maintenir Morales au pouvoir »… rejette l’audit de son très récent allié, l’OEA. Exprimerait-il ainsi un doute sur la possibilité de découvrir les « fraudes massives » qu’il a dénoncées ? Il est vrai que Mesa se trouve sous pression, car maintenant débordé sur son extrême droite. Le 2 novembre, après réunion avec certains dirigeants du Conade, le président du Comité civique pro-Santa Cruz, Luis Camacho, a donné 48 heures à Evo Morales pour démissionner. Outre les appels pressants et réitérés aux militaires (comme au Venezuela et au Nicaragua) le mot d’ordre devient « nouvelles élections générales sans Evo Morales » – réplique exacte du scrutin réclamé dans la République bolivarienne, « sans Nicolás Maduro ». Et, pour marquer leur territoire, les plus factieux parmi les factieux ont fait monter les enchères en précisant : « Ni Morales ni Mesa ». Ce qui a au moins l’avantage de diviser la droite… Mais laisse une question en suspens : à l’allure où vont les choses, qui sera le « Juan Guaido » des Andes, Mesa ou Camacho ?

    La Paz, Cochabamba, Santa Cruz… Occupation des institutions publiques [15], menaces et agressions contre les « masistas » « Nous sommes à un pas de commencer à compter les morts par dizaine », a déclaré le 5 novembre le ministre de la Défense Javier Zavaleta, en invitant Camacho à contrôler ses « groupe de choc ». Sans résultat probant. Le conflit prend une très vilaine tournure. A Quillacollo, Feliciano Vegamonte, ex-dirigeant de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB) est séquestré. Des scènes obscènes vécues en 2008 se répètent. Le 6 novembre, dans le « municipio » de Vinto (département de Cochabamba) où il a brûlé la mairie, un groupe de nervis a séquestré la mairesse Patricia Arce, membre du MAS, l’a traînée dans la rue, pieds nus, sur plusieurs kilomètres, avant de l’installer sur une tribune, devant une foule haineuse, pour la peindre en rouge et de lui couper les cheveux.

    « L’agression sélective contre les citoyens et les forces de sécurité, l’appel au soulèvement des Forces armées et de la Police nationale, et finalement l’injonction faite au président Evo Morales, sous la menace, de quitter le gouvernement sous 48 heures sont de claires évidences qu’il y a en cours un coup d’Etat qui prétend briser la vie démocratique de la Bolivie », a dénoncé le 4 novembre, devant le Conseil permanent de l’OEA, le ministres des Affaires étrangères Diego Pary. A-t-il été entendu ? Et quand bien même il le serait…
    On sera ici extrêmement prudent sur les possibles développements de la crise à très court terme. Le 2 novembre, en affirmant qu’il respectera le rapport élaboré par l’OEA au terme de l’audit de l’élection, Evo Morales a ajouté espérer qu’il s’agira d’un « travail technique et juridique, et pas politique ». Une préoccupation des plus compréhensibles. Dans son évidente certitude que les résultats du scrutin sont fiables, et pour prouver sa bonne foi, le pouvoir bolivien a accepté que les conclusions de l’audit et les conséquences qui en découleront soient « contraignants ». C’est le secrétaire général de l’OEA Luis Almagro qui recevra l’audit envoyé par ses trente experts dans un premier temps, puis qui, par les canaux diplomatiques, les transmettra au gouvernement du pays andin. En d’autres termes : Almagro et l’OEA sont les maîtres d’un jeu dans lequel Evo Morales et les siens se sont liés les mains.

    Sans écarter l’hypothèse que des anomalies réelles soient détectées – ce qui est après tout du domaine du possible, même pour un pouvoir ne les ayant pas volontairement provoquées –, l’OEA, par définition, obéit en priorité à Washington. Ses premières réactions, le lendemain du scrutin, indiquent clairement dans quel sens souffle le vent.
    Il se trouve qu’un fantastique bras de fer est engagé en Amérique latine où d’aucuns avaient un peu hâtivement annoncé une « fin de cycle ». Les tenants du conservatisme sont sur les dents. Ils ont « perdu » en quelques mois le Mexique et l’Argentine. Le Venezuela, Cuba et le Nicaragua résistent. Une grave crise institutionnelle secoue le Pérou. Haïti brûle, l’Equateur s’est embrasé (et il n’y règne qu’une relative accalmie), même les heureux bénéficiaires de l’ « oasis » chilienne sont en cours de soulèvement.
    Le 24 octobre, Almagro, la bave aux lèvres, dénonçait le rôle de Cuba et du Venezuela dans la vague de « déstabilisations » affectant l’Equateur, la Colombie et le Chili : « Les brises du régime bolivarien impulsées par le madurisme et le régime cubain portent de la violence, des saccages, de la destruction, et l’intention politique d’attaquer directement le système démocratique et de forcer l’interruption des mandats constitutionnels. » Cinq jours plus tard, lors de l’inauguration de la 7e Réunion des ministres de l’Intérieur des Amériques, le même Almagro félicitait le président équatorien Lenín Moreno pour la façon dont il a jugulé le mouvement social. Washington, suivi par ses principaux satellites Bogotá et Brasilia veut plus que jamais en finir avec « l’axe du mal », rebaptisé « troïka de la tyrannie » (Cuba, Nicaragua, Venezuela). Et il faudrait laisser la Bolivie entre « les mains » d’Evo Morales ?

    Un examen rationnel de la situation laisse peu d’espace pour l’hypothèse d’une évolution positive sur le très court terme. En témoigne un premier épisode révélateur. Le 1er novembre, au lendemain du début de sa mission, le chef des experts de l’OEA Arturo Espinosa a annoncé sa démission. « J’ai décidé de me retirer de l’audit pour ne pas compromettre son impartialité », a-t-il dû twitter. Mexicain, avocat, Espinosa avait publié une semaine auparavant un article d’opinion très critique accusant le président Morales « de vouloir se maintenir au pouvoir à tout prix ». Un article malheureusement déniché par quelques médias boliviens…
     Restent deux éléments à prendre en compte… L’existence, parmi les experts, de ceux envoyés par les « pays amis » – Mexique, Paraguay, Espagne et Pérou. Difficile en leur présence de se livrer à une trop voyante manipulation. D’un autre côté, peut-être plus futile, mais existant, Almagro a un « ego » surdimensionné. Comme l’OEA en général, il n’apprécie guère qu’on lui tienne tête. Et si l’opposition bolivienne s’était tirée une balle dans le pied en refusant l’audit de l’organisation interaméricaine et en la traitant avec autant de mépris ? On n’en fera pas le pari. Mais la possibilité existe. La pression va être énorme sur tous les protagonistes, ces jours-ci.

    Illustration : Evo Morales en 2017 – Flickr CC

     


    [1] Le pays détient les 2e réserves de gaz du sous-continent (derrière le Venezuela), les premières réserves de lithium du monde (35 %) et d’importantes ressources minières (fer, cuivre, étain, etc.).

    [2] Multimillionnaire, parlant mieux l’anglais que l’espagnol, Gonzalo Sánchez de Lozada avait effectué un premier mandat entre 1993 et 1997.

    [3] Une fois les bulletins totalement dépouillés, le résultat définitif s’établira à 47,08 % pour Evo Morales et 35,51% pour Mesa.

    [4http://www.rfi.fr/ameriques/20191022-presidentielle-bolivie-societe-civile-appelle-une-greve-24-heures-0

    [5] Pablo Solon, « Lettre ouverte au mouvement altermondialiste sur la situation en Bolivie », Paris, 24 octobre 2019.

    [6] Avant les trois mandats dont il est question, Evo Morales en a effectué un quatrième, non pris en compte car effectué dans le cadre de l’ancienne Constitution (réformée en 2009).

    [7https://www.noticiasfides.com/nacional/politica/aumenta-intencion-de-voto-por-el-no-debido-al-escandalo-que-involucra-a-gabriela-zapata-y-evo-362645-362573

    [8] En février 2017, peu avant le procès au cours duquel elle fut condamnée à 10 ans de prison, Zapata a accusé le dirigeant d’opposition Samuel Doria Medina de l’avoir « utilisée » et « manipulée » par l’intermédiaire d’un de ses avocats, Eduardo León, pour monter toute cette affaire et mettre Evo Morales en difficulté. Tout en la jugeant potentiellement crédible, on prendra cette affirmation avec la plus extrême prudence, tant la jeune femme a menti et changé de versions tout au long des événements. « Persécutés politiques », le « journaliste » Valverde s’est exilé en Argentine, deux des avocats de Zapata au Pérou.

    [9Pagina/12, Buenos Aires, 27 décembre 2016.

    [10] Celui de février résulte d’un vote majoritaire de l’Assemblée législative.

    [11El Alteño, La Paz, 27 juillet 2018.

    [12]  Iglesia Viva (organe de la Conférence épiscopale bolivienne), 19 septembre 2019.

    [13] Amnesty International, « Bolivie. Les autorités doivent respecter l’exercice du droit de manifestation pacifique », 24 octobre 2019.

    [14https://listinsemanal.com/en-que-se-basan-las-acusaciones-de-fraude-que-sacuden-bolivia/

    [15] A Sucre (la capitale), le Tribunal départemental de justice, le Tribunal constitutionnel plurinational, la Direction départementale de l’éducation, le Tribunal agro-environnemental, le Parquet général, le Tribunal de justice, le Service des Impôts national, etc…

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  • Le Tro Breiz de la Solidarité au Venezuela Bolivarien fait étape à Brest le Lundi 18 Novembre-20h-Mairie de l'Europe

     

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  • Crise au Chili: Interview de la sociologue Emilia Tijoux  (Venezuela en vivo-5/11/19)

    Emilia Tijoux, sociologue, professeure à l'Université du Chili, analyse avec nous le mouvement social actuel au Chili, la répression, et le futur politique du pays. 
     
    Romain Migus : Bonjour, pour comprendre ce qui se déroule actuellement au Chili nous avons la  chance d’être avec Emilia Tijoux qui est sociologue, professeur universitaire à Santiago au Chili donc. Emilia Tijoux merci beaucoup d’être avec nous, bonjour. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire déjà sur la vie de tous les jours en ce moment, comment vivez-vous les événements actuels à Santiago et dans toutes les villes du Chili ?
     
    Emilia Tijoux : Merci beaucoup, pour me donner la possibilité de de m'exprimer. En fait le Chili a changé très, très, vite après l’explosion sociale qui a commencé avec les jeunes étudiants lycéens, et encore une fois, je commence toujours par cela, dire que ce sont les jeunes qui ont ouvert  cette demande de justice, d’égalité entre les chiliens. Et c’est à propos de l’augmentation du billet de métro que l’explosion a commencé. Mais ce n’est pas ça la cause en fait. De mon point de vue, il y a deux grandes choses à considérer. D’abord une question structurelle d’inégalités, d’injustices, de maltraitance vers les secteurs les plus pauvres qui est vieille. C’est quelque chose qui ne commence pas en 1973, c’est historique, cette ségrégation, division des classes sociales entre le peuple chilien. Vous pouvez la voir dans les grandes villes et ailleurs comment est marquée cette ségrégation. Et qui est aussi économique, sociale et culturelle. Mais après, nous avons pendant la dictature deux moments très importants, la Constitution de 1980 de Pinochet qui est toujours en vigueur, ainsi que deux grands moments de privatisations. Un moment de privatisation de l’essentiel, l’eau, l’électricité, le gaz, et après la privatisation de la vie, les pensions, la santé, l’éducation,  l’habitat, les transports, etc. Et pendant très longtemps, l’histoire de la peur installée par cette dictature qui s’est déployée dans toute la société chilienne nous laisse comme une société obéissante, tranquille, ou peu de choses se passent, on a exhibé aussi cette société comme une société politiquement sure, économiquement stable, mais la vie des gens tous les jours est une vie extrêmement difficile à vivre. Avec une grande souffrance sociale généralisée et qui a fait que des gens vivent aujourd’hui dans la rue. Par exemple des personnes qui meurent dans les salles d’attente des hôpitaux publics, avec une privatisation qui fait que les médicaments sont impossibles à acheter, et en fait on voit souvent les gens dans les pharmacies avec la prescription médicale à la main qui demandent "monsieur combien cela coûte ?", le pharmacien lui répond et la personne s’en va sans acheter…, ça on le voit tous les jours. C’est-à-dire qu’il y a une situation profonde. Et donc les corps, les esprits, des chiliens sont arrivés à un point ou ça a éclaté. Et aujourd’hui ce que l’on peut voir c’est une rébellion nationale, je ne sais pas le nom que l’on va  donner à ce qui se passe, on parle de désobéissance civile, je pense que ce n’est pas seulement ça.
     
    Romain Migus: Je crois qu’il est bien de rappeler à ceux qui nous lisent que le néolibéralisme est né au Chili, c’est-à-dire que le Chili est le premier à avoir expérimenté ce modèle avec la dictature de Pinochet et généralement le Chili était considéré dans les médias comme le bon élève, comme l’exemple à suivre et peu de gens savent que c’est le pays le plus inégalitaire d’Amérique latine, donc c’est aussi une rébellion peut-être contre ce système. Et puis la question des jeunes, je crois qu’elle est importante parce qu’on a toujours tendance à dire qu’au Chili la jeunesse ne connait pas ce qui s’est passé avec Allende, que c’est une jeunesse apathique. Donc là vous confirmez qu’il y a peut-être une véritable prise de distance de la population et puis de la jeunesse par rapport au modèle hérité de la dictature et finalement à cette continuité économique qui s’est exprimée depuis la dictature ? 

    Emilia Tijoux: Vous le dites très bien. Il y a un système économique, où règne le capital, c’est le centre de la vie, le néolibéralisme chilien est le plus mûr du monde il ne faut pas loublier, il a voulu être imité et ça n’a pas marché. C’est un néolibéralisme d’une telle envergure, qu’il a aussi mercantilisé les citoyens  comme un objet d’échange. C’est très profond cela,  cette idée d’oublier qu’il est toujours très bizarre d’être vu comme un pays calme et démocratique etc., et d’autre part être avec un niveau de santé mentale terrible, une pauvreté chez le troisième âge… une santé mentale pénible au niveau national,  comme disait Robert Castel au Chili c’est l’insécurité sociale, c’est l’insécurité de la vie, c’est pas l’insécurité pensée comme on va nous faire du mal…, c’est le mal que nous-mêmes nous nous faisons par exemple avec le discours si individualiste, aujourd’hui ce qui se passe il y a quelque chose qui a éclaté, les gens s’aident les gens se sourient. Dans tous les coins. Il y a des gens des quartiers beaucoup plus privilégiés qui sont dans la rue aujourd’hui, qui ont défilé dans les quartiers  que l’on a toujours appelés les quartiers riches. Et jamais on ne les avait vu sortir dans la rue massivement, il y a une partie de la droite qui n’est pas d’accord avec le président Piñera. C’est-à-dire qu’il y a quelque chose de social, mais en fait c’est plus que cela, une expression amicale, familiale, mais qui est très réprimée en même temps. C’est-à-dire ça c’est le côté merveilleux de la chose que personne ne peut nier. Au moment où nous sommes en train de parler, la manifestation est nationale. En ce moment même nous avons le centre du Chili rempli de gens, partout.

     
    Romain Migus: il semble quil y ait une grève en ce moment et demain aussi…
     
    Emilia Tijoux:  Il y a une grève nationale, ce sont les travailleurs du port, comme d’habitude, ce sont les syndicats, ce sont les travailleurs des mines, les gardiens de prison… Les gens demandent au président de renoncer, je ne pense pas que cela va se faire, ou bien  sortir de son ministère  les personnes les plus nocives qu’il a pu avoir comme ministres. Jusqu’ici il n’y a pas eu un geste à ce propos, je pense qu’il aurait pu le faire. D’autre part c’est un homme assez seul, il fait penser à Bolsonaro et Trump et je ne  vois pas quels sont soutiens internationaux qu’il peut avoir… 

    Romain Migus: ceux du Groupe de Lima...

    Emilia Tijoux: ça ne fait pas beaucoup 

    Romain Migus: oui effectivement cela ne fait pas beaucoup… 

    Emilia Tijoux: La société chilienne a besoin du soutien des gouvernements du monde. En ce moment c’est hyper important que l’on arrive à avoir ces soutiens,  parce que la chose la plus terrible qu’il peut nous arriver, moi je viens de cette génération-là, parce que nous avons vécu le coup d’état, on sait très bien ce que cela veut dire les militaires dans la rue qui sont chargés de l’ordre du pays. Et nous avons en ce moment beaucoup d’excès qui sont en train de se commettre, l'Institut National des Droits de l’homme vient de trouver dans une station de métro qui s’appelle Baquedano, un endroit où ils avaient commencé à amener des gens pour les torturer, et ça se passe maintenant, aujourd’hui. Et l’annonce a été faite publiquement. Il y a eu des arrestations sommaires, il y a des séquestrations de gens dans leurs domiciles, des maisons complètement abimées ou les policiers sont rentrés et on tout cassé, il y a des gens portés disparus, que leurs familles n’ont pas encore retrouvé. Et à la porte de l’institut médico-légal il y a plusieurs familles qui attendent de savoir si les cadavres qui sont à l’intérieur ce sont les cadavres de personnes de leur famille. C’est-à-dire on est en train de présenter la violation des droits de l’homme dans toute sa dimension au Chili, mais nous avons besoin que tout cela se dise à l’extérieur. Parce qu’il y a comme je vous disais ce côté merveilleux de lutte sociale, mais le peuple est en train d’en payer le prix. Surtout les personnes des quartiers les plus démunis, et les jeunes dirigeants, par exemple hier les jeunes dirigeants lycéens ont été sortis de chez eux, les informations sont là dans les réseaux sociaux, qui montrent comment on enlève une fille et on l’amène dans un endroit, on ne sait où. Ce sont des jeunes. Je ne dis pas qu’on puisse comparer ce qui s’est passé en 1973 avec aujourd’hui, parce que sinon on serait déjà dans un stade, mais la façon dont les choses se passent lorsque l’on donne l’autorité aux forces armées, voilà le résultat que nous avons aujourd’hui et ça c’est très important.
     
    Romain Migus : On a pu écouter des déclarations qui font un peu froid dans le dos et finalement qui révèlent le morcèlement d’un modèle économique et social. Lorsque la première dame du Chili, a propos des manifestations fait référence à des hordes d’aliens ou à une invasion étrangère, c’est finalement des gens dont elle ne supposait pas l’existence qui sont dans la rue. Et la réponse qu’a donnée son mari c’est d’être en guerre contre un « ennemi puissant », cet  ennemi puissant c’est le peuple chilien tout entier, et là je voulais justement venir sur une question: qui manifeste ? Est-ce qu’il y a un parti ou des partis politiques qui arrivent à canaliser cette manifestation ou c’est une manifestation du peuple de manière spontanée ? Qu’est-ce qui structure les manifestations au Chili en ce moment ? Est-ce qu’on peut déjà le dire ? 
     
    Emilia Tijoux: Ce n’est pas structuré. C’est cela qui est le plus intéressant. Mais c’est aussi inquiétant. C’est  une  manifestation massive. C’est-à-dire vous allez dans la rue, la personne qui est là est avec vous et continue avec vous. Est-ce une manifestation spontanée ?, pas tellement parce que c’est le résultat de tout ce qui s’est passé, mais où il y a des organisations sociales, des groupes des jeunes des centres culturels, des partis politiques aussi, mais qui ne représentent pas en ce moment une issue, je ne peux pas parler d’un leader, d’un nom, d’un projet, parce que la grande question qui se pose pour nous c’est qu’est-ce qui va se passer demain ? On sait ce qui se passe aujourd’hui, par exemple quand je parle avec vous il y a les hélicoptères au-dessus de ma maison, on est avec ce climat de coup d’état déjà, pour nous les plus vieux. Mais pour les jeunes, malgré l’instauration de l’état de siège, qui se commence à 20 heures au Chili, à 2h du matin les gens sont encore en train des chanter avec des guitares un peu partout. Evidemment les militaires arrivent et tirent, il y a quelques blessés, d’autres courent, mais les gens n’ont pas fait attention à l’heure de l’état de siège, 18h, mais après 18h et jusqu’à je ne sais pas quelle heure les gens étaient dans les rues et dans les quartiers populaires les gens sont toute la nuit en train de danser, de chanter, se réunissent, tout le monde crie et tout le monde tape sur des casseroles avec sa cuillère de bois pendant des heures. Vous allez dans la rue, vous passez à côté d’un camion, d’un bus ou d’une voiture, vous faites un signe et les gens klaxonnent pour soutenir. Ça c’est  l’ambiance qui existe, mais je pense que politiquement les gens ont perdu la confiance dans les partis politiques. Des partis qui n’ont pas fait grand-chose pour changer cela avant. C’est cela qui est terrible. On a tout laissé entre les mains d’un président qui ne sait pas gouverner, qui n’a pas senti, qui n’a pas eu la sensibilité sociale de sentir ce qui se passait contre lui. Alors ce que sa femme peut dire, ça correspond exactement à ce que vous signalez, ils n’ont jamais vu qu’il y avait un pays qui existait qu’il y avait des questions sociales, qu’on était dans les hôpitaux, qu’on allait prendre le métro le matin qu’on était là dans la rue, ils n’ont jamais vu. C’est aujourd’hui qu’ils le voient, qu’ils le sentent, dans les positions que vous voyez déjà. On dit jour à jour, et on voit que chaque jour la répression s’organise. Qu’elle s’organise de mieux en mieux chaque jour. Donc je ne sais pas ce qui va se passer d’ici une semaine ou un mois. Mais sinon on va continuer chez nous, on sera arrêtés de nouveau, c’est possible, tout le monde a cela dans la tête. Il se peut qu’ils viennent demain, qu’ils viennent après-demain, qu’ils arrivent, investissent ta maison, t’amènent je ne sais pas où. C’est tout à fait possible et j’espère que cela ne se passera pas. Parce qu’il faut voir que les militaires aujourd’hui ne sont pas non plus très contents d’avoir eu tout le poids de la responsabilité de ce qui s’est passé avec les civils, qui passent leur vie super-bien et qui n’ont pas été touchés. Donc je ne sais pas non plus ce qu’il y a dans la tête des militaires car je n’ai aucun rapport avec eux, mais j’imagine qu’il y a des choses qu’ils doivent quand même penser. Alors la répression ici vient non-seulement des forces armées ou  de quelques personnes des forces armées, mais aussi de la police chilienne qui est connue à ce propos comme toutes les polices ou la police française, mais une police hyper violente. Aujourd’hui ils peuvent faire ce qu’ils veulent avec les gens, donc il y a beaucoup de blessés, il y a des morts, on ne sait pas exactement la quantité ?, on est en train de hurler pour savoir qui, mai il y a d’un autre côté une solidarité que l’on n’avait jamais vue, les avocats jeunes et vieux réunis, pour savoir qui il faut aller défendre, ou il faut aller, comment il faut les chercher, les médecins également, ou il faut soigner quelqu’un, c’est-à-dire vraiment cela je ne l’avais jamais vu. C’est la première fois que je le vois.
     
    Romain Migus: est-ce que vous pensez que cest un mouvement qui est parti pour durer ? Parce que s’il n’y a pas de parti politique ou de structure qui puisse capitaliser ce que vous venez de nous dire, est-ce que le mouvement est parti pour durer ou ça va finir par s’essouffler ou par une répression gigantesque ?
     
    Emilia Tijoux : C’est la grande question.
     
    Romain Migus: quest-ce qui a été semé dans la société chilienne avec ce mouvement-là ?
     
    Emilia Tijoux : vous posez la grande question. Jusqu’ici ça dure et ça grandit, ça grandit tous les jours, ça grandit vraiment, mais je ne sais pas si cela va tenir en grandissant parce que je ne sais pas si de l’autre côté ils veulent que les gens se lassent, qu’ils soient fatigués. Ça c’est aussi une technique. Mais jusqu’ici cela grandit tous les jours. C’est de plus en plus grand. Et donc on se pose la question s’ils ne vont pas sortir dans la rue et tuer des milliers de personnes ? C’est trop de monde. Il faut voir que dans des régions hyper lointaines, dans des petits villages, c’est ce qui s’est passé à Punta Arenas qui est de l’autre côté du Chili dans le sud, au nord aussi à Arica, ils nous arrivent des villages ou il y a deux-cents personnes dans la rue, le maire compris, et parfois avec le soutien des policiers, c’est quelque chose d’inimaginable. Mais ma grande inquiétude et c’est pour cela que j’appelle à la solidarité internationale, c’est les excès, la répression, les formes de répression et la violence contre les personnes aujourd’hui, surtout des jeunes, des dirigeants lycéens, des dirigeants universitaires, des dirigeants qui luttent pour l’eau, les écologistes. Ça aussi il ne faut pas l’oublier parce qu’ils ont été attaqués aussi.
     
    Romain Migus: merci Emilia Tijoux, vous lavez entendu ce que nous a dit Emilia Tijoux, on réclame depuis le Chili de la solidarité internationale, ça passe avant tout par une meilleure communication, donc n’hésitez pas à partager cet entretien, à le faire connaitre autour de vous en solidarité à ce peuple chilien, ce peuple merveilleux qui se lève contre les ravages du néolibéralisme qui a détruit son pays depuis maintenant trop longtemps. Merci  Emilia Tijoux, j’espère qu’on aura l’occasion de revenir discuter avec vous.
      
    Emilia Tijoux : merci Romain Migus, je veux vous dire aussi que l’on vous remercie, les liens entre le Chili et la France existent depuis quand même très longtemps, merci pour toute  la solidarité que nous avons eue en 1973 et après, mais aujourd’hui  on a besoin de vous, je pense que c’est important. A bientôt !
     
     
     
     
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  • Tentative de coup d'État en BOLIVIE  (Romain MIGUS/Marco TERRUGGI -5/11/19)

     

    L'analyse du journaliste franco-argentin, Marco Teruggi, EN DIRECT DE LA PAZ, BOLIVIE. Une interview indispensable pour comprendre les enjeux de ce qui est en train de se jouer dans ce pays andin.

    source: https://www.youtube.com/watch?v=mMbXTIz3SEI&t=3s

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