• Après les violences de la semaine à Gaza, des manifestants ont dit leur indignation dans les rues de Quimper, samedi.

    Environ 250 personnes se sont réunies, samedi, place de la Résistance, pour exprimer leur indignation après les violences de lundi, à Gaza. Près de 60 Palestiniens sont morts sous les balles israéliennes. Ils manifestaient contre le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. « Les Palestiniens sont des hommes et non pas des cibles. (...) Ils ont le droit de vivre », a lancé Yves Jardin, responsable du groupe local France-Palestine. Devant la préfecture, il a appelé à l'envoi par la France de secours pour assister les blessés, à des sanctions contre Israël ou encore à la libération des prisonniers politiques.

    « On veut la paix »

    Le rassemblement de solidarité de Quimper a traversé une partie du centre-ville sous le regard des commerçants et des badauds. Quelques personnes ont scandé « Israël assassin », « Palestine vivra, Palestine vaincra » et « Israël terroriste, USA complices ». Parmi les manifestants se trouvaient de nombreux militants de partis politiques (NPA, PCF, EELV, UDB...) ou de la société civile (AFPS, Acat...). « On est là pour dénoncer les violences », a déclaré Ali Dere, président de l'Association culturelle turque de Quimper. « On veut la paix. Ils sont obligés de vivre ensemble. Il est temps que la communauté internationale, l'Union européenne, la France, se bougent un peu. Emmanuel Macron a réagi en condamnant, mais ce n'est que des mots. Il faut plus ! ». « Des gens lancent des pierres et, en face, d'autres tirent à balles réelles, c'est révoltant », s'est indigné Christian Pierre, de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat). Yvonne Rainero, militante communiste, a dénoncé le « massacre de manifestants civils par des soldats. Ils tirent à balles réelles avec des armes modernes sur des manifestants désarmés ». Yves Jardin s'est félicité de la mobilisation. « Vu les conditions dans lesquelles ça s'est fait, c'est-à-dire très rapidement, le résultat est positif. Il y a beaucoup de monde. Je crois qu'il y a une prise de conscience qui est en train de se faire ». « Il y a du monde » a jugé Yvonne Rainero, rappelant que ce n'était pas gagné d'avance avec le beau temps et le week-end de Pentecôte.

    source: http://www.letelegramme.fr

     

     

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  • Le cortège a parcouru le centre-ville de Quimper.Le cortège a parcouru le centre-ville de Quimper.

    À Quimper, environ 250 personnes ont défilé ce samedi après-midi pour soutenir la population de Gaza. Et critiquer, avec indignation, la politique d’Israël dans cette partie du monde.

    " Israël terroriste, USA complices ! " Les slogans entendus (repris par une partie seulement des manifestants) ce samedi 19 mai dans le centre historique de Quimper donnent la tonalité de la manifestation qui s’est déroulée en réaction aux événements survenus à Gaza ces derniers jours.

    Derrière une banderole proclamant "Solidarité avec le peuple palestinien", 250 personnes ont parcouru les rues commerçantes. Aucun incident n’a été signalé. Plusieurs partis, associations, syndicats avaient appelé à un rassemblement qui s’est tenu devant la préfecture du Finistère.

    Yves Jardin, de l’association France-Palestine Solidarité, mène inlassablement la lutte en faveur de la reconnaissance du peuple palestinien. Il souligne que la période est particulièrement difficile. "Devant le massacre perpétré lundi dernier aux limites de la Bande de Gaza par l’armée israélienne, il n’est pas possible de se taire."

    source: https://www.ouest-france.fr

     

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  • GAZA: Halte au silence face au massacre ! Soyons nombreux le 19 à Quimper pour exprimer notre indignation et notre solidarité !

     

    L’horreur de la répression israélienne se développe et atteint un niveau inimaginable: hier 14 mai, lors de la manifestation contre le transfert de Tel-Aviv à Jérusalem de l’ambassade des USA en Israël, en violation du droit international, une soixantaine de personnes   ont été tuées par les tireurs d’élite israéliens, plus de 2.000 personnes ont été blessées. Depuis le 30 mars, le bilan est extrêmement lourd : 114 tués au moins, plus de 6.000 blessés, dont un grand nombre ont dû être amputés des membres atteints par des balles explosives. 

    Nous ne pouvons laisser faire sans rien dire ! Venez nombreux manifester votre solidarité avec le peuple palestinien:

    Manifestation de l’Indignation pour Gaza 
    Samedi 19 mai à 14 h 30 
    En se rassemblant Place de la Résistance à Quimper

     

    Les paroles ne suffisent plus. Il faut des sanctions envers Israël jusqu’à ce que cet état respecte le droit international et les droits de l’homme. Le gouvernement français doit  prononcer la reconnaissance par la France de l’Etat palestinien !
     
     
    Nous invitons tous les citoyens, toutes les associations et organisations attachées à la solidarité humaine, aux droits des peuples à l’auto-détermination, à la lutte contre tous les racismes à s’associer à cette manifestation. Soyons nombreux à Quimper samedi.
     
    Pour le Groupe du Pays de Cornouaille de l’Association France-Palestine Solidarité,
    Yves Jardin (02.98.92.30.63)
     
     
    L'ARC29/PRCF fait sien cet appel de l'AFPS et sera présente à la manif    
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  •  

    A quelques jours de l’élection présidentielle au le 20 mai 2018, retrouvez l’ accordé, à , par Héctor Michel Mujica, ambassadeur du Venezuela en France, et Léon Landini, président du PRCF. Un très riche pour permettre à chaque travailleur de se faire une idée de la situation au Venezuela, des enjeux de ce scrutin au Venezuela et dans le monde. A voir et à partager autour de vous, sur vos réseaux sociaux et à vos contacts.

    Entretien avec et Léon Landini, les questions posées par Initiative Communiste :

    • Monsieur l’ambassadeur, merci d’avoir accepté l’invitation d’Initiative communiste. Que répondez-vous à ceux qui disent que les prochaines élections au Venezuela seront truquées et qui, de ce fait, s’apprêtent déjà à refuser leur résultat en appelant déjà à demi-mots à la guerre civile, voire à l’invasion impérialiste de votre pays ?
    • Qui est responsable des graves difficultés économiques que subit la population vénézuélienne, l’incompétence du pouvoir ou le sabotage de l’oligarchie doublée d’un blocus US qui ne dit pas son nom ?
    • Comment vivez-vous la manière dont notre presse, qui se prétend libre et pluraliste, présente la situation dans votre pays ?
    • Que peuvent faire les démocrates et les progressistes français pour aider le peuple vénézuélien à approfondir les changements démocratiques ?
    • Le passage à la révolution socialiste n’est-il pas désormais la seule manière pour le Venezuela bolivarien d’échapper à la contre-révolution fasciste ?
    • L’intérêt bien compris du peuple français, y compris des secteurs capitalistes qui font des affaires à Caracas, ne serait-il pas que Paris reconnaisse sportivement le résultat des élections vénézuéliennes quel qu’il soit, notamment si le candidat progressiste MADURO est élu ?

     

    Sondage: Nicolas Maduro donné largement en tête des élections présidentielles au Vénézuela

    L’institut de sondage International Consulting Services a posé la question aux Venezueliens ” si les élections avaient lieu pour qui voteriez vous ?. Et la réponse est sans appel, Maduro obtiendrait 55,9% des voix.

    Le sondage a été réalisé du 20 avril au 4 mai et crédite Henri Falcon – un des principaux leaders de l’opposition (MUD – droite) de la seconde place avec 25,4 % des voix tandis que que le pasteur Javier Bertucci obtiendrait 16,2% des voix.

    Ce dernier a annoncé mercredi dernier qu’il ne compte pas se retirer pour permettre une candidature unique de l’opposition avec celle de Henri Falcon.

    Election présidentielle du 20 mai 2018 au Venezuela-Entretien d' "Initiative Communiste" avec l'ambassadeur du Venezuela en France La coalition de droite et d’extrême droit connue sous le nom de Table ronde de l’unité démocratique (MUD) a appelé ses militants au boycott des élections et à s’abstenir de voter. Un appel qui ne trouve qu’un écho très minoritaire dans l’opinion. Le sondage indique que 67.5% de la population est absolument certaine de voter le 20 mai, 4% se disant certain de ne pas voter.

    14 millions de vénézueliens sont appelés aux urnes le 20 mai 2018 pour désigner leur prochain président ainsi que les assemblées législatives régionales.

    Publié le 13 mai 2018 

    sources: https://www.youtube.com/watch?v=jDdUkJQ8OrQ&feature=em-uploademail

    https://www.initiative-communiste.fr

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  • «Attaque chimique» à Douma : un père et son enfant battent en brèche la version occidentale (VIDEOS)-RT-19/04/2018)Le garçon, identifié comme étant Hassan Diab et âgé de 11 ans, le 7 avril à Douma, dans la Ghouta orientale, capture d'écran Facebook

    Une équipe de télévision a pu retrouver l'un des enfants figurant dans la vidéo, relayée 
    par tous les
    médias, de la scène de confusion dansl'hôpital de Douma près de Damas.

    Bien qu'indemne, le garçon témoigne qu'il a été forcé de s'y rendre. La chaîne russe Rossiya a pu avoir accès à l'un des enfants figurant dans la vidéo,reprise par tous les médias, de scène de panique dans unhôpital à Douma le 7 avril dernier. Parmi ceux-ci, un garçon, qui ne paraît pas suffoquer, autour duquel des hommes s'affairent, l'arrosant d'eau et utilisantvraisemblablement un spray nasal, le laissant plutôt surpris et hébété.Mais le même garçonnet, retrouvé et interviewé par l'équipe de télévision russe, affirme qu'ordre lui a été donné de se rendre à l'hôpital. «Nous avons entendu des personnes criant que nous devions nous rendre à l'hôpital, alors on y est allé. Quand je suis arrivé des gens m'ont attrapé et ont commencé à déverser de l'eau sur ma tête», témoigne l'enfant, identifié comme Hassan Diab, 11 ans, au journaliste et reporter de guerre russe Evguéni Poddoubny.

     Omar Diab, le père d'Hassan, rapporte de son côté qu'il a fini par retrouver sa famille, après avoir quitté son lieu de travail, un chantier. «Quand j'ai su que ma famille était à l'hôpital, je suis presque devenu fou», se rappelle-t-il. «Je me suis rendu à l'hôpital, j'ai monté les marches et j'ai trouvé ma femme et mes enfants», raconte-t-il, soulignant qu'il n'avait «rien entendu à propos d'une attaque chimique». «J'ai fumé dehors, je n'ai rien senti», précise-t-il.

    Et le père de famille de poursuivre : «Je suis rentré dans l'hôpital [...] j'ai vu que de l'eau avait été déversée dans la pièce, j'ai rencontré des enfants, ils ont criés : "Bonjour". Omar Diab est ensuite monté à l'étage pour enfin retrouver sa femme et ses enfants. «Dieu merci, les enfants allaient tous bien», témoigne encore le père, ajoutant qu'on leur avait donné des fruits et des biscuits. 

    source: https://francais.rt.com/

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  • Syrie-Déclaration de L’Initiative des Partis Communistes et Ouvriers d’Europe (IC.fr-18/04/2018)L’Initiative des Partis Communistes et Ouvriers d’Europe condamne les nouveaux bombardements de missiles par la France, la Grande Bretagne et les USA contre la Syrie, avec le soutien de l’UE et de l’OTAN. Ces développements en Syrie rapproche toujours plus près du risque d’une guerre mondiale impérialiste. Le prétexte de l’usage d’armes chimiques a déjà été utilisé pour les guerres impérialistes contre l’Irak, la Libye ou la syrie et ne peuvent ni convaincre ni tromper les peuples qui sont déjà avertis sur ce plan.

    La position de l’UE qui est de soutenir activement les USA est à nouveau des plus dangereuses. La déclaration faite par le président du conseil européen D Tusk soutien l’attaque, l’appelant “justice, est intolérable et incendiaire. L’UE, une fois de plus bombarde et participe activement au changement des frontières, à la partition des états, à pousser les réfugiés sur la route de l’exil pour qui elle verse ensuite hypocritement des larmes de crocodile. Les gouvernement bourgeois de l’Europe sont les participants et les co responsables, en fournissant les bases et les moyens en soutenant les prétextes hypocrites de l’axe USA UE OTAN.

    les peuples doivent se lever contre ce nouveau crime impérialiste et renforcer leur lutte contre la guerre impérialiste contre les USA l’UE L’OTAN et leurs alliés, pour stopper tout ce qui peut faciliter les interventions impérialistes, renforcer la solidarité et la lutte conjointe des peuples contre leurs vrais ennemis, le capitalisme et ses monopoles.

    Le secrétariat de l'Initiative

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • Jérusalem après la déclaration Trump:

    l'intensification du transfert forcé des Palestiniens  

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  • Robert Fisk : le chef de la clinique de Douma nie la réalité d’une attaque au gaz

    ATTENTION : article exclusif et indispensable. Robert Fisk (The Independent) a pu visiter l’hôpital de Douma, au centre d’une crise mondiale. Sa conclusion : personne n’a vu d’attaque au gaz chimique à Douma !


    C’est l’histoire d’une ville appelée Douma, un lieu ravagé et puant d’immeubles détruits – et d’une clinique souterraine dont les images de souffrance ont permis à trois des nations les plus puissantes du monde occidental de bombarder la Syrie la semaine dernière. Il y a même un docteur sympa en blouse verte qui, quand je l’accoste dans la même clinique, me dit gaiement que la vidéo “gaz” qui a horrifié le monde – malgré tous les sceptiques – est parfaitement authentique.

    Les histoires de guerre, cependant, ont l’habitude de devenir plus sombres. Le même médecin syrien âgé de 58 ans ajoute une chose profondément surprenante : les victimes, dit-il, n’ont pas été exposés au gaz, mais à un manque d’oxygène dans les tunnels et les sous-sols où ils étaient réfugiés, de gros bombardements ayant provoqué une tempête de poussière.

    Puisque le Dr Assim Rahaibanim m’annonce cette conclusion extraordinaire, il vaut la peine de faire remarquer que de son propre aveu, il ne fut pas lui-même un témoin direct de la scène et, comme il parle bien anglais, il qualifie deux fois de « terroristes » – le mot du régime pour ses ennemis, et terme utilisé par beaucoup de gens en Syrie – les combattants djihadistes de Jaish el-Islam [l’Armée de l’Islam] à Douma. Ai-je bien entendu ? Quelle version des événements devons-nous croire ?

    Par malchance aussi, les médecins qui étaient de service ce soir-là, le 7 avril, étaient tous à Damas pour témoigner dans l’enquête sur les armes chimiques qui tentera de donner une réponse définitive à cette question dans les semaines à venir.

    La France, quant à elle, a déclaré avoir des « preuves » d’utilisation d’armes chimiques, et les médias américains ont cité des sources affirmant que des analyses d’urine et de sang le démontraient également. L’OMS a déclaré que ses partenaires sur le terrain traitaient 500 patients « présentant des signes et des symptômes compatibles avec l’exposition à des produits chimiques toxiques ».

    Des personnes mortes par hypoxie (perte d’oxygène) et non victimes de gaz chimique

    En même temps, les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) sont actuellement empêchés de venir eux-mêmes sur le site de la prétendue attaque gazière, ostensiblement parce qu’ils n’ont pas les bons permis de l’ONU.

    Avant d’aller plus loin, les lecteurs doivent savoir que ce n’est pas la seule histoire qui court à Douma. Il y a beaucoup de gens à qui j’ai parlé au milieu des ruines de la ville qui ont dit qu’ils n’avaient « jamais cru » aux histoires sur le gaz – généralement racontées, selon eux, par les groupes islamistes armés. Ces djihadistes survécurent au déluge des bombardements en vivant dans les maisons des autres et dans de vastes et larges tunnels creusés à même la roche par des prisonniers avec des pioches à trois niveaux sous la ville. J’ai parcouru trois d’entre eux hier, de vastes couloirs de roche qui contenaient encore des rockets russes – oui, russes – et des voitures incendiées.

    Donc, l’histoire de Douma n’est pas seulement une histoire de gaz – ou d’absence de gaz, selon le cas. Il s’agit de milliers de personnes qui n’ont pas opté pour l’évacuation de Douma dans des bus emmenant la semaine dernière, les hommes armés avec lesquels ils ont dû vivre comme des troglodytes pendant des mois pour survivre. J’ai traversé cette ville assez librement hier sans soldat, policier ou gardien collés à mes pas, juste deux amis syriens, une caméra et un carnet de notes. Il m’arrivait parfois de grimper sur des remparts de six mètres de haut, montant ou descendant, sur des parois presque à pic. Heureux de voir des étrangers parmi eux, plus heureux encore que le siège soit enfin terminé, ils sourient, du moins ceux dont on peut voir les visages, bien sûr, parce qu’un nombre surprenant de femmes de Douma portent un hijab noir intégral.

    J’ai d’abord été conduit à Douma dans le cadre d’un convoi de journalistes sous escorte. Mais lorsqu’un général ennuyeux annonça devant un HLM détruit qu’il n’avait « aucune information » – l’excuse favorite de la bureaucratie arabe – je me suis simplement éloigné. Plusieurs autres journalistes, principalement syriens, ont fait pareil. De même qu’un groupe de journalistes russes – tous en tenue militaire.

    Le Dr Rahaibani se trouvait à quelques pas d’ici. Passé la porte de sa clinique souterraine – “Point 200”, comme on l’appelle, dans la géologie bizarre de cette ville en partie souterraine – je descendis par un couloir là où il me montra son humble hôpital et les quelques lits où une petite fille pleurait tandis que les infirmières soignaient une coupure au-dessus de son œil.

    « J’étais avec ma famille dans le sous-sol de ma maison à trois cents mètres d’ici cette nuit-là, mais tous les médecins savent ce qui s’est passé. Il y avait beaucoup de bombardements nocturnes [par les forces gouvernementales] et les avions passaient toujours au-dessus de Douma la nuit durant – mais cette nuit-là, il y avait du vent et d’énormes nuages ​​de poussière ont commencé à entrer dans les sous-sols et les caves. Les gens ont commencé à arriver ici souffrant d’hypoxie, de manque d’oxygène. Puis quelqu’un à la porte, un “Casque blanc”, a crié : « Gaz ! » La panique a commencé. Les gens ont commencé à s’asperger d’eau. Oui, la vidéo a été filmée ici, c’est vrai, mais ce que vous voyez, ce sont des gens souffrant d’hypoxie – pas d’intoxication au gaz. »

    Bizarrement, après avoir bavardé avec plus de vingt personnes, je n’ai pas pu en trouver une qui citait Douma comme cause des attaques aériennes occidentales. Deux m’ont dit qu’ils ne voyaient pas le rapport.

    Mais c’était un monde étrange dans lequel je suis entré. Deux hommes, Hussam et Nazir Abu Aishe, ont dit qu’ils ignoraient combien de personnes avaient été tuées à Douma, bien que le dernier ait admis avoir un cousin « exécuté par Jaish el-Islam  » pour avoir été « un proche du régime ». Ils ont haussé les épaules quand je les ai interrogé sur les 43 personnes qui seraient mortes lors l’infâme attaque de Douma.

    Les Casques blancs partis avec les combattants de Jaish el-Islam

    Les Casques blancs – les premiers intervenants médicaux déjà légendaires en Occident, mais avec quelques zones d’ombre dans leur histoire – ont joué un rôle bien connu pendant les batailles. Ils sont en partie financés par le Foreign Office et la plupart de leurs bureaux locaux sont occupés par des hommes de Douma. J’ai trouvé leurs bureaux détruits non loin de la clinique du Dr Rahaibani. Un masque à gaz avec un verre de vision brisé avait été laissé à l’extérieur d’un conteneur de nourriture  et une pile d’uniformes de camouflage militaire sales se trouvait à l’intérieur d’une pièce. Dissimulé, me suis-je demandé ? J’en doute. L’endroit était rempli de capsules, de matériel médical cassé et de dossiers, de literie et de matelas.

    Bien sûr, nous devrions écouter leur version de l’histoire, mais cela n’arrivera pas ici : une femme nous a dit que tous les membres des Casques blancs de Douma avaient abandonné leur quartier général principal une fois le cessez-le-feu final conclu et choisi de prendre les bus affrétés par le gouvernement et protégés par la Russie jusqu’à province rebelle d’Idlib avec les groupes armés.

    Il y avait des boutiques de nourriture ouvertes, une patrouille de policiers militaires russes – une option supplémentaire pour chaque cessez-le-feu syrien – et personne qui n’ait pris d’assaut la prison islamiste interdite près de la place des Martyrs où des victimes étaient censées avoir été décapitées dans les sous-sols. L’effectif de la police civile syrienne du ministère de l’Intérieur – qui porte étrangement des vêtements militaires – est surveillé par les Russes qui peuvent eux-mêmes être surveillés ou non par les civils. Là encore, mes questions très sérieuses sur l’attaque au gaz ont été reçues avec une perplexité qui semblait non feinte.

    La vérité des habitants de Douma

    Comment des réfugiés de Douma arrivés dans des camps en Turquie pouvaient-ils décrire une attaque au gaz que personne aujourd’hui à Douma ne semblait se rappeler ? Il m’est apparu, après avoir marché pendant plus d’un kilomètre et demi dans ces tunnels pour misérables prisonniers, que les citoyens de Douma avaient vécu si isolés les uns des autres pendant si longtemps que les « informations » telles que nous les envisageons ne signifiaient rien pour eux. La Syrie n’a rien d’une démocratie jeffersonienne – comme je le dis cyniquement à mes collègues arabes. C’est effectivement une dictature impitoyable. Mais elle ne peut pas empêcher ces gens, heureux de voir des étrangers parmi eux, de réagir en livrant leur vérité. Or qu’est-ce qu’ils me disaient ?

    Ils ont parlé des islamistes sous le joug desquels ils avaient vécu. Ils ont parlé de la façon dont les groupes armés avaient volé des maisons civiles pour échapper au gouvernement syrien et aux bombardements russes. Ceux de Jaish el-Islam avaient brûlé leurs bureaux avant leur départ, mais les bâtiments massifs à l’intérieur des zones de sécurité qu’ils avaient créées avaient presque tous été détruits par des frappes aériennes. Un colonel syrien que j’ai rencontré derrière l’un de ces bâtiments m’a demandé si je voulais voir à quel point les tunnels étaient profonds. Je me suis arrêté au bout d’un kilomètre de marche quand il m’a fait remarquer de façon énigmatique que « ce tunnel pourrait bien mener jusqu’en Grande-Bretagne ». Ah oui, je me souvenais de Mme May, dont les frappes aériennes avaient été si intimement liées à ce lieu de tunnels et de poussière. Et de gaz ?

    => Source : Robert Fisk, The Independent (traduction, titre et intertitre : Pierrick Tillet) – Photo : Robert Fisk, correspondant de The Independent, dans l’un de tunnels creusés sous Douma par les prisonniers des rebelles syriens (photo : Yara Ismail)

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  • Où en sommes-nous ?” C’était le titre du dernier ouvrage de l’historien et anthropologue Emmanuel Todd. Et c’est la question que nous lui posons alors que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont mené  ce 14 avril des frappes sur la Syrie.

    Transcription (merci aux bénévoles du site les-crises.fr!) :

    Journaliste : Nous sommes donc avec l’invité de la deuxième heure des Matins, Emmanuel Todd. Une réaction, peut-être, à chaud, à ces frappes déclenchées contre l’armée syrienne par Paris, Londres et Washington ? Est-ce que c’est le fait que Donald Trump se soit immédiatement positionné en meneur de cette opération ou le fait qu’Emmanuel Macron par exemple se range à ses côtés qui vous semble le plus parlant ?

    Todd : Moi ce qui m’intéresse, c’est que je suis un peu rassuré parce qu’il ne s’est rien passé. En fait, quand on suivait la presse anglo-américaine, ce que je fais tous les matins, on était dans une séquence anti-Russes : ce qui montait depuis les affaires d’Angleterre, ce qui montait dans les discours, c’est une sorte de montée en puissance d’une russophobie, absolument mystérieuse et qui mériterait analyse.

    Les derniers développement diplomatiques, c’étaient : les Américains et Trump faisant des tweets menaçant d’une frappe massive etc. et les Russes disant « Eh bien écoutez, si c’est ça, nous allons utiliser notre défense anti-aérienne », et le système qui fait peur à tout le monde, le système S 400 qui, paraît-il, est le meilleur système de défense sol-air du monde.

    On avait là simplement la possibilité d’une guerre majeure et d’une sorte de showdown, c’est-à-dire d’une révélation de la fin d’une partie de poker puisqu’en fait on ne sait pas exactement ce dont les Russes sont capables. Le S 400 est peut-être capable de détruire en l’air tout ce qui vole et ç’aurait été en dix minutes la fin de l’imperium américain, ou ç’aurait été l’échec du S 400 et c’était de nouveau des États-Unis déchaînés. C’était ça l’enjeu.

    Là, on a tiré des pétards, on a négocié avec les Russes.

    Journaliste : Donc la Russie a réussi à désamorcer complètement les représailles ?

    Todd : C’est-à-dire qu’il y avait une dynamique qui montait, anti-russe, et puis finalement, apparemment, les Américains, les Britanniques et les Français ont tapé là où les Russes les autorisaient. Donc on est revenu dans le « rien » – au stade actuel de l’information. Donc je suis plutôt rassuré. […]

    Avant, je vais dire de quel point de vue je parle : je parle d’un point de vue a priori très favorable au monde anglo-américain. Je suis Français, mais comme la France est prisonnière d’un Euro qu’elle ne contrôle pas et que son action ne compte plus beaucoup, ça n’a pas tellement d’importance.

    Alors, ce qui me préoccupe actuellement, quand on lit la presse occidentale, c’est que c’est une presse folle. C’est-à-dire que la vision du monde dans laquelle on entretient les citoyens du monde occidental, la vision d’une Russie hyper puissante, menaçante, tentaculaire, totalitaire, etc. est en fait une vision hallucinatoire.

    Journaliste : Ce n’est pas vrai ? ce n’est pas le cas ?

    Todd : La Russie a un régime que j’appelle une démocratie autoritaire : c’est-à-dire que Poutine est élu ; il y a un certain type de contrôle des organes de presse mais les Russes sont informés ; tout le monde est d’accord sur le fait que les Russes sont favorables à la politique de Poutine.

    La Russie est un pays qui doit avoir un peu plus de 140 millions d’habitants, c’est-à-dire dix fois moins que le monde dit occidental. On parle de dix fois moins ! C’est un pays qui vient de retrouver un certain type de stabilité et de sécurité sociale : le taux de suicides et d’homicides s’y effondre. Un certain type de confiance sociale vient d’être rétabli en Russie, c’est la vraie raison de la popularité de Poutine. C’est simplement qu’après la crise de la sortie du communisme, les Russes se sentent mieux, ils ont un avenir. La fécondité est un peu remontée – quoiqu’elle rebaisse un petit peu – et ce pays est revenu à parité sur le plan des technologies militaires, cela ne fait aucun doute qu’ils ont fait une remontée technologique. Et, de fait, la Russie se trouve être la seule force au monde qui puisse faire face, être une puissance d’équilibre face aux États-Unis sur le plan militaire.

    Journaliste : D’où la crainte du moment.

    Todd : Oui évidemment, mais si on pense en terme d’équilibre des pouvoirs, si on respecte même la Constitution américaine, on doit se dire que c’est mieux, quand même. L’idée qu’un seul pays au monde serait capable de faire ce qu’il veut n’est pas un bon concept d’un point de vue libéral. Donc même si l’on n’aime pas la Russie, l’existence d’un pôle de stabilité qui n’a pas de vraie capacité d’expansion parce qu’il est trop petit en terme de population, trop faible, on devrait prendre cela comme une bonne nouvelle !

    Or là, la Russie, pas seulement Poutine, la Russie est un monstre ; située en plus par rapport à des critères anthropologiques et familiaux qui ne doivent rien avoir à faire avec la géopolitique, comme le statut des homosexuels ou des choses comme cela… Il y a une vision extrêmement négative de la Russie.

    Journaliste : Et vous trouvez qu’on ne comprend rien à ce qui se passe en Russie aujourd’hui.

    Todd : Et donc toutes les interventions russes, tout ce que disent les Russes est considéré comme la parole de Satan, du mensonge, etc. Et puis nous, on fait comme si on était normaux. Mais la vérité, c’est que le monde le plus occidental, c’est-à-dire les trois démocraties occidentales originelles : la France, l’Angleterre et les États-Unis – c’est-à-dire les nations qui ont construit la démocratie, en fait – peuvent être considérées dans un état de fébrilité absolument incroyable. C’est un monde en crise.

    Journaliste : De quel point de vue ?

    Todd : La crise, c’est l’affrontement partout dans ces trois démocratie ; une sorte de division sociale entre ce que l’on pourrait appeler un camp oligarchique et un camp populaire. J’essaie d’échapper à la dialectique fausse de l’élitisme et du populisme. Je viens de relire Thucydide – non, pas relire, lire. Je ne l’avais jamais lu auparavant, c’est tout à fait des vantardises…

    Journaliste : Vous avez de saines lectures.

    Todd : Et donc, il y a un parti oligarchique – qui était par exemple représenté aux États-Unis par Clinton – et un parti populaire – qui est représenté par Trump. En France, on a en théorie une domination du parti oligarchique avec Macron et puis un parti populaire ou un camp populaire marginalisé, divisé entre Le Pen – Mélenchon ; en Angleterre, il y a eu le Brexit où – en théorie – le parti populaire l’a emporté ; mais la vérité est que dans ces trois démocraties, on est dans une situation d’instabilité et de schizophrénie : le conflit n’est pas réglé.

    L’Angleterre va sortir de l’Europe, le Brexit va se faire. Mais Theresa May n’était pas partisane du Brexit, la classe dirigeante anglaise reste très divisée, les universités sont toujours favorables au Remain ; il reste un élément de schizophrénie dans la culture politique anglaise.

    Bon, les États-Unis, c’est encore plus simple, on ne sait plus qui est au pouvoir.

    Journaliste : C’est-à-dire ?

    Todd : C’est-à-dire que Trump est au pouvoir…

    Journaliste : On le sait, quand même, il le rappelle assez souvent !

    Todd : Oui mais les seuls véritables pouvoirs de Trump sont des pouvoirs externes. Alors : il peut faire sa politique commerciale, c’est une bizarrerie du système -, il a été élu sur un programme protectionniste, il peut l’appliquer. Il le fait, et dans ce contexte, l’adversaire fondamental, c’est la Chine. Mais il a aussi des pouvoirs de type militaire et cela donne ces actions totalement…

    Journaliste : …Cette nuit, ces frappes contre la Syrie avec ses alliés britanniques et français, comme une réaffirmation de la puissance de ces trois puissances occidentales.

    Todd : Honnêtement, moi je suis un chercheur et en plus j’ai perdu tous mes combats politiques, ce qui est très bien pour regarder les choses sereinement. Et je dois avouer que je ne comprends pas très bien ce qui se passe. Quand Trump fait – de mon point de vue – des choses qui sont raisonnables, c’est-à-dire prendre des mesures protectionnistes alors que l’on sait que la mortalité augmente aux États-Unis dans les comtés dont l’industrie a été détruite par l’entrée de la Chine à l’OMC, il fait des choses raisonnables et toute la presse occidentale dit qu’il est fou ! Et puis quand il fait des choses déraisonnables, c’est-à-dire quand il fait des tweets expliquant qu’il faut envoyer des tas de missiles sur la Syrie où la guerre est perdue et terminée en fait, c’est pour rien, tout cela – tout le monde fait comme si Trump était un type raisonnable ! Mais en fait, je prends conscience d’une chose, c’est difficile pour moi d’admettre que le monde anglo-américain est quand même un peu à la ramasse. J’essayais de donner une interprétation raisonnable, rationnelle, de la russophobie anglaise et américaine. Donc j’ai essayé de me dire que toutes ces histoires de poison…

    Journaliste : Peut-être ne lisez-vous pas, d’ailleurs, la presse russophone, Emmanuel Todd. Ceux qui lisent la presse en Russie et qui peuvent nous la traduire, nous disent que les Russes rendent bien cette russophobie aux Américains dans l’autre sens, comme si la tension était réciproque. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de regain de « guerre froide » aujourd’hui – qui se réchauffe d’ailleurs.

    Todd : Je lis les trucs russes en français, je lis les textes de Poutine ou de Lavrov et je veux dire que cela n’est pas tellement rassurant non plus : qu’il s’agisse de textes de Poutine et Lavrov ou des contacts que j’ai pu avoir (j’ai pu déjeuner à l’ambassade de Russie), le niveau intellectuel des diplomates russes et des dirigeants russes est très supérieur à celui des Occidentaux. Vous ne pouvez pas comprendre la situation si vous ne voyez pas cette asymétrie. Une interview de Lavrov ou une discussion de l’ancien ambassadeur Orlov, ce sont des gens qui sont très supérieurs intellectuellement aux gens du Quai d’Orsay.

    Journaliste : Et alors ? Ça veut dire quoi, ça ?

    Todd : Cela veut dire qu’ils ont une vision de l’histoire et du monde, une vision de la Russie et de l’équilibre des puissances, une vision du contrôle de soi, c’est ce qu’ils appellent « professionnalisme ». C’est cela qui est très inquiétant : si vous arrêtez de lire juste Le Monde et de croire ce qu’il y a dedans, vous vous dites « Où est la rationalité ? Où est l’intelligence ? Où est le contrôle de soi ? » C’est cela qui est important ! Je pense que l’on ne voit pas …

    Journaliste : … ce qui est en train de se passer.

    Todd : Je voudrais terminer ce que je disais parce que j’étais dans une discussion où j’ai admis que mon interlocuteur avait raison contre moi. Je discutais avec mon copain Olivier Berruyer, le patron du site Les-Crises – qui est d’ailleurs en procès avec Le Monde -, et j’essayais de lui trouver une interprétation rationnelle et cynique du comportement de Theresa May et de Trump envers les Russes.

    Sur la russophobie, puisque c’est le problème maintenant la russophobie ou l’hostilité à la Russie. À mon avis May n’a pas négocié le Brexit comme elle l’espérait, et elle essaye maintenant de noyer le poisson. Mais c’est tout à fait absurde parce que la Russie ne menace aucunement l’Angleterre. Celui qui menace le Royaume Uni, c’est Barnier avec son jeu sur la frontière irlandaise.

    Et puis Trump, eh bien il a constaté que, à chaque fois qu’il tire des missiles ou bien qu’il dit des choses antirusses, le Washington-Post et le New-York Times lui lâchent un peu les baskets…

    Mais Olivier me disait : « Oui bon peut-être, mais il y autre chose. C’est-à-dire que cette russophobie, cette fixation pathologique sur un pays qui n’a pas la puissance qu’on dit est sincère chez les journalistes et certains ou la plupart des dirigeants politiques occidentaux. »

    Et en effet, il y a quelque chose de sincère qui mérite d’être analysé, et c’est une analyse que ne n’arrive pas à faire. Je ne comprends pas cette fixation pathologique, et c’est terrible pour un chercheur. Si vous êtes du côté Russe, vous êtes dans un univers de rapport de force rationnel et de maîtrise de soi mais si vous êtes du côté occidental, vous êtes dans un univers de passions incontrôlées qui renvoient à des troubles psychiques que vous ne comprenez pas.

    Journaliste : Ce qui est clair, Emmanuel Todd, c’est que pour vous, on est peut-être, à nouveau, dans un changement de cycle. Que cela peut être un retour à une tension binaire, dans deux camps front contre front. Les États-Unis, d’un côté, avec des alliés, occidentaux dites-vous, et la Russie, de l’autre. On croyait quand même s’en être sortis de cette binarité. Or, depuis dix minutes, vous ne nous parlez, à nouveau que de cela…

    Todd : Non, ce n’est pas moi, c’est la presse…

    Journaliste : Oui, mais votre incompréhension, votre inquiétude…

    Todd : Moi je rêverai d’avoir une décoration russe pour services rendus à la Paix. Donc, ce n’est pas moi qui parle comme ça. Si on essaye d’avancer vers une solution rationnelle, je pense que ce qui se passe, c’est qu’il faut chercher la réalité des problèmes du monde dans les pays les plus avancés. Et la Russie ne fait pas partie des pays les plus avancés, la Russie est sur une position de reconstruction défensive. Elle ne fait pas l’Histoire du monde, elle est une puissance d’équilibre…

    Journaliste : Ce n’est pas non plus l’Europe qui n’est pas l’ensemble des pays…

    Todd : Mais l’Europe est en crise. Rien ne marche. On a 10 % de chômage. On vient de perdre la capacité de construire des chemins de fer, on a un déficit commercial épouvantable en France…

    Journaliste : On a une bonne natalité en France, quand même…

    Todd : Mais non, elle est en train de baisser… Et puis le monde anglo-saxon est est dans une mutation, il est encore dans un état intermédiaire.

    Journaliste : Et la Chine ?

    Todd : La Chine doit faire face au protectionnisme américain. Là, on est dans la partie rationnelle finalement. J’essaye de voir ce que peut représenter rationnellement la Russie. Donc, il y a ce parti populaire et ce parti oligarchie dans toutes les démocraties occidentales, le parti populaire est protectionniste, il veut un État qui s’intéresse à la protection de ses citoyens, des nations qui se referment un peu sur elles-mêmes pour les protéger tout en continuant à commercer raisonnablement et en fait, à l’insu de son plein gré, la Russie est peut-être devenue un modèle pour ces gens. La Chine est un régime policier, mais le parti communiste chinois a mis sa force de travail au service du capitalisme occidental. Le vrai défaut c’est que Poutine est le dirigeant qui a refusé de mettre les Russe sur le marché mondial du travail. Et de fait, la Russie devient peut-être, à l’insu de son plein gré, un modèle de développement autonome des nations et fascine le parti populaire. C’est peut-être là, là on a un élément de rationalité… [pause]

    Todd : J’ai été très frappé, il y en aurait beaucoup sur tout, par le témoignage sur la Syrie. Je voudrais essayer de suggérer que on ne nous dit pas la vérité sur la Syrie. Assad est un dictateur sanguinaire, ignoble etc, et on est censé agir, envoyer des pétards…

    Journaliste : C’est quand même plus que des pétards, ça fait 2 fois que vous dites pétards…

    Todd : Non, mais je veux dire l’effet militaire de ces tirs sera nul

    Journaliste : C’est quand même plus que des pétards

    Todd : Les missiles coûtent plus cher que les cibles !

    Journaliste : On verra…

    Todd : Non, on a déjà vu, bon, vous me faites venir, je donne mon opinion, voilà

    Journaliste (riant) : Bien sûr, bien sûr.

    Todd : Mais au-delà de ça personne ne réfléchit sur les raisons de la victoire d’Assad. On dit toujours c’est les Russes, c’est les Iraniens, mais la vérité c’est que la société syrienne de départ était très divisée. Au moment où la France est intervenue dans cette affaire, où François Hollande avait commencé à réclamer à corps et à cri le départ d’Assad, je faisais, vous savez je fais de la cartographie, je suis anthropologue.

    Donc j’ai ma carte des systèmes familiaux, des cartes démographiques de la Syrie, j’ai la carte des régions où la fécondité est la plus basse, où il y a moins de mariages entre cousins, où les femmes ne sont pas toutes enfermées, en fait puisqu’il y a de grandes différences culturelles à travers la Syrie. Et puis je suis tombée sur une carte des zone tenues par le régime Assad et par les rebelles. Et la carte des régions, tenues par le régime Assad, est la carte des régions, de toutes les régions, où le statut de la femme est le plus élevé. Et la carte des régions rebelles c’était la carte des taux de patrilocalité à plus de 99,99 %, avec un taux de mariage entre cousins super élevé. Ça veut dire que nos alliés là bas, en fait culturellement sont les plus loin de nous.

    Si on était sincères, si on agissait vraiment au nom de Valeurs, comme on le dit, on se poserait ce genre de question. La réalité de la victoire d’Assad, c’est qu’il n’est pas seulement soutenu par les régions alaouites – qui ont une parenté avec le chiisme qui encourage un statut de la femme plus élevé, ce qui donne des sociétés plus efficaces, etc. Il l’est également par les classes moyennes sunnites. Personne ne réfléchit là-dessus !

    Le témoignage précédent semblait à la fois désespéré et étonné de voir les alliés se transformer en ennemis. Mais c’est simplement parce que la rébellion était le fait des régions les plus antiféminismes, les plus arriérées, les plus fermées. Et si on réfléchit rationnellement, c’est aussi la raison pour laquelle les Russes ont gagné cette guerre : parce qu’ils ont pris les bons alliés sur le plan culturel ! Et que la vérité, c’est que tous nos alliés à nous, occidentaux là-bas, à commencer par l’Arabie Saoudite, sont les pays les plus loin de nous et les plus inefficaces en termes de dynamique éducative et culturelle.

    Alors c’est pour ça que, confrontés à ces forces majeures, vous envoyez une centaine de missiles sur des bâtiments vides. Il y a une sorte de disproportion entre la puissance des forces historiques anthropologiques sur le terrain et ces actions militaires. On n’a plus de but ! L’Occident est perdu.

    Journaliste : Sur cette dérive autoritaire, y compris dans les démocraties libérales, Mélanie citait le journal le1 sur ces présidents à vie. Cela fait penser à ce que vous écriviez il y a dix ans maintenant après le communisme, après la post-démocratie. On y est dans la post-démocratie ? C’est la fin d’une histoire commencée en 89 ?

    Todd : Évidemment, mais il ne faut pas généraliser. Il y a une dynamique générale de l’histoire humaine, il y a une hausse des taux d’éducation par exemple. Mais il y a une stagnation des taux d’éducation dans les pays les plus avancés.

    Mais par exemple, on ne peut pas dire que la Russie et la Chine c’est la même chose sur le plan de la “dictature”. La Chine a un régime de parti unique avec contrôle d’Internet, la police règne, il n’y a pas d’élections. Et en Russie, il y a des élections. Dans les trois grandes démocraties occidentales, il y a ce problème d’affrontement entre entre un parti populaire et un parti oligarchique, mais il y a des différences.

    La France est le pays le plus fermé, où le monde populaire est le plus marginalisé avec d’un côté Macron, représentant les éduqués, les riches, etc. et le Front National représentant le monde populaire en perdition culturelle. Alors qu’en Angleterre le Brexit a quand même été accepté ; une partie du parti conservateur a accepté le vote populaire. Il faut accepter de rentrer dans la diversité, on ne peut pas faire simplement des slogans disant : “il y a des gentils c’est nous, il y a des méchants c’est les autres”, c’est de ça que j’essaie de sortir…

    Journaliste : Est ce que je peux vous faire entendre un ancien président, le nôtre, François Hollande, il était sur France Inter jeudi matin, écoutez ce qu’il dit de l’avancée de l’Histoire :

    – F. Hollande : moi je fais partie d’une génération ou la démocratie était en mouvement et en progrès partout dans le monde et ou le mur de Berlin c’est effondré ou les pays émergents aspiraient aussi à la liberté et à la démocratie”

    – Journaliste 2 : “on va y revenir”,

    – F. Hollande : “c’est fini, pour l’instant c’est arrêté, et même dans notre pays dans notre Europe il y a ce recul et la presse pour moi elle est aussi menacée ce que je regrette c’est que la presse ne se fasse pas respecter comme elle doit le faire mais sur sa place sur son rôle ; pas sur le bruit ou la presse est très présente, sur la conception de ce que est la démocratie

    Journaliste : Alors c’est moins sur la presse, on vous a entendu, que sur l’évolution de cette démocratie.

    Todd : Le Guardian que vous avez cité est en train de devenir complètement cinglé…

    Journaliste : Vous avez vu cette évolution, avec la réélection notamment dimanche dernier de Victor Orban en Hongrie, et de ce qu’il est en train de faire et qu’il appelle une démocratie illibérale

    Todd : Mais vous voyez ce qui est choquant quand j’entends François Hollande, c’est qu’il parle de la démocratie et qu’il se met dans la posture de celui qui est du côté de la démocratie mais ça n’est pas vrai, c’est un européiste..

    Journaliste : Quand même…

    Todd : Mais ce n’est pas vrai, c’est un européiste !

    Journaliste : Il faut s’entendre sur ce qu’est la démocratie…

    Todd : Et bien c’est ça qui est le problème ! Le mot est là, tout le monde l’a dans la bouche, mais on ne sait plus ce que c’est. La France est un pays où les gens croient que la démocratie c’est quand on vote, et qu’il y a une presse qui dit ce qu’elle veut…

    Journaliste : …c’est déjà pas mal !

    Todd : Oui, c’est déjà pas mal, mais ça ne suffit pas. La démocratie c’est quand les gens votent, que des élites légitimes sont désignées et qu’elles appliquent les décisions populaires. Ce qui est caractéristique de “la démocratie française”, c’est que si les gens votent et prennent des décisions qui ne plaisent pas aux élites, eh bien elles ne sont pas appliquées !

    Le moment ou la France à cessé d’entre une démocratie représentative au sens classique c’est le référendum de 2005, quand les Français ont voté non et que les élites ont transformé ce non en oui. L’Angleterre reste une démocratie parce que le Brexit est appliqué par le parti conservateur. L’Amérique reste une démocratie, mais, nous, on ne peut plus dire ça.

    Et quant à la Hongrie, vous voyez, moi j’aime la Hongrie pour d’autres raisons. C’est dans un voyage en Hongrie que j’ai découvert la fin du communisme. Les Hongrois sont un peuple héroïque, c’est le seul pays qui a osé se lever contre la dictature soviétique en 1956 ; ils ont été sauvagement réprimés, et les Russes les ont respectés pour ça. C’est eux qui ont abattu le mur, c’est eux qui ont laissé passer les Allemands de l’est. Et oui, parce que les Hongrois ont des valeurs.

    Journaliste : Les Hongrois sont inquiets.

    Todd : Oui, mais il faut voir les choses correctement. Encore une fois je ne dis pas que Orban est un type sympathique, mais je dis qu’il faut essayer de comprendre ce qu’il se passe et ne pas se raconter que tout est manichéen. J’ai l’impression que l’establishement est complotiste, il croit qu’il y a des complots partout.

    Personne ne veut voir pourquoi Orban est réélu. Je déteste sa campagne sur l’immigration, etc., mais l’une des valeurs fondamentale de la Hongrie, que montre toute son Histoire de 1848 à 1989 en passant par 1956, c’est que les Hongrois sont un peuple patriote, c’est une valeur fondamentale. La Hongrie, c’est peuple tout petit qui survit au cœur de l’Europe centrale, contre vents et marées, et qui n’a pas envie que son territoire soit parcouru de vents incontrôlables. Et j’ai envie de dire que l’existence de la Hongrie en tant que nation est la preuve que nous, nous avons des élites qui ne sont plus patriotes.

    Est-ce que j’irais jusqu’à dire que l’on a des traîtres ? Non, on a simplement des gens qui veulent dépasser la nation, qui ne sont pas très clairs sur le respect des frontières nationales. La russophobie, la “magyaro-phobie” (NdT : phobie de la Hongrie), les gens qui en parlent ne connaissent rien à la Russie, rien à la Hongrie, est ce que ces gens savent qu’il y a une partie de la tradition hongroise qui est calviniste très importante qui explique la dynamique de ce pays, qu’il y a eu 3 cultures.

    En fait, quand on parle de la Russie ou de la Hongrie, on parle de nous, de notre crise à nous, de notre déficit de valeurs spirituelles, de notre déficit de sentiment national. Sans sentiment national, il n’y a pas de projet, on est à la dérive, on devient agressif, on lance des missiles comme des couples qui se jettent des assiettes dans des cuisines, comme des couples qui n’arrivent plus à se parler ; on est dans l’irrationnel et dans l’émotionnel.

    Je recommande à tous la lecture des textes de Lavrov et de Poutine, s’ils veulent lire des choses intelligentes sur la géopolitique. Et je vous garantis que, ce matin, les exposés du Guardian, du Daily Telegraph et du Monde sur ce qui se passait étaient tellement mauvais que j’ai du aller, ce que je n’ai jamais fait, sur le site de RT France, pour comprendre à peu près ce qu’il se passait !

    Journaliste : Et vous pensez avoir mieux compris ?

    Todd : c’était beaucoup plus détaillé et vous aviez toutes les informations qu’il y avait dans les autres plus d’autres.

    Journaliste : Nous n’avons pas eu le temps de parler de la situation en France. Mais vous reviendrez (sur France culture) pour parler de la France et des grèves…

    Todd : Mais je ne vais pas pouvoir dire mon soutien à la grève des cheminots ?

    Journaliste : Eh bien, si, voila, vous l’avez fait !

    Todd : Je peux vous dire ce qu’il va se passer s’ils perdent ?

    Journaliste : Vous avez 30 secondes pour le faire.

    Todd : Je viens de faire récemment une intervention devant une mutuelle sociale agricole. J’ai découvert que la mise en instabilité par l’Europe des prix agricoles, avait provoqué la poussée nationale, Front National constatée dans les milieux agricoles. Et ce puisque flexibilité pour les gens, cela veut dire insécurité, et je vous fais le pari que si l’on brise la SNCF, si l’on brise la CGT, on n’obtiendra aucune amélioration économique mais que le réseau de chemin de fer va devenir l’un des axes de diffusion supplémentaire de l’influence du Front National en France.

    Journaliste : Et Macron ?

    Todd : Ah non, je n’écoute plus du tout ce que dit Macron, il ne m’intéresse plus du tout ! Il est hors.. il répète toujours la même chose.

    Macron fait semblant d’être président : par exemple, il ne contrôle pas la monnaie. Donc aujourd’hui, être Président en France, c’est simplement passer à la télé, si vous voulez. Et puis réduire les petits “privilèges” des petites gens et ne pas toucher aux gens qui ont de gros privilèges. Et donc je n’écoute plus Macron, et je n’écouterai pas son intervention demain.

    Sources : France Culture, 14/04/2018 & https://www.les-crises.fr , 15/04/2018

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  • Stupidité et irresponsabilité, par Jacques Sapir  (les-crises.fr-14/04/2018)Stupidité ; c’est le mot qui semble le plus approprié pour décrire la frappe par missiles de croisière sur la Syrie à laquelle se sont livrés dans la nuit de vendredi à samedi trois pays, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et – hélas – la France. Cette frappe n’a eu, semble-t-il, que des effets très limités. Le gouvernement syrien et le gouvernement russe n’annoncent aucune victime. Ainsi, “selon des informations préliminaires, aucune victime [n’est à déplorer] au sein de la population civile ou de l’armée syrienne“, a déclaré un porte-parole de l’armée russe. De plus, selon une source officiel russe, un nombre important de missiles, 71 sur 103, auraient été abattus par la DCA syrienne[1]. Il est clair que cette frappe ne changera pas un iota dans la politique de Bachar-el-Assad.

    Une action, dont on ne mesure pas les conséquences, peut-être qualifiée de stupide. Une action dont les conséquences vont à l’opposé des objectifs affichés est certainement stupide. Cette frappe se qualifie comme stupide sur ces deux terrains.

    Stupidité tactique

    Relevons tout d’abord que, dans ses objectifs, cette frappe semble avoir été très limitée. On ne parle que d’un centre « clandestin » d’armes chimiques (ou supposées telles) et de deux lieux de fabrication. Les installations directement militaires, et où se trouvent de nombreux soldats et officiers russes, semblent avoir été soigneusement évitées. Les derniers contacts entre Macron et Vladimir Poutine semblent avoir eu pour but de confirmer aux russes qu’ils ne seraient pas visés. Cela démontre un effet de dissuasion certain de la présence russe face aux Etats-Unis et à leurs alliés. Cet effet sera certainement noté par différents observateurs et par des pays qui sont susceptibles de devenir des cibles de la puissance des Etats-Unis.

    Il faut ensuite revenir sur le chiffre – hypothétique – de 71 missiles abattus sur 103. La défense anti-aérienne russe n’est pas entrée en action, car les troupes russes n’étaient pas susceptibles d’être visées. Ce chiffre est extrêmement élevé, et ce même s’il devait être réduit à une quarantaine de missiles, par rapport aux capacités des systèmes de DCA dont l’armée syrienne est équipée. Ces systèmes sont des armes achetées du temps de l’existence de l’Union soviétique, ou qui en sont largement dérivées. Alors, on peut raisonnablement penser qu’elles ont été modernisées dans le cadre d’accords avec la Russie. Mais, cela reste insuffisant pour expliquer cette forte proportion d’interceptions et de destructions, chose dont l’armée Syrienne n’avait pas été capable jusque là. Il est possible que les troupes russes, qui disposent de systèmes de détection et de désignation de cibles sophistiqués en Syrie, aient transmises des informations à la DCA syrienne lui permettant d’intervenir avec une efficacité étonnante à priori. Cela expliquerait le nombre important d’engins détruits.

    Ces engins, que Donald Trump décrivait dans un twitt comme « beaux et intelligents », et qui sont les lointains descendants des V-1 de l’Allemagne nazie[2], coûtent chers. Un missile britannique de type Storm Shadow est estimé à 800 000£. Si, pour faire exploser sur des cibles 32 missiles on doit en perdre 71, autrement dit si le taux de réussite n’est que de 31%, on s’interroge sur la capacité de pays comme les Etats-Unis et leurs alliés à mener une campagne de désarmement (comme celle menée contre l’Irak en 2003). Pour qu’une telle campagne soit efficace, il faut compter plusieurs centaines de missiles atteignant leurs cibles (de 400 à 1200 suivant la complexité du système de défense du pays). Cela reviendrait à tirer de 1300 à 4000 missiles, dans le cas d’une défense qui n’est clairement pas à la pointe du progrès, soit une dépense de 1,6 milliards de dollars à 4,8 milliards de dollars. On le comprend aisément, l’efficacité supposée de la DCA syrienne remet en question le modèle économique des frappes aériennes, modèle qui celui sur lequel les Etats-Unis vivent depuis la « guerre du Golfe » en 1991. Ils auraient fait par cette frappe, aidés par la Grande-Bretagne et par la France, la démonstration que leur modèle d’action militaire est ainsi périmé. Si ils croyaient rétablir à leur profit une forme de dissuasion, c’est évidemment raté ! Les trois pays ont en réalité affaibli leurs positions sur la question de la Syrie, et c’est une évidente stupidité.

    Stupidité stratégique

    Mais, les conséquences de cette frappe vont naturellement plus loin. Jean-Luc Mélenchon a ainsi twitté : “Les frappes contre la Syrie se font sans preuve, sans mandat de l’ONU et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français” (…)”C’est une aventure de revanche nord-américaine, une escalade irresponsable[3]. Et c’est là l’aspect peut-être principal. Une frappe militaire est un acte de guerre. Cet acte doit être encadré par le droit international ou alors cela signifie que la loi du plus fort et la seule valide. Aujourd’hui, les preuves de la réalité d’une attaque chimique et de la responsabilité du régime de Bachar-el-Assad dans cette attaque n’ont pas été fournies. Compte tenu du lourd passif de mensonges et de manipulations des dirigeants des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, nul ne peut être cru sur parole.

    En décidant de commettre cette frappe de manière unilatérale et sans mandat, les dirigeants des trois pays concernés, Etats-Unis, Grande-Bretagne et France ont fait la démonstration du peu de cas qu’ils font du droit international et des Nations-Unies. Cela ne peut que renforcer toute une série de pays dans leur résolution à se doter de l’arme nucléaire afin de se préserver d’actions de cette nature. En d’autres termes, Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron viennent de confirmer que la prolifération nucléaire est, pour certains pays, un choix logique et inévitable. Or, il convient de préciser que outre les puissances nucléaires légales, sont déjà actuellement en possession de l’arme nucléaire Israël (avec de 200 à 250 têtes), l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Cette frappe va donc conforter non seulement les dirigeants de ces pays dans leurs choix mais aussi persuader d’autres, et l’on pense à l’Iran, à l’Arabie Saoudite, mais aussi à l’Algérie, à la Turquie, et à un certain nombre de pays d’Asie qu’ils doivent imiter les pays « proliférateurs ». Ne pas se rendre compte de cela est bien faire preuve d’une incroyable stupidité stratégique.

    La frappe décidée par Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron ne rendra pas le monde plus sûr ni plus juste. C’est en réalité tout le contraire. Elle accroit les risques d’instabilités internationales et plonge un peu plus le monde dans le chaos. Ce n’est plus simplement de la stupidité stratégique, mais de l’irresponsabilité crasse.

    Cette frappe a été décidée pour des raisons sans doute différentes et divergentes par les trois dirigeants qui en portent la responsabilité. Les Etats-Unis pourraient bien considérer qu’il s’agit d’une « salve d’adieu » et se décider à abandonner le terrain Syrien. La Grande-Bretagne alors suivra. La France, elle, se retrouvera dans une situation plus que délicate, s’étant compromise avec les Etats-Unis, ayant perdu ce qui faisait sa crédibilité et son honneur sur la place internationale, en particulier la défense des principes du droit international et de la souveraineté des Etats. Très clairement, la France est le pays qui a, et de loin, le plus à perdre dans cet affaire. Qu’Emmanuel Macron ne l’ait pas compris est bien la preuve qu’il n’entend rien à la politique étrangère et qu’il se révèle inapte à sa fonction, tout comme l’avait été son prédécesseur, François Hollande.

    [1] https://fr.sputniknews.com/international/201804141035942222-71-missiles-syrie-coalition-largues/?utm_source=https://t.co/tOGn6jizCw&utm_medium=short_url&utm_content=hp85&utm_campaign=URL_shortening

    [2] Voir Werrell K.P., The Evolution of the Cruise Missile, Air University Press, Maxwell Air Force Base, Alabama, 1985.

    [3] http://www.lepoint.fr/politique/syrie-melenchon-denonce-des-frappes-menees-sans-preuve-ni-mandat-de-l-onu-14-04-2018-2210618_20.php

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