• L’exception grecque-par Thomas Jacobi (LaCroix.fr-4/05/20-8h)

    L’exception grecque

    Bien que réputés indisciplinés, les Grecs se sont très vite pliés aux consignes de confinement. Après dix ans d’austérité, ils savent que leur système de santé n’est pas en mesure de faire face à l’épidémie.

    Un système de santé mis à genoux par dix ans de crise, une population vieillissante, avec 22 % de seniors, un mode de vie méditerranéen avec souvent trois générations qui vivent sous le même toit, un peuple réputé indiscipliné… La Grèce cumulait les facteurs de risque pour que la pandémie du coronavirus devienne, comme en Italie ou en France, une catastrophe nationale. Or, elle ne totalise fin avril « que » 2 566 cas et 139 décès parmi ses onze millions d’habitants.

    Pour autant, Andreas Mentis, directeur de l’Institut Pasteur d’Athènes, se garde bien de parler de « miracle grec » : « Derrière toute réussite, il y a une bonne organisation, avec des mesures précoces et strictes de confinement et une mise en quarantaine des voyageurs venant de l’étranger. » Et le plus étonnant selon lui, c’est que les Grecs se sont « immédiatement » pliés aux directives de plus en plus restrictives.

    La Grèce a été « un pays exemplaire », s’est félicité le premier ministre Kyriakos Mitsotakis en annonçant à la télévision, le 28 avril, les premières mesures de déconfinement à partir du 4 mai, qui s’échelonneront jusque dans le courant du mois de juin, mais excluant pour l’instant une reprise du tourisme pourtant vitale pour l’économie grecque.

    Fin février, alors que les nouvelles d’Italie sont alarmantes, les rassemblements sont interdits. Dès l’apparition du premier cas de contamination le 11 mars, les crèches, écoles, lycées et facultés sont fermés. Le 13, alors que le pays compte son premier mort, c’est au tour des commerces, restaurants, stades, musées, plages, etc. Le 16, les personnes venant de l’étranger sont mises en quarantaine.Enfin, les lieux de culte ferment malgré la Semaine sainte précédant la Pâque orthodoxe, avant que le confinement général ne s’impose que le 23 mars.

    Cinq villages du nord du pays très touchés sont isolés du monde. Kyriakos Mitsotakis « a fait du bon boulot », concède Emmy Koutsopoulou, psychiatre du centre médical solidaire de Peristeri, dans la banlieue d’Athènes. Mais elle tempère : « La décision était plus facile à prendre en Grèce qu’en France ou en Italie, car les conséquences de l’arrêt total de l’économie en Grèce sont moindres ; nos grandes usines ont, elles, déjà été fermées pendant la crise. »

    Si les contrôles de police et les amendes (pour un total de plus de huit millions d’euros) se sont multipliés dans le pays, ce sont d’abord les images catastrophiques venant de l’Italie voisine qui ont poussé les Grecs, paniqués, à rester chez eux. D’autant plus qu’ils savent leur système de santé, largement démantelé par les années d’austérité, incapable de faire face à une pandémie.

    « Lorsque mon père de 79 ans a fait une rechute de son cancer en 2013, le traitement dont il avait besoin a été gardé pour un malade plus jeune. À sa mort, on m’a aussi demandé ses médicaments car l’hôpital manquait de tout », lâche en colère Anna, fonctionnaire de 42 ans. « Alors, poursuit-elle, même si les choses vont mieux, je sais aussi qu’on n’aura aucune chance si l’épidémie éclate vraiment dans le pays. Je veux protéger ma mère qui a un cancer du sein. » Du coup, depuis le 11 mars, Anna ne sort de chez elle que pour les courses indispensables.

    De fait, entre 2009 et 2017, le budget de la santé a été amputé de 32 %. Plusieurs hôpitaux ont fermé, et 40 000 salariés du secteur, dont 18 000 médecins, sont partis à l’étranger. Alors ceux qui sont restés doivent faire face au virus avec 50 % de personnel en moins, seulement 567 lits de soins intensifs et un seul hélicoptère dans le pays pour évacuer les malades.

    Amnesty International a écrit une lettre ouverte au premier ministre « afin que le gouvernement considère cette crise comme un signal d’alarme ». « Si le système n’est pas rapidement amélioré, nous allons au-devant d’une catastrophe », redoute Gabriel Sakellaridis, directeur du bureau d’Athènes. Si le gouvernement a injecté 200 millions d’euros dans le système médical et embauché 2 000 médecins pour trois ans, selon Emmy Koutsopoulou, « on est encore loin du compte ».

    Thomas JACOBI, correspondant à Athènes

    source: https://www.la-croix.com/

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