• La santé, un bien commun essentiel-point de vue des Drs Philippe de Botton & Carine Rolland (OF;fr-11/04/20-7h52)

    Avec cet épisode de pandémie, « la santé doit être considérée comme un bien commun essentiel et devenir une priorité des dépenses publiques. »

    « La santé doit être considérée comme un bien commun essentiel et devenir une priorité des dépenses publiques. »« La santé doit être considérée comme un bien commun essentiel et devenir une priorité des dépenses publiques.

    « Il va y avoir des morts ». L’avertissement était clair. Malgré les appels de l’hôpital public à renforcer ses moyens (plus de lits et de personnels), malgré un mouvement de mobilisation d’ampleur en 2019 (grèves, démissions administratives etc.), l’État a fait la sourde oreille. Aujourd’hui l’épidémie de Covid-19 donne raison aux soignants en révélant les failles de notre système de soins. 

    Les populations précarisées touchées

    Depuis des années, le désengagement de l’État fragilise notre système de santé qui manque de moyens pour assurer des soins de qualité pour tous. Un système dont sont exclues les populations précarisées que Médecins du Monde soutient depuis plus de 30 ans en France. Aujourd’hui, parce que leurs conditions de vie sont indignes et leurs droits niés, elles ne peuvent se protéger correctement du Covid-19. Chaque personne en France devrait pouvoir appliquer les mesures d’hygiène et les gestes barrière, respecter le confinement et pouvoir renforcer ses capacités à se protéger elle et les autres. Lutter contre une épidémie nécessite des moyens de protection efficaces pour les soignants, une information claire des populations, des actions spécifiques pour les personnes éloignées des soins.

    Nous dénonçons l’absence d’anticipation et de moyens de la 6e puissance économique mondiale. Les stocks et commandes insuffisants de moyens de protection individuelle contraignent les acteurs de santé à prendre des risques pour eux-mêmes. Restreindre le nombre de masques pour un soignant ou ne pas en fournir aux patients suspectés d’avoir le Covid-19 et confinés à domicile sont des mesures dictées par la pénurie. En termes de santé publique, elles sont inadaptées voire dangereuses. En l’absence de tests virologiques, il n’a pas été possible de dépister et d’isoler précocement les malades, il faut espérer que la France disposera de suffisamment de tests sérologiques lors du déconfinement.

    Le 25 avril 2019 Emmanuel Macron déclarait : Nos concitoyens ont l’impression que […] tout est cul par-dessus tête, que plus rien ne tient ». En 2020 tout est bien cul par-dessus tête : la démocratie sanitaire est balayée des processus décisionnels, les réanimateurs recyclent des masques Décathlon®, le ministre de l’Action et des Compte publics appelle aux dons. Or, cette pandémie exige une réponse forte de l’État. Les doctrines libérales doivent être abandonnées pour se concentrer sur l’urgence sanitaire et la refondation d’un service public de santé.

    En tant qu’acteurs de santé nous demandons des mesures fortes et préventives accessibles à tous : la levée des barrières financières liées à l’accès aux soins pour tous, la mise à l’abri immédiate des personnes sans domicile et la régularisation des sans-papiers. Nous demandons des efforts budgétaires pour des moyens sanitaires d’ampleur pour protéger les soignants, la promotion du masque pour tous et un accès au dépistage avec des tests nombreux. L’État doit anticiper des pénuries de médicaments et mettre en place des négociations avec les instituts de recherche et l’industrie pharmaceutique, en concertation avec les acteurs de la santé publique, afin que les brevets et prix des vaccins contre le Covid-19 ne constituent pas une barrière à l’accès universel aux médicaments.

    Il est urgent d’adopter des mesures sociales d’ampleur pour les personnes que ce virus et la crise économique qui en découle précarisent. La santé doit être considérée comme un bien commun essentiel et devenir une priorité des dépenses publiques.

     

    Dr Philippe de Botton, président de Médecins du Monde,

    Dr Carine Rolland, membre du conseil d’administration de Médecins du Monde

    source: https://www.ouest-france.fr/

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