• Massacre de Penguérec. Un historien mène l’enquête (LT.fr-23/07/18-6h)

    Dimitri Poupon, devant le monument aux morts qui touche les murs de l’ancienne ferme, va poser noir sur blanc les raisons de ce traumatisme gouesnousien. Dimitri Poupon, devant le monument aux morts qui touche les murs de l’ancienne ferme, va poser noir sur blanc les raisons de ce traumatisme gouesnousien

     

    Le 7 août 1944, l’armée allemande est aux aguets. Elle sait que les forces américaines sont sur la route de Brest et foncent sur elle. À Gouesnou, en riposte à une incartade d’éclaireurs franco-anglais, elle va massacrer ce jour-là 42 civils raflés au hasard et fusillés dans la ferme de Penguérec. Il s’agirait du massacre de civils le plus important en Bretagne. Dimitri Poupon entame une thèse qui va explorer cet événement et plus généralement l’occupation allemande dans ce bourg qui ne comptait que 1.400 âmes à l’époque.


    Dimitri Poupon, comment vous est venu ce sujet de thèse ?

    « Moi, au départ, je ne voulais pas faire de thèse. Mais quand Fabrice Bouthillon m’a appelé pendant mon master 2 pour me demander de m’y atteler en me précisant que les trois années de travail étaient financées par la commune et l’université, j’ai pris le temps d’y réfléchir une petite semaine. Et j’ai foncé ».


    Vous êtes Gouesnousien ?

    « Pas du tout, je suis de Plougonvelin mais la deuxième Guerre Mondiale est le sujet qui m’a donné le goût pour m’inscrire en fac d’histoire, il y a quelques années. Peut-être parce que mon grand-père et ma grand-mère ont vécu cette période, je ne sais pas. Et puis, ironie de l’histoire, nous ne l’avons pas étudiée en licence… C’est un petit regret pour moi au milieu de ce cursus par ailleurs remarquable à Brest. Disons que c’est plus un regret personnel que je vais gommer. Parce qu’au terme de ma réflexion, le sujet proposé me passionne d’abord parce qu’il se situe dans cette période et aussi parce qu’il est local. Bien sûr, le financement est un plus, mais je ne l’aurai pas fait pour n’importe quel sujet ».


    Que se passe-t-il le 7 août à Gouesnou ?

    « Le départ de ce massacre est sensiblement identique à celui qui s’est produit à Saint-Pol, quelques jours avant. En réalité, les deux fois, les troupes américaines sont annoncées en avance par la population, alors qu’elles ne sont pas si proches. Ici, il semble que quelqu’un ait dit que les Américains arrivaient alors qu’ils n’étaient qu’à Plabennec. Les éclaireurs, souvent des maquisards français formés par des Britanniques, arrivent dans le bourg et tentent de couper les liaisons entre les Allemands. À Gouesnou comme ailleurs, les Allemands avaient dressé un observatoire en haut du clocher et l’idée était de couper cette transmission. Hélas, deux soldats de la Libération, Roger et Rotenstein, sont tués et les Allemands peuvent s’organiser. Quelques soldats de la Kriegsmarine vont rafler les personnes qui se trouvent là et les emmener dans un corps de ferme pour les fusiller arbitrairement. Ils en raflent 38 et tuent quatre des six occupants de la ferme, un couple et deux de leurs six enfants ».


    En quoi ce massacre est-il inédit ?

    « L’armée allemande et comme toutes les armées, composée de plusieurs corps. Selon ce que je sais, le massacre de Penguérec est sans doute le seul perpétré par des marins de la Kriegsmarine. Ce n’était pas leur habitude à l’inverse de la division blindée des Waffen SS « Totenkopf » qui, au début du conflit, a multiplié les massacres de civils dans le Nord de la France. Je vais essayer de comprendre ce qui s’est produit ce jour-là. Cette partie occupera une grande place de mes recherches que je vais étendre à toute la période d’occupation à Gouesnou pour ma thèse. On ne passe pas trois ans sur une seule journée, même la plus rude du conflit ».


    Vous avez une petite idée, déjà ?

    « Franchement non. Je vois ça comme une enquête policière où je vais remonter un fil. Je sais qu’il y a déjà des suppositions rapportant que les soldats allemands étaient sous l’effet des méthamphétamines, à l’identique de ce qui a été rapporté à Saint-Pol où les témoins parlent "d’yeux exorbités". Mais il faut le vérifier. Je rappelle qu’Hitler a dit tout long de cette guerre que la vie d’un soldat allemand valait celles de 30 à 40 civils. Et à cette période, les Allemands savaient déjà que c’était sans doute la fin ».

     

    en complément 


    Massacre de Penguérec. À Gouesnou, une balafre éternelle
    Stéphane Roudaut, le maire de Gouesnou, est formel. Le discours qu’il prononce chaque année à Penguérec le 7 août est le plus difficile de l’année. « Les gens pleurent encore », glisse-t-il. Mais c’est son prédécesseur, Michel Phelep, qui connaît le mieux le déroulé de ce drame absolu. Pour cause : le couple de fermiers lâchement abattu ce 7 août 1944 avec deux de leurs six enfants n’étaient autres que ses parents et sa fratrie. « J’avais 4 ans, on m’avait confié à une ferme d’à côté », ne se souvient-il pas ou peut-être pas. « Je ne sais pas. On m’en a tellement parlé que je ne peux pas affirmer si les souvenirs sont réels ou rapportés ». Michel Phelep sait en revanche que ses frères Paul et Laurent ainsi que sa sœur Yvette ont pu sauter à temps des fenêtres. Pierre et Francine ont en revanche été abattus avec tant d’autres. Des gens ramassés au hasard, sans distinction d’âge ou de sexe. De 16 à plus de 70 ans…

    Le mystère de neuf inconnus

    « Il reste aussi un mystère dans cette tuerie », continue Michel Phelep, qui raconte que neuf des corps retrouvés par une nonne, sœur Paul, sur des tas de fumier n’ont jamais pu être identifiés. « On ne sait pas. Ce sont peut-être des Brestois qui étaient sur la route de l’exil mais certains prétendent qu’il s’agissait d’Africains. Je me demande ce que des Africains faisaient là, à ce moment-là, mais cette rumeur est restée tenace ». Sur le monument aux morts qui regarde les derniers murs de la ferme, calcinée par les forces d’occupation après le drame, la mention des neuf inconnus figure au bas des patronymes des martyrs. Et Michel Phelep encore : « Ce qui est terrible au fond, c’est que les gens raflés n’ont pas su qu’ils allaient mourir. C’était la première fois, il n’y avait aucune raison que cela se produise ». Tous les ans, le 7 août, Stéphane Roudaut a donc la gorge serrée. Ici, le massacre de Penguérec a traversé les âges. « Nous devions nous intéresser à ce drame maintenant, parce que la mémoire vive s’éteint. C’était tout à fait inacceptable de ne pas l’écrire noir sur blanc et j’estime qu’un maire qui ne s’intéresse pas à la mémoire de sa commune, à ce qu’elle nous fait apprendre est un imposteur ».

    Steven LEROY

    source: https://www.letelegramme.fr/

    « Chantiers navals. Quatre navires déconstruits par Navaleo à Brest (Of.fr-18/07/18-18h 54)Cuba Socialiste fait évoluer sa constitution (IC.fr-23/07/2018) »
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