• « Plus la crise dure, plus les esprits s'échauffent » (OF 19/02/2016)

    Yves-Hervé Mingam, éleveur de porcs à Guiclan, près de Morlaix, et responsable de la filière porcs aux Jeunes Agriculteurs

     Yves-Hervé Mingam, 35 ans, est éleveur de porcs depuis trois ans. Il représente la filière aux JA. Il témoigne des conséquences de la crise et du ras-le-bol d'une base à bout de nerfs.

    Entretien avec...Yves-Hervé Mingam,éleveur de porcs.

    Depuis combien de temps êtes-vous éleveur de porcs ?

    Je me suis installé à Guiclan le 13 février 2013, le jour de mes 32 ans. J'ai repris un élevage qui était en liquidation depuis 2008. J'ai sept salariés. L'élevage compte 650 reproducteurs, environ 6 000 porcs présents en permanence et 3 000 répartis dans d'autres exploitations en Bretagne.

    Quand sont apparues les difficultés ?

    Avant 2001, la production porcine était rentable. Depuis, rien. 2007 a été la pire année. Le prix du porc était bas et le prix des céréales, servant à l'alimentation, très fort.

    La différence avec aujourd'hui c'est que ça n'a pas duré très longtemps. Le kg de porc est actuellement payé 1,26 € alors que le point d'équilibre est à 1,50 €. Je perds environ 7 000 € par semaine, et ce depuis l'été... Ce sont des charges engagées que je ne peux pas rembourser. On ne fait qu'accentuer notre endettement. Alors on sert les boulons partout pour réduire le coût de production.

    La crise était-elle prévisible ?

    Non. Nous travaillons avec du vivant. Les cours peuvent monter ou chuter brutalement. Le prix des céréales peut fluctuer de façon importante. Lorsque je me suis installé, j'avais prévu de réaliser 200 000 € d'investissements par an pendant cinq ans, notamment pour construire de nouveaux bâtiments, renouveler l'outil. Finalement, en trois ans, je n'ai investi que 200 000 €.

    Que faire ?

    Nous sommes axés sur les charges. C'est au gouvernement français de réformer dans un premier temps, à l'Europe ensuite.

    Et au niveau syndical ?

    Mon rôle est de défendre l'intérêt des producteurs, sur plusieurs axes : prix payés, charges, relations commerciales et consommateurs (visibilité sur la provenance des produits). Malheureusement, les résultats ne sont pas là, ou peu. Plus la crise dure, plus nos situations s'aggravent et les esprits s'échauffent. Forcément. Nous continuons notre travail de fond, qui s'apparente à du lobbying. Nous sommes aussi présents sur le terrain car parler ne suffit plus. Nous-mêmes qui parlons commençons à nous échauffer... Il y a un besoin de résultats dans nos structures pour continuer à vivre. Nous donner l'envie ou la force de nous lever le matin.

    La base se mobilise sans leader identifié. Comment analysez-vous cela ?

    Nous ne pouvons pas nous engager ni être à la tête d'actions violentes, nous serions désignés responsables de dégradations que nous ne pouvons pas assumer financièrement. Nous sommes obligés de garder une trajectoire de construction plutôt que de destruction. Je préfère encore que des éleveurs s'en prennent à moi lors de manifestations ou à des formes matérielles qu'à eux mêmes. Qu'ils s'expriment à leur manière, plutôt qu'ils se renferment sur eux et se passent la corde autour du cou.

    Recueilli par Adeline BERTIN.

    source: ouest-france.fr

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