• Quelques réflexions stratégiques-par Denis COLLIN (La Sociale 19/07/2017)

    ou comment continuer après les élections

    Quelques réflexions stratégiques-par Denis COLLIN (La Sociale 19/07/2017)par Denis COLLIN

    Après cette longue séquence électorale, l’heure est aussi à la réflexion. À l’action, certes, contre la loi travail Macron II, à l’action contre la marche au régime autoritaire impliquée dans l’intégration de l’état d’urgence aux lois ordinaires, à l’action mais aussi à la réflexion. Pas seulement la réflexion programmatique, mais bien à une réflexion stratégique, c’est-à-dire une réflexion qui porte sur les forces sociales et les alliances politiques qui permettraient une véritable alternative politique.


    La percée de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle et la constitution d’un groupe « France Insoumise » au Parlement constituent des données de tout premier plan et un espoir sérieux pour se recompose un mouvement social et national émancipateur après ces longues décennies de désagrégation du vieux mouvement ouvrier. Il y a un programme de la FI dont les grandes lignes – république, écologie, défense des droits sociaux – peuvent rassembler largement. Mais vont se poser les questions stratégiques et organisationnelles, même s’il faut éviter de mettre la charrue avant les bœufs. Je me permets donc de livrer ici quelques réflexions sans trop de précautions oratoires.

    1. Refuser toute ligne de l’union de la gauche de la gauche, de la vraie gauche et toutes les autres formules de ce genre qui ont montré ailleurs (Italie par exemple) leur nocivité. Tout compromis avec le gauchisme permet de gagner quelques militants gauchistes, plus ou moins écervelés et généralement coupés depuis longtemps de la masse de nos concitoyens et par contre éloigne de nous des centaines et des milliers de bonnes volontés laïques, républicaines et sociales qui n’ont aucune envie de subir les bavardages hallucinés des théoriciens du genre et autres pourfendeurs des « laïcards colonialistes ». Un pas de géant a été fait par Mélenchon quand a été repris le thème de la patrie avec ses symboles, drapeau et hymne. Se laisser tirer en arrière pour garder les bonnes grâces des gauchistes serait catastrophique. Laissons les NPA et autres Philippe Marlière à leurs divagations.
     

    2. En finir avec les tentations de l’Union de la gauche. La terminologie de la gauche a presque disparu du lexique de LFI et c’est heureux. Comme est heureux le refus des accords d’appareils et de la tambouille avec le PCF. Il ne faut pas céder aux objurgations de ceux pour qui sans le PCF rien n’est possible. Car l’union avec le PCF est impossible stratégiquement tout simplement parce que les programmes sont incompatibles sur quelques points clés : le PCF est un parti européiste honteux et il est un dernier défenseur du nucléaire ! Et surtout le PCF est prêt à tout pour se réconcilier avec le PS. Même les PCF qui se sont fait investir par LFI ont apporté  bien des déboires – je pense à Levitre dans l’Eure qui a présenté ses 14 % comme un succès du PCF et de ses amis NPA… On ne peut jamais se fier à la parole d’un stalinien !

    En tout cas, plus de repas chez Ramullaud, plus de cartel des « vraies gauches ». Le mot « gauche » lui-même n’a plus aucun sens – si toutefois il en a eu un dans le passé, ce qui est fort discutable. Certes, de nombreux citoyens se reconnaissaient dans « la gauche », qu’ils tenaient pour une synthèse de la république et d’un socialisme démocratique. À tous ces électeurs et militants sincères, LFI doit ouvrir grand les bras mais en appelant les choses par leur vrai nom et donnant clairement l’objectif de la république sociale, laïque et écologique. Bien au-delà de la vieille gauche partidaire, il y a des millions de citoyens qui partagent ces objectifs modérés que ceux de LFI. Et il y a aussi toute une partie de la « gauche » intégrée aux « élites mondialisées » qui les déteste !

    3. Encore une fois, les objectifs de LFI sont relativement modestes, même s’ils semblent aujourd’hui très ambitieux. Rien dans le programme « l’avenir en commun » n’implique une transformation radicale des rapports de propriété. Il ne s’agit pas de changer le monde, mais de le préserver pour préserver la possibilité qu’un jour on puisse aller vers une organisation vraiment « communiste » de la société. Mais le programme de LFI est compatible avec les idéaux d’un chrétien libéral ou d’un rad-soc à l’ancienne ! Et c’est pourquoi ce programme peut être majoritaire. Il faut donc savoir être un bon réformiste conséquent, sincère et décidé et refuser la phraséologie révolutionnaire.
     

    4. La ligne de la nation. Il faudrait revenir plus en détail sur cette question. « La lutte de classes est nationale dans sa forme » disait . L’arène nationale est l’arène dans laquelle le prolétariat peut conquérir le pouvoir. Mais il faut considérer cette affaire dans toute sa dimension. Non seulement il faut préserver le cadre national comme précondition de toute émancipation révolutionnaire – et donc lutter contre la soumission de la nation à quelque empire que ce soit – mais encore œuvrer à rassembler la nation derrière ces revendications sociales et politiques. L’emportera la force politique capable d’incarner une véritable rénovation morale du pays, apte à créer pour cela un rassemblement national populaire qui entraînera les travailleurs dépendants comme les indépendants, les chômeurs comme les « auto-entrepreneurs uberisés », les petites gens des régions laissées à l’abandon, régions industrialisées, campagne, communes suburbaines, tous les bastions du FN ! Céder là-dessus pour faire plaisir à quelques poignées d’hurluberlus gauchistes parisiens, ce serait se condamner définitivement.
     

    5. Mais il faut être clair : la ligne de la nation, ce n’est pas l’union nationale ! C’est au contraire la ligne qui place au centre le conflit entre les mondialisateurs, les capitalistes et leurs valets, d’un côté, les travailleurs de l’autre. Bref c’est le conflit machiavélien entre le peuple et les grands qui est réinstauré dans toute sa pureté. C’est une ligne populiste au bon sens du terme. Et c’est seulement cette ligne qui permet de construire une nouvelle hégémonie. Elle s’accompagne d’ailleurs d’une bataille culturelle, pour défendre la langue française contre le « globish » des élites mondialisées.

    Denis COLLIN, le 19/07/2017

    source: http://la-sociale.viabloga.com

    « Lettre d'info du Front social n°73 (19/07/2017)Force ouvrière : plusieurs prises de position s’opposent au projet Macron (syndicollectif.fr 13/07/2017) »
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