• Le jour où le journalisme est mort. ( LGS.info - 17/06/22 )

    Malgré les appels de virtuellement toutes les organisations de défense des droits de l’homme, de défense de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, d’organisations et de syndicats de journalistes, Priti Patel vient de signer l’extradition de Julian Assange. La défense a 14 jours pour faire appel. L’appel peut être refusé.

    Il s’agit d’une grande victoire pour la presse institutionnelle qui a tout fait pour réduire "la plus importante affaire de presse de notre existence" (dixit John Pilger) en un vulgaire faits divers. Une presse qui a relayé pendant plus de dix ans tous les mensonges, calomnies et légendes urbaines qui ont servi d’écran de fumée pour occulter les vrais tenants et aboutissants. Le résultat fut celui qui avait été prévu et planifié dès 2010 : faire disparaître le cas Assange de la conscience collective et procéder à l’élimination - médiatique si possible, physique si nécessaire - du journaliste le plus innovant, primé, efficace et dangereux (pour les pouvoirs corrompus) du 21ème siècle.

    Une presse si prompte à faire du "fact-checking" lorsqu’il s’agit de sauver un récit officiel mais si absente lorsqu’il s’agit de sauver le représentant le plus conséquent de notre droit de savoir. Des accusations de viol (qui n’ont jamais existé) jusqu’aux pseudos "mises en danger" de vies, en passant par la qualité de ses chaussettes, rien ne lui aura été épargné. Avec une mention spéciale pour tous ceux qui ont collaboré et profité et gagné de petites fortunes sur le dos de Wikileaks, et qui n’ont pas trouvé une once de courage - ou de volonté ? - pour exprimer leur solidarité avec lui.

    Et comme à chaque fois que le nom de Julian Assange apparaît dans les fils de l’actualité, on assistera à un défilé de trolls en mission, dont certains sont munis d’une carte de presse, qui nous asséneront leurs conneries habituelles. Je serais tenté de dire que l’Histoire leur sera ingrate, mais encore faut-il que l’Histoire ne soit pas réécrite au passage, comme ils l’ont déjà fait et comme ils sont encore en train de le faire.

    Bien-sûr, ils diront qu’en ce qui concerne Assange et Wikileaks, il ne s’agissait pas vraiment de journalisme et que la presse institutionnelle sera toujours là pour nous informer correctement. Mais que voulez-vous que la presse des milliardaires dise d’autre ?

    Le journalisme est mort non pas au fond d’un cachot, non pas d’une balle dans la tête, non pas dans l’explosion d’une voiture, ni même découpé dans une ambassade saoudienne. Il est mort le jour où il a choisi la complicité en laissant filer en silence et vers l’oubli le meilleur d’entre eux.

    Auteur : Viktor Dedaj

    Source : https://www.legrandsoir.info

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  • La persécution de Julian Assange continue : Londres approuve l’extradition vers les États-Unis. ( blast-info.fr - 18/06/22 )

    Le gouvernement britannique a donné hier son feu vert à l’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, où il risque jusqu’à 175 années de réclusion pour avoir publié des révélations d’intérêt public sur les méfaits de la politique étrangère de Washington. L’équipe de défense du fondateur de WikiLeaks va faire appel mais les possibilités de recours s’épuisent et le journaliste a déjà passé plus de trois ans dans la prison de haute sécurité de Belmarsh avec une santé déclinante... Une mobilisation d’ampleur est nécessaire pour faire de la persécution de Julian Assange l’affaire Dreyfus de notre temps.

    La décision était anticipée par ses soutiens mais elle n’en est pas moins funeste : la ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, Priti Patel, a signé ce vendredi l’ordre d’extradition de Julian Assange vers les États-Unis. Dans un communiqué, WikiLeaks, parlant d’« un jour sombre pour la liberté de la presse et la démocratie britannique », a immédiatement annoncé qu’un appel allait être formulé auprès de la Haute Cour du pays.

    Cherchant à imposer l’extraterritorialité de son droit, Washington demande l’extradition de Julian Assange – un journaliste australien dont l’entreprise de presse opère en Europe – pour le traduire en justice, arguant que la publication en 2010 de documents secrets sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan, ainsi que sur la diplomatie états-unienne, relève de l’espionnage.

    Dix-huit chefs d’accusation pèsent sur le fondateur de WikiLeaks, la plupart en lien avec l’Espionage Act, une loi interne américaine de 1917. Adoptée juste après l’entrée des États-Unis dans le premier conflit mondial pour contrer les voix pacifistes, elle vise à faire taire toute opposition significative à une guerre menée par Washington. Assange est également accusé de s’être livré à du piratage informatique en aidant sa source, la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, à obtenir les documents en question depuis un ordinateur du Pentagone.

    En somme, le journaliste le plus primé du XXIe siècle se trouve pourchassé et menacé d’une peine de prison à vie pour avoir informé sur les crimes de guerre et autres méfaits de la première puissance mondiale. Rappelons que sur les millions de documents révélés par WikiLeaks, pas un n’a été identifié comme inauthentique.

    Un sinistre feuilleton judiciaire

    Le 4 janvier 2021, la justice britannique refuse en première instance l’extradition, la juge Vanessa Baraitser estimant, sur la base d’une expertise psychologique, que Julian Assange encourrait un risque élevé de suicide s’il était soumis aux conditions de détention des prisons US de très haute sécurité, dites « Supermax ». Le journaliste ayant par ailleurs été diagnostiqué Asperger, une forme d’autisme. Mais la juge donne raison en tout point à Washington sur le fond de l’affaire, rejetant les arguments de la défense quant à la liberté d’expression et d’information.

    La remise en liberté d’Assange est malgré tout refusée sous prétexte que les États-Unis annoncent qu’ils vont faire appel ; et sa détention provisoire continue donc pour une durée indéfinie. Washington conteste les conclusions de l’expertise psychologique d’Assange et présente des « garanties » à la justice britannique : Assange bénéficierait de soins physiques et psychologiques appropriés en prison ; il ne serait pas soumis à ce qu’on appelle les « mesures administratives spéciales » (SAM), qui sont des mesures d’isolement extrême habituellement réservées aux terroristes ; il aurait la possibilité de purger sa peine en Australie en cas de condamnation.

    Le 10 décembre 2021, la Haute Cour britannique, choisissant de se fier à ces engagements, sur lesquels les États-Unis se réservent pourtant le droit de revenir une fois le fondateur de WikiLeaks entre leurs mains, écarte les craintes quant à la fragilité de son état psychologique et juge l’appel recevable. Précisons que le journaliste avait fait un micro-AVC lors d’une audience en octobre à cause du stress.

    Le 24 janvier dernier, la Haute Cour accorde aux avocats d’Assange le droit de saisir la Cour suprême mais celle-ci rejette le recours le 14 mars, estimant que les « garanties » américaines (soumises après le jugement de première instance) ne soulèvent pas « un point de droit d’importance publique générale ». Le 20 avril, la justice britannique autorise formellement l’extradition, la décision finale étant renvoyée au ministère de l’Intérieur. Le parcours politique de la très conservatrice Priti Patel – admiratrice inconditionnelle de Margaret Thatcher – ne laissait guère de doute... WikiLeaks estime qu’elle « restera à jamais dans les mémoires comme une complice des États-Unis dans leur volonté de faire du journalisme d’investigation une entreprise criminelle ».

    Un porte-parole du ministère de l’Intérieur déclare  : « Dans cette affaire, les tribunaux britanniques n’ont pas conclu qu’extrader M. Assange serait oppressif, injuste ou constituerait un abus de procédure. De même, ils n’ont pas conclu que l’extradition serait incompatible avec ses droits humains, y compris son droit à un procès équitable et à la liberté d’expression. » Nulle crainte à avoir donc puisque la justice a estimé qu’« aux États-Unis, [Julian Assange] sera traité de manière appropriée, y compris en ce qui concerne sa santé ».

    Les stratagèmes tordus de Washington

    Il est pourtant établi que lorsque Julian Assange était dans l’ambassade d’Équateur à Londres, il a été espionné par la société de sécurité espagnole UC Global, pour le compte de la CIA, et que des projets de kidnapping et d’assassinat ont même circulé à la même période au sein de l’agence lorsque Michael Pompeo en était le directeur (pendant le mandat de Donald Trump). Il s’agirait donc aujourd’hui pour les autorités britanniques de livrer un journaliste à un pays dont on sait que le service de renseignement extérieur a envisagé de le liquider, en assurant que toutes les garanties quant à son bon traitement ont été présentées... Kafka est battu.

    Autre aspect important : on sait également que le témoin-clé du département US de la Justice, l’Islandais Sigurdur Ingi Thordarson, a avoué avoir menti pour incriminer Assange. Cet ancien bénévole de WikiLeaks, qui a dérobé 50 000 dollars à l’organisation, coopérait avec le FBI depuis 2011. Diagnostiqué sociopathe, condamné pour de nombreuses escroqueries et pour abus sexuel sur mineurs, Thordarson avait reçu du FBI l’assurance qu’il bénéficierait d’une immunité en échange de son témoignage contre Assange.

    Dans un véritable État de droit, de telles pratiques devraient invalider la demande d’extradition de Washington. Les avocats d’Assange comptent d’ailleurs faire valoir ces éléments à l’occasion des prochains recours. On notera au passage que les médias français ne se sont pas précipités pour rendre compte de ces faits.

    L’affaire Dreyfus de notre temps

    S’il reste possible qu’Assange soit libéré, à l’occasion d’un appel au Royaume-Uni ou in fine auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, le déroulement de l’affaire jusqu’ici n’incite pas à l’optimisme, surtout que son état de santé précaire risque encore de se dégrader en prison. Le journaliste australien a déjà été privé de liberté pendant onze ans au Royaume-Uni : une année en résidence surveillée avec bracelet électronique, sept ans dans les locaux exigus de l’ambassade d’Équateur et trois ans à Belmarsh, connue pour être l’équivalent britannique de Guantánamo.

    Quelle que soit l’issue de ce calvaire judiciaire, on peut donc considérer que Washington a d’ores et déjà exercé sa vengeance contre Julian Assange grâce à une vaste offensive de lawfare (instrumentalisation politique de la justice), associée à une campagne de dénigrement largement couronnée de succès. En effet, plusieurs calomnies et fausses informations, certaines relayées par des médias importants, continuent d’entraver la constitution d’un large mouvement de solidarité.

    Les révélations de WikiLeaks auraient mis des personnes en danger et son fondateur serait irresponsable ; Julian Assange aurait échappé à la justice suédoise pour des accusations de viol en se réfugiant dans l’ambassade d’Équateur à Londres ; WikiLeaks aurait fait élire Trump avec l’aide de la Russie en publiant les courriels piratés du Comité national démocrate (DNC) et du directeur de campagne d’Hillary Clinton ; Julian Assange ne serait pas un « vrai journaliste », ce serait un personnage sulfureux aux motivations troubles... La liste des flétrissures est interminable. 

    Pour une réfutation des principales critiques et objections, voir notamment le livre Julian Assange et WikiLeaks : le combat du siècle pour la liberté d’informer (Les Mutins de Pangée, 2021), qui accompagne le DVD du salutaire documentaire Hacking Justice – Julian Assange de Carla López Rubio et Juan Pancorbo (2021). Le film, sorti en salle en novembre 2021, fait encore l’objet de projections-débats ici et là en France.

    Autre source utile : le livre très documenté que Nils Melzer, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, a consacré à la persécution du fondateur de WikiLeaks. Après avoir rendu visite à ce dernier à Belmarsh le 9 mai 2019 accompagné de deux experts médicaux, le juriste avait déclaré que « M. Assange présentait tous les symptômes typiques d’une exposition prolongée à la torture psychologique, notamment un stress extrême, une anxiété chronique et un traumatisme psychologique intense ». Son livre, déjà paru en allemand, en suédois et en anglais, sera publié en français en septembre prochain aux Éditions Critiques.

    Reconnaître la réussite de la stratégie de Washington jusque-là n’implique pas qu’il faille se résigner. Julian Assange est toujours vivant, nous pouvons encore l’arracher à son martyre. Il importe donc d’informer inlassablement sur sa situation, d’amplifier la mobilisation, d’aider les organisations et médias qui défendent la cause. Il faut faire en sorte que l’affaire Assange devienne l’affaire Dreyfus de notre temps.

    Source : https://www.blast-info.fr

    Auteur : Laurent Dauré

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  • Ce que beaucoup de Français croient, c’est que le « régime » communiste chinois, dont LA langue est le mandarin, fait travailler les enfants, opprime les minorités, éradique les cultures, persécute les croyants. Sur fond d’un racisme implicite, s’est construite une image négative de ce pays et d’un peuple qui font peur, alors même que la politique étrangère de la Chine, telle que la définit le président Xi Jinping, n’est pas basée sur une volonté de domination du monde contrairement à celle affichée par les États-Unis d’Amérique, mais sur la notion de « communauté de destins ».

    Il ne s’agit pas ici de faire un éloge béat de la Chine, de suggérer que la France ferait bien de s’inspirer de son système politique, économique, médiatique, policier, militaire, judiciaire, syndical. Nous avons notre propre système, perfectible. La Chine a le sien, sur lequel nous avons peu de prises, dirigé par un Parti communiste désormais centenaire (1921) et fort de 90 millions d’adhérents. Il ne s’agit donc pas de se positionner en « pro-chinois », mais en « pro-vérité » en invalidant des mensonges, en apportant des informations sur ce qui se passe en Chine et qui explique son dynamisme.

    Le Front Médiatique a fait le choix de vous inviter, car vous êtes tous auteurs ou co-auteurs de plusieurs ouvrages sur la Chine. Vous avez tout d'abord co-écrit tous les trois "Les Divagations des antichinois en France" sorti au mois de mars dernier chez les éditions Delga. Ensuite, Jean-Pierre Page et Maxime Vivas vous avez dirigé la rédaction de l'ouvrage "La Chine sans œillères" qui donne la parole à dix-sept intellectuels qui nous parlent de la Chine depuis l’Europe, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Asie, sorti en 2021. Et enfin, Maxime Vivas, vous avez écrit "Ouïghours pour en finir avec les fake news", en 2021 chez les Éditions La Route de la Soie. Certains d'entre vous ont d'ailleurs eu l'opportunité d'aller à plusieurs reprises en Chine pour savoir ce qui s'y passe de manière immersive, contrairement à de nombreuses informations diffusées dans les médias qui s’apparente parfois plus à de la propagande que de l'information.

    Source : https://odysee.com

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  • Révélations sur la clique qui a conduit la préfecture de police à sa perdition. ( mediapart.fr - 17/06/22 - 14h32 )             Paul-Antoine Tomi, Didier Lallement et Alexis Marsan.

    Deux gardiens de la paix sont visés par une enquête de l’IGPN pour avoir utilisé des gaz lacrymogènes lors de la finale de la Ligue des champions. Mais qui a donné les ordres ? Alors que le Sénat a chargé jeudi le préfet Lallement et dénoncé « l’impréparation des autorités », Mediapart a enquêté sur les hommes qui commandaient le dispositif. Vidéo, sons et témoignages attestent d’un goût immodéré pour la méthode violente. 

    Ils partagent avec le préfet Lallement la même passion pour la moto et la même conception agressive du maintien de l’ordre. Alexis Marsan et Paul-Antoine Tomi, les deux hommes qui coordonnaient les quelque 7 000 policiers et gendarmes déployés le soir de la finale de la Ligue des champions, « sont connus pour ne pas être les derniers à recourir à la force », euphémise un policier de la préfecture de police (PP). 

    Si Didier Lallement s’est présenté face aux sénateurs qui ont dénoncé jeudi la « gestion critiquable » de la finale de la Ligue des champions comme le « seul responsable opérationnel de l’ordre et de la sécurité publique sur l’agglomération parisienne », c’est pourtant bien ces deux hommes qui étaient aux manettes dans la « bulle » de commandement du Stade de France ce fameux soir du 28 mai. 

    Le premier, 49 ans, Alexis Marsan, directeur adjoint la DOPC (direction de l’ordre public et de la circulation de Paris et de la petite couronne), a été à la manœuvre depuis 2018 dans la gestion de la plupart des manifestations dites sensibles, dont certaines sont restées dans les mémoires - à commencer par celle du 1er décembre 2018 lors de laquelle des gilets jaunes avaient saccagé l’Arc de triomphe.

    Le deuxième, Paul-Antoine Tomi, 53 ans, commissaire lié au milieu corse qui officiait ce soir-là en tant que chef d’état-major adjoint à la DOPC, a comme lui dirigé la brigade motocycliste de la préfecture de police avant de gravir les échelons malgré un certain passif : la dernière fois que Paul-Antoine Tomi a fait parler de lui, en janvier 2021, c’est pour avoir matraqué à une dizaine de reprises un manifestant tombé au sol lors d’une manifestation contre la loi « sécurité globale », comme l’avait relaté un article de StreetPress.

    Mediapart a recueilli les témoignages d’une dizaine de policiers qui les ont côtoyés, et enquêté sur les faits d’armes de ces deux hommes décrits comme « proches ». Le soir de la finale, c’est avec eux que le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin s’est entretenu, dans la salle de commandement déconcentrée qui domine la pelouse, avant de mettre en cause, face au désastre, les prétendus « dizaines de milliers » de supporters de Liverpool munis de faux billets - sachant que seuls 2 589 faux tickets ont été effectivement scannés aux entrées du stade.

    Le préfet Didier Lallement, qui avait validé le dispositif aujourd’hui décrié (lire notre article), surveillait de très près depuis la salle de commandement de la « Cité », au sous-sol de la préfecture de police à Paris.

    Mais pour comprendre comment on est arrivé à ce fiasco, il faut remonter au cœur du mois de juillet 2018, quand éclate l’affaire Benalla. Plusieurs hauts gradés de la PP sont emportés par le scandale, et s’opère alors un « petit coup d’État » à la DOPC, où la direction est entièrement renouvelée.

    Muté des RG après avoir utilisé son arme dans une cité

    Alexis Marsan, un ancien militaire (comme le préfet Lallement) qui a fait l’essentiel de sa carrière dans le maintien de l’ordre, est un des premiers bénéficiaires de ce grand ménage. Le nom de cet habitué du terrain et du contact apparaît pour la première fois dans la presse il y a vingt ans : en 2002, il est blessé d’un coup de couteau à l’abdomen lors d’une manifestation alors qu’il était jeune commissaire. Au milieu des années 2000, il fait par la suite un passage à la direction centrale des renseignements généraux (DCRG), avant d’être brutalement muté chez les CRS après un épisode trouble, relaté en octobre 2006 dans une dépêche AFP où son identité n’est pas citée. 

    L’incident aurait eu lieu le 12 octobre précisément, alors qu’Alexis Marsan était « en exercice de filature » avec son supérieur. « Témoins d’un vol à l’arraché », les deux hommes seraient intervenus avant d’être pris à partie par « une trentaine de jeunes ». Ils font alors usage de leur arme de service, des tirs qui leur valent quelques semaines plus tard d’être écartés des renseignements généraux.

    Cela n’empêche pas l’inspecteur général Marsan de continuer à monter rapidement dans la hiérarchie, jusqu’à être nommé en 2020 directeur adjoint de la DOPC de la préfecture de police, où il occupe un rôle clé sous la direction de Jérôme Foucaud, un haut gradé sans expérience du maintien de l’ordre, propulsé là à la faveur du scandale Benalla – c’est lui qui a signé le « télégramme » qui a entériné le dispositif de maintien de l’ordre de la finale de la Ligue des champions.

    Depuis 2018, c’est Alexis Marsan qui dirige d’une main de fer les opérations lors des manifestations les plus sensibles. À la préfecture de police, certains louent « son côté sympathique et sa bonne connaissance du terrain ». D’autres décrivent un homme « dans une logique d’hubris », habité par une « vision violente » du maintien de l’ordre, dont l’impulsivité, le « manque d’anticipation » et « le manque de sérénité » ont créé un climat délétère. « Quand il lance sur les ondes lors d’une manif un peu compliquée “Rentrez-leur dedans !”, vous imaginez ce qui se passe dans la tête du jeune gardien de la paix », expose l’un de ses anciens subalternes.

    "Défoncez-moi les gens qui sont à la place du rond-point."

    Alexis Marsan sur les ondes, lors d’un rassemblement de gilets jaunes

    Certains de ses « services », comme on les appelle à la PP, sont restés dans les annales. À commencer par la manifestation de gilets jaunes qui a abouti au saccage de l’Arc de triomphe le 1er décembre 2018. Le dispositif qu’il avait mis au point avait fait l’objet d’un « retex » (retour d’expérience) au vitriol rédigé par l’une des sections syndicales de la DOPC. Lui sont reprochés dans ce document, déjà, des choix stratégiques « inadaptés »« des fautes tactiques majeures » et une « hypercentralisation du commandement ». « Un seul décideur, si brillant soit-il, ne peut à lui seul gérer un dispositif aussi complexe », « l’organisation et les techniques de maintien de l’ordre sur l’agglomération parisienne doivent être repensées en urgence », concluait l’auteur de ce rapport, aujourd’hui à la retraite, qui, contacté par Mediapart, n’a pas souhaité ajouter de commentaire.

    Les forces de l'ordre sous l'Arc de triomphe, lors de l'acte 3 des gilets jaunes le 1er décembre 2018. 
     

    « Le préfet Lallement et Marsan se rejoignent sur des pratiques très musclées du maintien de l’ordre », déplore un commandant de police qui a régulièrement participé aux opérations les samedis de rassemblements des gilets jaunes. « On a toujours craint le pire, c’est-à-dire qu’il y ait un mort. Lorsque Lallement est arrivé en 2019 à Paris, il a trouvé son alter ego avec Marsan. Il faut “aller au contact des manifestants”, les “impacter” comme ils le disent, voire les “percuter”. Il suffit de voir le nombre de blessés parmi les gilets jaunes. C’est honteux », ajoute-t-il. 

    « Impactez-les fort », « mettez-les minables »

    Si ce commandant accepte de témoigner aujourd’hui, en préservant son anonymat, « c’est que les événements du Stade de France ont été la goutte d’eau ». « On doit se préparer aux JO et avant il risque d’y avoir des manifestations à la rentrée. Qu’allons-nous faire ? Gazer, matraquer, mutiler ? », s’interroge-t-il, avant d’égrener les surnoms attribués à Alexis Marsan par ses détracteurs : « le boucher »« l’opportuniste »« le courtisan sans foi ni loi »

    Dans le cadre d’enquêtes sur les violences commises par les policiers lors des manifestations des gilets jaunes, certains magistrats se sont interrogés sur la nature des ordres donnés, sans que cela n’entraîne de poursuites. Pourtant, les retranscriptions de certains échanges radio entre la salle de commandement de la préfecture de police et le terrain mettent en lumière la violence des consignes. 

     

    Le nom d’Alexis Marsan revient dans plusieurs affaires, notamment celle concernant les blessures de Gabriel Pontonnier, 21 ans, dont la main a été mutilée par une grenade explosive GLI-F4, le 24 novembre 2018, au cours de l’acte 2 des gilets jaunes en bas des Champs-Élysées. Le même jour, un autre manifestant, Pierre, avait également été grièvement blessé par une GLI-F4 tirée par un CRS.  

    Interrogé par l’IGPN en septembre 2021, Alexis Marsan précise que l’ordre de recourir aux grenades explosives, transmis oralement par le préfet, n’a donné lieu à aucune note et qu’il l’a lui-même relayé sur les ondes radio. Le 10 février 2022, jugeant l’usage d’une grenade à l’égard de Gabriel Pontonnier disproportionné, le juge d’instruction a mis en examen l’auteur du tir, le major Jacky D., sans retenir la responsabilité des hauts fonctionnaires de la préfecture.

    « Ce n’est pas simple de caractériser une infraction pénale imputable à la hiérarchie, le droit pénal étant d’interprétation stricte », nous explique un magistrat. « Le sujet est celui de la complicité, qui pourrait être retenue contre la hiérarchie en fonction de la nature de l’ordre, de sa précision et de sa distance par rapport aux faits. Cette question est légitime même si l’appréciation n’est pas évidente en pratique. La responsabilité de la hiérarchie peut également être recherchée au niveau disciplinaire. »

    Outre le recours à ces grenades décriées, les investigations sur l’auteur de la mutilation de Gabriel Pontonnier rapportent également la violence des ordres donnés depuis la salle de commandement de la préfecture : « venir impacter très fort, très fort les manifestants »« les mettre minables ». « Défoncez-moi les gens qui sont à la place du rond-point », lance-t-on depuis la préfecture.  

    « Faire mal »

    Deux semaines plus tard, lors de l’acte 4 du 8 décembre 2018, les ordres restent les mêmes. Une réunion de préparation se tient en préfecture en présence notamment du préfet de l’époque, Michel Delpuech, du numéro un de la DOPC, Alain Gibelin, et d’Alexis Marsan, chargé du cœur du dispositif. Alexis Marsan donne les ordres suivants : « Dès que vous voyez un mec ouvrir un coffre, qui va chercher son pain, c’est pas grave, allez le contrôler »« il faut les insécuriser, tout ce dont on sera débarrassé avant la manif ou même au cours, c’est des gens qu’on aura déstabilisés ». 

    Le numéro 2 de la DOPC veut « faire mal » et il le fait savoir. Il rappelle ainsi que des véhicules blindés à roues de la gendarmerie (VBRG) seront déployés en nombre et permettront de disperser les manifestants en les aspergeant de gaz lacrymogènes. « On tire de tout » avec ces engins, insiste-t-il. « Les VBRG […] peuvent servir à faire mal. »

    Afin de rendre les troupes plus mobiles, la préfecture de police de Paris met alors en place les détachements d’action rapide (DAR), devenus depuis les Brigades (motocyclistes) de répression de l’action violente (BRAV). « Alors que les voltigeurs avaient été interdits après la mort de Malik Oussekine [en 1986 – ndlr], la préfecture de police décide de les exhumer. C’est une triste nouvelle lorsqu’on est attaché aux valeurs républicaines », déplore un capitaine chargé du maintien de l’ordre. « Lallement avait également expérimenté les BRAV à Bordeaux avant d’arriver à Paris. C’est cela le maintien de l’ordre selon le duo Lallement-Marsan ! »

    "On n’est pas là pour gazer des honnêtes citoyens, crever des yeux et arracher des mains, le maintien de l’ordre doit être républicain et au service de la démocratie... Eux, ils font n’importe quoi."

    Un ancien de la préfecture de police

    Le 8 décembre 2018, en salle de commandement, le préfet Delpuech, avec à ses côtés Alexis Marsan, encourage alors les CRS qui progressent sur les Champs-Élysées, ainsi que Le Monde l’avait révélé : « Oui, vous pouvez y aller franchement, allez-y franchement, n’hésitez pas à percuter ceux qui sont à votre contact, à proximité… Ça fera réfléchir les suivants. » Des ordres qui interrogent sur leur légalité.

    Un policier gaze des manifestants pacifiques sur le pont de Sully, le 28 juin 2019 à Paris. 
     

    Selon nos informations, c’était aussi Alexis Marsan qui était en salle de commandement lors de l’évacuation très musclée de militants écologistes d’Extinction Rebellion qui occupaient pacifiquement le pont de Sully le 28 juin 2019. Au cours de cette opération, l’usage des gaz lacrymogènes avait été tel que le commandant des CRS chargé de la manœuvre avait perdu connaissance. À la tête du dispositif du pont de Sully, Alexis Marsan faisait équipe ce jour-là, comme le 28 mai dernier au Stade de France, avec, sur le terrain, le commissaire Paul-Antoine Tomi, qui affiche lui aussi un lourd pedigree

    Un « rappel à la règle » pour avoir matraqué un manifestant au sol

    Entré dans la police en 1994 comme inspecteur, il est le frère de Michel Tomi, considéré comme le dernier des parrains de l’Île de beauté. Lui-même surnommé « Tomi le Corse », il était notamment apparu dans un procès-verbal dans lequel un lieutenant de Michel Tomi avait affirmé à la police judiciaire effectuer des versements annuels de 25 000 euros en liquide au policier, alors commissaire à la DCRI (renseignement intérieur). 

    Paul-Antoine Tomi a gagné des galons à la préfecture de police après l’arrivée de Didier Lallement en 2019 – il dirigeait alors la « division régionale motocycliste » devenue un élément clé dans les stratégies de maintien de l’ordre, et régulièrement mise en cause pour ses méthodes violentes. À l’été 2019, il fait partie des fonctionnaires décorés de la médaille de la sécurité intérieure pour ses services lors des manifestations de gilets jaunes. 

    En janvier 2021, le commissaire Tomi est identifié, notamment grâce au patch en forme de drapeau corse qui orne une poche de son uniforme, comme l’auteur d’une dizaine de coups de matraque sur un manifestant au sol lors d’une manifestation contre la loi « sécurité globale ». À l’époque, face au tollé suscité par une vidéo vue des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, le préfet Lallement annonce l’ouverture d’une enquête administrative à l’issue de laquelle le commissaire a eu un simple rappel à la règle.

    Pire : malgré cette affaire, Paul-Antoine Tomi a été promu au poste stratégique de chef d’état-major adjoint, et c’est à ce titre qu’il pilotait, aux côtés de son acolyte Marsan, les opérations très sensibles du Stade de France.  

    Capture d’écran d'une vidéo dans laquelle le commissaire Tomi matraque un manifestant au sol, le 30 janvier 2021 à Paris. 

    « Une autre équipe aurait été à la manœuvre au Stade de France, cela ne se serait pas passé de la même façon, sur les choix tactiques et sur le recours à la force », estime un ancien de la DOPC, où règne une certaine inquiétude, à deux ans des Jeux olympiques de Paris. « Le maintien de l’ordre, ça ne s’invente pas, il faut avoir la fibre et c’est de plus en plus compliqué. On manque de gens d’expérience », lâche un policier de la DOPC, qui souligne que trois quarts de la soixantaine de fonctionnaires de la « salle de commandement » ont quitté leur poste depuis l’affaire Benalla et l’arrivée de la nouvelle direction. « La finale de la Ligue des champions, c’est un avertissement. On a l’opprobre, mais au moins il n’y a pas eu de morts », lâche un officier.

    Certains policiers expriment aussi un profond malaise face à la nouvelle doctrine d’emploi de la force instaurée par le préfet Lallement, devenue une norme : « Ça me tord les boyaux de voir ça… On n’est pas là pour gazer des honnêtes citoyens, crever des yeux et arracher des mains, le maintien de l’ordre doit être républicain et au service de la démocratie... Eux, ils font n’importe quoi », souffle un ancien de la PP, rappelant à ce titre la lettre que le préfet Grimaud avait envoyée aux policiers après Mai-68 au sujet des « excès dans l’emploi de la force » documentés lors des manifestations étudiantes. Le 29 mai 1968, le haut fonctionnaire y écrivait notamment à ses troupes que « frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même »

    Auteur : Sarah Brethes et Pascale Pascariello

    Source : https://www.mediapart.fr

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  • Quimper. Génération : environ 150 salariés en grève pendant deux jours pour de meilleurs salaires   (OF.fr-17/06/22-20h57)Une centaine de salariés de Génération (groupe Adélaïde) poursuivait le mouvement de grève, vendredi 17 juin 2022. La veille, ils étaient plus de 150 à faire grève. Le mouvement n’est pas reconduit pour lundi 20 juin.

     

    L’entreprise Génération emploie 700 salariés à Quimper (Finistère). Environ 150 d’entre eux ont fait grève, jeudi 16 et vendredi 17 juin 2022. Ils réclament des augmentations de salaires. La grève a pris fin ce vendredi.

    « Quand on touche le Smic ou juste un peu plus, on ne peut pas faire de crédit. Et il ne faut pas avoir de pépin avec la voiture. Ici, les salaires ne sont pas hauts. Et de nombreux collègues vivent avec la prime d’activité… », témoignent Ewen et Vincent, élus CGT chez Génération à Quimper (Finistère). Pour Mathieu Havy, directeur général de Génération, « les salariés ici ne sont pas au Smic ». Il met en avant « les périphériques de rémunération (tickets-restaurants, complémentaire santé, participation…) ».

    Basée à Créac’h Gwen et filiale du groupe Adélaïde, Génération gère les contrats de santé et de prévoyance de plus de 2 000 sociétés en France. Elle emploie ici 700 salariés (et 300 autres au Portugal).

    Ce vendredi 17 juin 2022, une centaine de salariés était en grève. Un mouvement entamé la veille, avec plus de 150 salariés. Ils réclament « une augmentation collective des salaires et une troisième journée de télétravail ». Cette troisième journée qui, selon la direction, « est déjà possible pour ceux qui le souhaitent, afin de gommer le coût des kilomètres et du carburant ».

    Reprise du travail et des négociations lundi

    Les grévistes, eux, détaillent les raisons de leur mécontentement : « Depuis deux ans, pendant la pandémie, les confinements, la cyberattaque… On a tenu la boutique, sans compter nos heures ni nos efforts. Il y a eu des augmentations individuelles mais pas collectives. Ces augmentations individuelles viennent juste combler les minima sociaux. Alors que la quasi-totalité des bénéfices – plusieurs millions d’euros – remontent à la holding… », déplore la CGT, seul syndicat présent dans l’entreprise.

    Ces bénéfices, répond Matthieu Havy, « servent à financer le développement du groupe. Je me dois d’être vigilant, par rapport aux grands équilibres, qui permettent à l’entreprise, au sein du groupe, de se construire dans la durée ». En mars 2022, lors des négociations annuelles obligatoires (NAO), « des revalorisations représentant 3,6 % de la masse salariale ont été signées », souligne-t-il. Soit une enveloppe de 500 000 €. À cela s’ajoute la participation : « Elle s’élève à l’équivalent de deux mois de salaire par personne, soit 2,2 millions d’euros au total. Ce sont des budgets significatifs pour notre secteur. »

    Ce vendredi, comme la veille, les représentants du personnel et la direction ont échangé. Vendredi, les salariés ont voté pour la reprise du travail à partir de lundi 20 juin. Les échanges reprendront alors sur la base « d’une enveloppe de 350 000 € sous forme de prime défiscalisée et le maintien ponctuel du troisième jour de télétravail ».

    La CGT ajoute : « Notre revendication principale – l’augmentation collective des salaires – n’a pas été satisfaite. Mais nous ne devons pas prendre ce résultat comme un échec. Au contraire, il s’additionne à une première enveloppe de 500 000 € obtenue en mars lors des NAO. Sans la demande de réouverture des discussions, nous n’aurions rien obtenu. » La direction, elle, « reste ouverte et attachée au dialogue ».

     

    Rose-Marie DUGUEN

    source: https://www.ouest-france.fr/

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  • Bigard à Quimperlé : la CGT toujours majoritaire. ( LT.fr - 17/06/22 - 18h05 )                 Le nouveau bureau de la CGT Bigard a été élu début juin, dont le nouveau délégué syndical central, Xavier Morvant (au premier plan à gauche).

    Les salariés de la société Bigard à Quimperlé ont voté pour les élections professionnelles. La CGT est ressortie majoritaire. Force ouvrière est de retour dans l’entreprise.

    Le nouveau bureau de la CGT Bigard a été élu le jeudi 2 juin et présenté ce vendredi 17 juin. Lors des élections professionnelles du site quimperlois de Bigard, la CGT est ressortie majoritaire avec plus de 87 % des voix. Un deuxième syndicat a fait son retour dans l’usine : Force ouvrière.

    Cette élection a permis au bureau de se renouveler. « Nous avons présenté une liste qu’on a appelée « Arc-en-ciel » avec des délégués hommes et femmes, de toutes origines et de toutes cultures. Nous avons aussi réussi à avoir des représentants dans des services où nous n’en avions pas jusque-là : le secteur steak haché et surgelés », se réjouit Xavier Morvant, nouveau délégué syndical central. Il prend la suite de Michel Le Goff, qui a mis fin à ses mandats syndicaux.

    Le dossier pointeuse toujours en négociations

    Ce syndicat, présent dans l’entreprise depuis 1975, continue de « lutter pour améliorer les conditions de travail des salariés. Nous sommes toujours sur le dossier pointeuse. Nous sommes en négociations pour que le temps de déplacement depuis les vestiaires soit pris en compte. Il faut entre 5 et 10 minutes pour s’habiller et se laver. Selon nos calculs, cela représente entre 6 h 40 et 13 h 20 par mois de temps que les 40 € bruts de prime d’habillement ne compensent pas », assure le délégué syndical.

    Source : https://www.letelegramme.fr

    Auteur : Pauline Le Diouris

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    Le candidat surprise sans parti et soit-disant sans idéologie est un magnat de l’immobilier qui utilise essentiellement les réseaux sociaux pour parler aux électeurs. Il refuse tout débat face au candidat de gauche Gustavo Petro au prétexte que ce serait « polarisant et haineux ». Face au comportement de Rodolfo Hernandez un tribunal de Bogota a du intervenir pour ordonner la programmation d’un débat présidentiel. Les derniers jours les coups bas se sont multipliés, avec comme notamment la publication d’enregistrements pirates de réunions stratégiques du  du candidat de gauche. Gustavo Petro a dénoncé une affaire d’espionnage digne d’un « Watergate ». Le candidat de droite a pris prétexte pour suspendre toutes ses activités publiques, se disant menacé par la « bande criminelle » de Gustavo Petro. Le point sur cette élection présidentielle historique pour la Colombie.

     

    Quels sont les enjeux actuellement à trois jours du second tour? Quel est le niveau de tension et de mobilisation des mouvements sociaux (pour Gustavo Petro le candidat de gauche)?

    Ce qui est en jeu en Colombie, c’est un véritable changement, plus que le changement utilisé comme slogan à chaque campagne électorale. Le Pacte historique représente la confluence et l’articulation de différents secteurs sociaux qui parient sur un changement qui permettra à la population colombienne d’avoir une vie digne avec le respect et la garantie des droits fondamentaux, en d’autres termes que l’on nous permette de vivre une bonne vie. D’autre part, du côté de Rodolfo Hernández, les secteurs dominants de la vie politique et économique, en plus de ceux représentés par l’Uribismo, se sont réunis. Ce qui les caractérise réside dans la dépossession violente et administrative des biens publics, ils parlent d’un supposé changement dont on sait qu’il n’est pas réel, mais il s’agit plutôt une façade pour la continuité politique et économique.

    La tension est forte en raison du risque de cette continuité déguisée et du rôle joué par les médias traditionnels. Les quatre dernières années du gouvernement d’Ivan Duque nous ont montré le risque de ce continuisme, qui s’est traduit par le rejet des Colombiens dans la violence et la pauvreté. Face à ce scénario, différents secteurs du mouvement social se sont mobilisés pour la pédagogie électorale dans les rues et avec les gens. Lors de la clôture de la campagne de Petro, des millions de personnes ont manifesté. Aujourd’hui, les militants se prêtent à un travail plus approfondi en allant de maison en maison frapper aux portes pour faire de la pédagogie électorale.

    Rodolpfo a refusé de débattre et des sondages parlent d’égalité entre les deux candidats.

    Oui, la propagande de la droite est très forte, mais il faut nuancer cela car un sondage est sorti récemment, mais que les grands médias ne voulaient pas publier, et où la majorité des électeurs votait pour Petro.

    Le débat présidentiel que Rodolfo a essayé longuement d’esquiver devrait finalement avoir lieu. Enfin, il est censé être fait aujourd’hui par décision de justice mais ils n’ont pas encore établi s’il sera réellement ou non.

    Alors que des menaces se multipliaient contre la vie de Gustavo Petro, le candidat Rodolfo fait actuellement campagne à Miami et dit craindre pour sa vie, n’est-ce pas un coup de communication?

    Avec le Pacte historique, nous avons dénoncé les différentes stratégies visant à faire taire le mouvement social au moyen de la violence physique et symbolique, malheureusement ces dénonciations n’ont pas trouvé d’écho dans les médias traditionnels. Dès le premier tour, nous avons vu comment Federico Gutierrez, le candidat de droite, du gouvernement Duque, a dénoncé une prétendue infiltration de leur siège et la présence de prétendus appareils d’enregistrement. Les dénonciations de Federico et de Rodolfo ont été des mécanismes visant à détourner l’attention des points discutables de leurs candidatures.

    Cependant, ces risques sont tombés sur les secteurs alternatifs comme l’ont déjà montré des cas comme celui de l’Union Patriotique, tous les dispositifs légaux et illégaux sont utilisés pour nous réduire au silence. Rodolfo qui fait campagne à Miami en parlant de se protéger n’est qu’un écran de fumée face aux diverses allégations de corruption et de misogynie, entre autres, qui ont été formulées à son encontre. De même, les médias traditionnels ont tenté de déformer la campagne du Pacte historique en diffusant des vidéos de réunions de campagne, dans lesquelles ils n’ont pas été en mesure de prouver un véritable délit, et il semble même que cela se soit retourné contre eux et ait contribué au vote favorable pour le secteur de gauche.

     

    source: https://www.investigaction.net/ 

     

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  •  Colombie : Dictature du crime et coups d’État   (resumen- 5/05/22)

    Par Carlos Munevar

     

    L’histoire de l’Amérique latine a été marquée par la botte des militaires de Mar del Plata et des Andes chiliennes jusqu’aux côtes des Caraïbes en l’Amérique centrale, des militaires sous la protection de la droite et des États-Unis ont marqué l’histoire de notre grande Patrie.

    Les noms de Pinochet, Stroessner, Somoza, Videla, Noriega, Duvalier et tant d’autres sont dans la mémoire de millions de personnes non seulement parce qu’ils sont arrivés au pouvoir par des méthodes violentes et frauduleuses mais parce que leurs Gouvernements ont été marqués par la barbarie absolue, les violation des droits de l’homme et toute une série d’épisodes brutaux qui ont empli de sang l’histoire du XXe siècle.

    Les morts et les disparus de ces sombres années réclament encore justice et réparation. Beaucoup de ceux qui en ont souffert, dans leur majorité des femmes et des mères attendent des réponses qui souvent ne viennent pas parce que l’une des choses les plus criantes est que ceux qui les ont perpétrées ont agi dans l’impunité que leur ont accordée les médias, un appareil d’Etat totalement à leur service et le soutien ou la complicité de la société qui, malgré toutes les preuves historiques, pense encore que les causes défendues par ces régimes sont justes dans la mesure où elles conservent le statu quo de certains et bénéficient à leurs intérêts particuliers. Il faudrait demander aux Colombiens : rêvez-vous de quelque chose de semblable ?

    Mais dans le fond de toute cette histoire d’horreur se trouvent deux éléments essentiels : d’une part l’héritage du phénomène du caudillisme en Amérique latine, une pratique politique qui a renforcé les républiques naissantes du sous-continent pendant le XXe siècle, dans laquelle un « surhomme » avec une auréole messianique dans la plupart des cas d’origine militaire ou à caractéristique autoritaire, est reconnu par la majorité de la société comme le porteur de la vérité et des solutions, ce qui lui permet dans cette mesure de monopoliser le pouvoir politique, militaire et d’établir une dictature pour le « bien commun », une espèce « d’absolutisme » européen adapté aux pays sous-développés de l’autre côté de l’Atlantique. Mais pendant le XXe siècle et avec la dépendance de plus en plus importante envers les États-Unis, ces expressions ont commencé à décliner en faveur de Gouvernements qui ont agi de plus en plus comme des ambassade des États-Unis dans chacun des pays latino-américains. 

    L’assassinat du dirigeant populiste libéral Jorge Eliecer Gaitan en Colombie a été la preuve de la soumission et de l’alliance de l’oligarchie colombienne aux desseins de Washington.

    Mais c’est la guerre froide et la doctrine de sécurité nationale qui, à partir de la puissance nord-américaine, ont commencé à soutenir les coup d’Etat et les régimes brutaux et inhumains pour « arrêter » et prévenir l’entrée de la menace communiste sur le continent. Le Plan Condor et l’Ecole des Amériques ont été le scénario concret dans lequel les fragiles démocraties ont été rassemblées des Caraïbes aux Andes. En Colombie, le coup d’Etat atypique du Général Gustavo Rojas Pinilla dans les années 50 contrastait un peu avec cette doctrine et a scellé une route, a été marqué par le soutien populaire, l’arrivée au pouvoir avec l’aide de factions du parti conservateur, une série d’avancées importantes dans les infrastructures et même la reconnaissance du vote des femmes en 1954. Son Gouvernement a eu un double visage : populiste d’une part et répressif de l’autre. Mais ceux qui étaient les plus mécontents étaient les mêmes élites des partis politiques libéral et conservateur qui ont fini après une longue succession de pactes (Sitges, San Carlos) par concrétiser une alliance bipartite entre libéraux et conservateurs appelée Front National qui a fini par établir une espèce de « dictature civile » à laquelle le bipartisme a fermé aux autres mouvements sociaux et politiques la possibilité de participer en alimentant la création de guérillas et d’armées privées sans participation, sans revendications et sans droits politiques.

    De cette manière, les oligarchies colombiennes n’ont donné au peuple de ce qu’ils ont appelé « la démocratie la plus stable d’Amérique latine » le choix qu’entre le libéralisme et les conservateurs. 

    Pendant ce temps là, le peuple, ces « personne » rendu invisible, souffrait comme aujourd’hui d’une profonde exclusion. En même temps que ces faits se déroulaient est arrivé le négoce de la coca, les grands cartels du trafic de drogue, le processus d’expropriation des terres a continué, le M–19 est apparu, une guérilla urbaine atypique parce qu’elle n’était pas d’idéologie socialiste et née en tant que riposte au vol des élections par les conservateurs en 1970. La violence n’a jamais cessé, la promesse du Front National d’un finir avec la violence n’a été qu’un sophisme de diversion pour resserrer plus la corde et asphyxier la démocratie.

    Alors qu’au rythme du merengue dominicain arrivait le rock en espagnol, la salsa et les vallenatos, le peuple entrait en plein dans les folles « années 80 », un pandémonium s’appropriait l’État colombien, des propriétaires terriens, des patrons, des trafiquants de drogue, des politiciens et des puissants ont défini l’avenir, des fleuves d’argent produits du trafic de drogue ont inondé les institutions, ont provoqué des assassinat de chef d’État, ont graissé la main à plus d’un, ont écarté du chemin ceux qui les gênaient, ont dégradé la guerre en alimentant les finances des guérillas et des paramilitaires. Ça a été une prospérité de la coca qui a dynamité la politique colombienne.

    Et il en a tellement été ainsi qu’avec la nouvelle constitution politique de 1991 produite par le septième bulletin, le pays ne s’est pas amélioré. Pire encore, le néolibéralisme a imposé par Gaviria qui en a fini avec l’agro, a brisé des milliers d’entreprises, a généré le chômage, détruit les syndicats et leurs luttes d’éleveurs, profité aux importateurs et ont commencé à apparaître des centaines de centres commerciaux pleins de vitrines luxueuses et des vitrines, des magasins et des marques internationales de tous les produits qui ont donné l’idée de progrès à beaucoup, aux riches et aux enfants gâtés du régime que Miami n’était pas si loin, les moins riches sont tombés à genoux en sentant pour un moment qu’ils pouvaient être à un autre niveau par le seul fait de faire un tour dans ces nouvelles « cathédrales » du XXIe siècle, profiter de la vue, manger une glace et s’endetter avec la carte de crédit.

    Les luttes sociales, la violence et le massacre étaient télévisés et redevenaient une partie du paysage, les habitants des villes ont commencé à regarder le conflit social comme le problème de quelques-uns tandis que la Colombie profonde se couvrait de sang avec des attentas et des assassinats de dirigeants et que la ville affectait la « tranquillité », le colombien moyen des grandes villes se noyait dans la culture de la consommation et de l’apparence, avalait tout cru le conte de « l’argent facile » et l’entreprise, la culture bruyante et la femme prépayée ont alimenté le rêve de milliers qui sont tombés dans les assassinat commandités, le mannequinat comme façade pour la prostitution de haut niveau et la dévotion à la violence et au luxe. La stigmatisation des pauvres, des noirs, du paysan et de cet ennemi inventé qui est toute personne qui parle de justice sociale et de droits de l’homme ont fait carrière dans l’imaginaire de beaucoup.

    Mais le pire serait arrivé quand les mafia on réussi à avoir le monopole du pouvoir, les libéraux et les conservateurs ont cédé leur dictature au messie du clan Ochoa, la société était tellement décomposée qu’elle s’est mise à genoux devant ce « compatriote du front » qui promettait la fin de la guérilla mais qui a fini par étiqueter guérillero et terroriste tout contradicteur, les tours jumelles et la lutte contre le terrorisme mondial imposée par Bush a légitimé son discours, Uribe et ce « caudillo » produit par une alliance entre les trafiquants de drogue et les paramilitaires réussirent à monopoliser le pouvoir et à devenir une version de la dictature du XXIe siècle en instaurant un régime qui renforce le néolibéralisme, avec de claires tendances néofascistes et des chiffres effrayants qui feraient rougir Videla et Pinochet réunis. Avec 20 ans au pouvoir, il a placé deux présidents et il veut imposer le troisième, son armée est très sagace, il n’a pas besoin d’habiter le palais de Nariño , pour cela il a tout un réseau de politiciens dans les régions, la majorité au Congrès, des alliances avec les partis traditionnels et des forces armées qui se sont transformées après deux décennies en une armée au service du parti au gouvernement. Un sujet assez grave et qui, sans nier l’histoire sombre de l’appareil répressif colombien, met encore plus en évidence la décomposition brutale de la police et de l’armée pendant ces dernières années.

    C’est pourquoi les dernières déclarations du commandant de l’armée, le général Zapateiro, participant ouvertement à la politique en parlant de Gustavo Pétro et en violant la Constitution nationale (article 219 19) qui interdit l’ingérence et la prise de parti des militaires en politique sont très graves. Le militaire a même répété sur le ton de la menace dans ses dernières déclarations : « jamais je ne m’en irai… Parce que je laisserai beaucoup de Zapateiro dans l’institution, » encore plus avec l’aval que le président Duque lui-même lui a accordé.

    Ajoutée à ce qui précède, « l’erreur, de Noticias Caracol qui, dans une émission de la mi-journée jeudi dernier dans laquelle, suite au témoignage d’une soi-disant audience de Hugo « Paulo » Carvajal en Espagne, a sorti une fausse nouvelle qui incrimine Pétro lui-même pour avoir soi-disant reçu des apports économiques du chavisme. Après l’appel des avocats du candidat dénonçant la fausseté de l’information, le directeur de l’information de la chaîne en personne, Juan Roberto Vargas, a dû sortir pour rectifier : « Nous affirmons de bonne foi et sur la base de ses informations puisqu’elle se trouvait sur les lieux des faits, que lla preuve été faite. L’information enregistrée n’est jamais survenue. Noticias Caracol présente ses excuses à tous les téléspectateurs et aux personnes affectées par cette information erronée. »

    Je ne m’étendrai pas sur « les pièges » que subit ce candidat avec des sujets concernant la soi-disant réduction de peine de corrompus en échange de voix, une situation déjà éclaircie par Pétro lui-même et par les témoignages de ceux qui sont impliqués, qui nient et laissent sans soutien la tentative de l’uribisme de porter atteinte à son image et à sa campagne.

    Mais tout ce parcours historique est destiné à mettre en évidence une grave situation et à alerter : même si le régime urbaniste n’est pas une dictature militaire typique, c’est l’accentuation d’un modèle politique autoritaire et excluant qui a eu le monopole du pouvoir en Colombie. Ce qui est grave, c’est que la décision manifeste et claire du commandant de l’armée de se mêler de politique, une chose qui n’aurait pas dû arriver, accompagnée de l’ingérence évidente du président Duque, du procureur Barboza et des grands médias comme Caracol, RCN et la revue Semana représentent la possibilité d’un éventuel coup d’Etat en cas d’une éventuelle victoire de Gustavo Pétro et même pire, a légitimé à la pointe du micro, la botte des militaires et l’absence de soutien international.

    Habilement, l’uribisme et Duque continuent leur politique de dépendance envers les États-Unis en profitant de la guerre en Ukraine pour se mettre totalement du côté des intérêts nord-américains et recycler à nouveau les vents de la guerre froide. La Colombie ne peut continuer à être l’Israël de l’Amérique latine, la politique uribiste non seulement est une tragédie pour le peuple colombien mais est une menace, est un danger pour la souveraineté des peuples latino-américains.

     

    Source en espagnol :  https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/05/05/colombia-dictaduras-del-crimen-y-golpes-de-estado/

    Source en français (traduction de Françoise Lopez) :  http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/06/colombie-dictature-du-crime-et-coups-d-etat.html

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  •  Colombie : Rodolfo Hernández refuse de débattre avec Gustavo Pétro   (telesurtv.net-17/06/22)

     

    À quelques jours de second tour des élections présidentielles en Colombie, le candidat du Pacte Historique, Gustavo Petro a critiqué son adversaire, le candidat de droite Rodolfo Hernández, de la Ligue des Gouvernants Anticorruption pour avoir refusé de participer au débat public.

    Gustavo Pétro a également réaffirmé qu’il était prêt à débattre avec Rodolphe Hernández comme l’a ordonné le Tribunal Suprême de Bogota qui a statué sur un recours dans lequel on demandait d’entendre les propositions des deux candidats dans un débat public.

    « Je ne peux rien dire d’autre, on ne peut pas être président et tendre des pièges aux juges. Sans juges, il n’y aura que la dictature et la violence. Nous, nous respecterons et nous défendrons la justice, » a déclaré le candidat du Pacte Historique en évoquant les arguments donnés par Hernández pour ne pas participer au débat ordonnée par le tribunal de Bogotá. 

    Selon Rodolfo Hernández, il n’a pas trouvé de volonté véritable de la part de Gustavo Pétro pour se mettre d’accord sur les règles du débat qu’ils devaient fixer avant celui-ci.

    Face aux arguments d’Hernández, le candidat Pétro a déclaré être prêt à débattre sans condition et a laissé dans les mains du système de médias publics RTVC tous les détails de ce débat.

    « Hier, j’ai dit que j’étais prêt pour le débat et je le redis. Hier et aussi aujourd’hui. Je suis heureux qu’il accepte de débattre. Vous ne vouliez pas, ils vous y ont obligé , » a déclaré Pétro dans un communiqué.

    Gustavo Pétro et Rodolfo Hernández s’affronteront le 19 juin prochain au second tour des élections présidentielles.

     

    Source en espagnol :  https://www.telesurtv.net/news/colombia-gustavo-petro-debate-presidencial-20220617-0002.html

    Source en français (traduction de Françoise Lopez) :  http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/06/colombie-rodolfo-hernandez-refuse-de-debattre-avec-gustavo-petro.html

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  • Pour l’union des gauches, contre une présidence qui divise-par Edwy Plenel (mediapart-17/06/22-17h)Au second tour des législatives, le vote pour l’union des gauches et des écologistes est une nécessité éthique et une exigence politique : dire non aux impostures d’une présidence qui divise ; dire oui à un changement démocratique par la voie parlementaire. 

    En politique, les périodes de transition, durant lesquelles un vieux monde se meurt tandis qu’un nouveau tarde à naître, donnent toujours le spectacle d’un affaissement de la morale la plus élémentaire. Les principes n’y ont plus cours, la vérité cède le pas aux calomnies, la dignité n’est plus de saison. Or c’est précisément ce que donne à voir la majorité présidentielle sortante depuis le premier tour des élections législatives.

    Élu par deux fois grâce à un vote de principe face à l’extrême droite, Emmanuel Macron laisse son propre camp jeter aux orties les valeurs qu’il brandissait à son profit sous la forme d’une injonction républicaine. Dans la majorité de la soixantaine de circonscriptions où des duels opposent au second tour un candidat de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (Nupes) à une candidature du Rassemblement national (RN), la coalition présidentielle se dérobe, voire donne un coup de pouce à l’extrême droite xénophobe, identitaire et autoritaire.

    Lors de la convention de la Nupes à Aubervilliers, le 7 mai 2022. 

    À ce cynisme politicien s’ajoutent les discours les plus grossiers, d’une vulgarité intellectuelle sans nom. Sans y mettre bon ordre, le parti du président sortant laisse certains de ses candidats éliminés ou menacés portraiturer l’opposition de gauche en croquemitaine monstrueux, dans des philippiques où les mots en « isme » deviennent des épouvantails ayant perdu leur sens commun. Ce n’est là rien d’autre qu’une sinistre redite, en farce tragique, de l’antienne des conservatismes face au possible d’un changement démocratique et social : « Plutôt Hitler que le Front populaire » (lire l’analyse de Fabien Escalona sur le retour du péril rouge).

    Sur le tarmac d’Orly, dans un impensable mélange des genres entre ses responsabilités de chef d’État et ses manœuvres de politicien en campagne, Emmanuel Macron a lui-même joué de ce registre, mardi 14 juin, avant de s’envoler pour la Roumanie, la Moldavie et l’Ukraine.

    Présentant la guerre en cours sous l’euphémisme d’« un désordre », sans prendre la peine d’en désigner le responsable, il a réclamé « une majorité solide pour assurer l’ordre » car « rien ne serait pire que d’ajouter un désordre français au désordre mondial ». « Dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République » : pis, dans son appel final à un « sursaut républicain », il n’a pas hésité à transformer ses adversaires de gauche en ennemis de la République.

    Vieux refrain de tous les conservatismes, ce discours en chef du parti de l’ordre ajoutait l’indécence à l’archaïsme. Alors même que la présidence française de l’Union européenne ne s’est guère distinguée face à l’agression de la Russie, sinon par son souci empressé de ne pas humilier le fauteur de guerre russe, il faut avoir perdu tout sens de la mesure pour comparer la situation créée en Europe par l’invasion russe de l’Ukraine à celle qui surviendrait en France après une victoire, même relative, de l’union des gauches et des écologistes. Il faut aussi avoir oublié la dignité de sa fonction, institutionnellement comptable de l’unité du pays, pour oser décréter l’exclusion de ses opposants du camp républicain.

    « La République est envahie par les réactionnaires de tous genres. Ils l’adorent d’un brusque et terrible amour. Ils l’embrassent pour l’étouffer. » Cet avertissement d’Émile Zola, en pleine bataille pour l’innocence du capitaine Dreyfus contre, déjà, le parti de l’ordre, est toujours d’actualité. La République que brandit Emmanuel Macron est un ordre mort : celui de l’immobilisme social, des empêchements démocratiques et des empuantissements idéologiques. Arcboutée sur la défense des privilèges et des injustices, elle se dresse contre la vitalité de la société, ses aspirations et ses émancipations, ses impatiences et ses espérances, dont l’union inespérée des gauches et des écologistes est à la fois le produit et l’expression.

    Le compliment mérite d’être retourné à l’envoyeur : la présidence d’Emmanuel Macron est l’incarnation du désordre. Elle n’a cessé de le répandre et de le créer. En dévitalisant la démocratie – le niveau sans précédent de l’abstention en témoigne après des campagnes électorales privées d’une véritable confrontation des idées et des programmes. En humiliant le peuple – jamais la répression étatique n’a atteint ce niveau de violence dans le déni officiel des abus de pouvoir policiers.

    En répandant la haine – c’est sous cette présidence que l’idéologie d’extrême droite a été banalisée médiatiquement et notabilisée politiquement, jusque dans ses thématiques identitaires (lire le parti pris de Stéphane Alliès sur le trio Valls, Blanquer et Zemmour). En faisant la courte échelle au néofascisme – élue pour lui faire barrage, cette présidence a réussi l’exploit d’augmenter l’emprise de l’extrême droite, qui est désormais au seuil d’une présence parlementaire sans précédent historique (lire les analyses de Fabien Escalona et Donatien Huet et de Lucie Delaporte). En se dérobant face à l’urgence climatique – au point de tourner le dos à la Convention citoyenne pour mener une politique de casse anti-écologique (voir l’édito vidéo de Jade Lindgaard).

    Bref, en ruinant le crédit de la politique – paroles reniées, promesses contredites, manipulations grossières, mots vidés de leur sens… Le summum a été atteint par l’annonce présidentielle d’un Conseil national de la refondation (CNR), dont le sigle est volontairement calqué sur celui du Conseil national de la Résistance. Et cela à l’approche d’élections législatives supposées renouveler l’assemblée où l’on élabore, délibère et vote des lois.

    La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire ; c’est un code moral.

    Pierre Mendès France

    Adepte de l’absolutisme présidentiel, Emmanuel Macron signifiait ainsi par avance son mépris du pouvoir législatif. Il fut un temps lointain, celui de son raid présidentiel de 2017, où Emmanuel Macron plaçait dans son panthéon politique, outre le général de Gaulle, fondateur de la VRépublique, le plus constant adversaire de ce présidentialisme confiscatoire : « Nul plus que Pierre Mendès France n’avait le sens de la justice », écrivait-il alors, à l’enseigne d’une improbable Révolution (XO Éditions, 2016).

    D’outre-tombe, ce réformiste à principes, qui n’a jamais pactisé avec la démagogie et le mensonge, vient aujourd’hui l’admonester : « La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire ; c’est un code moral » (La vérité guidait leurs pas, Gallimard, 1976).

    Le code qui régit la Macronie est manifestement devenu amoral. Dans le sillage des campagnes de diabolisation lancées dès que surgirent les premières difficultés au début du premier quinquennat, dont la disqualification « séparatiste » et l’étiquette « islamo-gauchiste » furent les emblèmes, vertu, scrupule, sens civique et respect de l’adversaire n’ont définitivement plus cours.

    Sinon comment comprendre que des responsables politiques, supposés connaître l’histoire et savoir lire, puissent oser transformer en enfer totalitaire le programme social-écologique de la Nupes, dont la radicalité réformiste reste profondément démocratique ? Il suffit de lire une récente tribune du New York Times, qui n’est pas un brûlot gauchiste, pour prendre la mesure de l’image de médiocrité rabougrie qu’ils donnent ainsi de la France, de son débat public et de ses gouvernants.

    Cet abandon des principes et ce mépris de la vérité s’accompagnent d’un renoncement à toute dignité politique, dont la question des violences sexistes et sexuelles est l’impitoyable révélateur.

    Comme l’enfant du conte qui énonce que le roi est nu, quand les courtisans font semblant de l’ignorer, une lycéenne du Tarn, Laura, a courageusement démasqué l’imposture d’un pouvoir qui prétend défendre la cause des femmes en maintenant en fonction des ministres mis en cause, de façon documentée et répétée, pour leur comportement envers elles. La lecture des lois qui, en ce domaine, s’imposent aux entreprises suffit à établir que le gouvernement ne respecte pas les règles qu’il a lui-même édictées et auxquelles tout employeur doit se plier, indépendamment de toute saisine ou débouché judiciaires.

    Un jour viendra peut-être où l’on aura toutes les clés pour comprendre l’égarement d’une présidence uniquement préoccupée de sa survie au jour le jour, quand l’époque, ses défis et ses urgences nécessiteraient une ambition, une vision et une hauteur. Dans l’immédiat, il nous revient, par nos votes, de sanctionner cette imposture en restaurant la politique comme projet collectif, horizon partagé et cause commune.

    Pour ce faire, le choix de l’union des gauches et des écologistes s’impose sans qu’il signifie un chèque en blanc à celles et ceux qui en seront les représentant·es élu·es.

    Voter pour un changement par la voie parlementaire, par la revitalisation d’une démocratie délibérative, par la construction de majorité d’idées, à rebours des risques inhérents à la personnalisation présidentielle.

    Aux raisons de conviction, tout à fait respectables s’agissant d’un programme d’urgence sociale et écologique dont les premières mesures sont politiquement légitimes et économiquement cohérentes (lire les analyses de Mathieu Dejean et de Romaric Godin), s’ajoutent trois raisons de principe que peuvent partager nombre de citoyen·nes au-delà d’étiquettes ou de sensibilités partisanes.

    D’abord, voter pour la Nupes, c’est voter pour un changement par la voie parlementaire, par la revitalisation d’une démocratie délibérative, par la construction de majorités d’idées, à rebours des risques inhérents à la personnalisation présidentielle, génératrice d’excès ou d’abus de pouvoir.

    Ensuite, voter pour la Nupes, c’est voter pour une majorité pluraliste, garantissant l’autonomie de ses composantes politiques, favorisant la diversité de ses expressions, construisant des convergences, à rebours des disciplines automatiques et désastreuses qu’entraîne une majorité présidentielle.

    Enfin, voter pour la Nupes, c’est voter pour une dynamique politique de la société elle-même, de son expression autonome, de ses luttes et de ses mobilisations, dans l’espoir d’impulser une représentation active des classes populaires, à rebours d’une politique professionnelle, confisquée par des élu·e·s faisant carrière.

    Ce vote de principe ne vaut ni adhésion ni soumission. Toujours nées des réalités que documente notre travail journalistique, les prises de position de Mediapart – avant-hier pour François Hollande contre Nicolas Sarkozy, hier pour Emmanuel Macron contre Marine Le Pen – ne nous ont jamais empêchés d’exercer, avec d’autant plus de vigilance et d’indépendance, notre examen critique des politiques menées par le camp qui en bénéficiait tout comme de celles et ceux qui en avaient la charge.

    « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » : en bientôt 15 ans d’existence, Mediapart a toujours suivi cette recommandation d’Albert Londres, y compris envers les formations politiques qui composent la Nupes. Demain, elle s’appliquera d’autant plus à l’union des gauches et des écologistes qu’elle est en cohérence avec l’exigence démocratique qui nous amène à prendre position pour ce changement parlementaire.

     

    Edwy PLENEL

    source: https://www.mediapart.fr/

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