• « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-D’origine paysanne, je suis probablement plus sensible que d’autres, aux souffrances et au stress que subissent les agriculteurs, qui, bien que travaillant comme des bêtes voient chaque jour leurs conditions de vie empirer et s’approcher de plus en plus, le jour où ils devront mettre la clé sous la porte.

    Pourtant afin de retarder cette heure fatidique ils continuent de travailler d’arrache pieds, tôt le matin et tard le soir. « Pas de dimanches et pas de sorties » comme dit la chanson de Jean Ferrat.

    Fêtes ou pas fêtes il faut soigner le bétail, rentrer les récoltes, effectuer mille travaux auprès de la ferme et tout cela pour un salaire variant, pour beaucoup d’entre eux, entre 1000 et 1400 euros par mois, alors qu’ils effectuent souvent plus de 10 heures de travail par jour.

    Malgré toutes ces fatigues et privations, l’horizon au lieu de s’éclaircir, s’obscurcie chaque jour davantage, c’est la raison pour laquelle depuis plus d’une quinzaine de jours, les cultivateurs exaspérés continus à manifester dans les rues de nos cités, malgré toutes leurs véhémentes protestations, les dirigeants de la FNSEA appellent au calme.

    « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-21/02/2016)

    Pourtant malgré la scandaleuse intoxication médiatique à l’encontre de ces barreurs de routes, de la sympathie leur est régulièrement manifestée par les automobilistes tenus à l’arrêt et qui comprennent leur colère et approuvent leur démarche, car eux-mêmes soufrent de cette situation.

    En ce qui me concerne, stupidement sans doute, j’avais toujours cru que les responsables syndicaux, afin de revendiquer de meilleures conditions de vie pour leurs mandants, devaient se trouver en tête des manifestants et les encourager à se battre au lieu de leur demander de rester calme, comme le fond les responsables de la FNSEA qui pourtant ne sont pas entendus par ceux qui avec juste raison continuent leur combat.

    Si les manifestations se poursuivent, c’est à cause de leur désaccords avec les revendications présentées par leurs responsables syndicaux, qui ne leurs assurent en rien un avenir dans lequel ils pourront travailler et vivre dignement de leur travail.

    Demander, comme cela est fait par les dirigeants de la FNSEA, que le gouvernement intervienne afin d’attribuer un prix décent à la marchandise produite n’est pas très sérieux, car nous savons que dans le cadre de l’Union Européenne nous sommes tous obligés de respecter « La concurrence libre et non faussée », cette règle d’or qui nous est imposée par Bruxelles.

    A ce jour, nos gouvernants ne disposent d’aucune possibilité pour prendre une initiative quelconque permettant d’améliorer les conditions de vie de l’ensemble du peuple de notre pays.

    « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-21/02/2016)Devant la moindre revendication populaire, ils sont contraints de se rendre immédiatement à Bruxelles ou à Berlin (les pantalons à la main) prendre les directives de la finance internationale, que va leur transmettre madame Merkel, car en fonction des divers traités signés, notre gouvernement n’a pas le droit de financer d’une façon quelconque les petites entreprises.

    Mais pour les grosses entreprises ce n’est plus pareil, nous nous souvenons tous des 40 milliards versés l’année dernière aux grandes entreprises, qui en échange devaient embaucher du personnel.

    Mais  les 40 milliards une fois enfouies dans leurs poches, les grands financiers n’ont pas embauché un seul chômeur, au contraire profitant de cette manne, certaines grandes entreprises en ont profité pour délocaliser et pour aller installer de nouvelles usines hors de France, dans des pays où leurs bénéfices seraient encore plus importants.

    Quand à exiger que pour améliorer la situation de nos agriculteurs leurs produits puissent porter le label « Produit en France », c’est un attrape nigaud, car cela ne changera en rien leurs  difficultés.

     

    « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-21/02/2016) 

    , Réponse à Michel Onfray et autres textes sur la Résistance et l’engagement

     Tant que des marchandises de bien moindre qualité ne respectant pas les mêmes règles sanitaires qu’en France, venues de pays tiers seront vendues à bas prix, la misère aidant, les consommateurs prendront systématiquement la marchandise la moins bonne sans doute, mais la moins chère et « Le produit en France » restera dans les rayons des supermarchés.

    Il me semble utile de rappeler que même si nos gouvernants, devant la colère des agriculteurs et l’importance des manifestations, arrivaient à lâcher quelques miettes ils devraient immédiatement subir de lourdes pénalités par Bruxelles et par Berlin pour n’avoir pas respectés la règle de la concurrence libre et non faussée et par la suite d’une manière ou d’une autre, ils feraient repayer aux paysans le peu qu’ils auraient reçu.

    Aujourd’hui, à cause de notre intégration forcée au sein de l’Union Européenne, intégration que les français avaient largement refusé, la France n’a plus de frontières et la colère gronde chez nos agriculteurs, surtout lorsqu’ils arraisonnent des camions venus des quatre coins d’Europe et parfois d’ailleurs.

    Ces camions qui viennent débarquer sur nos marchés de la marchandise qui souvent n’a pas respecté les mêmes règles sanitaires que celles appliquées chez nous, (tout en utilisant une main d’œuvre qui par moment s’apparente à de l’esclavage) livrent sur nos marchés, de la marchandise à des prix nettement inférieurs aux prix de revient de celle produite par nos agriculteurs.

    « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-21/02/2016)Ancien Résistant, mes camarades et moi-même, nous nous sommes battus pour une France : Libre, Forte, Indépendante, Démocratique et Souveraine. Ces exigences étaient tellement expresses, qu’elles amenèrent le Général de Gaulle à déclarer : « La France nouvelle admet l’utilité d’un juste profit, mais elle ne tiendra plus pour licite aucune concentration d’entreprises susceptible de dévoyer la politique économique et sociale de l’Etat et de régenter la condition des hommes. La France….. veut que les biens de la France profitent à tous les français, que sur ces terres, pourvues de tout ce qu’il faut pour procurer à chacun de ses fils un niveau de vie digne et sûr ». Quant à la place de notre pays à travers le monde, comment ne pas être frappé par l’aspiration qu’exprimait alors le Général de Gaulle, aspiration qui me semble toujours d’une brûlante actualité : « Un tel  régime politique, social, économique, devra être conjugué avec une organisation internationale des rapports entre toutes les nations, telles que, dans un monde dont l’interdépendance est désormais la loi, chaque peuple puisse se développer suivant son génie propre et sans subir aucune oppression politique ni économique ». On peut se rendre compte que ces exigences sont plus que jamais d’une brûlante actualité.

    « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-21/02/2016)Aujourd’hui, nous voici loin de l’Indépendance, de la Démocratie et surtout de la Souveraineté pour laquelle les Résistants ont combattus et beaucoup sont morts.

    C’est en appliquant les directives du traité de Lisbonne, que nos gouvernants nous ont imposé contre notre volonté, que tout ce que le CNR (Conseil National de la Résistance) nous avait apporté a disparu.

    Si nous voulons vivre sans subir aucune oppression politique, ni économique il est indispensable que nous nous débarrassions de ce carcan que la grande finance internationale par l’Union Européenne, fait peser sur nous.

    L’idée de sortir de l’Union Européenne et de l’euro gagne chaque jour davantage de poids. Il ne peut pas être question de se laisser prendre au piège de ceux qui prétendent vouloir sortir de L’euro, seulement après avoir obtenu l’accord des autres pays européens.

    Nous devons sortir seul par la porte de gauche et montrer l’exemple.

    « Sans changements radicaux, l’agriculture française va disparaitre  » par Léon Landini (IC.fr-21/02/2016)Si nous sortions les premiers de l’Union Européenne et de l’euro, nous ne serions pas seuls  car devant l’aversion que ressentent de plus en plus les peuples opprimés, cela permettrait à chaque nation, à l’exemple de la France de reprendre immédiatement son indépendance et sa liberté telle que la souhaitent majoritairement tous les peuples européens

    En conséquence agissons, pour que tous ensemble et en même temps nous exigions le retour de notre pays aux grands principes qui furent ceux du programme du Conseil National de la Résistance, pour une France, Libre, Forte, Indépendante, Démocratique et Souveraine Pour cela quittons le plus rapidement ce carcan qui nous emmène tout droit vers une austérité à perpétuité.

    Léon Landini.

    • Officier de la Légion d’Honneur –    Médaille de la Résistance  – Grand Mutilé de Guerre suite aux tortures endurées par la Gestapo, pendant mon arrestation.
    • Président du

    Signez la pétition pour exiger un referendum sur l’UE et l’euro ! C’est au peuple de décider, brisons tous ensemble les chaines de l’Union Européenne !

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    source: initiative-communiste.fr/

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  • La tournée bretonne du film "La Tourmente grecque II-Chronique d'un coup d'Etat et de son réalisateur Philippe Menut arrive en FinistèreLa tournée bretonne du film-documentaire "la tourmente grecque 2-chronique d'un coup d'état" qui a débuté le 21 février à Notre Dame Des Landes, se terminera à Ambon (56) le 27 mars.  17 projections-débats seront ainsi organisés à l'initiative de l'Association "Bretagne Grèce Solidarité Santé" et de ses partenaires locaux. Chaque projection se fera en présence du réalisateur du film Philippe Menut.

    Six projections-débats sont programmés en Finistère:

    ►26 février- 20 h - Cinéma "Les studios"- 136 rue Jean Jaurès - Brest 

    ►27 février - 15 h -Cinéma "le K "- 39 rue Pasteur-Douarnenez

    ►28 février - 17 h 30- Salle Asphodèle- Berrien

    ►29 février -15 h - Amphithéâtre du Centre Hospitalier de Cornouaille-(situé dans le batiment des services administratifs-entrée par la rue Zola)-Quimper

    ►29 février – 20 h Salle Ellé au Coat Kaer – Quimperlé

    ►8 mars – 20h – MJC de Kerfeunteun - rue Chardin – Quimper

     

    Un film pour comprendre et débattre…

    Gros plan sur les causes et les conséquences de la crise grecque.
     

    Après six mois de négociations et le « non » massif des Grecs au référendum, le gouvernement Syriza a cédé aux injonctions des gouvernements de la zone euro, renonçant à toute annulation ou allègement de sa dette. Comment l’expliquer ? Une alternative était-elle possible ?

    Par une enquête précise et claire, le documentaire ouvre le débat sur les perspectives politiques en Grèce et en Europe.

    « Je n’ai pas fait un film pour dire ce que je savais ; ce que j’explique, je l’ai compris en tournant le documentaire » (Philippe Menut).

     

    La bande-annonce du film:la tourmente grecque 2-chronique d'un coup d'état

     

     

     Développer des solidarités concrètes
    Le peuple grec en a besoin  !

    "Bretagne-Grèce Solidarité Santé" s’est donné comme objectif de collecter des médicaments, du matériel médical et de l’argent puis de les acheminer jusqu’aux dispensaires et pharmacies grecques.
     

    Elle fait  appel à la générosité solidaire pour financer ces actions.

    Apportez des médicaments non périmés et du matériel médical, Bretagne Grèce Solidarité Santé se chargera de les acheminer aux dispensaires et centres sociaux autogérés grecs.


    Un don de 1€ permet :
    d'expédier 10 boites de médicaments
    ou 2Kg de matériel médical
    à destination de dispensaires grecs.

     

    Pour + d'infos:

    -le site du film où se trouve la présentation de la tourmente grecque n°2:
    https://lesfilmsdumouvement.wordpress.com/


    -le  site du collectif "France Grèce Solidarité pour la santé" (auquel appartient l'Association "Bretagne Grèce Solidarité Santé)
    https://solidaritefrancogrecque.wordpress.com/

    -le site de Radio Bro Gwenned avec l'entretien d'André Locussol (Avec les Grecs56) annonçant la tournée bretonne de la tourmente grecque (11ème minute le passage sur  le film)

    http://www.radiobreizh.bzh/fr/rbg/emission.php?emid=30

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  • Il y a 72 ans, le 21 février 1944, Missak Manouchain et 22 membres de son groupe de FTP-MOI étaient fusillés par les allemands au Mont-Valérien. Le réseau Manouchian était constitué de 23 résistants communistes, dont 20 étrangers et une femme. L’Affiche rouge est une affiche de propagande placardée en France par le régime de Vichy et l'occupant allemand. Louis Aragon leur rendra hommage dans un poème que Léo Ferré mettra en musique. HK et les déserteurs font une reprise de la chanson de Léo Ferré sur le poème de Louis Aragon lors du concert d'ouverture du Festival Strasbourg-Méditerranée le 30 novembre 2013.

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  • Vincent Bolloré désigné comme accapareur de terres et censeur d’internet au Palais de justice de Paris (Reporterre.net-13/02/2016)

    M. Bolloré déteste que l’on s’intéresse à ses activités africaines. De nombreux éléments attestent qu’il pratique « l’accaparement de terres » en Afrique et en Asie, comme l’avait décortiqué Bastamag. Le milliardaire a poursuivi le site d’information et d’autres sites ayant relayé l’enquête. Mais le procès s’est retourné contre l’industriel.

    Peut-on mener une enquête critique sur les activités du groupe Bolloré en Afrique et en Asie ? La reprise d’articles d’enquêtes sur Internet, comme dans les revues de presse, est-elle possible sans menace juridique ? Telles ont été les deux questions posées jeudi 11 février au sein de la XVIIe chambre correctionnelle du Palais de Justice de Paris. Deux questions essentielles pour la liberté d’informer.

    Le motif en était la poursuite engagée par Vincent Bolloré contre un article publié par le site Bastamag. M. Bolloré ne poursuit pas seulement ce site d’information, mais aussi ceux qui l’ont relayé par des liens hypertextes ou par des extraits, à savoir Rue 89, la journaliste Dominique Martin-Ferrari, et deux blogueurs, Thierry Lamireau et Laurent Ménard.

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                            Le palais de justice de Paris, jeudi 11 février 2016

    M. Bolloré, classé 9e fortune de France, attaque pour "diffamation publique envers un particulier" un article de synthèse publié par Bastamag en octobre 2012 - signalé à l’époque par Reporterre - et consacré à la question de l’accaparement des terres, ces appropriations de surfaces agricoles à grande échelle par des fonds d’investissements ou des multinationales, principalement en Afrique et en Asie.

    L’audience a commencé par une discussion sur le fond de l’article, rédigé par Nadia Djabali et édité par Ivan du Roy et Agnès Rousseaux. L’article consistait en une enquête sur les investissements réalisés dans l’acquisition de terres dans des pays du Sud par plusieurs groupes français, comme Axa, Louis Dreyfus, le Crédit Agricole ou Bolloré.

    La présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, a d’abord invité Nadia Djabali à préciser sa démarche journalistique. Dans la foulée de la crise financière de 2008, a expliqué celle-ci, de nombreux spéculateurs se sont détournés des marchés financiers pour placer leurs fonds dans l’achat de terres dans des pays pauvres. Or, en 2012, peu d’information existait autour de l’action des groupes français. Mme Djabali a donc enquêté sur ceux-ci, en s’appuyant sur de nombreux rapports d’ONG ou d’institutions internationales.

    La présidente s’est ensuite intéressée aux ramifications du groupe Bolloré. Enjeu : savoir si le raccourci consistant à citer celui-ci - notamment dans le titre de l’article - plutôt que ses filiales, au nom moins connu, était admissible. La structure du groupe est en effet complexe, comme le montre un organigramme examiné pendant l’audience, et publié par Les Echos en 2000.

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                                       L’organigramme du groupe Bolloré en 2000

    Il est apparu que la principale société concernée, la Socfin, est détenue à près de 39 % par Bolloré, qui en est donc le principal actionnaire et décideur. "D’où, concluait la présidente, le raccourci possible de parler de Bolloré sans détailler à chaque fois".

    Le sérieux de l’enquête journalistique a ensuite été discuté. L’abondance des sources et leur sérieux est peu contestable. Mais y a-t-il eu démarche contradictoire ? "Avez-vous contacté Bolloré ?“, interroge la juge. "Non, répond Nadia Djabali, "mais j’étais en possession de réponses écrites de sociétés du groupe à un rapport les critiquant, et j’en ai fait mention."

    « L’accaparement des terres est une criminalité écologique »

    Plusieurs témoignages attestaient ensuite de la gravité du phénomène de l’accaparement des terres. Mathieu Perdriault, de l’association de chercheurs Agter, spécialiste de ce phénomène, en expliquait l’importance :

    "C’est une question de société aux enjeux très forts, du même ordre que le changement climatque. Il s’agit d’une exclusion de fait des petits paysans. Nous affirmons avec force études que l’agriculture capitaliste à salariés ne fournira jamais autant d’emplois que l’agriculture familiale.
    - Bolloré est-il un acteur de vos travaux ?
    , enchaînait la juge.

    - Oui, comme beaucoup d’autres. Il obéit aux objectifs de rentabilité du capital investi.
    - Peut-on employer le mot
    ’extorquées’, à propos des terres qui ont été prises aux paysans ?, interrogeait l’avocat de Basta et de Rue 89, Me Antoine Comte.

    - Il est très largement valable dans la majorité des cas."

    Eloïse Maulet, de React, une association regroupant les collectifs de paysans africains victimes du groupe Bolloré, attestait ensuite que M. Bolloré lui-même était venu rencontrer des représentants de ces paysans quand ils étaient venus à Paris en juin 2013, quelques mois après la parution de l’article, comme l’avait relaté Reporterre.

    JPEG - 86.1 koVincent Bolloré rencontrant en juin 2013 les paysans africains victimes de ses sociétés

    Noël Mamère, député écologiste appelé comme témoin, estimait ensuite que l’accaparement des terers dans les anciennes colonies françaises est "la continuation de ce que l’on a pratiqué avec l’esclavage et le pillage des matières premières". "Il faut se poser la question du caractère commun des terres qui doivent nourrir l’humanité", poursuivait-il, affirmant que "l’accaparement des terres est une criminalité écologique".

    Ancien journaliste, M. Mamère assurait que "Bastamag fait partie avec Reporterre de ces outils indispensables à la réflexion humaniste qui doit être menée dans notre société". Dénonçant la "conception quasi-totalitaire, césariste des moyens d’information" de M. Bolloré, qui possède Canal Plus et Direct Matin, le député interrogeait : "Il n’y a pas beaucoup dans ce pays de moyens d’information qui n’appartiennent pas à des marchands de canon et à des accapareurs de terres. N’est-il pas temps de protéger ceux qui sont indépendants ?"

    Une préoccupation partagée par Pierre Haski, directeur de Rue 89 et poursuivi par M. Bolloré pour avoir relayé l’article incriminé dans la revue de presse de ce site. "Il y a une volonté maladive du groupe Bolloré qu’il n’y ait pas de débat public sur ses activités en Afrique. (...) On est dans le fait du prince, qui a beaucoup d’argent et bombarde la presse de ses poursuites." Ce qui conduit, selon lui, à une forme de censure : « On sait que si l’on écrit sur Bolloré en Afrique, on prend une plainte. Ce bombardement judiciaire conduit incontestablement à une auto-censure de la presse française, Me Baratelli a formidablement réussi son coup ».

    « Ce n’est que la quatrième poursuite en six ans ! »

    L’audience avait commencé à 13 h 30. Et ce n’est qu’à 19 h que les plaidoiries des avocats ont commencé. Le défenseur de la société Bolloré, Me Olivier Baratelli, a d’abord pris la parole, en cherchant à dénier la qualité journalistique de l’article. « Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, comme le laisse penser le réquisitoire de Bastamag. Il est tellement excessif, c’est un article qui ne mérite rien d’autre que de finir à la poubelle » a ainsi affirmé Me Baratelli. Avant de se tourner vers le banc des journalistes (outre Reporterre Arrêt sur images, Mediapart, France Culture, L’Humanité, Le Monde, suivaient le procès), pour leur faire la leçon : « Personne ne peut et ne doit écrire ça ! ».

    Mais l’argumentaire s’est souvent réduit à des attaques ad hominem, à la limite de l’injure : « Le conditionnel est sûrement un temps que Mme Djabali n’a pas étudié à l’école ! », accusant plus tard la journaliste de photocopiage, puis d’avoir trouvé ses chiffres « tombés divinement du ciel » ou « dans une boule de cristal », avant de pointer un fait : « L’article mentionne ‘’pas moins de 13 ports’’  : Eh non, en fait la société Bolloré, c’est 104 ports partout dans le monde ! ».

    JPEG - 250.6 koLe groupe Bolloré se livre à de nombreuses activités en Afrique, notamment dans les ports

    Parlant près d’une heure et demie, Me Baratelli a ainsi enchaîné des contre-vérités – « il n’y a pas de syndicats au Cameroun » – en évacuant la question de l’accaparement des terres : « Il est sûrement vrai que des populations, à certains endroits, subissent un phénomène irrémédiable : l’accroissement de la population qui nécessite l’augmentation de la production alimentaire ».

    Pourtant, Me Baratelli l’assurera, « le groupe Bolloré n’a jamais acheté un seul hectare de terre en Afrique », s’appuyant sur le flou autour des filiales du groupe, directement concernées par les accusations d’accaparement des terres. Cela ne l’a pas empêché de vanter les mérites des actions sociales du groupe : « Dispensaire, école, pharmacie… voilà aussi ce que fait Bolloré au Cameroun ! » regrettant que cela ne soit pas évoqués dans les « huit pages d’ineptie » de Bastamag.

    En réalité, la plaidoirie du plaignant a surtout ressemblé à une auto-défense : « On accuse Bolloré d’être le grand museleur de la presse, mais j’opère pourtant un choix homéopathique des poursuites qu’on engage. Ce n’est que la quatrième en six ans, sur les activités agricoles et financières du groupe ! » s’est justifié Me Baratelli, avant de rappeler les condamnations qu’il a obtenues : France Inter en 2010, Libération en 2014.

    Pour Me Baratelli, « le monopole de la souffrance n’est pas du côté des ONG, c’est mon seul propos ». Il précise son idée : « Peut-on un instant penser que tout ce qui est reproché à Bolloré est vraisemblable ? Peut-on vraiment imaginer Vincent Bolloré commanditer directement de faire bosser des enfants de moins de 14 ans ? ».

    Après sa longue plaidoirie, soutenue avec une condescendance marquée envers les uns et les autres, Me Corinne Lepage, avocate de la journaliste Dominique Martin-Ferrari, ramenait le débat sur la question des libertés d’internet : « On ne peut pas imposer une responsabilité en tant qu’auteur sur la republication d’un lien hypertexte », au risque de mettre fin au principe même de revue de presse, expliquait-elle. « Et comment appliquerait-on une telle jurisprudence à un outil comme Twitter, qui n’existe que pour ça ? »

    Son associé, Me Benoit Denis, précisait que c’est la question de la valeur juridique du lien hypertexte que pose ce procès : « L’exercice d’une revue de presse peut-il être compris comme l’écriture d’un article ? », analysant la jurisprudence de la Cour de cassation. Evoquant un « procès qui aurait pu être évité », il était conforté par Me Raphaël Molenat, l’avocat de Laurent Ménard, blogueur poursuivi par M. Bolloré pour avoir relayé l’article sur son site. Son lien n’a comptabilisé que... sept clics ! « Pourquoi un tel acharnement ? s’est insurgé Me Molenat, indiquant que son client, ébéniste gagnant environ 1.800 euros par mois, n’avait fait son blog que dans le cadre des élections municipales de Saint-Julien, en Loire-Atlantique. J’appelle cela du mépris ! Il n’y a pas d’argument contre M. Ménard ».

    Si ce père de famille – pour lequel son avocat a demande au tribunal de condamner M. Bolloré pour recours abusif et versement de dommages et intérêts – n’était pas présent à l’audience, Thierry Lamireau, autre bloggeur visé par la plainte, avait fait le déplacement depuis la Savoie. « Un coût psychologique et financier important, depuis trois ans, pour ce maître d’école à la retraite », a insisté son avocate, Me Magaly Lhotel, qui a dénoncé « la lâcheté du choix de la procédure de la plainte avec constitution de partie civile, avec mise en examen et sans mise en demeure préalable ». Et toujours, derrière, cette même question : « Mais que cherche-t-on à faire à travers ça ? » alors que l’article avait été copié-collé, sans autre commentaire, ni lien hypertexte.

    Pour Me Antoine Comte, qui concluait, la démarche de M. Bolloré est « une instrumentalisation de la justice » dans ce qu’il a qualifié d’un « procès du pot de fer contre le pot de terre ». Sur l’accusation d’absence du contradictoire, l’avocat a rappelé la dernière jurisprudence : « Le contradictoire est souhaitable, bien sûr, mais en rien obligatoire lorsqu’il y a une base factuelle suffisante », soulignant que le travail de Bastamag - « engagé mais pas militant » - est basé sur des enquêtes longues, proche d’une presse de « recherche » : « 7 pages et 12 notes de bas de page, on est proche de la façon de travailler du Monde Diplomatique ».

    Comme les autres avocats, il a demandé la relaxe et des dommages pour pousuite abusive. De son côté, Me Baratelli demandait un euro de dommages et intérêt, et la publication du jugement dans différents journaux.

    Le verdict est mis en délibéré au 7 avril 2016.

    Barnabé Binctin et Hervé Kempf

     


    Lire aussi : Est-il encore permis d’informer sur les activités du groupe Bolloré ?

    Source : pour Reporterre

    Photos :
    . chapo : Vincent Bolloré (Wikimedia).
    . Palais de Justice et XVIIe Chambre : © Hervé Kempf/Reporterre
    . port en Afrique : Bollore Africa Logistics

    source: reporterre.net

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  • Criminalisation de l'action syndicale:ça continue ! Deux leaders CGT auditionnés par la police d'Auch (Gers) Deux cents personnes étaient rassemblées hier après-midi devant le commissariat en soutien aux syndicalistes de la CGT.

    Deux représentants de la CGT gersoise ont été auditionnés hier au commissariat. La direction du groupe propriétaire de la polyclinique de Gascogne a déposé plainte pour «séquestration» lors de la longue grève de septembre dernier.

    La grève avait été longue, les négociations rudes. Visiblement, le rapport de force se poursuit à la Polyclinique de Gascogne, où les salariés avaient cessé le travail durant 29 jours, en septembre dernier. En effet, deux représentants de la CGT ont été auditionnés hier au commissariat d'Auch après une plainte déposée par Jacques Delfosse, le directeur général adjoint du groupe Elsan, propriétaire de la structure, pour «séquestration». Et les deux syndicalistes visés sont bien connus : il s'agit d'Éric Cantarutti, le secrétaire départemental de la CGT, et de la responsable départementale CGT Santé, Angèle Léger. Pour les soutenir, pas moins de 200 personnes s'étaient rassemblées hier après-midi devant le commissariat d'Auch, issues de la CGT mais également de Sud, Solidaires, FSU ou encore du Parti communiste.

    «Syndicalistes, pas terroristes !»

    Au cri de «Libérez nos camarades !» ou de «Syndicalistes, pas terroristes», les militants rappelaient le contexte de «criminalisation de l'action syndicale», citant les exemples des salariés d'Air France ou de Goodyear.

    «C'est incroyable que M.Delfosse dise qu'on l'a séquestré, assure Mme Léger. Il faut savoir que la porte de la salle où on négociait était toujours ouverte. Et puis il nous accuse sur une négociation au 24e jour de grève. Ce jour-là, à la fin de la journée, ses propositions étaient plus basses que le matin… Alors, il y a eu de la colère des salariés : elles ont chanté, hué, tapé dans les mains… Mais c'est tout !» Autre argument : «Il dit qu'il a signé sous la contrainte, mais une semaine après, il signait le même accord à la préfecture devant le médiateur…», assure la syndicaliste. Qui conclut : «Ce qui m'inquiète le plus, ce n'est pas forcément cette plainte, mais c'est cette tendance qu'ont les patrons à casser du syndicaliste…»

    Éric Cantarutti, micro en main, juste après être sorti du commissariat, déclarait : «Je veux remercier très chaleureusement les camarades des départements voisins, des syndicats amis. La direction a porté plainte, alors que nous avons juste dit ce que nous demandions. On l'a dit fermement. Il va falloir continuer à combattre fermement quand des camarades sont harcelés du fait de leur militantisme, alors que le code du travail va être démonté.»

    Jacques Delfosse et la direction du groupe Elsan, contactés hier par nos soins, n'ont pas donné suite à nos sollicitations.

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  • , l’ «  » du Bassin minier

    Déchéance de la nationalité Olszanski, l’ « affaire Dreyfus » du Bassin minier (IC.fr-20/02/2016)

    La déchéance de nationalité ? Une sanction que la République française applique, depuis le milieu du XIXe siècle, à ses propres citoyens accusés de menacer ses fondements. En 1932, cette mesure affecte Thomas Olszanski, un mineur du Nord. Il est alors âgé de 45 ans. Son tort ? Avoir stigmatisé, comme permanent de la Fédération des mineurs de la CGT Unitaire (CGTU), l’attitude des magnats des Mines qu’il accuse de « bafouer les droits des Polonais », mais aussi l’Etat français « complice de leurs exactions ».

    Fils d’un paysan pauvre de Galicie polonaise sous occupation autrichienne, Thomas Olszanski s’installe dans le Bassin minier du Pas-de-Calais en 1909 pour y exercer comme mineur de charbon. Formé à l’école du syndicalisme révolutionnaire, il intègre en 1921 les rangs du Parti français et entreprend d’organiser, au sein de la CGTU, la main-d’oeuvre polonaise qui contribue largement à la relance de l’activité charbonnière dans une région sinistrée.

    Permanent à la CGTU

    L’obtention de la nationalité française en juin 1922, lui offre de s’affranchir de la menace d’expulsion qui pèse sur les activistes étrangers d’extrême gauche. Mieux, ce sésame lui permet d’accéder à un poste de dirigeant syndical ; ce que la loi du 21 mars 1884 « relative à la création des syndicats professionnels » interdit aux étrangers… libres de se syndiquer mais non d’exercer une fonction d’encadrant ! En 1923, sa connaissance des langues française, allemande et surtout polonaise le propulse à la tête du secteur « main-d’oeuvre étrangère » de la Fédération unitaire des mineurs de France (CGTU) dont il devient un secrétaire. Et aussi un permanent national  D’un piquet de grève à l’autre, il sillonne l’Hexagone. La renommée de cet « agitateur volant » aux indéniables talents d’orateur, assure le succès de ses meetings dans les bassins miniers de charbon, de fer ou de potasse, même si la CGTU, largement bolchévisée, peine toujours, en cette fin des années 1920, à contrebalancer l’influence de la CGT réformiste parmi les Polonais.

    Quand récession rime avec répression tous azimuts

    Sa popularité inquiète davantage encore les autorités françaises quand le pays s’enfonce dans la crise qui ébranle l’économie capitaliste mondiale pour frapper l’industrie houillère régionale dès 1931. La récession est synonyme d’arrêt du recrutement, de chômage partiel puis de vagues de licenciements dont les étrangers sont les victimes principales… Dans les mines du Nord où ils constituent encore près de 40 % des effectifs, la répression s’intensifie. Brimades, amendes, déclassements sont plus que jamais le lot des militants insoumis. Soucieux de satisfaire une opinion publique en partie gagnée par le chauvinisme, l’Etat décide très vite du renvoi en Pologne par trains entiers de milliers de travailleurs considérés en surnombre dans l’économie et en profite pour se débarasser des éléments jugés indésirables. Les expulsions se multiplient. A l’heure de la rationalisation synonyme de course au rendement et de dégradations des conditions de travail, les contradictions de classe s’aiguisent.

    Sur la voie de la déchéance

    Déchéance de la nationalité Olszanski, l’ « affaire Dreyfus » du Bassin minier (IC.fr-20/02/2016)

    Dans ce contexte délétère, Thomas Olszanski reste intouchable. Parce que de nationalité française… La bourgeoise République envisage alors de lui en faire perdre le bénéfice en vertu de la loi « sur la nationalité » du 10 août 1927 d’inspiration pourtant libérale. Son article 9 prévoit en effet que perd la qualité de Français, celui, qui ayant acquis la nationalité française sur sa demande, en est déchu pour « avoir accompli des actes contraires à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat français ». Le 22 juillet 1932, le tribunal civil de Douai prononce sa dénaturalisation, lui reprochant d’avoir, lors d’un meeting, « pris la parole pour exorter les ouvriers français et étrangers à se révolter ». Ses écrits dans la presse communiste « à renverser le régime capitaliste » sont tout autant stigmatisés.

    Une campagne nationale de solidarité

    Son cas fait grand bruit. Des parlementaires, des intellectuels comme André Malraux ou Paul Nizan, exigent sa réintégration d’autant que l’article 6 de cette loi de 1927 reconnaît que « l’étranger naturalisé jouit de tous les droits civils et politiques attachés à la qualité de citoyen français ». Or, Olszanski n’a jamais dérogé à la loi. « Rien dans les paroles reprochées à Olszanski, ne différait des idées énoncées couramment par la presse de gauche », rappellera la presse communiste provencale (1). Un Comité de défense d’Olszanski dénonce une nouvelle « affaire Dreyfus ». Le Secours rouge international s’indigne : « De 1914 à 1918, Olsanski fait la guerre, la bourgeoisie le considère comme un bon Français. De 1922 à 1932 Olszanski milite dans les organisations d’avant-garde, la bourgeoisie le considère comme un indésirable, le dénaturalise et veut l’expulser. » L’organe régional du PCF dans le Nord (2) s’inquiète : « Si Olszanski était expulsé, il serait beaucoup plus difficile demain d’entraîner les mineurs polonais dans la lutte aux côtés de leurs camarades français. » Briser l’unité ouvrière à un moment où les appels au front unique se multiplient ! Telle est l’ambition du gouvernement d’Edouard Herriot à coloration radical-socialiste.

    Fidèle à la Pologne populaire

    Le décret tombe le 19 avril 1934. Olszanski doit quitter le territoire le 22 mai au plus tard. Il plonge alors dans la clandestinité. Sa « cavale » prend fin cinq mois plus tard. Après avoir purgé une peine d’un mois de prison à Béthune pour infraction à un arrêté d’expulsion, Thomas Olszanski, désormais apatride (3), est « abandonné » discrètement en Flandre belge, le 16 octobre 1934 à l’aube. Il gagne alors l’URSS où il sera rejoint par sa femme et trois de ses enfants. A la Libération, il décline l’offre du PCF, d’un retour en France. Celui qui se considère néanmoins toujours comme le « fils du prolétariat français », gagne la Pologne qui tourne le dos à son passé féodal. Thomas Olszanski rejoint les rangs du Parti ouvrier polonais (PPR) des communistes polonais. « C’est ainsi qu’après 40 années, je revins dans ma patrie : la Pologne Populaire. Ce retour, je le devais à l’Armée rouge et à l’Armée polonaise, à leurs victoires sur les ennemis de mes pères et aïeux, les seigneurs terriens et les capitalistes », témoigne-t-il. Ses Mémoires (4) paraissent en 1957, deux ans avant sa disparition à l’âge de 73 ans. Il aura écrit parmi les plus belles pages de l’histoire du communisme polonais en France… « Il n’a pas personnellement vécu l’essor des années du Front populaire… Mais il est parmi les plus notoires de ceux qui l’ont rendu possible », selon Henri Krasucki, le secrétaire général de la CGT de 1982 à 1992.

    Jacques Kmieciak

     

     

    Notes

    (1) Rouge Midi du 26 janvier 1937.

    (2) L’Enchaîné du 13 septembre 1932

    (3) A la fin de la Première Guerre mondiale, il n’a pas effectué les démarches nécessaires en vue d’acquérir la nationalité polonaise à laquelle il pouvait prétendre.

    (4) Un Militant syndicaliste franco-polonais « la vie errante » de Thomas Olszanski (1886 – 1959). Texte traduit par Milène Mihout. Presses universitaires de Lille, 1993. 395 p.

    Source: initiative-communiste.fr

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  • Gorbatchev officiellement suspecté de trahison (IC.fr 20/02/2016)

    Nous publions ci-dessous deux documents atterrants : ils montrent jusqu’à l’écoeurement à quel niveau de vassalité et de félonie rampante – non seulement à l’égard du PCUS et de l’ – auxquels ils avaient juré fidélité – mais à l’égard des citoyens de l’ex-, quels que fussent leurs opinions sur le  : ceux-ci ont été mis au courant de la destruction de l’ APRES le président des USA, les deux super-Judas « Gorby » (si soucieux du bon Noël de son bon Bwana Bush) et B. Eltsine ont fait montre.

    Quant à , outre que ses propos sont d’un ridicule et d’une veulerie achevés, il a en un sens trahi encore plus qu’Eltsine puisque ce dernier était partisan affiché de l’indépendance de la alors que , alors président de l’URSS, garant à ce titre de la Constitution en place et de l’exécution du vote des Soviétiques (qui en 1990 avaient dit OUI à 76% au maintien de l’ !), a violé ENCORE plus grossièrement (certes, la concurrence fut rude en matière de trahison !) que son collègue Boris, ses engagements constitutionnels…

    Nous avons ci-dessus comparé Gorby à Judas : mais à bien y regarder, c’est très injuste pour l’Iscariote qui eut, dit-on, la décence de se pendre après avoir vendu le Nazaréen pour trente deniers…

    En 1991, L’Humanité parlait toute honte bue de « bouleversements démocratiques à l’Est » et ne bougeait pas le petit doigt pour défendre les centaines de milliers de communistes persécutés à l’Est. Les futurs fondateurs de la Coordination communiste du PCF qui participèrent ultérieurement à la fondation du PRCF parlaient au contraire de contre-révolution et de trahison.

    Qui a alors trompé les communistes, non seulement en URSS, mais en France ?

    Et qui, dans notre pays, a su marcher à contre-courant en les éclairant malgré l’énorme vague antisoviétique qui déferlait alors sur le monde ?

    Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF


    Gorbatchev suspecté de trahison (Document)

    Par FortRuss le 22 décembre 2015
    Un député Russe demande une enquête contre Gorbatchev pour trahison, avec des transcriptions de deux des plus importants appels téléphoniques de notre temps

    Un membre de la Chambre Publique de la Fédération de Russie, Georgy Fedorov, a envoyé une requête au procureur général Iouri Tchaïka lui demandant de vérifier le contenu des conversations entre les dirigeants de l’URSS et le président des États-Unis dans le cadre des articles du Code pénal concernant la «trahison» et la «divulgation de secrets d’Etat » et, si nécessaire, d’engager des poursuites.

    Cette requête a été motivée par des transcriptions déclassifiées de conversations téléphoniques dans lesquelles les chefs politiques, à savoir Mikhaïl Gorbatchev et Boris Eltsine, donnent des informations à George HW Bush à propos de la destruction de l’URSS.

    Les transcriptions de conversations téléphoniques tenues les 8 Décembre et 25 Décembre 1991, ont été publiées dans les médias (en particulier, le journal Komsomolskaïa Pravda).

    Selon Konsomolskaya Pravda, Boris Eltsine a appelé le président américain Bush et a eu une conversation avec lui de plus de 28 minutes, immédiatement après la signature de l’accord de Bialowieza (sur la création de la CEI), le 8 Décembre 1991

    Deux semaines plus tard, le 25 Décembre, le premier (et dernier) président de l’Union Soviétique, Mikhaïl Gorbatchev a téléphoné à George W. Bush, et ​​la conversation a duré 22 minutes.

    Les détails de ces conversations pour une longue période peuvent seulement être devinés. Nos services spéciaux ne les ont pas. Les Américains les ont, mais ils ont été classés. Ils avaient été gardés dans l’état du Texas dans la bibliothèque présidentielle. Et c’est seulement en 2008, que le jeune Bush a levé la classification «secret» et des copies des documents sont maintenant dans le Centre Eltsine nouvellement ouvert à Ekaterinbourg.

    « Lors de la planification préliminaire de notre musée, nous avions trouvé ces transcriptions dans le catalogue de la bibliothèque Présidentielle de George Bush. Nous avons envoyé une demande et avons reçu des copies électroniques.

    « On dit souvent que Eltsine et Gorbatchev se sont « précipités » pour annoncer au président des États-Unis l’effondrement de l’Union Soviétique, mais ce n’est pas la façon dont cela s’est passé. En fait, la situation était compliquée. Lors de l’effondrement de l’URSS, il était nécessaire d’informer le Président des États-Unis que l’arsenal nucléaire de l’Union Soviétique était sous contrôle « , a déclaré Dmitri Pushmin, chef du centre d’archives Eltsine.

    Georgy Fedorov estime que le contenu de ces conversations donne une preuve directe qu’Eltsine et Gorbatchev ont consciemment travaillé pour les Etats-Unis et la destruction de l’URSS, et que ces hommes sont des renégats et des traîtres. A cet égard, il a fait appel au Bureau du Procureur général pour enquêter et engager des poursuites pénales en vertu des lois sur la « haute trahison  » et la  » divulgation de secrets d’Etat « .

    » Si il y a des personnages historiques envers lesquels je me sens une haine profonde et sincère, c’est Eltsine et Gorbatchev. J’ai toujours été convaincu que la destruction de l’URSS a été le résultat de la trahison de l’élite, dont des chefs d’Etat, directement.

    « Mais jusqu’à récemment, mon opinion ne reposait simplement que sur des observations générales et des informations informelles. Mais maintenant que les transcriptions de ces conversations ont été présentées au public, tout se met en place. Ces hommes sont des traîtres, et ils devraient être jugés selon la loi « , dit-il dans une interview avec Planète russe.

    Et voici les transcriptions

    « Je tiens à vous informer vous personnellement, Monsieur le Président »

    Conversation téléphonique avec le président de la République de Russie, Eltsine

    Participants: George W. Bush, le président américain, Boris Eltsine, le Président de la République russe

    8 Décembre 1991, 13.08 – Bureau ovale 13h36,

    Président Bush : Bonjour, Boris. Comment allez-vous ?

    Président Eltsine : Bonjour, Monsieur le Président. Je suis très heureux de vous entendre. Monsieur le Président, nous avions convenu que, en cas d’événements d’une extrême importance, nous allions nous en informer l’un et l’autre, moi à vous, et vous à moi. Aujourd’hui, dans notre pays, il y a eu un événement très important, et je tiens à vous informer personnellement, avant que vous ne l’appreniez par la presse.

    Président Bush : Naturellement, je vous remercie.

    Président Eltsine: Nous sommes réunis ici aujourd’hui, Monsieur le Président, les leaders de trois républiques – la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie. Nous nous sommes réunis et après de longues discussions qui ont duré presque deux jours, nous sommes arrivés à la conclusion que le système actuel et le Traité de l’Union, qu’ils nous poussaient à signer, ne nous conviennent pas.

    Donc, nous sommes réunis et, il y a seulement quelques minutes, nous avons signé un accord commun. Monsieur le Président, nous, les dirigeants des trois républiques – Biélorussie, Ukraine et Russie, – notant que les négociations sur le nouveau traité [de l’Union] sont dans l’impasse – reconnaissons qu’il existe des raisons objectives pour que la création d’Etats indépendants devienne une réalité.

    En outre, notant que la politique à courte vue de la Direction Centrale nous a conduit à des crises économiques et politiques, qui ont touché toutes les sphères de la production et les diverses catégories de la population, nous, la communauté des Etats indépendants de Biélorussie, Ukraine et Russie avons signé un accord. Cet accord, composé de 16 articles, conduit, en fait, à la création de la Communauté ou groupe d’États indépendants.

    Président Bush : Je comprends.

    Président Eltsine : Les membres de la Communauté visent à renforcer la paix et la sécurité internationales. Ils garantissent également le respect de toutes les obligations découlant des accords et traités internationaux signés par l’ancienne Union Soviétique, y compris la dette extérieure.
    Nous sommes également en faveur d’un contrôle unifié sur les armes nucléaires et de leur non-prolifération. Cet accord a été signé par les chefs de tous les Etats impliqués dans les négociations, – la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie.

    Président Bush : Bien

    Président Eltsine : Le président et le chef du Soviet suprême de Biélorussie est avec moi dans la pièce d’où j’appelle. Je viens aussi de terminer une conversation avec le président du Kazakhstan Nazarbayev. Je lui ai lu l’intégralité de l’accord, y compris l’ensemble des 16 articles. Il soutient pleinement toutes nos actions et est prêt à signer l’accord. Il s’envole immédiatement pour l’aéroport de Minsk pour la signature.

    Président Bush : Je comprends.

    Président Bush : Boris, je vous suis reconnaissant pour votre appel et votre ouverture d’esprit. Nous allons immédiatement examiner tous les 16 points. Que pensez-vous que sera la réaction de la Direction Centrale ?

    Président Eltsine : J’avais, tout d’abord, discuté avec le ministre de la Défense Shaposhnikov. Je voudrais vous lire l’article 6 de l’accord. Chapochnikov est effectivement en total accord et soutiendra notre position. Et maintenant, je vous ai lu l’article 6 … […]

    Président Bush : Nous, bien sûr, nous voulons les examiner tous attentivement. Nous comprenons que ces questions devraient être abordées par les participants et non par des tiers comme les États-Unis.

    Président Eltsine : Ça, nous pouvons vous le garantir, Monsieur le Président.

    Président Bush : Eh bien, bonne chance, et nous vous remercions de votre appel. Nous allons attendre la réaction de la Direction Centrale et des autres républiques. Je suppose que le temps nous le dira.

    Président Eltsine : je suis convaincu que le reste des républiques nous comprendront et nous rejoindront très bientôt.

    Président Bush : Je vous remercie encore pour votre appel après un tel événement historique.

    Président Eltsine : Au revoir

    ——————————-

     « En fin de compte, j’ai décidé de le faire aujourd’hui »

    Conversation téléphonique avec Mikhaïl Gorbatchev, Président de l’Union Soviétique

    Participants: George W. Bush, président des États-Unis, Mikhaïl Gorbatchev, Président de l’URSS

    25 Décembre, 1991, 10:03-10h25, Camp David

    Président Bush : Bonjour, Michael

    Président Gorbatchev : George, mon cher ami. Heureux d’entendre votre voix.

    Président Bush : Je suis heureux de vous entendre en ce grand jour, un jour historique. Merci de votre appel.

    Président Gorbatchev : Permettez-moi de commencer par l’agréable: Je voudrais vous souhaiter, ainsi qu’à Barbara et à toute votre famille un Joyeux Noël. J’avais réfléchi à quand je devrais faire ma déclaration – mardi ou aujourd’hui. Et finalement j’ai décidé de la faire aujourd’hui, en fin d’après-midi. Et donc je veux d’abord vous souhaiter un Joyeux Noël et mes meilleurs vœux.

    Et maintenant, je dois dire que, dans environ deux heures, je vais parler à la télévision de Moscou, avec une courte déclaration au sujet de la décision que j’ai prise. Je vous ai envoyé une lettre, George. J’espère que vous allez bientôt la recevoir. Dans la lettre, j’y ai exposé les choses les plus importantes.

    Maintenant, je tiens à réaffirmer combien j’ai apprécié ce que nous avons fait pendant tout le temps que nous avons travaillé ensemble – lorsque vous étiez vice-président, et plus tard, quand vous êtes devenu président des États-Unis.

    J’espère que tous les dirigeants des pays de la Communauté, et ​​en particulier la Russie, comprendront la valeur du partage des leçons apprises par les dirigeants de nos deux pays. Je souhaite qu’ils comprennent leur responsabilité pour la préservation et l’amélioration de cette ressource importante.

    Dans notre Union, les débats sur quel type d’états ​il faut créer, ne sont pas allés dans la bonne direction, celle que je pensais être juste. Mais je tiens à vous assurer que j’utiliserai toute mon influence politique et ma crédibilité pour faire en sorte que la nouvelle Communauté devienne efficace.

    Je suis heureux que les dirigeants de la Communauté aient déjà obtenu des accords à Alma-Ata sur les questions nucléaires et stratégiques importantes. Je souhaite que, à Minsk, d’autres questions seront prises en compte pour fournir un mécanisme de coopération entre les républiques.

    George, laissez-moi vous dire ce que je crois, et qui est extrêmement important.

    Président Bush : Je vous écoute.

    Président Gorbatchev : Bien sûr, vous devez suivre, par la reconnaissance de tous ces pays. Mais je voudrais que vous preniez en compte combien il est important, pour l’avenir de la Communauté, de prévenir toute aggravation de processus de désintégration et de destruction. C’est donc de notre devoir commun – pour aider le processus de coopération entre les républiques. Je voudrais insister sur ce point.

    Maintenant, à propos de la Russie – ce qui est le deuxième sujet le plus important de nos discussions. Il y a, en face de moi sur la table, le décret du Président de l’URSS sur ma démission. J’abandonne également les responsabilités de commandant suprême et je délègue l’autorité pour l’utilisation des armes nucléaires au Président de la Fédération de Russie.

    Voilà, je lance les choses jusqu’à l’achèvement du processus constitutionnel. Je peux vous assurer que tout est sous contrôle strict. Dès que j’annoncerai ma démission, le décret entrera en vigueur.

    Il n’y aura pas de désaccord. Vous pouvez passer une soirée de Noël tranquille. Pour en revenir au sujet de la Russie, je tiens à dire une fois de plus que nous devons faire tout notre possible pour la soutenir. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour soutenir la Russie. Mais nos partenaires doivent également essayer, et jouer leur rôle pour prendre soin et soutenir la Russie.

    Quant à moi, je ne vais pas aller me cacher dans la forêt ou dans les bois. Je vais rester politiquement actif, et maintenir une vie politique. Mon objectif principal est d’aider le processus qui a commencé avec la perestroïka et la nouvelle pensée en politique étrangère.

    Les représentants de votre presse ici m’ont souvent demandé quelles étaient nos relations personnelles. En ce moment historique, je veux que vous sachiez combien j’apprécie notre coopération, notre partenariat et notre amitié. Nos rôles peuvent changer, mais je tiens à vous assurer que ce que nous avons accompli, ne changera pas. Raisa et moi vous souhaitons à vous et Barbara tout le meilleur.

    Président Bush : Michael, tout d’abord je tiens à exprimer ma gratitude pour votre appel. J’ai écouté votre message avec grand intérêt. Nous allons continuer à être impliqués, en particulier en ce qui concerne la République de Russie, et ses énormes difficultés qui pourraient même empirer cet hiver.

    Je suis très heureux que vous n’alliez pas vous cacher dans la forêt, et que vous continuiez l’activité politique. Je suis absolument sûr que ce sera bénéfique pour la nouvelle Communauté.

    Je vous suis reconnaissant pour votre clarification sur les armes nucléaires. Ceci est une question vitale d’une importance internationale, et je vous suis reconnaissant à vous et aux dirigeants des républiques de l’excellent processus d’organisation et de mise en œuvre. J’ai pris note que la responsabilité constitutionnelle sur cette question va à Boris Eltsine. Je vous assure que nous allons continuer à coopérer étroitement sur ​​ce plan … […]

    Président Gorbatchev : Merci, George. Je suis heureux de tout ce que j’entends aujourd’hui. Je vous dis au revoir et vous serre la main. Vous m’avez dit beaucoup de choses importantes, et je vous suis reconnaissant pour cela.

    Président Bush : Meilleures salutations, Michael.

    Président Gorbatchev : Au revoir

    Fin de la conversation

    Article original: http://fortruss.blogspot.be/2015/12/russian-mp-calls-for-treason-inquiry.html

    Traduction Avic

    Source: Réseau International

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  • DiEM perdidi [DIEM, le mouvement de Varoufakis échouera]-par Frédéric Lordon, (16/02/2016)A n’en pas douter, le lipogramme est un exercice littéraire de haute voltige – en tout cas selon la lettre sacrifiée, puisque le lipogramme consiste précisément à tenter d’écrire un texte en renonçant totalement à l’usage d’une certaine lettre. Il fallait tout le talent de Perec pour affronter la mère de tous les lipogrammes en langue française, le lipogramme en « e ». Trois cents pages de livre, La Disparition – forcément… –, sans un seul « e » (Il suffira au lecteur de s’essayer à former une seule phrase qui satisfasse la contrainte pour prendre aussitôt la mesure de l’exploit). Fidèle à la tradition oulipienne, on pourrait généraliser l’exercice et demander de faire une phrase en interdisant certains mots ou groupes de mots (lipolexe ? liporème ? liposyntagme ?). Par exemple demander à Yves Calvi de faire une phrase sans « réforme », ou à Laurent Joffrin sans « moderne », Christophe Barbier sans « logiciel » (« la gauche doit changer de logiciel » – on notera au passage cet indice du désir constant de l’éditocratie que la gauche devienne de droite que jamais personne n’enjoint la droite de « changer de logiciel »), etc. Au grand silence qui s’abattrait alors sur l’espace public on mesurerait enfin le talent exceptionnel de Perec. La langue altereuropéiste elle aussi fait face à ses propres défis lipolexiques. Qu’il ne lui soit plus permis de dire « repli national » et la voilà à son tour mise en panne.

    « Le repli national », l’impossible lipolexe de l’altereuropéisme

    Sous un titre – « Démocratiser l’Europe pour faire gagner l’espoir » (1) – qui n’est pas sans faire penser au Robert Hue de « Bouge l’Europe » (ou bien à un reste de stage « Power point et communication événementielle »), Julien Bayou, après avoir parcouru réglementairement les évocations de notre « passé le plus sombre », nous met en garde contre « le repli national, même de gauche », et avertit que « la dynamique d’un repli sur des agendas purement nationaux » pourrait « accélérer la défiance entre Européens ». Dans une veine très semblable, Katja Kipping, co-présidente de Die Linke se dit « totalement opposée à l’idée d’un retour aux Etats nationaux » (2). Qui serait « un retour en arrière », pour ainsi dire un repli donc – national. Or, « en tant que gauche, nous devons avoir le regard tourné vers l’avenir » – oui, c’est un propos très fort. Au passage, on se demande quelles sont, à Die Linke, les relations de la co-présidente et du président, Oskar Lafontaine qui, lui, plaide franchement pour un retour au Système monétaire européen (SME), et ce faisant regarde à l’évidence dans la mauvaise direction. Moins de surprise à propos de Yanis Varoufakis, qui répète de longue date son hostilité à toute sortie de l’euro, à laquelle il donne la forme d’un refus de « l’affreux dilemme entre d’un côté notre système actuel en pleine déconfiture, et de l’autre le retour en force de l’idéologie de l’Etat-nation voulue par les nationalistes » (3).

    Ce qui frappe le plus dans ces extraits presque parfaitement substituables n’est pas tant leur stéréotypie que la force d’inertie de leurs automatismes et leur radicale imperméabilité à tout ce qui se dit par ailleurs dans le débat de l’euro – et pourrait au moins les conduire à se préoccuper d’objecter aux objections. Mais rien de tout ça n’arrivera plus semble-t-il, en tout cas dans ce noyau dur de « l’autre Europe » qui se retrouve dans le mouvement DiEM (4) de Varoufakis. Tous les liens n’ont pourtant pas été rompus partout à ce point avec la réalité extérieure du débat, et il faut reconnaître avec honnêteté qu’à la suite de l’été grec, bon nombre de ceux qui tenaient la ligne altereuropéiste avec fermeté se sont sensiblement déplacés. Non pas que le débat soit tranché ni les convergences parfaites, mais au moins les exigences dialogiques élémentaires n’ont pas toutes succombé. Pas de ce genre d’embarras à DiEM, où l’automatique de la répétition a parfois des airs de canard à la tête tranchée courant droit devant soi – « repli national ».
     

    Ça n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de dire des choses, et depuis un certain temps déjà. D’avoir fait remarquer par exemple la parfaite ineptie de l’argument « obsidional » qui fait équivaloir sortie de l’euro et retranchement du monde : 180 pays ayant une monnaie nationale, tous coupés du monde ? L’économie française jusqu’en 2002, coupée du monde ? Le Royaume-Uni, déjà hors de l’euro, peut-être bientôt hors de l’UE ? Tellement coupé du monde !

    On reste plus perplexe encore du refus borné d’entendre quoi que ce soit des différentes propositions de reconfiguration de l’internationalisme, précisément faites pour montrer qu’il y a bien des manières d’en finir avec l’euro, et parmi elles certaines qui, parfaitement conscientes du péril des régressions nationalistes, travaillent précisément à le contrecarrer. Faut-il être idiot, bouché, ou autiste – on est bien désolé d’en venir à ce genre d’hypothèse, mais c’est qu’on n’en voit guère plus d’autres – pour continuer d’ânonner aussi mécaniquement « repli national » quand on explique qu’il est urgent de développer les liens de toutes les gauches européennes, mais sans attendre une impossible synchronisation des conjonctures politiques nationales, pour préparer celui qui sera en position à l’épreuve de force et à la sortie ? Faut-il être idiot, bouché ou autiste pour continuer de glapir au péril nationaliste quand on fait remarquer que les réalisations européennes les plus marquantes (Airbus, Ariane, CERN) se sont parfaitement passées de l’euro, que si l’intégration monétaire pose tant de difficultés, rien n’interdit – sauf l’obsession économiciste qui ne mesure le rapprochement entre les peuples que par la circulation des marchandises et des capitaux – de concevoir une Europe intensifiée autrement, par d’autres échanges : ceux des chercheurs, des artistes, des étudiants, des touristes, par l’enseignement croisé des littératures, des histoires nationales, par la production d’une histoire européenne, par le développement massif des traductions, etc. ? Mais à quoi sert de répéter tout ceci : dans l’ultime redoute de « l’autre euro » qu’est DiEM, on n’entend plus rien et on ne répond plus à rien – on court tout droit (comme le canard).

    Europe démocratique ou Europe anti-austérité ?

    Il y a sûrement bien des réserves à garder à l’endroit du plan B, pour l’heure plan de papier dont les volontés réelles sont toujours incertaines, mais dont au moins les intentions, et les créances, internationalistes, elles, sont peu contestables. Mais peu importe, pour lui comme pour les autres, et comme pour tout le monde, ce sera le même tarif : « repli national ». Il est à craindre pourtant que l’internationalisme-contre-le-repli-national soit mal parti s’il se donne pour seul critère l’euro authentiquement démocratisé. Pour toute une série de raisons qui ont été abondamment développées ailleurs (5), l’euro démocratique n’aura pas lieu, en tout cas pas dans son périmètre actuel. Car la démocratisation de l’euro est un processus self defeating comme disent les anglo-saxons : la possibilité croissante qu’il réussisse entraîne la probabilité croissante de la fracture de l’eurozone. Et sa dynamique de succès a donc pour terminus… son échec. On voudrait d’ailleurs, comme un argument a fortiori, poser deux questions simples à Yanis Varoufakis : 1) n’a-t-il pas fait partie de ces gens qui, dès 1992 et le Traité de Maastricht, ont immédiatement vu l’indépendance de la Banque centrale européenne comme une anomalie démocratique majeure (dont on ne se guérira pas par la simple publication des minutes ou quelque autre gadget de « transparence ») ? ; et 2) pourrait-il soutenir sans ciller que les Allemands seraient prêts à abandonner bientôt le statut d’indépendance de la banque centrale ? La question subsidiaire s’ensuit aussitôt qui demande par quel miracle, dans ces conditions, l’euro des dix-neuf pourrait devenir pleinement démocratique...

    Mais Varoufakis a pris une telle habitude de se mouvoir dans un entrelacs de contradictions qu’on commence à s’interroger sur les finalités réelles de son mouvement DiEM. C’est qu’en réalité il y a deux « autre-Europe-possible », qu’on fait souvent subrepticement passer l’une dans l’autre, ou l’une pour l’autre : l’Europe anti-austéritaire et l’Europe démocratique. Qu’il puisse se constituer une force politique européenne pour obtenir, au cas par cas, quelques accommodements ponctuels, peut-être même une renégociation de dette (pour la Grèce par exemple), et pouvoir ensuite clamer avoir fait la preuve que l’Europe peut échapper à la fatalité austéritaire, la chose est peut-être bien possible. Et certainement serions-nous mieux avec ces rustines que sans. Mais il faut savoir ce qu’on veut, et savoir en tout cas qu’une Europe démocratique ne consiste pas en une brassée de points de dette en moins, et qu’une faveur de déficit primaire « mais n’y revenez plus » ne remplace pas le droit à délibérer de tout – la définition la plus robuste de la démocratie (et, en passant, de la souveraineté).

    Dans ces conditions, il faut dire sans ambages que toute ambition d’une « Europe démocratique » en retrait de ce critère-là – délibérer de tout – a le caractère d’une tromperie. On vante souvent la logique raisonnable du compromis, celle qui, par exemple, pour garder l’Allemagne, et « parce qu’il faut accepter de ne pas tout avoir », concèderait la banque centrale indépendante, ou bien un TSCG « détendu », ou quelque autre chose encore – qui ne voit là la destination réelle de DiEM ? Mais c’est le genre de prévisible maquignonnage qui fait bon marché des principes – derrière lesquels usuellement on s’enveloppe avec grandiloquence, avant de tout céder en rase campagne. Or le principe démocratique ne se modère pas. Ou bien tout ce qui intéresse le destin collectif du corps politique, politiques monétaire et budgétaire comprises et en tous leurs aspects, est offert à la délibération, ou bien ça n’est pas la démocratie. Ne serait-il pas cependant envisageable de trouver un groupe de pays qui, quant à eux, se retrouveraient sur cette question de principe et comprendraient formellement la souveraineté de leur ensemble de la même manière que leurs souverainetés séparées, c’est-à-dire sans restriction de périmètre ? C’est bien possible après tout. Mais ce qui est certain, c’est que ce ne seront pas les dix-neuf actuels, et notamment pas l’Allemagne. Et que, sous cette configuration réduite, à plus forte raison sans l’Allemagne, l’euro d’aujourd’hui aurait vécu.

    La stratégie de la désobéissance comme vérification expérimentale

    Le secteur de l’altereuropéisme qui a conservé la tête au bout de son cou – il y en a un – semble bien conscient que l’épreuve de force, sous la forme, par exemple, de la désobéissance ouverte à laquelle il appelle désormais plutôt que d’envisager la sortie « brute » et unilatérale, a toute chance de déboucher sur une rupture – au moins, de la rupture, assume-t-il maintenant la possibilité, et c’est un progrès considérable.

    Ce préalable qui demande que l’abcès soit ouvert et puis qu’on voie, au lieu de claquer immédiatement la porte, on peut l’accorder tout à fait. Pour ma part je ne l’ai jamais écarté. Mais c’est que, dans l’état où était alors le débat, on en était à seulement faire entendre la possibilité de la sortie. La chose faite et l’idée d’une stratégie de la tension acquise, c’est surtout qu’on peut déjà raconter la fin de l’histoire : ça rompra. Ça rompra, car l’euro démocratique, l’Allemagne n’en veut pas – et n’en voudra pas pour encore un moment. De son point de vue à elle d’ailleurs, il n’y a dans la constitution monétaire qui porte son empreinte aucune carence démocratique. Toutes les sociétés n’ont-elles pas leurs principes supérieurs, leurs points d’indiscutable en surplomb de tout ce qui reste offert à la discussion ? L’Allemagne a les siens, et ses principes supérieurs à elle sont monétaires. C’est ainsi et nul ne pourra lui en faire le reproche. S’il y a des reproches à adresser, ils doivent aller aux inconscients qui se sont toujours refusés à la moindre analyse, qui pensent que les rapports objectifs de compatibilité, ou plutôt d’incompatibilité, sont solubles dans le simple vouloir, qui n’ont jamais mesuré de quels risques il y allait de faire tenir ensemble à toute force des complexions hétérogènes au-delà d’un certain point – notamment quand la même question, monétaire, fait à ce degré l’objet de divergences quant à l’appréciation du caractère démocratique, ou non, de son organisation : terriblement problématique pour certains, aucunement pour d’autres. Est-ce ainsi, à l’aveugle et dans le refus de toute pensée, que DiEM entreprend de « démocratiser l’euro », avec le simple enthousiasme du volontarisme en remplacement de l’analyse ?

    Cependant, que la fin de l’histoire soit connue n’empêche pas de se soumettre à une sorte de devoir d’en parcourir toutes les étapes – on évite simplement de se trouver pris de court au moment (anticipé) où les choses tourneront mal… On pourrait arguer à ce propos d’une sorte de pari, mais lucide et sans grand espoir, qui laisserait sa chance au miracle : s’il y a une probabilité même infinitésimale d’un dernier sursaut, ou bien d’une conversion inouïe de l’Allemagne, rendue au point d’avoir à choisir entre elle-même et l’Europe, alors il faut la jouer. La jouer pour s’être assuré de sa position en réalité, et ne pas l’avoir laissée qu’à une conjecture – et l’on peut consentir d’autant plus à cette sorte d’acquit de conscience expérimental qu’en l’occurrence l’affaire devrait être vite pliée…

    Il entre aussi dans ce « devoir » la logique plus politique du partage public des responsabilités. Car la question démocratique sera posée à tous, et chacun sera sommé de répondre : si l’on appelle démocratie la prérogative souveraine de délibérer et de décider de tout, comment l’eurozone peut-elle justifier l’anomalie patente d’y avoir soustrait des choses aussi importantes que la politique budgétaire, le statut de la banque centrale, la nature de ses missions, les orientations de sa politique monétaire, etc. ? On verra bien alors qui répond quoi à cette question. C’est-à-dire qui est vraiment démocrate et qui ne l’est pas. À ce moment précis, ceux qui ne pratiquent pas la restriction mentale quant au périmètre de la démocratie seront entièrement légitimes à ne plus vouloir appartenir au même ensemble que ceux qui la pratiquent – puisque c’est bien là l’issue qu’on anticipe : il y aura d’irréductibles opposants à la déconstitutionnalisation des politiques économiques. Aussi, revêtus de leur plein droit à vivre sous une constitution entièrement démocratique, et d’ailleurs prévenus de longue date de cette issue, les démocrates réels pourront désigner les démocrates factices, rompre avec eux, et reprendre en main leur propre destin. L’euro sera mort, mais on saura par la faute de qui.

    Mais DiEM ne veut rien voir de tout ceci. Par conséquent DiEM échouera. DiEM échouera parce que l’attente du miracle ne saurait remplacer l’analyse des complexions et des tendances réelles, c’est-à-dire, en l’occurrence, l’analyse de l’impossibilité du miracle. DiEM échouera… et en prime DiEM nous fera perdre dix années supplémentaires – puisque tel est bien l’horizon qu’il se donne à lui-même pour refaire « démocratiquement » les traités. Diem perdidi ? Si seulement : decennium perdidi oui ! Et comme toujours dans ces affaires, les dépenses temporelles sont faites aux frais des populations. On reste d’ailleurs rêveur qu’un ancien ministre grec puisse épouser avec une telle légèreté les perspectives grandioses de l’histoire longue quand son propre peuple, à toute extrémité, et dont il devrait pourtant connaître l’épuisement, ne tiendra plus très longtemps.
    Pourtant, à supposer que cette douce négligence temporelle n’ait pas dans l’intervalle ouvert la voie à quelque monstrueuse alternative, DiEM, s’il échouera, n’aura pas fait qu’échouer. À part son intenable promesse, il aura produit autre chose : son mouvement même. Pour sûr, le mouvement échouera – c’est en tout cas la conjecture qu’on forme ici. Mais il restera, après l’échec, le mouvement lui-même. Un mouvement européen. Or, à qui considère avec un peu de conséquence que l’internationalisme réel consiste en le resserrement aussi étroit que possible des liens autres qu’économiques, monétaires et financiers entre les peuples européens, l’idée d’une initiative politique transversale européenne ne peut pas être accueillie autrement qu’avec joie, et ceci quel que soit son destin : elle est bonne par elle-même. DiEM échouera donc, mais pas tout à fait pour rien.

    Post-scriptum : du désir collectif de bifurcation

    Les illusions de DiEM mises à part, il se pourrait que le paysage de la question de l’euro à gauche soit en cours de clarification. Mais qu’en est-il au sein des populations mêmes ? Quand tout lui échappe, il reste toujours à l’éditocratie la planche de salut des sondages frauduleux. Elle en aura recueilli du monde cette planche-là, lors de l’été grec 2015 : « la population ne veut pas » – c’étaient les sondages qui l’assuraient. Mais les sondages n’assurent rien d’autre que leur propre ineptie quand ils posent à brûle-pourpoint une question à des personnes dépourvues du premier moyen, notamment temporel, d’y réfléchir, individuellement et surtout collectivement. Comme on sait les sondages de janvier 2005 donnaient le TCE gagnant haut la main – malheureusement pour eux, cinq mois plus tard, après un vrai débat… Si un sondage n’a de sens qu’après (et non avant) un débat collectif, force est de constater que, de débat sur la sortie de l’euro, il n’y en aura jamais eu d’ouvert en Grèce. D’abord parce que Tsipras n’en voulait à aucun prix, ensuite parce que la minorité de la Plateforme de gauche, qui était la plus désireuse de le porter, s’est tenue à une obligation de solidarité gouvernementale et de silence jusqu’au 13 juillet 2015 – et quand personne ne propose au pays l’ouverture d’un authentique débat politique, il reste… la bouillie des sondages.

    Il est bien certain qu’en France, par exemple, où la situation est infiniment moins critique qu’en Grèce, les incitations à ouvrir le débat y sont encore plus faibles. C’est que les effets de la contrainte européenne, quoique très réels, n’y ont pas pris le caractère extrêmement spectaculaire qu’ils ont revêtu en Grèce ou au Portugal, et que dans ces conditions la question de l’euro reste une abstraction au trop faible pouvoir d’« embrayage ». Mais c’est au travail politique qu’il appartient de faire « ré-embrayer », c’est-à-dire de construire les problèmes, et en l’occurrence de rendre perceptibles, on pourrait presque dire sensibles, les abstractions lointaines, et pourtant opérantes, de la monnaie européenne.

    En réalité, on le sait bien, l’obstacle principal à une proposition politique de sortie de l’euro est d’une autre nature : la peur. Et plus précisément la peur de l’inconnu. C’est un affect politique très général qui sert ici d’ultime rempart à la monnaie européenne, une asymétrie qui a toujours servi de soutènement à l’état des choses, et qui voit les peuples préférer un désastre connu à un espoir assorti d’inconnu, la servitude dont ils ont l’habitude à une libération risquée. La « catastrophe », voilà alors le destin systématiquement promis à ceux qui oseraient.
    À DiEM, pas moins qu’ailleurs, on n’est pas feignant de l’évocation apocalyptique – « le cataclysme qu’entrainerait la sortie de l’euro », prophétise l’économiste Julien Bayou . Il n’est pas une année depuis le début de leur crise où l’on n’ait averti les Grecs du « désastre » qui les attendait si jamais leur venait l’idée de s’extraire. Mais au juste, comment pourrait-on nommer la situation où ils ont été rendus selon les règles européennes… sinon un désastre ? 25% d’effondrement du PIB, 25% de taux de chômage, plus de 50% chez les moins de 25 ans, délabrement sanitaire, misère, suicides, etc., est-ce que ce ne serait pas par hasard le portrait-type du désastre ?

    La grande force de l’ordre en place, c’est qu’il tolère les désastres accomplis dans les règles, selon ses conventions, et qu’en réalité le pire désastre n’y recevra jamais la qualification de désastre – celle-là on la réserve à toute expérience alternative et à la première difficulté qu’elle rencontrera. L’ordre en place peut avoir échoué pendant des décennies, on n’en réclamera pas moins de la politique qui rompt avec lui qu’elle réussisse dans le trimestre, sous le regard distordu des médias bien sûr, certificateurs asymétriques des « désastres ».

    Alors oui, toutes les entreprises de transformation politique en général, celle de la sortie de l’euro en particulier, doivent compter avec ces effets, et d’abord avec la peur, la préférence pour le désastre connu. Aussi faut-il que le corps politique soit porté à un point de crise intolérable, pour qu’il consente enfin à révoquer ses habitudes et à envisager de nouveau des voies inédites. Ce point d’intolérable, c’est le point où même l’asymétrie est défaite, le point où le connu est devenu si haïssable que même l’inconnu lui est préféré. Où se situe ce point, nul ne le sait – sans doute très loin, à voir ce que le peuple grec a enduré sans l’avoir encore rencontré. La réduction de la distance qui nous en sépare pourtant n’est pas laissée qu’au travail des causes extérieures. Le travail politique a aussi pour effet de le déplacer, en faisant voir comme anormal ce que l’idéologie en place donne pour normal, comme… désastreux ce qu’elle donne pour habituel, comme contingent ce qu’elle donne pour naturel. Et surtout comme possible ce qu’elle donne pour impossible.

    On n’a d’ailleurs jamais si belle attestation du mensonge de l’impossibilité que lorsque c’est l’ordre en place lui-même qui, pour se sauver de l’écroulement, révoque d’un coup ses propres partages allégués du faisable et de l’infaisable. Ainsi à l’automne 2008, où l’on ne compte plus les choses faites qui quelques mois à peine auparavant auraient été déclarées délirantes – procédures extraordinaires des banques centrales, nationalisations flash et massives, oubli soudain du droit européen des aides d’Etat, etc. Mais si tout peut de nouveau être envisagé quand il s’agit pour le système de se sauver lui-même, pourquoi tout ne pourrait-il pas l’être quand il s’agit de le congédier ?


    Frédéric Lordon

    Notes
    (1) Julien Bayou, « Démocratiser l’Europe pour faire gagner l’espoir », Libération, 10 février 2016.
    (2) Katja Kipping, « Rassembler les mouvements sociaux pour démocratiser l’Europe », Mediapart, 9 février 2016.
    (3) Yanis Varoufakis, « L’UE doit devenir démocratique, sinon elle disparaîtra », L’Obs, 8 février 2016.
    (4) Democracy in Europe Movement, lancé à Berlin le 9 février 2016 par Yanis Varoufakis.
    (5) Voir, entre autres, « Les taches aveugles de l"autre euro possible », ou bien « Intervention au sommet international du plan B », au passage j’adresse tous mes remerciements à Vincent Christophe Leroux pour avoir réalisé la transcription de cette intervention.

    Lire également

    ●Susan Watkins, « Le Parlement européen est-il vraiment la solution ? », Le Monde diplomatique, février 2016

     

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  • Hop ! Brit Air : 66 postes supprimés (OF 19/02/2016)La fusion des trois compagnies régionales d'Air France en une seule entité, Hop !, sera officielle à compter du 1er avril .

    Les trois compagnies régionales d'Air France fusionneront, à compter du 1er avril. 66 postes seront supprimés à Morlaix.

    Les trois compagnies régionales d'Air France (Brit Air à Morlaix, Regional à Nantes, et Airlinair à Rungis) fusionneront, à compter du 1er avril, en une seule entité : Hop ! qui sera présidé par Philippe Micoulot. En tout, 66 postes seront supprimés à Morlaix sur un total de 294 postes, au 31 janvier, hors Icare, centre de formation aéronautique. Néanmoins, aucun départ contraint n'est prévu.

    « Il y aura un besoin en force de travail jusqu'au 31 décembre pour la fusion mais après, en 2017, nous craignons que des salariés n'aient plus rien à faire... Nous n'avons aucune visibilité pour la suite », alertent les syndicats (CGT, Unsa, CFDT, FO et CGC). « Il n'y aura pas de collaborateurs sans activité, assure Georges Daher, directeur général de Brit Air depuis juin 2013. Il y aura des missions pour chacun. » Georges Daher quittera ses fonctions au 1er avril. Il rejoindra Air France, à Paris.

    160 postes sont ouverts aux départs volontaires. Le recueil de ces derniers s'ouvre aujourd'hui, jusqu'au 31 mars. Les départs volontaires s'effectueront ensuite du 11 avril au 31 décembre. « Dans la situation actuelle, ces suppressions de postes étaient inévitables, déclare Georges Daher. Nous espérons retrouver l'équilibre en 2017 à Hop ! Nous souhaitons maintenir notre implantation régionale. »

    Le directeur général évoque un projet allant dans ce sens, en lien avec des entreprises du territoire. Il devrait être dévoilé dans les détails au 2e trimestre 2016.

    Adeline BERTIN.

    source: ouest-france.fr

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  • Yves-Hervé Mingam, éleveur de porcs à Guiclan, près de Morlaix, et responsable de la filière porcs aux Jeunes Agriculteurs

     Yves-Hervé Mingam, 35 ans, est éleveur de porcs depuis trois ans. Il représente la filière aux JA. Il témoigne des conséquences de la crise et du ras-le-bol d'une base à bout de nerfs.

    Entretien avec...Yves-Hervé Mingam,éleveur de porcs.

    Depuis combien de temps êtes-vous éleveur de porcs ?

    Je me suis installé à Guiclan le 13 février 2013, le jour de mes 32 ans. J'ai repris un élevage qui était en liquidation depuis 2008. J'ai sept salariés. L'élevage compte 650 reproducteurs, environ 6 000 porcs présents en permanence et 3 000 répartis dans d'autres exploitations en Bretagne.

    Quand sont apparues les difficultés ?

    Avant 2001, la production porcine était rentable. Depuis, rien. 2007 a été la pire année. Le prix du porc était bas et le prix des céréales, servant à l'alimentation, très fort.

    La différence avec aujourd'hui c'est que ça n'a pas duré très longtemps. Le kg de porc est actuellement payé 1,26 € alors que le point d'équilibre est à 1,50 €. Je perds environ 7 000 € par semaine, et ce depuis l'été... Ce sont des charges engagées que je ne peux pas rembourser. On ne fait qu'accentuer notre endettement. Alors on sert les boulons partout pour réduire le coût de production.

    La crise était-elle prévisible ?

    Non. Nous travaillons avec du vivant. Les cours peuvent monter ou chuter brutalement. Le prix des céréales peut fluctuer de façon importante. Lorsque je me suis installé, j'avais prévu de réaliser 200 000 € d'investissements par an pendant cinq ans, notamment pour construire de nouveaux bâtiments, renouveler l'outil. Finalement, en trois ans, je n'ai investi que 200 000 €.

    Que faire ?

    Nous sommes axés sur les charges. C'est au gouvernement français de réformer dans un premier temps, à l'Europe ensuite.

    Et au niveau syndical ?

    Mon rôle est de défendre l'intérêt des producteurs, sur plusieurs axes : prix payés, charges, relations commerciales et consommateurs (visibilité sur la provenance des produits). Malheureusement, les résultats ne sont pas là, ou peu. Plus la crise dure, plus nos situations s'aggravent et les esprits s'échauffent. Forcément. Nous continuons notre travail de fond, qui s'apparente à du lobbying. Nous sommes aussi présents sur le terrain car parler ne suffit plus. Nous-mêmes qui parlons commençons à nous échauffer... Il y a un besoin de résultats dans nos structures pour continuer à vivre. Nous donner l'envie ou la force de nous lever le matin.

    La base se mobilise sans leader identifié. Comment analysez-vous cela ?

    Nous ne pouvons pas nous engager ni être à la tête d'actions violentes, nous serions désignés responsables de dégradations que nous ne pouvons pas assumer financièrement. Nous sommes obligés de garder une trajectoire de construction plutôt que de destruction. Je préfère encore que des éleveurs s'en prennent à moi lors de manifestations ou à des formes matérielles qu'à eux mêmes. Qu'ils s'expriment à leur manière, plutôt qu'ils se renferment sur eux et se passent la corde autour du cou.

    Recueilli par Adeline BERTIN.

    source: ouest-france.fr

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