• "La bombe et nous"-le film au 12 Prix Nobel en tournée dans le Finistère

    Le 10 décembre 2017 le Prix Nobel de la Paix a été remis à « ICAN »(Campagne Internationale pour l'Interdiction des armes Nucléaires). Depuis dix ans, dans le cadre de cette campagne, plus de quatre cents organisations agissent dans une centaine de pays du monde en faveur de l’interdiction des armes nucléaires. Douze animateurs de ces associations sont interviewés dans le film « La Bombe et NouS », douze Prix Nobel donc.

    Découverte.

    Bien qu’il prenne clairement position pour l’abolition, le film porte l’expression des nuances et de la complexité. D’autres acteurs, partisans du maintien du dispositif nucléaire militaire y ont aussi la parole.

    En France c’est un sujet tabou, domaine exclusif d’un seul homme, le Président de la République. Et encore, à peine est-il effleuré d’une phrase lors des campagnes présidentielles. L’éloignement de la guerre froide et cette omerta persistante ont pratiquement effacé l’arme atomique de la mémoire collective.

    Mais l’équilibre de la terreur et son piège mortel subsistent. Parmi les 15 000 bombes de l’arsenal nucléaire mondial 5 000 sont en permanence prêtes à partir. L’épisode Trump-Corée du Nord nous rappelle que cette épée de Damoclès est toujours suspendue au dessus de nos têtes. Est-il raisonnable de continuer sans même l’ombre d’un débat citoyen ?

    Cent-vingt-deux États ont voté un Traité d’interdiction de l’arme nucléaire. « ICAN », qui en est à l’origine, a reçu le Prix Nobel de la Paix. Peut-on continuer de faire comme si rien de tout cela n’était arrivé .

    Ce film est une invitation au débat.

    « L’intérêt du film La Bombe et nous est de présenter, grâce à un montage efficace, des images fortes et des interviews exemptes de toute censure des partisans de l’arme nucléaire et de ceux qui dénoncent cette arme inutile et dangereuse. Refusant un positionnement uniquement protestataire, ce documentaire compile des témoignages de scientifiques, de militaires, d’historiens, d’hommes politiques et de simples citoyens engagés sur la question de la bombe atomique, afin de laisser le spectateur se faire sa propre opinion. » (Paul Quilès, ancien ministre de la Défense, ancien Président de la Commission « Défense del’Assemblée Nationale, Président d’IDN (Initiative pour le Désarmement Nucléaire)).

    « En soixante-dix minutes, ce documentaire est peut-être le plus complet sur ce sujet. Qu’il prenne parti, oui – mais comment faire autrement ? Cependant il n’est pas militant et donne la parole aux pro comme aux anti. Qu’à ce titre il puisse paraître polarisé, certes – mais cela permet de mieux comprendre les deux positions. Que les voix soient majoritairement occidentales, certes à nouveau – mais ne sont-ce pas les nôtres ? Qu’il soit complet, c’est indéniable. (Le Blog d’ Hubert Camus).

    Il est vraiment temps que les citoyens cessent de fermer les yeux, de se perdre parfois dans des débats subalternes et s’engagent dans une lutte soutenue contre cette arme de destruction massive, promettant un massacre contre l’humanité. Ce film contribue grandement à cette prise de conscience. (Le Blog d’Yves Faucoup sur « Médiapart »).

    La bande-annonce


    La tournée finistérienne organisée par le CIAN-29

    Le Collectif 29 pour l'Interdiction des Armes Nucléaires (CIAN-29) organise une tournée du film a travers le Finistère. Une dizaine de Ciné-Débats sont programmés. Chaque séance de projection sera suivie d'un débat:

    Mercredi 21/03-20h45 à DOUARNENEZ
    Cinéma Le Club
    36, rue Berthelot 29100 Douarnenez

    Mardi 27/03-20h à QUIMPERLE
    Bar O’Keltia
    11, rue de la Tour d’Auvergne 29300 Quimperlé
     

    Mercredi 28/03-20h à QUIMPER
    MJC de Kerfeunteun
    4 rue Teilhard de Chardin 29000 Quimper

    Jeudi 29/03-20h à BREST
    Cinéma Les Studios
    136, rue Jean Jaurès 29200 Brest

    Samedi 31/03-17h15 à CARHAIX
    Cinéma Le Grand Bleu

    Rue J. Monnet-ZA kerampuil 29270 Carhaix

    Jeudi 5/04-20h30 à SCAER
    Espace Youenn Gwernig
    29390 Scaer

    Vendredi 06/04-20h30 à CHATEAULIN
    Cinéma Agora
    5 place de la Résistance 29150 Chateaulin

    Lundi 09/04-20H30 à LANDERNEAU
    Cinéma Le Rohan
    55 rue Fontaine Blanche 29800 Landerneau

    Jeudi 12/04-20H30 à SAINT-RENAN

    Cinéma Le Bretagne
    18, rue Saint Mathieu 29290 Saint-Renan
     
    ►Samedi 14/04-20H30 à BERRIEN
    Salle Asphodèle
     29690 Berrien
     
    Mercredi 25/04-20H à CONCARNEAU
    Maison des associations
    26, rue du Maréchal Foch 29900 Concarneau
    (débat animé par Francis LENNE, officier général retraité de l'Armée de l'air et Roland NIVET porte-parole national du Mouvement de la Paix)

    « La Bombe et Nous », le site : http://la-bombe-et-nous.com/

     contact cian29@gmx.fr)

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    La découverte ou l’ignorance, histoire de mes fantômes bretons.

    Documentaire suivi d’un débat.

    Vincent Jaglin apprend qu’en 1944, ses grands oncles Job et Pierre, fervents nationalistes bretons, s'étaient battus contre la Résistance au sein de la Formation Perrot, milice sous uniforme SS.
    Il part sur les traces de ses aïeux, de Bretagne jusqu’en Allemagne et en Irlande.
    Ce film veut comprendre les raisons de l'engagement de ces hommes et éclairer un pan méconnu de l’histoire.

    source : http://www.tebeo

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    Synopsis

    Au cœur de Notre-Dame-des-Landes, le Liminbout, hameau d’une dizaine d’habitants tient le haut du pavé. Agriculteur historique, paysans syndicalistes, locataires surendettés venus chercher une autre vie, squatteurs plus ou moins confirmés y apprennent à vivre et à lutter ensemble au quotidien. « Ici, disent-ils, on ne fait pas de la politique : on la vit. » Loin des représentations habituelles de la ZAD, le film est une immersion dans le huis-clos de ce village devenu au fil des années symbole de la lutte contre l’aéroport et son monde.

     

    Bande-annonce

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  • Synopsis

    Sommes-nous pris au piège de l’arme nucléaire ? Peut-on vivre sans elle ? Peut-on penser le monde autrement que par un équilibre de la terreur ? Est-elle, au contraire, un gage de paix et de stabilité ? Depuis la naissance même de l’engin ces questions alimentent les peurs les plus terribles et les discours les plus dangereux. Avec des intervenants de tous bords : militaires, scientifiques, historiens, militants, hommes politiques, ce film se propose de porter la réflexion sur l’actualité et l’avenir du nucléaire militaire. 

    Bande-annonce

     

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  • Le cinéma Le Club, rue Berthelot, à Douarnenez, proposera à 20h45, ce mardi, une projection exceptionnelle du célèbre film d’Eisenstein, "Le Cuirassé Potemkine" (1925, 1h11, en VO sous-titré en français). La séance sera accompagnée des explications de l’historien et journaliste Jean-Arnaud Dérens.

    Le film retrace la mutinerie des marins du Potemkine, symbole de la première Révolution russe, celle de 1905. C’est une œuvre que la cinéphilie a statufiée, en la désignant à plusieurs reprises comme le plus grand film au monde.

    Au fil de l’incroyable quatrième acte (voir la vidéo) -une panique collective qui culmine avec la célèbre séquence où un landau dévale les escaliers d’Odessa, tandis que les cosaques tirent dans la foule-, on découvre avec surprise à quel point "Le Cuirassé Potemkine" n’est pas la matrice d’un cinéma d’avant-garde, au montage déstructuré, mais l’ancêtre du modèle hollywoodien. L’effet n’y est jamais gratuit, mais toujours au service du récit.

    source: http://www.letelegramme.fr

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  • Après « Les Jours Heureux » et « La Sociale », Gilles Perret a suivi Jean-Luc Mélenchon dans l’intimité de la campagne pour l’élection présidentielle de 2017.

    Avec ses hauts, ses bas, sa tendresse, son humour et parfois sa virulence, Jean-Luc Mélenchon est un vrai personnage de film. Qu’il soit haï ou adulé, il ne laisse personne indifférent, et tout le monde -ou presque- s’accorde à lui prêter des qualités intellectuelles brillantes.

    Sa campagne présidentielle de 2017 n’a ressemblé à aucune autre dans le paysage politique contemporain. C’est durant ces moments intenses de sa vie, et de ceux de la France, que Gilles Perret l’a accompagné au plus près. Une période propice à la découverte des cotés moins connus d’une personne indissociable de sa pensée politique.

    Bande Annonce

     

    L'Insoumis en avant-première à Brest

    vendredi 19 janvier -20 heures

    Les Studios 136 avenue Jean Jaurès 29200 Brest

     

    Pour en savoir plus sur le contexte du tournage, découvrez l’entretien donné par Gilles Perret aux Inrocks.

     

     


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  • Cinéma: "Le jeune Karl Marx"-film de Raoul Peck

    Date de sortie 27 septembre 2017 (1h 58min)
     
    Synopsis

    En Allemagne, une opposition intellectuelle fortement réprimée est en pleine ébullition. En France, les ouvriers du Faubourg Saint-Antoine, levain de toutes les révolutions, se sont remis en marche. En Angleterre aussi, le peuple est dans la rue, mais là il ne s’agit plus seulement de renverser les rois : à Manchester, la révolution est industrielle.

    A 26 ans, Karl Marx entraîne sa femme, Jenny, sur les routes de l’exil. En 1844, à Paris, ils rencontrent le jeune Friedrich Engels, fils d’un propriétaire d’usines, qui aenquêté sur la naissance sordide du prolétariat anglais. Le dandy Engels apporte au jeune Karl Marx la pièce manquante du puzzle que constitue sa nouvelle image du monde. Ensemble, entre censure et descentes policières, entre émeutes et prises de pouvoir politiques, ils vont présider à la naissance du mouvement ouvrier jusque là largement artisanal. Ce sera la plus complète transformation théorique et politique du monde depuis la Renaissance. Opérée, contre toute attente, par deux jeunes fils de famille, brillants, insolents et drôles.

    Bande-annonce

    séances (29)

    ♦Brest-

    Les Studios-136, rue Jean-Jaurès 29200 Brest

    mardi 3 octobre vo, numérique 14h 00 16h 00 20h 00

     

    ♦Quimper

    Ciné Quai Dupleix-38 boulevard Dupleix 29000 Quimper

    mardi 3 octobre vo numérique 14h 00 18h 30  
    mercredi 4 octobre vo, numérique   19h 30  
    jeudi 5 octobre vo, numérique   18h 00  
    vendredi 6 octobre vo, numérique 14h 00   20h 30
    samedi 7 octobre vo, numérique 14H 00    
    dimanche 8 octobre vo, numérique 11h00    
    lundi 9 octobre vo, numérique 14h    

     

    Critique de Frédéric Monferrand

    (Blog du  Monde Diplomatique-26/09/2017)

     

    Un biopic matérialiste

    Après Patrice Lumumba et James Baldwin, Raoul Peck met sa caméra au service d’une autre grande figure de l’histoire des luttes d’émancipation : Karl Marx, dont il retrace le parcours de Cologne à Bruxelles en passant par Paris, Londres et Manchester entre 1843 et 1847. C’est donc sur les années de formation de l’auteur du « Capital » que se concentre le réalisateur haïtien. Un choix qui témoigne non seulement de la volonté de rendre à la pensée de Marx la vivacité de la jeunesse, mais aussi du poids que l’histoire du XXe siècle continue de faire peser sur cette pensée.

     

    Comme l’explique Peck dans un entretien (1), un film d’un peu moins de deux heures n’aurait sans doute pas suffi à déconstruire les stéréotypes attachés au portrait du vieux barbu, à plus forte raison lorsque ce film s’inscrit dans un genre qui oscille perpétuellement entre la rigidité des codes hollywoodiens et la platitude de l’esthétique télévisuelle : le biopic. On pouvait dès lors craindre qu’une forme aussi convenue ne trahisse le contenu révolutionnaire qu’elle est censée exprimer. Comment un genre cinématographique qui réduit a priori l’histoire au biographique et la politique aux décisions individuelles pourrait-il faire justice à une théorie qui nous apprend au contraire que la trajectoire historique de l’humanité est déterminée par de grandes tendances économiques et que la politique est affaire de luttes de classes ? Par sa forme même, le film de Peck semblait donc condamné à rater son objet. Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit.

    Un « nouveau matérialisme » 

    Lire aussi Sarah Cabarry & Cécile Marin, « L’origine du profit selon Karl Marx », Le Monde diplomatique, septembre 2016. Commençons par le plus évident. Le jeune Karl Marx se présente tout d’abord comme une reconstitution historique de l’atmosphère intellectuelle et politique des années 1840. Exilés à Paris pour fuir la censure prussienne, les époux Marx se rendent ainsi à un « banquet républicain », véritable espace de formation politique des artisans et, ajoute un travailleur noir dans l’assemblée, des ouvriers français. Fanfare populaire et cigares bon marché, rien ne manque au tableau de ce banquet où l’on trinque à la « lutte pour la dignité dans le travail ». Sur l’estrade, Proudhon gratifie même le spectateur du slogan qui l’a rendu célèbre : « la propriété, c’est le vol ! ». Face à lui, un Bakounine exalté renchérit : « vive l’anarchie ! » L’enthousiasme serait général si Marx n’intervenait alors : « La propriété, quelle propriété ? La propriété privée, bourgeoise ? » Les explications embrouillées de Proudhon n’appellent qu’un commentaire hautain de la part de son jeune homologue allemand : « ce sont des abstractions… »

    Dès ses premières scènes, le film campe ainsi un Marx polémiste, multipliant, comme en témoignent les titres de la plupart de ses textes publiés, les « critiques de… » (la philosophie, la politique, l’économie) et toujours prêt à débusquer chez ses adversaires les généralités sous lesquelles ils cachent leur impuissance pratique ou leur méconnaissance du fonctionnement effectif de la société. Critique des abstractions d’un côté, analyse positive des pratiques sociales réelles de l’autre. C’est tout le programme du « nouveau matérialisme » (2) annoncé dans les Thèses sur Feuerbach que Peck s’emploie, justement, à matérialiser sous nos yeux. Des feuilles noircies d’une écriture illisible qui jonchent le sol de l’appartement du couple Marx aux machines sur lesquelles s’échinent les ouvrières de Manchester, on est en effet frappé par l’attention que porte le réalisateur à la culture matérielle dans laquelle évoluent ses personnages. Il serait réducteur de ne voir dans ce souci du détail historique que le signe du sens documentaire qui caractérise par ailleurs le travail de Peck. Bien plutôt faut-il y saluer la réflexivité avec laquelle il a su appliquer à la mise en scène elle-même le matérialisme revendiqué dans les textes marxiens. Plus que comme un compte-rendu informé de ce matérialisme, Le jeune Karl Marx doit donc être regardé comme un biopic matérialiste, qui s’attache à exposer les conditions matérielles de production des doctrines qu’il transpose à l’écran.

    La scène de rédaction du Manifeste du parti communiste est à cet égard emblématique. Éclairés à la bougie, cigares et verres de vin à la main, Marx, sa femme Jenny von Westphalen et leur gouvernante Hélène « Lenchen » Demuth, mais aussi Engels et sa compagne Mary Burns reprennent le manuscrit de ce qui deviendra le texte politique le plus important de l’histoire du XXe siècle. « Un croquemitaine… » Rature. « Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme ». Derrière le produit littéraire mythifié, on retrouve ainsi la trivialité d’un processus de production. Derrière la figure ossifiée du « grand auteur », le travail anonyme d’un groupe de jeunes révolutionnaires. La révolution de 1848 donnera bientôt corps à ce croquemitaine devenu spectre par la grâce d’une biffure inspirée. Mais n’anticipons pas.

    « L’individu est l’être social » 

    1844. Dans une bibliothèque parisienne, Marx, à l’incitation d’Engels, prend des notes critiques sur Smith et Ricardo qui entreront dans l’histoire sous le nom de Manuscrits économico-philosophiques de 1844, un ensemble de réflexions disparates et souvent obscures où l’on peut notamment lire que l’« individu est l’être social (3) ». On tient là une autre clé de lecture du Jeune Karl Marx.

    Contrairement à ce que suggère son titre, le film porte en effet moins sur Marx que sur les rapports qui l’unissent à Jenny Von Westphalen, Friedrich Engels et Mary Burns, lesquels jouent tous un rôle de premier plan dans le déroulement de l’intrigue. Rompant avec les présupposés individualistes du genre biopic, Peck montre ainsi comment chaque personnage se constitue dans et par les relations qui l’unissent à tous les autres et au contexte socio-historique de leurs interactions. L’amour que se portent les époux Marx est à la mesure de la répression à laquelle les expose leur engagement politique. Celui que se portent le gentleman Engels et l’ouvrière irlandaise Mary Burns est médiatisé par leur opposition commune à Engels père, parent autoritaire et propriétaire de la manufacture dans laquelle travaille Mary avant de s’en faire licencier pour insubordination. L’amitié qui unit Karl à Friedrich est toute entière animée par le front uni qu’ils forment contre les jeunes-hégéliens ou les représentants des tendances humanitaires du mouvement ouvrier. Quoique plus distendue, la relation de Jenny Marx à Mary Burns se cristallise finalement dans une discussion sur le statut du mariage et de la maternité qui témoigne des différences de classe séparant les deux femmes et annonce certains thèmes du féminisme marxiste. Ce que filme Peck, c’est donc moins le destin d’une individualité que le devenir d’un collectif dont il revient à Jenny d’énoncer la ligne de conduite : « il n’y a pas de bonheur sans révolte contre l’ordre existant ».

    On peut cependant regretter que le réalisateur n’ait pas assumé jusqu’au bout ce parti-pris consistant à objectiver l’intériorité des personnages dans l’extériorité de leurs interactions. Le dialogue durant lequel Marx fait part de sa lassitude à Engels sur une plage battue par les vents ou les différentes scènes de vie domestique qui émaillent le film apparaissent en effet comme autant de concessions à une dramaturgie convenue. À l’inverse, la seule scène dans laquelle Peck se risque à véritablement représenter l’imaginaire d’un de ses personnages mérite d’être soulignée. On y voit Marx se réveiller en nage d’un cauchemar où il incarne un paysan passé au fil de l’épée par l’armée prussienne. Ce cauchemar fait écho au prologue du film, qui illustre le premier article publié par Marx dans la Gazette Rhénane, « Débats relatifs au vol de bois », dans lequel il critique la criminalisation du ramassage de bois mort dont dépend la survie des paysans. Là où d’autres auraient imposé au spectateur une genèse psychologisante d’idées marxiennes reconduites à une expérience traumatique originaire, Peck en propose donc une genèse politique. C’est la guerre faite à la misère et non quelque trauma premier qui revient hanter Marx dans son sommeil. C’est la préhistoire d’une humanité opprimée plus que l’enfance d’un adulte déprimé qui lui cause des cauchemars. Cette immanence de l’histoire à la psychè des personnages s’exprime jusque dans le langage à travers lequel ils pensent et se communiquent leurs pensées. On passe perpétuellement de l’allemand au français et à l’anglais, la matière des dialogues incarnant la forme internationaliste imprimée par Marx et Engels aux luttes du prolétariat naissant.

    « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » 

    On aurait pu s’attendre à ce qu’en concentrant l’intrigue sur les années 1843-1847, Peck cherche à innocenter le jeune Marx des expériences historiques qui se sont nourries de ses doctrines de maturité. Mais, de parties d’échec en réunions politiques, c’est bien plutôt un Marx stratège de la lutte des classes qui apparaît à l’écran. Un Marx qui n’hésite pas à briser son alliance avec Proudhon, pourtant dirigeant incontesté du mouvement ouvrier français, lorsque celui-ci refuse de participer au comité de correspondance communiste qu’il s’efforce de monter ; qui n’hésite pas à provoquer violemment la scission avec Weitling, porte-parole charismatique de la Ligue des justes, dont les doctrines teintées de mysticisme lui apparaissent comme un asile de l’ignorance où le prolétariat se trouve désarmé ; un Marx donc, pour qui la lutte des classes est à la fois une donnée structurelle des rapports sociaux et un programme d’action pour la prise du pouvoir.

    Deux scènes en particulier illustrent ce double caractère, structurel et programmatique, du conflit de classe. La première oppose Marx, Engels et Mary Burns à un capitaliste anglais. Interrogé sur l’exploitation des enfants dans son usine, celui-ci l’attribue au fonctionnement de « la société », à quoi Marx lui répond que « les rapports de production actuels sont ainsi, pas la société ». « Je ne sais pas ce que vous entendez par ‘‘rapports de production’’ » conclut le capitaliste, « pour moi, c’est de l’hébreu… » Regard dédaigneux de Marx, fils de juif converti. La seconde scène, sans doute l’une des plus saisissante du film, est celle de la fondation de la Ligue des communistes. Nous sommes en 1847 et les membres de ce qui s’appelle alors encore la Ligue des justes se réunissent en congrès pour décider de l’orientation stratégique de l’organisation. Face à un parterre d’artisans et d’ouvriers typiques, casquettes vissées sur le crâne et visages burinés par le travail, Engels, bien mis comme à son habitude, réussit à prendre la parole malgré les manœuvres de ses adversaires et procède à la déconstruction de la devise de la Ligue : « tous les hommes sont frères ». « Tous les hommes sont frères ? », demande-t-il, « les bourgeois et les ouvriers sont-ils frères ? » La tension qui entoure la progression de son réquisitoire vers sa conclusion attendue est palpable. « La révolution industrielle a produit l’esclave moderne, le prolétaire. En se libérant, il libèrera l’humanité entière et cette libération a un nom » — silence, gros plan sur le visage d’Engels, trémolo dans la voix — « le communisme ». Une musique dramatique s’élève alors, peu à peu recouverte par les cris d’enthousiasme ou d’indignation qui accompagnent la montée sur l’estrade de Mary et Lizzie Burns. Elles décrochent la bannière de la Ligue des justes et la remplacent par celle de la Ligue des communistes, sur laquelle est écrit : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » L’histoire est en marche et le spectateur vient de la voir défiler.

    Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que cette scène censée représenter l’apogée du travail politique mené par les personnages ne s’abîme finalement en remake prolétarien du Cercle des poètes disparus. Et pourtant c’est plutôt au Lincoln de Spielberg qu’elle doit être comparée. Peck y parvient en effet à filmer la politique sans sombrer dans le folklore, l’anecdote ou l’imitation forcée. Cette réussite, il la doit en grande partie à ce qui constitue l’une des décisions les mieux inspirées de son scénariste Pascal Bonitzer : ne pas chercher à adapter les prises de position des personnages, à en traduire les convictions dans des dialogues censément vivants parce que spontanés, mais leur faire dire au contraire les textes effectivement écrits par Marx et Engels. Le vraisemblable est ainsi sacrifié au bénéfice du vrai. À les entendre, on se dit en effet que la véritable fonction de ces textes était d’être cités. Pouvoir être cité, utilisé pour les besoins d’un argument ou d’une polémique, transposé d’une situation d’énonciation théorique, politique ou historique à l’autre ; telle est la vertu que Walter Benjamin reconnaissait au théâtre brechtien. Telle est la force que le film restitue aux textes marxiens. Car « la citation, appelle le mot par son nom, l’arrache à son contexte en le détruisant, mais par là même le rappelle aussi à son origine (4) ». C’est bien là ce que font Peck et Bonitzer. En appelant les mots de Marx par leur nom, ils les réinscrivent tout autant dans leur contexte originel d’intervention qu’ils ne les livrent à la réitération contemporaine. Ils rendent Marx citable en le montrant cité et court-circuitent ainsi la temporalité linéaire qui structure par ailleurs le déroulement du film.

    Lire aussi Serge Halimi, « Le siècle de Lénine », Le Monde diplomatique, octobre 2017. Le jeune Karl Marx se présente à première vue comme un biopic grand public, aussi prudent dans sa forme que pédagogique dans son contenu. Mais son esthétique ordinaire, proche de la série télévisée, se révèle constituer à la réflexion une ruse de la raison cinématographique. La simple reconstitution historique se retourne en effet dans le film en compte-rendu matérialiste de la production intellectuelle marxienne. La littéralité des personnages se dépasse en objectivation sensible des relations qui les font être ce qu’ils sont. Le respect scrupuleux des textes leur confère une efficace sur le présent. Il y a sans doute de nombreuses manières, et de plus ambitieuses, de filmer l’intervention théorico-politique de Marx et de ses camarades. Mais s’approprier un médium de masse, en épuiser les codes pour leur faire dire plus ou autre chose qu’ils ne semblent le permettre n’est assurément pas la plus mauvaise d’entre elles.

    Frédéric Monferrand

    Docteur et enseignant en philosophie.
    source: http://blog.mondediplo.net/2017-09-26-Un-biopic-materialiste
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