• Un homme se déplace en vélo à Athènes, le 24 avril 2020

    L’OCDE a cité le pays en exemple dans sa bonne gestion de l’épidémie. Reste une bombe: les camps surpeuplés de migrants.

    En Grèce, les télévisions diffusent la même scène tous les soirs à 18 heures. Le professeur Sotiris Tsiodras, infectiologue de l’Ecole de médecine d’Athènes, informe sur l’évolution du coronavirus. A ses côtés, le ministre de la Protection civile, Nikos Hardalias, exhorte les Grecs à respecter les consignes de sécurité. Désormais, le professeur Tsiodras, également directeur du comité grec des maladies infectieuses, note une baisse des nouveaux cas de Covid-19. A ce jour, la Grèce ne compte que 2463 contaminés avérés et 125 décès dus au coronavirus pour une population de 10,8 millions d’habitants. «L’âge moyen des personnes décédées est de 74 ans, et 91% d’entre elles présentaient une maladie sous-jacente», précise le Ministère de la santé.

    La Grèce, avec 12 morts pour 1 million d’habitants, s’en sort mieux que nombre de pays européens dans la lutte contre la pandémie. La Suisse déplore 178 «morts du Covid-19» par million d’habitants, l’Italie 415 et l’Allemagne 68. Or, en théorie, la Grèce est l’un des pays les plus exposés au virus. Sa population est la deuxième plus âgée de l’Union européenne, avec 22% des habitants de plus de 65 ans; le surpoids, voire l’obésité frappe 55% de la population, au-delà de la moyenne européenne. Enfin, le système médical est mal en point après dix ans d’austérité budgétaire.

    Une vague tardive

    Les dépenses de santé ont chuté de 23,2 milliards d’euros en 2009 à 14,5 milliards en 2017. Le nombre de lits d’hôpital pour 1000 habitants est passé de 4,9 en 2009 à 4,2 (contre 8 en Allemagne); en février, les hôpitaux ne disposaient que de 567 lits en soins intensifs. Depuis 2009, 18 000 médecins ont quitté le pays. «Cette crise révèle les défaillances du système de santé grec», analyse le docteur Giorgos Vichas. Selon ce médecin, fondateur de dispensaires sociaux, «le pays ne propose pas un accès satisfaisant à la médecine générale et manque de lits d’hôpitaux. Les quantités disponibles de tests, masques et équipements de protection sont insuffisantes.»

    Dans ce contexte, comment le pays résiste-t-il à l’épidémie? Professeur d’épidémiologie à l’Université d’Athènes et membre du comité des maladies infectieuses, Takis Panagiotopoulos explique: «Ici, la vague épidémique a commencé plus tard car la Grèce n’est pas au cœur de la mondialisation. Il n’y a pas autant de voyages vers la Grèce que vers la France ou l’Italie à cette période de l’année.» Ainsi, ajoute-t-il, «nous avions des éléments de comparaison internationale pour réagir et avons donc pris des mesures drastiques très tôt».

    Ces mesures ont été appliquées dès la fin février. Les rassemblements et carnavals ont alors été interdits et les gestes barrières recommandés. Dès le 11 mars, écoles et universités ont été fermées, suivies des lieux de restauration et de culture deux jours plus tard. Depuis le 23 mars, le confinement, généralisé, est massivement respecté. Pendant quinze jours, cinq villages ont même vécu l’isolement total. En cause? Des pèlerins revenus de Jérusalem et des marchands de fourrure rentrant de la semaine de la mode italienne, porteurs du virus. Les agents de la protection civile déposaient de la nourriture à la porte de chaque maison.

    «En appliquant ces mesures, la courbe du virus n’a jamais été exponentielle», affirme Takis Panagiotopoulos. Et le système n’a jamais été débordé. Spécialiste des maladies infectieuses, le professeur George Panayiotakopoulos détaille: «Nous avons développé des consultations téléphoniques pour éviter aux patients de sortir. Mais en cas de nécessité, ils étaient envoyés vers des hôpitaux de référence.»

    En flux tendu

    Cardiologue et présidente de l’Hôpital public Alexandras à Athènes, Sofia Xantzidou explicite: «Tous les matins, nous faisons un point précis avec le ministère pour définir les besoins en matériel de protection, etc.» Ainsi, si le pays a été en flux tendu, il n’a jamais manqué de ces biens. En outre, précise-t-elle, aux premiers symptômes, un traitement à base de chloroquine a été prescrit. George Panayiotakopoulos décrypte: «Dans un premier temps a été prescrite la chloroquine, puis l’hydroxychloroquine accompagnée d’un antibiotique, l’azithromycine. Si le patient est suivi, les risques sont faibles.» D’ailleurs, fin mars, la Grèce a relancé la production de médicaments à base de chloroquine pour lutter contre le paludisme qu’elle avait abandonnée.

    Désormais, l’OCDE cite même le pays en exemple pour sa gestion de la crise du coronavirus. Mais les ONG qui viennent en aide aux migrants tirent, elles, la sonnette d’alarme. Dans un hôtel du Péloponnèse, dans le sud du pays, 150 demandeurs d’asile ont été testés positifs cette semaine. Et le confinement décrété pour les camps de migrants correspond essentiellement à une restriction de mouvements en dehors de ces enceintes. Car à l’intérieur des camps surpeuplés, les conditions sanitaires sont déplorables et l’accès aux soins défaillant. «Toutes les conditions sont réunies pour qu’une contagion engendre un drame humain si le virus y arrive», prévient Apostolos Veizis, directeur de Médecins sans frontières en Grèce. L’ONG Human Rights Watch, craint, elle, «une crise de santé publique».

    Fabien PERRIER

    source:  https://www.letemps.ch/

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  • L’exception grecque

    Bien que réputés indisciplinés, les Grecs se sont très vite pliés aux consignes de confinement. Après dix ans d’austérité, ils savent que leur système de santé n’est pas en mesure de faire face à l’épidémie.

    Un système de santé mis à genoux par dix ans de crise, une population vieillissante, avec 22 % de seniors, un mode de vie méditerranéen avec souvent trois générations qui vivent sous le même toit, un peuple réputé indiscipliné… La Grèce cumulait les facteurs de risque pour que la pandémie du coronavirus devienne, comme en Italie ou en France, une catastrophe nationale. Or, elle ne totalise fin avril « que » 2 566 cas et 139 décès parmi ses onze millions d’habitants.

    Pour autant, Andreas Mentis, directeur de l’Institut Pasteur d’Athènes, se garde bien de parler de « miracle grec » : « Derrière toute réussite, il y a une bonne organisation, avec des mesures précoces et strictes de confinement et une mise en quarantaine des voyageurs venant de l’étranger. » Et le plus étonnant selon lui, c’est que les Grecs se sont « immédiatement » pliés aux directives de plus en plus restrictives.

    La Grèce a été « un pays exemplaire », s’est félicité le premier ministre Kyriakos Mitsotakis en annonçant à la télévision, le 28 avril, les premières mesures de déconfinement à partir du 4 mai, qui s’échelonneront jusque dans le courant du mois de juin, mais excluant pour l’instant une reprise du tourisme pourtant vitale pour l’économie grecque.

    Fin février, alors que les nouvelles d’Italie sont alarmantes, les rassemblements sont interdits. Dès l’apparition du premier cas de contamination le 11 mars, les crèches, écoles, lycées et facultés sont fermés. Le 13, alors que le pays compte son premier mort, c’est au tour des commerces, restaurants, stades, musées, plages, etc. Le 16, les personnes venant de l’étranger sont mises en quarantaine.Enfin, les lieux de culte ferment malgré la Semaine sainte précédant la Pâque orthodoxe, avant que le confinement général ne s’impose que le 23 mars.

    Cinq villages du nord du pays très touchés sont isolés du monde. Kyriakos Mitsotakis « a fait du bon boulot », concède Emmy Koutsopoulou, psychiatre du centre médical solidaire de Peristeri, dans la banlieue d’Athènes. Mais elle tempère : « La décision était plus facile à prendre en Grèce qu’en France ou en Italie, car les conséquences de l’arrêt total de l’économie en Grèce sont moindres ; nos grandes usines ont, elles, déjà été fermées pendant la crise. »

    Si les contrôles de police et les amendes (pour un total de plus de huit millions d’euros) se sont multipliés dans le pays, ce sont d’abord les images catastrophiques venant de l’Italie voisine qui ont poussé les Grecs, paniqués, à rester chez eux. D’autant plus qu’ils savent leur système de santé, largement démantelé par les années d’austérité, incapable de faire face à une pandémie.

    « Lorsque mon père de 79 ans a fait une rechute de son cancer en 2013, le traitement dont il avait besoin a été gardé pour un malade plus jeune. À sa mort, on m’a aussi demandé ses médicaments car l’hôpital manquait de tout », lâche en colère Anna, fonctionnaire de 42 ans. « Alors, poursuit-elle, même si les choses vont mieux, je sais aussi qu’on n’aura aucune chance si l’épidémie éclate vraiment dans le pays. Je veux protéger ma mère qui a un cancer du sein. » Du coup, depuis le 11 mars, Anna ne sort de chez elle que pour les courses indispensables.

    De fait, entre 2009 et 2017, le budget de la santé a été amputé de 32 %. Plusieurs hôpitaux ont fermé, et 40 000 salariés du secteur, dont 18 000 médecins, sont partis à l’étranger. Alors ceux qui sont restés doivent faire face au virus avec 50 % de personnel en moins, seulement 567 lits de soins intensifs et un seul hélicoptère dans le pays pour évacuer les malades.

    Amnesty International a écrit une lettre ouverte au premier ministre « afin que le gouvernement considère cette crise comme un signal d’alarme ». « Si le système n’est pas rapidement amélioré, nous allons au-devant d’une catastrophe », redoute Gabriel Sakellaridis, directeur du bureau d’Athènes. Si le gouvernement a injecté 200 millions d’euros dans le système médical et embauché 2 000 médecins pour trois ans, selon Emmy Koutsopoulou, « on est encore loin du compte ».

    Thomas JACOBI, correspondant à Athènes

    source: https://www.la-croix.com/

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  • Manólis Glézos, décédé le 30 mars 2020 à Athènes à 97 ans, s’est illustré par sa participation à la  du peuple grec, lui qui a, avec l’autre jeune communiste Apostolos Santas, arraché du sommet de l’Acropole le drapeau nazi qui y flottait, comme dans tout Athènes, depuis le 27 avril 1941. Résistant communiste pendant l’Occupation, arrêté, torturé et emprisonné à trois reprises par les Allemands, les Italiens et leurs collaborateurs grecs, il s’évade de prison en septembre 1944 et devient après la Libération rédacteur en chef du quotidien communiste Rizospastis. Après l’écrasement de la Résistance par les Britanniques en décembre 1944, le journal est en butte aux persécutions des milices collaboratrices mais se maintient jusqu’à son interdiction en 1947 par le régime monarcho-fasciste soutenu cette fois par les Américains. Glézos continue la lutte, est arrêté en 1948 et condamné à mort à deux reprises : peine que le tandem américano-grec ne put exécuter vu la notoriété internationale du « premier résistant d’ » (selon la formule de De Gaulle), et commua en « prison à vie ». Élu, toujours en prison, de la Gauche démocratique unie (EDA) en 1951, relâché en 1954, à nouveau emprisonné en décembre 1958, réélu, toujours en prison, en 1961, Glézos  suscita une immense solidarité internationale, dont témoigne son prix Lénine pour la Paix (1962). Libéré en décembre 1962, il connut à nouveau les geôles grecques, dès la nuit même du coup d’État des colonels perpétré sous l’égide de Washington, le 21 avril 1967. Il ne fut libéré qu’en 1971.

    « L’Enfermé » ‑ il a passé douze ans en prison, à l’ère allemande puis à l’ère américaine – se montra après 1974 plus défaillant que son glorieux prédécesseur Auguste Blanqui. Rallié à l’« eurocommunisme », rompant en 1968 avec le parti communiste qui n’y avait pas cédé, il soutint le PASOK europhile dont la politique, en alternance avec celle de la Droite, a maintenu intacte depuis lors la tutelle américaine sur la , OTAN inclus, en y ajoutant l’« européenne » à partir de 1981. L’Allemagne retrouva avec cette dernière un pouvoir de nuisance sur la  qu’elle exerce depuis 2008 avec une efficacité hargneuse qui a porté atteinte aux conditions de vie du peuple grec comme jamais depuis l’Occupation : Glézos était particulièrement bien placé pour dénoncer ces exigences et l’a fait avec passion, en tant que député de Syriza au Parlement européen, rappelant sans cesse les réparations de guerre jamais honorées par l’Allemagne et affirmant : « Ce n’est pas nous, les Grecs qui devons de l’argent aux Allemands, ce sont eux qui nous en doivent ».

    On sait ce qu’il est advenu des illusions créées par les promesses du Syriza de Tsipras. Glézos présenta ses excuses à ses électeurs en 2015, après que Tsipras eut ouvertement capitulé devant les injonctions de la « commission germano-européenne ».

    • Joëlle Fontaine, historienne, auteure de De la résistance à la guerre civile en Grèce. 1941-1946, Paris, La Fabrique, 2012
    • Annie Lacroix-Riz, historienne
    • Merci à notre camarade grecque Eleni Mitsika pour sa relecture.

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • En Grèce, le correspondant de « La Croix » agressé pour la deuxième fois par des néonazis  (lacroix.com-20/01/20-19h12)

    Les faits

    Couvrant une manifestation de l’extrême droite hostile à la présence de migrants en Grèce dimanche 19 janvier à Athènes, le journaliste Thomas Jacobi a été violemment agressé. Le gouvernement grec a annoncé l’ouverture d’une enquête.

    C’était dimanche 19 janvier, place Syntagma, devant le parlement grec au cœur d’Athènes. Selon la police, ils étaient 370 manifestants, des sympathisants de l’extrême droite et des membres du parti néonazi Aube Dorée, à manifester contre la présence de migrants en Grèce. « Cela me semble exagéré, ils devaient être environ deux cents sur cette immense place quadrillée par les forces de l’ordre massivement présentes », estime Thomas Jacobi, correspondant de La Croix et de la radio allemande Deusche Welle en Grèce, violemment agressé pendant la manifestation.

    « Les policiers ont tardé à bouger »

    « J’ai commencé à filmer le rassemblement et j’ai fortuitement capté dans mon champ de vision un groupe d’une dizaine d’hommes qui me fixaient, l’un d’entre eux qui avait le visage découvert s’est empressé de le recouvrir, j’ai compris que j’étais menacé mais c’était trop tard », explique-t-il.

    Le groupe se jette sur lui et le tabasse, puis le laisse, visage ensanglanté, lorsque, enfin, des policiers interviennent. « Les policiers ont tardé à bouger, il a fallu attendre plusieurs minutes l’intervention des forces anti-émeutes, après que des journalistes leur ont demandé d’intervenir », témoigne Thomas Jacobi.

    Thomas Jacobi est devenu une cible du parti d’extrême droite adepte de la violence. Il y a un an, jour pour jour, le 19 janvier 2019, il avait déjà été victime d’une agression similaire.

    Les partisans du parti l’ont identifié. En 2016, Thomas Jacobi avait participé à la réalisation du documentaire « Aube dorée, une affaire personnelle », de la journaliste Angelique Kourounis. Et le même duo poursuit son travail d’enquête en travaillant à un nouveau documentaire « Aube dorée, l’affaire de tous, quelle résistance ? »

    Acquittement requis pour les dirigeants du parti

    Ce n’est pas un hasard, selon Thomas Jacobi, s’ils ont récidivé le 19 janvier 2020. Cette manifestation était la première organisée à l’initiative de l’extrême droite depuis que, dans la phase finale du procès historique des 69 militants d’Aube Dorée, dont 17 anciens députés, la procureure a requis, le 18 décembre dernier, l’acquittement pour leur chef Nikos Michaloliakos et les principaux membres du parti, poursuivis notamment pour « organisation criminelle » et pour le meurtre du rappeur Pavlos Fyssas en 2013.

    « Les avocats de la partie civile ont fait valoir que c’était une invitation aux escadrons de la mort du parti de ressortir dans la rue. Aube dorée s’est senti à nouveau des ailes », fait valoir Thomas Jacobi, plus déterminé que jamais à enquêter, « à occuper l’espace, à surtout ne pas leur abandonner les rues et les lieux publics ».

    Selon lui, nul doute que ses assaillants sont des partisans de ce parti extrémiste. Des personnes ont témoigné les avoir vus, peu avant l’agression, parler avec Ilias Kassidiaris, porte-parole et numéro deux d’Aube dorée.

    Le gouvernement a dénoncé cette « attaque fasciste »

    Si les agresseurs ont pris ses trois téléphones et quelques effets personnels, Thomas Jacobi a réussi à sauver sa petite caméra en s’accroupissant. Sur les images, les agresseurs y sont visibles et reconnaissables. « Une enquête a été ouverte pour les retrouver et les déférer devant la justice », a annoncé le porte-parole du gouvernement, Stelios Petsas, après avoir condamné cette « attaque fasciste ». Des prélèvements ADN ont été faits sur les vêtements de Thomas Jacobi.

    L’association de la presse étrangère de Grèce et l’Association des rédacteurs en chef des quotidiens d’Athènes se sont aussi révoltées contre l’agression et ont dénoncé « les brimades, la brutalité et les comportements provocateurs, ainsi que le ciblage continu des journalistes, par les groupes d’extrême droite. »

    Reporters sans Frontières rappelle de son côté que l’association a « déjà tiré la sonnette d’alarme en dénonçant la multiplication des violences commises par des membres du parti Aube Dorée contre des journalistes, en particulier ceux qui couvrent les questions migratoires ».

    Alors que la Grèce figure au 65e rang du classement mondial de la liberté de la presse, RSF demande aux autorités « de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des journalistes et dissuader les mouvements extrémistes de les agresser ». 

    Marie Verdier

    le 20/01/2020 à 19:12

    source: https://www.la-croix.com/

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  • Grèce : chronique d’un ravage –film d'Angelos Abazoglou (Arte-20 & 21/12/219)Les enfants furent particulièrement touchés par la famine

    Le  en deux épisodes du réalisateur grec Angelos Abazoglou, « Chronique d’un ravage » (1926-1955, 1956-2008) (http://tamtamsoie.com/film/grece-chronique-dun-ravage) aborde l’histoire très contemporaine de la  et de son peuple, victimes durables des impérialismes dominants (anglais et allemand, sans préjudice d’autres impérialismes), et s’appuie sur une ample documentation archivistique et des interviews d’historiens de divers pays.

    Comment un petit pays comme la Grèce a-t-il pu déstabiliser l'économie de l’Europe entière ? Pourquoi le déferlement médiatique qui a suivi la crise de la dette de la zone euro a prétendument déposé le sort de l’UE dans les mains des Grecs ? Passé le "choc affectif", l'arrivée de Syriza au pouvoir a porté tous les espoirs, mais les déceptions politiques et économiques du peuple grec ont resurgi. Le 20 août 2018, après dix ans de tutelle, la Grèce est sortie du plan d'assistance financière mis en place par Bruxelles et le FMI. "Un nouvel horizon se profile", s’est félicité le gouvernement grec. Vraiment ? Ce film en deux parties tente de comprendre comment la Grèce, et derrière elle toute l’Europe, a pu arriver à une faillite aussi foudroyante. Avec l'appui d'experts, d'historiens et d'économistes, il analyse également les grands récits politiques de la Grèce et questionne la relation intime qu'elle entretient avec le "grand frère" américain.

    1. 1926-1955 Cette première partie relate les "années de guerres", de 1929 à 1955, et montre comment, après la crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale, la Grèce et l'Europe se sont construites. À sa libération, en août 1944, le pays sort d'une triple occupation allemande, italienne et bulgare. 90 % des villages ont été réduits en cendres et à Athènes plus de 300 000 personnes sont mortes de faim. En 1946, une insurrection communiste plonge le pays dans la guerre civile. Soutenus par les Britanniques et les Bataillons de sécurités, ex-alliés des nazis, les royalistes affrontent les rouges.

    Grèce, chronique d'un ravage, 1926-1955 Documentaire d'Angelos Abazoglou (France, 2018, 55mn)

    2. 1956-2008 Fondateur du Pasok, le parti social-démocrate, Andréas Papandréou accède au pouvoir comme Premier ministre en 1981. Il s'engage à "moderniser la société et socialiser l'économie" et à "la libérer de la domination impérialiste de l'Otan et de la CEE". Ce ténor de la lutte contre la dictature des colonels (1967-1974) reprend à son compte le mythe de la libération de la Grèce de sa condition de "protectorat" des grandes puissances. Mais suite à différents scandales, la droite conservatrice Nouvelle Démocratie gagne les élections en 1990…

    Grèce, chronique d'un ravage, 1956-2008 Documentaire d'Angelos Abazoglou (France, 2018, 56mn)

    Un documentaire de Angelos Abazoglou – coproduction Cyclope Productions –  France– RTBF – Lux Fugit  – ERT S.A.- Greek  Centre

     

    Grèce, chronique d'un ravage, 1926-1955 (I)

     

     

    Grèce, chronique d'un ravage, 1956-2008 (II)

     

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  • Deux ans après la signature de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie visant à stopper la crise migratoire en Méditerranée, les migrants s’entassent toujours sur l’île grecque, sans espoir d’en partir.

    « Samos, c’est une prison ! »-par Thomas JACOBI (la-croix.com  27-03-2018)Des réfugiés irakiens munis de documents de demande d’asile, dans le camp de Samos, en Grèce, en décembre 2017. / Nicola Zolin/Redux/REA

    Île de Samos (Grèce), de notre correspondant

    Dans le local qu’ils partagent avec Médecins sans frontières (MSF), les avocats du Conseil grec pour les réfugiés (CGR) ne décolèrent pas, et le jeune avocat Stavros Papageorgopoulos n’a pas de mots assez durs pour dénoncer l’accord sur les migrants, passé en mars 2016 entre l’Union européenne (UE) et la Turquie, rediscuté hier en Bulgarie. « Ce n’est pas un accord légal, c’est juste une entente ! »

    Nous sommes dans le nord-est de la mer Égée, à Vathy, sur l’île grecque de Samos, en face de la Turquie. Jusqu’en 2016, des migrants arrivaient par dizaines de milliers ici, de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan, tentant leur chance pour rejoindre l’Europe au péril de leur vie, depuis la côte turque. Depuis l’accord, ce « flux » s’est « arrêté net », reconnaît l’avocat. Mais « les gens continuent d’arriver. Et sont parqués dans le camp surpeuplé où ils se retrouvent prisonniers puisqu’ils ne peuvent quitter l’île ». Cette restriction, ajoute-t-il, « viole tous les droits : le droit grec, le droit européen, le droit international et surtout le droit de ces gens ». Du coup, le CGR a décidé de contester cette restriction géographique devant le Conseil d’État.

    Cette question est cruciale à Samos. Prévu pour 750 personnes, ce « hot spot » en a accueilli, dans des conditions très difficiles, jusqu’à 2 500. « Actuellement ils sont 1 950 », explique la directrice, Maria-Dimitra Nioutsikou, qui semble insensible à l’odeur pestilentielle qui flotte dans le camp. « Il arrive plus de migrants qu’il n’en part. On a fait une extension à l’extérieur du camp. On a ouvert une école maternelle, il y a des toilettes partout, énumère-t-elle. C’est ce qu’on peut faire de mieux. » Des migrants ne partagent pas cet avis. « Samos, c’est une prison ! » Des femmes syriennes, leurs papiers à la main, apostrophent la directrice : « Quand est-ce qu’on part ? »« Je ne sais pas, répond-elle presque agacée. Je n’ai aucune réponse à leur donner, que puis-je faire ? »

    Pour Konstantinos Psykakos, coordinateur de MSF, cette incertitude est à la base de tous les maux : « Voilà deux ans que, pour empêcher les migrants d’arriver dans le reste de l’Europe, on doit faire un tri selon différents critères. Ce processus est si lent que les personnes sont condamnées à une attente qui dure des mois, des années. » Seul moyen légal pour les migrants de rejoindre le continent, l’obtention d’un document certifiant « une vulnérabilité » : une maladie impossible à soigner sur l’île, une grossesse à risque, un grave problème psychiatrique… « Certains viennent à l’hôpital quatre fois, plus si nécessaire, pour des maladies réelles ou imaginaires, afin d’obtenir ce sésame, explique Anastasia Theodoridou, assistante sociale. Et quand on leur annonce une maladie grave, ils arborent un sourire car ils ont ce papier et savent qu’ils pourront enfin aller sur le continent. C’est terrible, mais je ferais probablement pareil à leur place. »

    Sur place, la situation se dégrade pour tout le monde. « Les habitants qui veulent aider et les autres ont en commun l’usure, la fatigue, poursuit Konstantinos Psykakos. Nous sommes en présence de personnes qui ne se comprennent pas, et on ignore à quel moment le mélange deviendra explosif. »

    Najeb, Syrien de 25 ans converti au christianisme, l’a compris et a déjà pris sa décision. Lui qui se dit « piégé de toute part » va rentrer en Turquie, malgré les risques dus à sa conversion. « Voilà un an et demi que j’attends ici. Ma demande d’asile a été rejetée deux fois. Dans le camp, j’ai été agressé parce que converti. Je l’ai dit à la police qui n’a rien fait. J’ai été au trou. La première fois où je vais en prison, c’est en Europe ! » Il ajoute : « On me dit que la Turquie est un pays sûr, alors que les Turcs eux-mêmes la fuient. Mais au moins, c’est plus grand qu’ici, je pourrai me débrouiller. » Ce qui le chagrine le plus ? Devoir laisser à Samos sa bible en arabe. « Je vais essayer d’éviter les problèmes, en tout cas de les limiter », lâche-il, philosophe.

    Thomas Jacobi 
    www.la-croix.com              
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  • Ci-dessous, le nouveau film du Collectif Solidarité France-Grèce d'Argenteuil-Bezon sur les camps kurdes de Lavrio en Grèce. Dans la continuité du reportage "Lavrio les camps de la honte" un médecin kurde de France s'est joint à une délégation du Collectif d'Argenteuil-Bezon en décembre pour faire une visite médicale des 300 réfugiés .

     

    Le lien avec la video "Lavrio-les camps de la honte": 

    http://lherminerouge.eklablog.com/lavrio-les-camps-de-la-honte-a132616816

     

     

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  • Le gouvernement antipopulaire SYRIZA-ANEL « a semé le vent et récoltera la tempête » (IC.fr-17/01/2018)

    En , cette branche du Parti de la Gauche Européenne dont Pierre Laurent le leader du PCF est un dirigeant principal continue de s’en prendre aux travailleurs. De la plus honteuse des façons, en s’en prenant notamment au . De fait, entre l’Union Européenne du Capital, l’euro des monopoles capitalistes et les travailleurs, leur choix est clair, c’est celui de l’euro et de l’UE. Face à un peuple grec qui s’est levé, debout contre l’euro austérité et le pillage du pays, qui en 2015 a voté NON par referendum de façon écrasante aux memorandum d’euro austérité, Tsipras avec le soutien de Pierre Laurent fait le choix de la fuite en avant dans le durcissement de la dictature du capital, appliquant avec zèles les ordres donnés à travers la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fond Monétaire Internationale pour faire les poches aux travailleurs grecs. Pour baisser les salaires, détruire les droits sociaux et supprimer les libertés. Dont oui le .

    Heureusement, les grecs peuvent compter sur un parti communiste fort et organisé, et sur un front syndical puissant avec le PAME. www.initiative-communiste.fr le site web franchement communiste du PRCF se devait de donner la parole à nos camarades grecs en ces heures graves


    Le soir du 15 janvier, le projet de loi qui prévoit de nouvelles mesures antipopulaires a été adopté en plénière au Parlement après un vote par appel nominal demandé par le KKE. Parmi ces mesures, il convient de mentionner l’attaque contre le droit de grève, l’extension des ventes aux enchères électroniques pour des dettes envers l’administration fiscale et les fonds de sécurité sociale, les réductions des prestations pour enfants et des prestations d’invalidité, etc. L’autre aspect du projet de loi est les privilèges et les nouvelles exonérations fiscales pour les groupes d’entreprises.

    Le Secrétaire général du Comité Central du KKE et les autres députés du parti ont révélé les véritables buts et objectifs anti-ouvriers que la nouvelle loi et la ligne politique du gouvernement dans son ensemble servent, et ont démontré l’accord substantiel de la ND avec un certain nombre de mesures antipopulaires. Les députés du KKE ont souligné qu’avec cette ligne politique le gouvernement SYRIZA-ANEL « sème le vent et récoltera la tempête ».

    Dimitris Koutsoumpas, le SG du CC du KKE, en prenant la parole, s’est adressé au Premier ministre A. Tsipras avec les mots suivants:

    « Vous vous leurrez si vous pensez que la classe ouvrière, le peuple vont accepter cette situation comme un fait accompli. Nous vous disons que nous n’abandonnerons pas sans combattre les droits acquis par la classe ouvrière de son sang: vous nous trouverez constamment sur votre chemin, quelle que soit la quantité de boue que vous jetez, quelle que soient les calomnies que vous utiliserez, indépendamment de l’autoritarisme que vous possédez, quel que soit le nombre de laquais que vous payez; et nous vous rappelons que rira bien qui rira le dernier ».

    En effet, ces derniers jours, des dizaines de milliers de travailleurs ont participé à la grève du 12 janvier dans tout le pays, ainsi qu’aux autres mobilisations organisées par les syndicats de classe la semaine précédente et le soir du 15 janvier pour dénoncer la ligne politique antipopulaire du gouvernement. Le Front militant de tous les Travailleurs (PAME) appelle les travailleurs à continuer sur la voie du combat, de la lutte collective, à utiliser toutes leurs forces pour améliorer le fonctionnement des syndicats, à changer de manière décisive la corrélation des forces au sein du mouvement ouvrier et syndical, pour mettre fin aux mesures et aux lois antipopulaires dans leur ensemble.

    Communiqué du KKE – Parti Communiste de Grèce

     

    https://www.flickr.com/photos/155109736@N06/sets/72157692293270485/with/24851219307/

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  • Samedi 16/12/2017-

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  • La petite île grecque de Tilos a monté un programme d’accueil et d’intégration pour dix familles syriennes.

    Tilos (Grèce)

    De notre correspondant

    Il est midi, c’est l’heure où Michalis, le seul boulanger de Tilos, vient livrer son pain au camp des réfugiés où vivent dix familles syriennes. C’est que Michalis, comme la majorité des 600 habitants de l’île, n’a pas la mémoire courte : « Ma grand-mère a perdu deux enfants, morts de faim, ici à Tilos. Mon grand-père est mort faute de soins quand ma mère avait 4 ans. Après, la famille a émigré à Rhodes. Mon père, lui, vient d’Asie Mineure. Il a fui la Turquie en 1922 lors de la guerre gréco-turque, laissant tout derrière lui. On a tous un bout de réfugié en nous. »

    Forcément, un tel passé forme le caractère. Et la première rencontre avec un Syrien a chamboulé la vie de Michalis. « Il était au bord des larmes, accroupi par terre sur le port. Je lui ai proposé de l’eau, il m’a répondu qu’il voulait téléphoner. J’ai refusé de lui prêter mon téléphone et je suis parti. Après je me suis dit : Michalis, t’es un con. Je suis retourné le voir et lui ai demandé : “Pourquoi c’est si important ce coup de fil ?” Il a fondu en larmes et m’a dit : “Je veux savoir si les miens sont en vie et leur dire que moi, je le suis.” Je suis resté sans voix. »

    Depuis, Michalis ne se fait pas prier pour aider. Il a embauché Koussein, la trentaine : « En saison j’ai toujours besoin d’aide. Je l’ai pris à l’essai. En une semaine il a appris ce que d’autres apprennent en un mois. Maintenant, c’est Koussein le Syrien qui fait le pain des Tiliotes. »

    Le camp de Tilos est un vrai lieu de vie, à la différence des camps de rétention sur d’autres îles. Les rires des enfants font écho aux cigales, alors qu’ailleurs les visages sont tristes et fermés. Tant que les frontières des Balkans étaient ouvertes, les migrants et réfugiés ne faisaient que passer à Tilos. Ils étaient en demande, le temps d’une halte, d’un toit, d’un plat chaud, d’une couverture et d’une douche, avant de reprendre la route vers le nord de l’Europe. Dix mille réfugiés ont ainsi transité par Tilos. Depuis la fermeture de la route des Balkans, la donne a changé. L’heure est à l’intégration, et c’est la maire de l’île, Maria Kamma, qui bat la mesure.

    Elle a monté un programme pilote d’intégration pour une dizaine de familles de réfugiés avec le soutien financier – 500 000 € – de l’UE, du Haut-Commissariat pour les réfugiés et de la fondation Open Society. Les familles, toutes syriennes avec enfants, sont prises en charge pendant six mois. Les enfants sont scolarisés et les adultes qui le souhaitent peuvent aussi suivre des séminaires d’apprentissage. Ensuite, à eux de se débrouiller.

    Maha Khaha, mère de cinq enfants, pense rester à Tilos : « Les enfants sont en sécurité, j’ai un travail et les gens sont gentils, ici c’est comme en Syrie. Pourquoi aller ailleurs ? » Maria Kamma sourit en l’écoutant : « Qu’ils restent chez nous ou qu’ils partent à l’étranger, ils ont besoin de normalité, de reconstruire leur vie. C‘est ce que nous essayons de leur offrir. » Plus qu’un accueil, c’est un véritable vivre-ensemble qui se met naturellement en place à Tilos.

    Au lieu d’être éloigné du centre comme à Lesbos ou caché comme à Samos, le camp est installé dans le village. « Ces réfugiés sont une chance pour nous, comme nous, nous sommes une chance pour eux. Treize emplois permanents ont été créés au camp, et des Tiliotes qui avaient quitté l’île à cause du chômage sont revenus avec leurs familles. À la rentrée des classes il y avait vingt enfants. Ce n’est pas rien pour une île qui a failli disparaître dans les années 1980 ! », explique Maria Kamma. Elle espère que ces réfugiés deviendront ses administrés et se bat avec toute son équipe pour leur fournir un numéro de sécurité sociale, un numéro fiscal et un travail.

    « Si chaque petite commune comme Tilos prenait en charge une dizaine de familles, on pourrait intégrer 65 000 personnes, plaide-t-elle, et il n’y aurait plus de crise migratoire en Grèce ! »

    Thomas Jacobi
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