• C’est un billet d’humeur cinglant d’un média pourtant assez discret, le MonacoTimes qui le déplore, la guerre d’information doublant la guerre économique menée contre la Russie atteint des sommets de ridicule jusque dans un champs qui devrait pourtant en être préservé, celui de la médecine. Jusqu’à voir les envoyés spéciaux des médias occidentaux qui sur les plateaux télé dégoisent depuis des mois contre le vaccin Sputnk V… vont se faire vacciner avec à Moscou. Avec une conclusion piquante : “Pour les Russes, les raisons du bashing étranger de Sputnik V sont claires : argent et xénophobie. Cependant, pour les correspondants occidentaux comme pour les civils, lorsque votre santé est en jeu, l’origine d’un vaccin importe peu – s’il fonctionne, il fonctionne.”

     

    Extraits

    “Vendredi, Andrew Kramer, du New York Times, a révélé qu’il avait reçu sa première dose de Sputnik V. Il a salué “l’accomplissement de bonne foi des scientifiques russes, qui poursuivent une longue tradition de développement de vaccins” et a même noté que Moscou avait évité certains des problèmes logistiques rencontrés en Occident.
    Cependant, M. Kramer semble avoir oublié que son propre journal s’est empressé de critiquer la formule russe, en publiant un titre qualifiant son développement plus rapide que la normale de “plus que stupide”

    “Les experts occidentaux se sont surtout concentrés sur l’approbation précoce douteuse, et non sur la conception du vaccin, qui est similaire à celui produit par l’Université d’Oxford et AstraZeneca”, indique M Kramer du NYT
    Le chef du bureau de Moscou de la publication, Anton Troianovski, a également admis avoir reçu le vaccin.
    La semaine dernière, Bloomberg a également publié un article positif sur le vaccin, rédigé par Sam Fazeli, analyste pharmaceutique, qui a noté que “le vaccin Sputnik V pourrait bien être un candidat aussi solide que ceux créés dans les laboratoires occidentaux”, avec une efficacité de plus de 90 %.

    Le vaccin mis au point à Moscou a également été administré à Oliver Carroll, de l’Independent, et à Nataliya Vasilyeva, du Telegraph. Depuis qu’il a reçu sa première dose, Oliver Carroll s’est montré relativement élogieux sur l’ensemble du processus, révélant par la suite qu’il avait des anticorps. En revanche, il a noté qu’il avait eu des effets secondaires semblables à ceux de la gueule de bois, qui se sont rapidement dissipés. Cette semaine, il a reçu sa piqûre de rappel.
    La volte-face des médias occidentaux sur Sputnik V n’est pas seulement un phénomène anglosaxon. La Deutsche Welle, la chaîne de télévision allemande financée par l’État, a également changé de ton, le journaliste Sergey Satanovski faisant l’éloge de la logistique de la vaccination. Il a notamment fait remarquer que le médecin lui avait remis une brochure d’information de 16 pages sur le vaccin

     

    Impérialisme capitaliste vs santé mondiale

    Depuis que la Russie a annoncé avoir réussie la première un vaccin très efficace contre le covid-19, la propagande n’a jamais cessé pour attaquer le vaccin. Dont le seul tort est d’être russe. Peut importe qu’il soit efficace à 91% c’est à dire autant que ses concurrents américain, qu’il soit moins cher, qu’il se conserve et se transporte plus facilement, qu’il utilise une technologie mieux connue, qu’il a moins d’effets secondaire apparemment que ses homologues anglais Astrazeneca et américain Johnson, ou encore qu’il exploite deux antigènes ce qui le rend a priori plus robuste contre les variants. Peut importe également que le président Russe a proposé que la France puisse le produire en autonomie sur son sol dès le mois de novembre – ce qui aurait sans doute permis de sauver des milliers de vie. Non la priorité était de massacré ce vaccin dont les seuls et uniques torts sont à la fois d’être produit par la Russie, un pays ne se soumettant pas à la férule de l’impérialisme euro-atlantique de l’Axe Washington Berlin Bruxelles, et à la fois d’être un emblème de l’excellence de ce qui reste et a été léguer de la recherche scientifique soviétique. Observons que la même situation en pire vaut également pour les vaccins chinois. Et que s’agissant des vaccins cubains c’est la une censure intégrale qui frappe.

    Et le résultat est là, alors que les vaccins américains, ont obtenu selon des procédures d’exception des autorisations de mises sur le marché dans des temps records, le vaccin russe est lui toujours interdit au sein de l’Union Européenne. Quelques pays de l’Est, ont cependant courageusement pris le parti de passez outre, permettant à des millions de leur citoyens d’accéder dans les meilleurs délais à la vaccination contre le covid-19. Et en Allemagne et même en France, quelques voix de dirigeants politiques locaux se sont élevées au plus forts de la pénurie pour indiquer qu’elles allaient acheter des vaccins sputnik V.

    JBC 

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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  • La métropolisation est une tendance lourde de nos sociétés. Né aux États-Unis, ce phénomène de concentration de la production de richesses dans de très grandes agglomérations a gagné la France au cours des dernières décennies et l’a profondément transformée. La métropolisation a conduit à une éviction des classes moyennes et populaires des métropoles, renvoyées dans une France périphérique appauvrie. La crise des Gilets jaunes a mis en lumière les dommages démocratiques de cette partition sociale et territoriale. C’est la thèse de Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui vient de publier dans la collection Le Débat chez Gallimard L’impasse de la métropolisation. L’historien souligne que la conquête électorale des métropoles par l’écologisme politique paraît relever davantage d’un réflexe de fermeture sur soi que d’une prise en compte du problème posé.1

    La nouvelle économie de services à la française a détruit l’ancien modèle économique. Les chiffres sont spectaculaires. En un demi-siècle, l’emploi industriel a régressé de plus de 40% à 10% de la main-d’œuvre et l’agriculture s’est effondrée de 15% à 2% des emplois. Cette fuite en avant vers l’économie tertiaire et financière touche tout le territoire et toutes les activités. Toutefois, elle est particulièrement marquée dans les métropoles, celles-ci ayant peu à peu répudié leurs activités industrielles, une tendance qui ne faiblit pas. Citons l’arrêt de l’usine AZF à Toulouse en 2001, qui fait suite à la première grande catastrophe industrielle du siècle, ayant tué 31 personnes, blessé 2 500, et fait 2 milliards d’euros de dégâts ; la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois en 2013 et des dernières grandes usines Nexans et SITL à Lyon de 2013 à 2015 ; ou la fermeture de l’usine Ford de Blanquefort-Bordeaux en 2019. Les deux exceptions sont – jusqu’à la Covid – le grand port de Marseille-Méditerranée et les industries aéronautiques à Toulouse et Bordeaux, même si ces dernières sont autant des industries de cadres que de main-d’œuvre.

    Une économie de cadres très productive…

    Les métropoles sont devenues des bassins d’emplois presque exclusivement tertiaires, avec un très fort taux d’encadrement, ce qui est un paradoxe pour des villes qui furent presque toutes de grandes cités ouvrières : Paris, ancienne capitale industrielle de la France ; Lyon, la ville des soyeux, des canuts et de la chimie ; Lille-Roubaix-Tourcoing, capitales du textile ; Marseille, Bordeaux et Nantes, anciennes capitales portuaires et d’industries navales. Cette page définitivement tournée, les capitaux bancaires et industriels ont été reconvertis dans les activités tertiaires les plus rentables. C’est le rêve de « l’entreprise sans usines », cher à l’ancien PDG d’Alcatel, Serge Tchuruk. Quand il l’énonça en 2000, ce fut un choc : mais sa prédiction, qui était alors le vœu secret de la technostructure française, s’est autoréalisée.

    Pour contourner le coût du travail élevé en France, dû aux charges sociales et au haut niveau de contestation sociale, les capitaux ont délaissé la productions des biens matériels au profit des services immatériels. Ce choix ne fut celui ni de l’Allemagne ni celui du Japon, ce qui oblige à y reconnaître un choix délibéré. Les cadres sont apparus comme politiquement plus sûrs que les ouvriers, et leur valeur ajoutée plus performante. Ainsi se sont à la fois multipliés dans les métropoles – prestige et confort obligent – les services aux entreprises et les services à la personne, qu’ils soient marchands ou non marchands. Ainsi, l’hôpital public se développe en même temps que les cliniques privées, et les universités publiques aux côtés de grandes écoles privées. On pourrait rétorquer que l’État a créé et réparti des universités et des hôpitaux sur tout le territoire. Mais les services hospitaliers de pointe sont aussi concentrés dans les CHU, qui accueillent aussi les médecins les mieux rémunérés, les professeurs d’université et les étudiants et diplômés les mieux classés.

    Car la métropolisation concentre les emplois privés de cadres dans ces régions urbaines. La fin des usines a entraîné la grande migration des ingénieurs vers les agglomérations. Depuis le tournant du siècle, ce mouvement touche aussi les architectes, les médecins, et les professions libérales en général.

    Certes, les services à la personne comme le tourisme ou l’hôtellerie-restauration mêlent des emplois de main-d’œuvre sans qualification, mal rémunérés, et des emplois à haut revenus : mais la particularité des métropoles est qu’elles ont réussi – comme pour la médecine – à capter la plupart des emplois les mieux rémunérés. Dans la fonction publique, le tertiaire de commandement a trouvé refuge dans ces métropoles ; et dans le secteur concurrentiel, le mouvement est encore plus marqué. L’État doit en effet maintenir des emplois de cadres, même en petit nombre, dans tous les départements, que ces emplois soient universitaires, hospitaliers, militaires, judiciaires ou liés au réseau de la préfectorale. Mais la balance n’est pas équilibrée. 85% à 90% des énarques résident à terme en Île-de-France, ce qui reflète la réalité de l’organisation et de la centralisation de l’État. De même, les emplois les mieux rémunérés de la fonction publique territoriale se concentrent dans les capitales régionales, qui sont en majorité des métropoles depuis la réforme de François Hollande. Or la question est plus large.

    À Paris, presque la moitié de la population est désormais composée de cadres supérieurs, soit 44% : cette proportion considérable se réduit au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Paris et du cœur des métropoles. Elle tombe à 37,5% dans les Hauts-de-Seine (petite couronne), 30% dans les Yvelines (grande couronne) et à moins de 10% dans les départements du Cantal ou de la Lozère, parmi les plus ruraux de France. À s’en tenir aux cadres du secteur public, l’écart serait moins important. Mais, dans le secteur privé, ce serait pire. Car la métropolisation concentre les emplois privés de cadres dans ces régions urbaines. La fin des usines a entraîné la grande migration des ingénieurs vers les agglomérations. Depuis le tournant du siècle, ce mouvement touche aussi les architectes, les médecins, et les professions libérales en général. Cela tient, pour partie, à la féminisation de ces métiers, à leur concentration dans des structures plus larges (cabinets d’avocats ou d’architectes remplacent les indépendants d’autrefois), mais surtout à la concentration des richesses produites dans les métropoles. La richesse attire les cadres car elle peut les rémunérer selon leurs attentes, et ils la font croître en retour.

    La puissante catégorie sociale des cadres, passée en soixante ans de 5 % à 15-17% des actifs, ce qui, en 2020, représente 4,7 millions de personnes (famille non comprises), réside aux deux tiers dans les métropoles. Ce fut l’objectif des maires de Nantes, Bordeaux ou Toulouse que d’attirer dans leur ville ces actifs haut de gamme, désireux de quitter Paris et ses nuisances pour s’installer dans une grande ville de province. Non seulement ils démontrent par leur choix l’attractivité de la ville choisie, mais ils renforcent tous les mécanismes ardemment souhaités par les municipalités (montée des prix de l’immobilier, gentrification, élargissement des bases fiscales, image de marque, création de richesses et de nouvelles entreprises, etc.).

    Cette dynamique de métropolisation repose principalement sur la mobilité des hauts emplois de services (public ou privé). Elle se traduit par la constitution de milieux sociaux et de vie homogènes, comme l’Ouest parisien, le centre de Bordeaux, le centre et la banlieue ouest de Lyon, les quartiers du centre et sud de Marseille et, de l’autre, par la concentration des administrations et des entreprises à forte valeur ajoutée. CHU, grandes écoles et universités offrent localement des services à la personne (formation, santé, entre autres), tandis que dans les entreprises de services aux entreprises (informatique, communication, publicité, banques, finance, conseil, etc.) accroissent les revenus, les ressources fiscales et les investissements.

    En 2019, les douze métropoles françaises produisent plus de la moitié du PIB national, alors qu’elles n’occupent qu’une infime partie du territoire, près de 5% (dont 2,5% pour l’Île-de-France). Elles hébergent les deux tiers des cadres français, ce qui est leur atout maître, dont un tiers en Île-de-France, et le second dans les onze autres (Lyon, Marseille/Aix, Lille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Strasbourg, Rennes, Montpellier, Nice et Grenoble). Certaines, comme Paris et Nice, abritent en outre une grande proportion de cadres retraités, ce qui contribue à l’économie générale du système métropolitain. Il s’ensuit un grand déséquilibre dans la production des richesses, la distribution des activités et des revenus au sein de l’espace national, plaçant les deux tiers des départements français dans une situation de dépendance chronique au sein du grand système national de redistribution, assuré par l’État et les organismes sociaux.

    L’hécatombe des classes populaires urbaines

    La partition territoriale qui sépare aujourd’hui les classes sociales françaises aisées de la majeure partie du peuple n’épuise pas la métropolisation comme prince de réorganisation de la société. Il serait faux et naïf de penser que la bourgeoisie française et les haut des classes moyennes peuvent se passer des classes populaires. Certes, le gros des classes populaires françaises a dû quitter le monde de la production, tant agricole (par excès de modernisation) qu’industrielle (par excès de délocalisation). L’artisanat a été réduit à sa plus simple expression par la standardisation, et l’industrialisation du bâtiment par la mode du jetable et par l’obsolescence programmée. Pourquoi recourir à des réparateurs ou à des couturières quand on jette, et à des peintres quand sa maison est équipée de PVC ?

    Mais cela laisse intacts les services à la personne (nettoyage, aide aux enfants ou aux personnes âgées, restauration) et certains services aux entreprises (gardiennage, entretien des locaux et des espaces verts). Dans le grand chambardement territorial traversé par la France des années 1970 aux années 2000, les classes populaires ont quitté l’Île-de-France puis certaines métropoles pour se réinstaller assez loin : dans des zones rurales comme en Bretagne, dans des villes petites et moyennes, mais surtout dans le péri-urbain, à quelques dizaines de kilomètres de la ville-centre. La pavillonisation de l’habitat les a matériellement éloignées des bassins d’emploi des services à la personne ou aux entreprises. Or pour garder un enfant, il faut être disponible dès huit heures du matin ; pour ranger et préparer les restaurants, la fin de soirée est nécessaire ; pour nettoyer l’avenue des Champs-Élysées ou les transports en commun, on doit travailler en pleine nuit. Les employeurs ont besoin d’une main-d’œuvre de proximité et à faibles salaires. Or travailler de nuit à vingt ou quarante kilomètres de chez soi, surtout si l’on doit utiliser sa voiture personnelle – cité pavillonnaire oblige – pour un Smic ou à peine plus, n’a aucun intérêt économique.

    Il est souvent dit que « les Français » refusent de faire des métiers dégradants, ce qui rend nécessaire un flux migratoire constant vers les métiers et secteurs « sous tension ». Cette explication, qui fait l’impasse sur la métropolisation, est biaisée : les prix de l’immobilier des métropoles se sont envolés en une génération – à l’inverse de l’Allemagne –, croissant deux à trois fois plus que les salaires versés ; poussées par la désindustrialisation, les classes populaires ont été chassées des villes. Il existe des exceptions, nonobstant le fait que certaines familles ont grimpé dans l’échelle sociale pour s’intégrer aux élites. Mais en général, à cause du chômage, de la transformation de l’environnement – devenu trop cher, ou non conforme aux habitudes antérieures –, ou pour défaut de famille nombreuse, les anciennes classes populaires n’occupent plus les logements sociaux. Beaucoup ont même quitté ceux qu’elles occupaient.

    Une fois réalisé leur déménagement hors de la métropole, et réinstallées en pavillon ou dans une petite ville, il n’y a plus de retour possible. Ainsi sont partis les « déplorables », pour pasticher une citation de Hillary Clinton évoquant les électeurs populaires de Trump.

    Le centre des métropoles – tantôt livré à la rénovation (quartiers Saint-Michel à Bordeaux, de la Gare de Lyon à Paris), à la construction de quartiers résidentiels (quartiers de la BNF à Paris rive gauche ou des bassins à flots à Bordeaux), de bureaux ou d’activités diverses (Euroméditerranée à Marseille, quartier des gares à Lille) – incite ou contraint les classes populaires subsistantes à quitter leurs quartiers de naissance ou de résidence. Une fois réalisé leur déménagement hors de la métropole, et réinstallées en pavillon ou dans une petite ville, il n’y a plus de retour possible. Ainsi sont partis les « déplorables », pour pasticher une citation de Hillary Clinton évoquant les électeurs populaires de Trump.

    De nouvelles populations s’installent dans les quartiers réaménagés, répondant aux souhaits des municipalités des grandes villes. Celles-ci veulent attirer des CSP+, ces cadres pouvant répondre à la hausse des prix de l’immobilier, et dont les modes de vie sont conformes aux nouvelles attentes : la salle de sport remplacera le bistrot, et l’onglerie ou le magasin bio la charcuterie ou la droguerie d’antan. En outre, certaines populations mobiles, comme les touristes ou les étudiants, sont ciblées. Car la gentrification n’est pas subie mais voulue. Nous reviendrons, plus tard, sur cet aspect difficile à aborder : dans une capitale régionale en pleine expansion, soucieuse de son image de marque et désireuse de satisfaire ses nouveaux habitants, pourquoi s’embarrasser de gens à « problèmes » ? Les foyers de handicapés, les maisons de retraite, les hôpitaux, les trop grandes familles, voire les enfants, la pauvreté d’une manière générale sont des problèmes pour les édiles : cela coûte cher et occupe un personnel communal important, cela crée des servitudes, de sorte qu’à l’exclusion des ouvriers et employés indispensables au confort de ses habitants, la grande ville est tentée d’externaliser ces habitants ou ces activités vers la banlieue, voire sa grande banlieue. La nouvelle géographie de la localisation des EHPAD et des nouveaux équipements liés à la mort (arboretum funéraire, centres de crémation, chambres mortuaires, pompes funèbres) dans les métropoles serait très éclairante.

    La conséquence de ces transformations réalisées en une ou deux générations est un rapide changement des populations métropolitaines. Dans la capitale girondine, il ne reste pas grand monde des Bordelais d’origine. Depuis l’abandon du port urbain de Bordeaux dans les années 19802, suivi de la rénovation de la ville dans les années 2000, le turnover a été très rapide. La mystérieuse « bourgeoisie bordelaise », réputée distante, s’est considérablement renouvelée : François Mauriac n’y retrouverait pas beaucoup son monde. Aspirées par Paris, par d’autres métropoles ou la mondialisation, les descendants des élites d’autrefois sont souvent partis. Et que dire des classes populaires qui dessinaient l’autre visage de Bordeaux : gouailleur, parlant fort avec l’accent bordelais chantant, mâtiné de termes occitans ou espagnols. Ce petit peuple, qui vivait des activités du port, de l’industrie et du commerce du vin, a quitté la ville. La mairie et la presse locale préfèrent évoquer les « nouveaux Bordelais », cœurs de cible des communicants de la mairie. À Toulouse, La Dépêche du Midi a calculé, il y a quelques années, que sur ses 800 000 habitants les Toulousains d’origine sont moins de 200 000, alors que la ville-centre comptait plus de 400 000 habitants dès 2000.

    La République en échec

    L’impasse démocratique dans laquelle se sont engagées les métropoles a été évoquée au début de cet ouvrage. Elle touche le fondement de la démocratie politique : le scrutin électoral. Non seulement la participation électorale est devenue faible dans les grandes agglomérations, et même de plus en plus faible ; mais cette dégradation de la légitimité des élus, acquise par le suffrage universel, est aggravée tant par l’évolution du pouvoir des maires que par les structures sociologiques de la ville. Si les métropoles votent très peu, ainsi que nous l’avons évoqué, c’est que les segments de la société qui votent le plus (classes moyennes, retraités) ont été chassés de la ville-centre au profit de populations peu ou non votantes (étudiants, immigrés récents – souvent étrangers –, sans parler des touristes).

    Évoquons, en outre, la nature du pouvoir municipal. Celui-ci est de moins en moins démocratique. Les élus d’opposition au conseil municipal n’ont en général que le pouvoir de la parole, étant sous-payés et n’étant pas associés aux décisions ; quant à la majorité municipale, elle est presque entièrement soumise aux décisions du maire, le conseil se contentant de voter en bloc les décisions prises au préalable entre le maire, ses services administratifs, son ou ses conseillers politiques, et quelques notables ou hommes d’affaires – des non-élus donc. Ajoutons qu’en dépit de la décentralisation, de nombreux facteurs limitatifs ont contribué à réduire la marge de manœuvre des maires ; il s’agit des communautés d’agglomération, des règlements et des normes, du caractère oligopolistique des fournisseurs aux collectivités – qui constituent un pôle majeur du capitalisme rentier à la française –, du principe de précaution et de la judiciarisation de la vie publique. Toute la chaîne démocratique en est atteinte.

    Ajoutons qu’en dépit de la décentralisation, de nombreux facteurs limitatifs ont contribué à réduire la marge de manœuvre des maires ; il s’agit des communautés d’agglomération, des règlements et des normes, du caractère oligopolistique des fournisseurs aux collectivités – qui constituent un pôle majeur du capitalisme rentier à la française –, du principe de précaution et de la judiciarisation de la vie publique.

    De tout cela résulte une baisse conséquente de la participation au vote, car les électeurs ont compris cette dégradation du pouvoir municipal. De grands « élus » municipaux, parfois présentés en « barons » ou en « princes » régionaux, ne sont élus que par des minorités. Dans les communes de Lille, Bordeaux ou Grenoble, dont la ville-centre est de taille modeste au regard de l’agglomération dans son ensemble, le maire n’est souvent l’élu que d’une infime partie de la population. Alain Juppé a été élu en 2014 par 46 489 électeurs, soit 33,1 % des inscrits de Bordeaux, mais 5,9% de la population de l’agglomération ; le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a été élu avec 29 928 voix, soit 20,55% des inscrits, mais 6,64% des habitants de l’agglomération. En 2020, Martine Aubry a été réélue maire de Lille par 15 389 voix, ce qui représente 12,36% des inscrits, mais 1,31% des habitants de Lille Métropole. À de tels niveaux, la distorsion démocratique est presque rédhibitoire, même si tout semble continuer comme avant. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la couleur politique des métropoles puisse changer de manière difficilement prévisible, puisque tout dépend d’une petite cohorte de votants.

    Forts de leurs principes démocratiques réaffirmés, les nouveaux maires écologistes de 2020 veulent-ils renouveler les pratiques et l’ancrage de la citoyenneté municipale ? Leurs premiers gestes et déclarations permettent d’en douter. Après Anne Hidalgo en 2019 à Paris, Pierre Hurmic à Bordeaux et Jeanne Barseghian à Strasbourg ont décrété « l’état d’urgence climatique ». Mais sans base juridique, ce projet vise à « défendre une limitation des libertés au nom du changement climatique [ce qui] n’est pas liberticide » (selon l’élue insoumise Manon Aubry)3. Libertés d’éclairages, de chauffage, de déplacement, de consommation, etc. seront désormais soumises à des réglementations contingentes spécifiques. Pourtant, si ces nouveaux élus se présentent en apôtres de la « démocratie participative », il y a un fossé avec leurs pratiques concrètes. Ces adeptes du « collectif » gouvernent leur ville et les métropoles entourés de leurs seuls proches : « Pierre Hurmic à Bordeaux, Grégory Doucet à Lyon ou, encore, Jeanne Barseghian à Strasbourg n’ont attribué qu’à des proches les postes de décision stratégiques, notamment les délégations des intercommunalités 4». Et la journaliste du Figaro Judith Waintraub d’ajouter : « Pierre Hurmic assume de ne pas partager le pouvoir à Bordeaux ».

    Partition des électorats, faible appétence des électeurs, dérive technocratique du pouvoir municipal, dilution du pouvoir et des responsabilités, la liste est longue des maux de la crise de la République municipale qui gouverne les métropoles ; cela est d’autant plus fâcheux que leurs maires sont cités en exemple et érigés en interlocuteurs naturels de l’État. Eu égard à la place conquise par les métropoles dans la production des richesses, dans la reconfiguration de l’espace national et social du pays, il n’est pas abusif de dire que leurs manquements démocratiques sont un grave symptôme de la crise de la République.

    Pierre Vermeren

     

    Notes :

    1: Les lignes suivantes sont issues de son ouvrage.

    2 : Pierre Guillaume, « Bordeaux oublie son port », in Guy Saupin, Villes atlantiques dans l’Europe occidentale du Moyen Âge au XXe siècle, Rennes, PUR, 2006, p.419-427.

    3 : Judith Weintraube, « Les folies des nouveaux maires écolos : leurs obsessions, leur idéologie, leurs dégâts », Le Figaro, 4 septembre 2020.

    4 : J. Waintraub, op. cit., 4 septembre 2020.

     

    source: https://lvsl.fr/

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  • Dans la période réactionnaire que nous connaissons, deux discours symétriques démobilisateurs en matière d’écologie rencontrent un certain succès : le discours « négationniste » (climatologies-sceptique par exemple), qui nient l’ampleur voire la réalité d’une crise écologique majeure (et dédouane objectivement le capitaliste, qui en est responsable), et le discours catastrophiste annonçant le chaos irréversible voire la fin du monde comme proches (pourquoi donc accomplir quelque action collective que ce soit, si c’est le cas ? Bien pratique aussi pour les capitalistes !). La vérité scientifique se situe entre les deux, comme le rappelle le président du Muséum national d’histoire naturelle Bruno David dans l’ accordé ici au Journal du :  https://lejournal.cnrs.fr/articles/biodiversite-il-nest-pas-trop-tard-pour-agir Notons toutefois que la résilience du vivant se heurte aux pulsions de mort de plus en plus pressantes de l’impérialisme extermiste : on ne peut se borner au constat scientifique sans parler du contenu de classe sous-jacent à la crise écologique si l’on veut y mettre fin.


    « Biodiversité : il n’est pas trop tard pour agir »

    Cet entretien de Bruno DAVID est paru dans le numéro 10 de la revue Carnets de science, en vente en librairies.

    La crise de la biodiversité, dont vous décrivez les prémices dans votre livre À l’aube de la 6eextinction, ne provient-elle pas de notre manière de voir et de comprendre le monde ? Alors que nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs se pensaient comme immergés dans la nature, ne nous sommes-nous pas extraits de la nature, « dé-naturés » ?
    Bruno David1. Le fait est que, depuis des millénaires, nous avons tendance à nous percevoir comme extérieurs et supérieurs au reste de la nature. La conscience que nous avons de nous-mêmes, contrairement au platane planté par Buffon en 1785, que j’aperçois de mon bureau du Muséum et qui ne sait pas qu’il existe, nous a amenés à nous dire qu’il y a nous, les humains, d’un côté, et tous les autres êtres vivants, de l’autre. À cause de ce dualisme Homme-Nature encore trop prégnant, notre empreinte sur la planète n’a cessé de s’intensifier. Tant que nous étions 500 millions sur Terre, il n’y avait pas de problème majeur. Notre impact était limité et localisé. Mais aujourd’hui que nous sommes près de 8 milliards, la pression que nous faisons subir à la biodiversité est beaucoup plus forte, sachant que l’empreinte écologique d’un du Nord est nettement supérieure à celle d’un Européen ou d’un Africain (l’écart est de 7 à 4 et à 1).

    Alors que les cinq vagues d’extinctions massives que la Terre a connues au cours des 500 derniers millions d’années ont toutes été causées par un événement naturel comme un volcanisme important ou l’impact de météorites, la crise actuelle a pour origine certains comportements d’une espèce de bipèdes à sang chaud plutôt nombreux : Homo sapiens. Plus exactement, cette crise est multifactorielle. Comme dans Le Crime de l’Orient-Express, il y a plusieurs coupables, tous liés à l’Homme : la démographie galopante, l’étalement urbain synonyme d’artificialisation des sols, la surexploitation des ressources océaniques, l’agriculture intensive, la déforestation, les pollutions en tous genres, l’introduction d’espèces invasives, le changement climatique…

    N’y a-t-il pas quelque absurdité à vouloir préserver toutes les espèces animales et végétales, y compris celles qui nous menacent ? 
    B. D. Se poser cette question est légitime, mais penser que l’on pourrait dresser une liste des espèces « utiles » et négliger les « inutiles », quitte à ce qu’elles disparaissent complètement, dénote une méconnaissance du fonctionnement du système vivant. On peut comparer la biodiversité, c’est-à-dire tout à la fois la diversité des gènes, des espèces et des écosystèmes qui constituent le « tissu vivant » de notre planète, à la tour Eiffel. Enlevez quelques rivets (l’équivalent d’individus) et quelques poutrelles (l’équivalent d’espèces) : rien ne bougera. Retirez-en d’autres : rien de grave là encore ne se produira. Mais une fois atteint un certain seuil à partir duquel il ne sera plus possible de revenir en arrière, l’ensemble s’effondrera.

    Or, sans les autres êtres vivants, nous ne pourrions tout simplement pas vivre. Nous respirons grâce à l’oxygène produit par le vivant. Nous mangeons grâce au vivant. Nous digérons grâce au vivant (le microbiote intestinal). Nous nous soignons grâce au vivant. Notre peau est protégée grâce au vivant (la flore bactérienne qui vit à la surface du corps constitue une sorte d’armure invisible), etc. Sans oublier que l’extinction d’une espèce signe une fin irréversible. Éthiquement, nous n’avons pas le droit de priver nos descendants de la présence de telle ou telle espèce sur le globe. Ce serait comme aller au Louvre et y brûler les tableaux qui ne nous plaisent pas. Et tant pis pour les générations suivantes !

    Il faut marteler que nous ne sommes que l’une des millions d’espèces biologiques présentes sur Terre et que chacune d’entre elles a un rôle à jouer. 

    Combien d’espèces, à l’instar du dodo de l’île Maurice, se sont-elles totalement éteintes en quelques siècles ? 
    B. D. Très peu. Les extinctions vraiment constatées sont de l’ordre de 1 à 3 % dans chaque groupe (oiseaux, mammifères, amphibiens…), au grand maximum 10 à 12 % selon les projections les plus pessimistes. Seule une petite partie de la biodiversité a été détruite, alors que chaque grande crise du passé géologique s’est traduite par 75 à 80 % d’extinctions. Nous ne sommes donc qu’à l’aube d’une extinction de masse, d’où le titre de mon livre. Pas à midi, pas le soir, disons vers 7-8 heures du matin. Le vrai problème, c’est que les aiguilles de la pendule tournent très, très vite : 100 à 1 000 fois plus vite que lors des précédents épisodes. Quand on extrapole les données recueillies depuis deux siècles, on obtient un taux d’extinction de 8 000 % pour les mammifères. Jamais la biosphère n’a foncé à pareille allure en direction d’une crise.

    En mai 2019, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, l’équivalent, pour la biodiversité, du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a annoncé que, dans les prochaines décennies, 500 000 à 1 million d’espèces allaient décliner et, à terme, être menacées d’extinction.

    L’érosion de la biodiversité accroît-elle le risque de voir éclater de nouvelles pandémies comparables au Covid-19 ? 
    B. D. Sans jouer les Cassandres, on peut répondre oui en raison de la règle appelée « Kill the winner » (« Que le vainqueur meure »). Cette règle qui prévaut dans le monde des pathogènes dit que ces derniers se tournent de préférence vers les espèces dominantes, les formes biologiques qui ont le plus de succès, simplement parce qu’elles « offrent plus à manger » si je puis dire.

    Plus la biodiversité est riche, plus les pathogènes infectent des espèces différentes et plus ils nous épargnent. À l’inverse, plus nous serons nombreux, plus la déforestation nous rapprochera d’espèces sauvages, plus nous consommerons de viande de brousse, plus nous pratiquerons l’élevage intensif qui offre des conditions idéales à l’éclosion et à la propagation de nouveaux pathogènes, et plus nous nous désignerons nous-mêmes comme le « winner » aux yeux des virus.

    Autrement dit, plus nous porterons atteinte à la biodiversité et plus la probabilité que des zoonoses se déclenchent et se propagent augmentera. Altérer des écosystèmes qui ont mis des millions d’années à se construire, c’est se coller une grosse cible sur le dos. 

    Votre essai n’est ni désespéré ni désespérant. Vous accordez « une place raisonnable à l’optimisme » Pour quelle raison  ?
    B. D. La capacité de résilience des écosystèmes est étonnante. La biodiversité cicatrise relativement bien et relativement vite tant que l’on n’a pas dépassé la limite qui fait basculer un écosystème vers un nouvel équilibre. Ce qui veut dire que si l’on agit, les effets positifs apparaissent en peu de temps. On peut prendre l’exemple du thon rouge de Méditerranée, au bord de l’extinction à la fin des années 2000. Des quotas de pêche drastiques et des mesures de protection ont été adoptés et ont permis aux stocks de se reformer. En Thaïlande, fermer les plages de Maya Bay pendant quelques mois a suffi pour que les requins à pointe noire reviennent croiser à proximité du rivage. Autre exemple : une marée noire est un accident terrible, le littoral est ravagé, mais dix ans après, il n’y a plus aucune trace de cette catastrophe. La biodiversité marine s’est reconstituée. 

    Que faut-il faire, concrètement, pour contrecarrer l’appauvrissement de la biodiversité qui interroge l’avenir même des sociétés humaines ? 
    B. D. Je ne veux pas donner des leçons, dire : « Attention ! Il faut impérativement faire ceci ou surtout ne pas faire cela ». Je dresse un constat : la pression que nous exerçons sur le vivant est excessive et il devient urgent de rectifier le tir en veillant évidemment à ce que les mesures prises soient socialement acceptables pour ne pas courir le risque d’un raidissement des populations, comme l’ont montré les mouvements des « bonnets rouges » ou des « gilets jaunes » dans notre pays.

    En outre, ma conviction est que nous ne devons pas nous imaginer que notre technophilie, grâce à laquelle le rover Perseverance s’est posé récemment sur Mars, une prouesse fascinante qui me remplit d’admiration, pourrait nous permettre d’agir sur le vivant comme on agit sur une machine. Ce serait faire injure à l’hypercomplexité de la planète et de sa biosphère. De même, on ne pourra pas se contenter d’une logique de territoires où la faune et la flore seraient protégées à 100 % et en dehors desquels tout ou presque serait permis. 

    Pour arrêter de dilapider notre capital « Terre », changer nos comportements les plus « prédateurs » sera indispensable. Je compte beaucoup sur la mobilisation individuelle. Tout geste même minime accompli par des millions d’individus finit par produire un effet important. Stopper l’accroissement démographique va aussi s’avérer nécessaire, le rythme actuel d’un milliard d’humains de plus tous les treize ans étant incompatible avec une Terre décemment habitable. Espérons que cela se fasse naturellement, ce qui n’est pas du tout à exclure car, dans ce domaine très intime, toute ingérence autoritaire est à rejeter avec la plus grande fermeté. La trajectoire actuelle sur laquelle Homo sapiens inscrit la planète est certes délétère, mais elle n’est pas une fatalité. Il n’est pas trop tard pour agir, chacun à l’aune de ce que sa situation personnelle lui permet de faire. Alors, agissons en limitant les facteurs de pression et la biodiversité, notre patrimoine commun, réagira positivement. ♦   

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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    Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés-par Guy Pichard (bastamag-7/04/21)

     

    Depuis plus de deux semaines, la Fonderie de Bretagne, propriété de Renault est à l’arrêt. Les employés usent du blocage pour protester contre la mise en vente du site et l’absence de dialogue avec leur direction, et s’interrogent sur l’attitude du constructeur.

    « Nous les avons questionnés sur notre sort et ils n’ont pas daigné nous répondre », explique Christophe, salarié depuis une trentaine d’années à la Fonderie de Bretagne de Caudan (Morbihan), et gréviste depuis le 27 avril. Sept membres de la direction de l’usine, qui fabrique des pièces pour les châssis, les moteurs ou les boîtes de vitesse de véhicules Renault, sont alors retenus sur le site par des salariés inquiets. « On les a alors seulement bloqués ! Ils ont été retenus jusqu’à 22 heures, pas séquestrés comme on a pu le lire... », rétablit l’ouvrier sur le parking du site. Depuis ce jour, plus d’une centaine de salariés se relaient quotidiennement pour occuper la fonderie, avec un roulement bien précis. « Personnellement, j’occupe tous les jours l’entreprise. Il y a trois groupes qui se relaient : le matin de 6 à 14 heures, puis de 14 à 22 et enfin de 22 à 6, ce sont les 3 x 8 en somme !  », détaille Christophe. « Rien ne sortira de la fonderie avant que l’on puisse dialoguer avec la direction », prévient-il.

    Dernier bastion d’un savoir-faire et d’une vie ouvrière séculaires dans le pays de Lorient, la Fonderie de Bretagne est l’héritière d’une tradition sidérurgique locale au passé riche. L’usine bretonne a vu son nombre d’employés divisé par trois en une trentaine d’années (340 aujourd’hui). Elle n’est malheureusement pas la seule fonderie actuellement en difficulté. Ainsi, Jinjiang FVM (127 salariés) à Villiers-la-Montagne en Meurthe-et-Moselle a été placée en liquidation le 19 avril. Dimanche 25 avril, dans l’Aveyron, une manifestation a eu lieu pour le maintien de l’emploi à la SAM (357 salariés), en redressement judiciaire depuis fin 2019 et toujours sans repreneur... La liste est encore longue car la France dénombre près de 380 fonderies sur son territoire. Le 3 mai, le ministère de l’Économie annonçait encore un nouveau prêt de 10 millions d’euros à la société Alavance, propriétaire de trois fonderies dans la Vienne et l’Indre.

    Pourtant l’argent coule à flots pour l’industrie automobile

    Une étude sur le secteur de la fonderie automobile en France, datant de mai 2020 et commandée par le gouvernement et la filière automobile (PFA, qui rassemble Renault, Valeo ou Michelin), estime même que dans les dix prochaines années, 40 % des emplois du secteur pourraient être amenés à disparaître... soit environ 5000 postes sur les 13 500 que comptent la filière aujourd’hui ! À Caudan, cela fait un an environ que la situation est confuse, depuis qu’un article du Canard Enchaîné a révélé que le groupe Renault comptait – déjà – se séparer du site, alors même que le constructeur au losange venait de bénéficier d’un prêt de l’État de 5 milliards d’euros et d’une aide à la relance.

    De quoi déclencher une première grève et une fronde des élus. Une semaine de négociation suffit alors pour que le sort de la Fonderie de Bretagne soit préservé et qu’une revue stratégique du site soit lancée. Mais un an plus tard, le 11 mars 2021, le couperet tombe : Renault annonce officiellement vouloir rechercher un repreneur.

    Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés-par Guy Pichard (bastamag-7/04/21)Au milieu des machines à l’arrêt, des panneaux félicitent les ouvriers pour leurs récents records de productivité. Une vidéo promotionnelle a même été tournée sur place récemment pour vanter la modernisation du site / © Guy Pichard

    C’est le grand paradoxe de la situation : l’argent coule à flots pour l’industrie automobile. Outre le prêt accordé à Renault, un plan de 8 milliards d’euros va soutenir le secteur, qui bénéficiera aussi de nouvelles aides prévues par le plan de relance. Un « comité stratégique de la filière automobile » a même été créé, avec un casting de choix affiché fièrement par le gouvernement : quatre ministres, deux patrons de l’industrie et un budget de 50 millions d’euros annoncé le 26 avril, la veille de l’occupation de la Fonderie de Bretagne, dont 20 millions versés par les constructeurs pour aider les employés licenciés à se reconvertir. Si la question des fonderies y est abordée, c’est l’absence de perspectives qui a décidé les employés de celle de Bretagne à relancer une grève.

    « Ce n’est pas la première grève à l’usine », explique Marie, qui a travaillé deux ans à la fonderie en intérim. « Je ne suis pas pessimiste pour l’avenir de l’usine car cela fait plusieurs fois que cette situation a lieu. Ce qui est étonnant, c’est qu’encore la semaine dernière, la direction a même congratulé les employés pour avoir battu un record de rendement ! », s’étonne la jeune femme.Renault félicite ses salariés, avant de d’en débarrasser

    Drôle d’ironie à l’intérieur du bâtiment. Certaines salles abritant les machines à l’arrêt sont ornées de panneaux sur lesquels la direction félicite les employés de leurs « records de production » établis quelques semaines avant l’annonce du groupe Renault de se séparer de l’usine ! « Après l’incendie qui avait ravagé notre outil de travail l’année dernière (en 2019, ndlr), Renault s’était engagé à nous donner plus de volume de travail à une condition : que l’on atteigne les objectifs imposés », s’est exclamé Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT Fonderie de Bretagne, et figure médiatique de la contestation, lors du rassemblement du 1er mai à Hennebont, ajoutant : « Ces objectifs ont été atteints et dépassés mais ils veulent tout de même partir ! Sommes-nous sur une relation de maître à esclave ? »

    Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés-par Guy Pichard (bastamag-7/04/21)« Les salariés n’accepteront pas d’être sacrifiés avec femme et enfants au nom de la logique capitaliste », lance Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT Fonderie de Bretagne, lors du 1er mai qui réunit environ 2000 personnes dans le centre d’Hennebont / © Guy Pichard

    Un mot revient sur les lèvres et les pancartes : trahison. « Cette décision de nous vendre nous rappelle à tous de très mauvais souvenirs. Comment Renault peut-il trahir ses salariés, les pouvoirs locaux et la population ? » L’amertume est grande chez les salariés et leurs proches, mais également au sein de la classe politique locale... Une partie d’entre elle avait donné rendez-vous aux salariés ce 1er mai, après le défilé, dans le centre d’Hennebont, au Parc botanique de Kerbihan. Si tous les politiques présents étaient d’accord pour soutenir le maintien de l’usine au sein du groupe Renault, certains avaient la partie plus difficile que d’autres... Jean-Michel Jacques par exemple, seul député LREM à s’être déplacé, a pu globalement dérouler son discours calmement, sauf quand il est tombé dans la caricature. « Les communistes souhaitaient la nationalisation de la fonderie, si vous voulez un régime soviétique c’est votre choix ! », a lâché le député de la majorité présidentielle au milieu de la foule, provoquant de vives réactions.

    « Nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent »

    Malgré le cadre bucolique de la réunion du 1er mai, les quelques élus bretons ont aussi montré des divergences dans leur soutien à l’usine. Un point a cristallisé les désaccords : une clause de confidentialité signée par certains élus de droite. « Quelques semaines après la revue stratégique, nous – élus de l’opposition – avons appris que des élus locaux, comme le président de l’agglomération mais aussi le maire de Caudan, avaient signé une clause de confidentialité », dénonce Damien Girard, candidat EELV malheureux à la mairie de Lorient. « Les documents qui ont été présentés aux élus n’étaient pas les mêmes que ceux présentés au syndicat, il y avait eu deux réunions différentes à deux moments ! À partir de là, il était clair que Renault menait en bateau les salariés de l’entreprise », détaille l’écologiste. Malheureusement, ces manœuvres politiciennes n’ont fait que renforcer le constat amer partagé par bon nombre de grévistes sur place : l’inégal rapport de force entre la classe politique et le patronat.

    Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés-par Guy Pichard (bastamag-7/04/21)« Les communistes souhaitaient la nationalisation de la fonderie. Si vous voulez un régime soviétique, c’est votre choix ! » Jean-Michel Jacques, député LREM du Morbihan, répond aux grévistes à Hennebont le 1er mai / © Guy Pichard

    « Les politiques locaux soutiennent par la parole mais cela manque d’actes », regrette Marie, dont le mari travaille toujours à la fonderie. « Aujourd’hui nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent. Renault a pourtant bénéficié de milliards de subvention de la part de l’État ! », poursuit la jeune femme. En effet, depuis 2009, plus de 8 millions d’euros ont été injectés dans l’usine par l’État, la région Bretagne et Lorient-Agglomération. L’enjeu est de taille, car avec ses 350 salariés (et 1000 emplois indirects), la Fonderie de Bretagne est un outil industriel capital dans cette partie de la Bretagne.

    « Nous aurons tous toujours besoin de fabriquer des voitures dans des conditions écologiques et sociales les meilleures possibles »

    La deuxième semaine de grève étant bien entamée, ses premières conséquences se sont fait ressentir chez Renault... Ainsi, le 3 mai, Maël Le Goff annonçait qu’à l’usine du Mans, la ligne de production de la Zoé – la voiture électrique du constructeur – était stoppée, faute de pièces livrées par la fonderie. En effet, l’usine, qui fabrique notamment des bras de suspension et des différentiels de boîtes de vitesse, équipe aussi les voitures électriques de Renault, et l’affiche fièrement. Le modèle Zoé est brandie sur les pancartes de contestation, comme pour tordre le cou aux arguments qui feraient passer la fonderie comme obsolète. « C’est aussi l’enjeu de cette mobilisation », explique Dominique, présent dès le premier jour de la grève.

    « Nous voulons faire comprendre à la population que nous fabriquons des pièces pour les voitures électriques. Il n’y a plus de fonte ici. Renault va juste délocaliser ailleurs pour engendrer plus de bénéfices ! » continue l’ouvrier. Espagne, Turquie ou encore Maroc, les pays visés semblent promettre toujours plus de travail à coût réduit, quitte à polluer davantage, que ce soit en termes de transport des marchandises ou via les équipements de fabrication. « Malgré la transition écologique, la France doit pouvoir conserver ce type d’usine », commente l’écologiste Damien Girard. « Nous aurons tous toujours besoin de fabriquer des voitures mais nous devons essayer de les fabriquer en France, dans des conditions écologiques et sociales les meilleures possibles », ajoute-t-il.

    Cette nouvelle lutte pour la survie s’annonce délicate pour les ouvriers de la Fonderie de Bretagne, et le soutien de la population locale (une cagnotte en ligne existe d’ailleurs) ne sera pas de trop pour exiger du groupe Renault qu’il tienne ses promesses. « Renault pensait éteindre un foyer de perte comptable, ils attisent un foyer de colère nuisible à leur image », a clamé Maël Le Goff à la foule.

    Guy Pichard

    source: https://www.bastamag.net/

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  • Pierre-Olivier POYARD, 38 ans, militant du Mouvement de la Paix (Comité des Vosges) et membre du Conseil National, ainsi que de l’ARAC des Vosges, a écrit pendant le premier confinement un livre de synthèse intitulé « Osez la Paix » et sous-titré « Agir contre les guerres aux Peuples et à la Nature, cultiver un monde de Paix ». Sortie annoncée le 7 juillet 2021 au « Temps des cerises » : jusqu’à cette date, une souscription est en cours. Un livre au service des actions pour la paix. Entretien avec Pierre-Olivier Poyard

    Bonjour Pierre-Olivier, d’où vient ce projet de livre ?

    J’ai travaillé, lors du 1er confinement en 2020, sur une synthèse de dizaines d’ouvrages qui traitent de Paix… et de guerres. Je voulais aider au développement du mouvement pacifiste à travers la France, concevoir un outil, à destination des militants, qui puisse les convaincre de s’engager pour la Paix. J’ai beaucoup appris en militant avec les pacifistes. J’ai rencontré des personnes extraordinaires. Je pense à Roland Weyl qui vient de nous quitter…  Ce livre est ma petite contribution personnelle à ce mouvement important.

    Peux-tu nous évoquer ce que tu développes dans ce livre ?

    Je présente, tout d’abord, l’actualité du combat pour la Paix, les liens multiples entre le militaire et la crise écologique, cette France qui est « en guerre », comme l’a dit Monsieur Macron, à plusieurs titres, et l’empire états-unien, qui a dominé la deuxième partie du XXe siècle par une violence inouïe, au nom du capitalisme, mais qui prépare encore de nouvelles guerres contre la Chine, « le péril rouge… et jaune ». Ensuite, j’évoque les acquis et quelques outils dont disposent les pacifistes pour leurs combats : la Charte des Nations-Unies, une véritable Révolution pacifiste, les organisations internationales qu’elle a créées, qui peuvent se montrer utiles, le droit international et « la culture de la Paix ». Pour finir, je développe un projet de société pacifiste, internationaliste et humaniste qui doit affronter la propagande et les autres obstacles élaborés par les milliardaires qui profitent des guerres…  à l’ des organisations comme le Mouvement de la Paix, qui porte 70 ans de luttes et pour laquelle je propose des pistes de renouvellement militant, ou de l’ARAC.

    Comment comptes-tu diffuser ce livre ?

    C’est vrai que la question de la diffusion est centrale pour un livre. Je ne suis pas un écrivain, je suis un militant. Pour moi, tout ce travail n’aura servi à rien s’il n’est pas au service de la cause de la Paix. C’est pourquoi j’ai décidé de ne pas retirer de profit financier de la vente de l’ouvrage : tout bénéfice sera reversé au Mouvement de la Paix, comité des Vosges. De plus, je compte me mobiliser pour rencontrer, tout à travers la France, toutes les personnes intéressées, lors de débats, de , d’animations diverses… Je souhaite aller au contact pour convaincre qu’il faut s’engager dans les organisations pacifistes. De toute façon, je n’ai pas le choix : pour que le livre soit diffusé, nous ne pouvons compter que sur la diffusion militante… certainement pas sur la presse des marchands de canons !

    Concrètement, comment cela va-t-il se passer ?

    Pour l’instant et jusqu’au 7 juillet, nous avons lancé une souscription sur « helloasso.com » et par courrier postal afin de récolter la somme de 3000 euros afin de pouvoir lancer la diffusion du livre. Les souscripteurs pourront bénéficier d’une réduction de 2€ sur chaque ouvrage acheté (13€ au lieu de 15€). Nous en sommes actuellement à 700€. Après cette date (que nous avons choisie de manière symbolique, puisque c’est l’anniversaire du Traité pour l’Interdiction des Armes Nucléaires), nous débuterons  un « Tour de France » : je me rendrai partout où des collectifs militants m’auront sollicité, ce qui me permettra de livrer les ouvrages commandés. N’hésitez pas à m’inviter : je suis disponible, volontaire et motivé pour venir discuter de la Paix avec vous !

    Pour tous contacts : vosgespourlapaix@gmail.com

    https://www.helloasso.com/associations/comite%20des%20vosges%20du%20mouvement%20de%20la%20paix/collectes/souscription-pour-le-livre-osez-la-paix

     

    En savoir plus : « Osez la Paix », de Pierre-Olivier POYARD, à paraître au « Temps

    des Cerises »

     

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

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    Nos amis Argan et Serge Grossvak ont accepté qu’ »Initiative Communiste » publie l’article ci-dessous. Ils montrent comment la soif de profit s’attaque désormais aux dispositifs idéologiques de la bourgeoisie, ici, le sport spectacle… Les communistes du P..C.F aimeraient partager leur optimisme quant à « la fin d’une époque ». Nous estimons pour notre part qu’elle nécessite d’arracher le pouvoir économique à ses propriétaires, le pouvoir politique à leurs mandataires et qu’il faut s’en donner les moyens organisationnels. Mais ce sera en troisième mi-temps…

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    Fric, Foot et Révolution.

    par  Argan et Serge Grossvak

     

    L’événement a été oublié aussi vite que possible, banalisé, rangé aux anecdotes. Et pourtant ! La défaite de la “superleague” représente un véritable tremblement de terre, pour le foot, pour le monde de la finance, pour le monde politique. 

    Commençons par résumer les faits au plus simple : une “super league de foot” est lancée par les plus gros clubs de foot européen. Ce projet est uniquement financier. Les supporters se révoltent, et les joueurs, et les clubs plus modestes qui ont été exclus. Et incroyable, la vient à bout des puissants en 4 jours. Pire, les initiateurs doivent demander pardon. Le peuple du foot est un redoutable gilet jaune ! Bravo à eux !

    Déjà l’histoire n’est pas mal. Arrêter le bras des financiers n’est pas si fréquent ! Mais demeurent d’autres facettes croustillantes de cet événement qui promettent d’étonnants rebonds du ballon rond. Le fric et le foot, le moins que l’on puisse dire c’est que ça n’est pas nouveau, mais quelque chose a commencé à changer : les propriétaires. Avant, c’étaient des milliardaires qui s’offraient un club, pour briller, pour se donner de l’importance. Tout en cherchant le moyen de rentrer plus de fric, ils y laissaient un paquet de pognon et finissaient par passer la main. Petit à petit les sommes brassées ont monté et sont devenues gigantesques. Les “grands” clubs sont devenus de beaux projets de spéculation, ils sont rentrés en bourse. Et là arrivent de nouveaux propriétaires : les fonds de pension. Le foot est un produit à cash. Le ballon n’a plus à tourner rond mais à rouler pognon. Là dessus arrive le Covid. 

    Avec le Covid le foot ne peut plus mettre le feu dans ses stades, mais à ses finances ça flambe sérieux. En , Lille et Bordeaux, brillants clubs historiques, sont sur les bancs de la banqueroute. Et puis alors en Espagne et en Italie il y a un gigantesque trou dans la pelouse ! Banqueroute ? Banqueroute ! On en reparle plus tard. 

    Les banquiers, les fonds de pension n’aiment pas perdre des sous, du flouz. Ils ne sont pas là pour jouer, eux. Alors faut que ça rentre, et vite. La “superleague” c’était génial pour eux : le fric est gardé pour leurs clubs et plus question de prendre le risque de résultats sportifs. Bénèf assuré. La Banque JP Morgan est à l’appui. Le sondage (comme pour les élections) est truqué pour faire avaler la manoeuvre (66% de pour). Que dalle les supporters sont en rage. On en reparle plus tard.

    Le sport est fait d’incertitude et avant tout de passion. Penser pouvoir en faire une ressource financière, c’est méconnaitre le football. Que pouvaient ils en savoir ? Là, l’histoire a basculé. Les premiers libéraux d’Europe ont dit stop. Les réseaux sociaux ont joué un énorme rôle, mais ce sont les Anglais qui ont sonné la révolte. On ne touche pas à leur football. Et pourtant, ils ont les clubs les plus riches, la ligue la plus riche, pourtant ce pas supplémentaire en était trop pour eux. En 48h ils ont forcé leurs clubs à se retirer. Les clubs espagnols et italiens, demeurés seuls, ont rendus les . L’affaire était pliée. Demeure le trou, demeurent les risques de banqueroutes. Et dans le foot aujourd’hui les sommes sont gigantesques. Derrière les malheurs de clubs, et du foot, réside une “bulle financière” qui pourrait impacter jusqu’à la Bourse, jusqu’à constituer l’étincelle de la prochaine méga crise financière. Il n’y a pas de doute, le foot c’est trépidant, plein d’émotions et de surprises. Mieux vaut avoir le coeur bien accroché. Ca aurait pu être la conclusion, mais non, attendez la suite.

    On vous l’a dit, “les supporters sont en rage” et pas uniquement eux. Les Anglais ne se sont pas arrêtés à leur triomphe contre le projet financier. Les voici qui exigent le départ des responsables qui ont voulu de cette Super League. Pour protester et demander ces  départs, les fans de Manchester United ont pénétré dans leur stade avant un des chocs de leur championnat. Même révolte sur les réseaux sociaux où les dialogues les plus passionnés ont porté sur ce fric qui pourri le foot. 

    Et puis il y a les journalistes français qui tout soudain libèrent leur parole. Les voila qui évoquent leur désaccord avec cet ultra-libéralisme. La Révolution est en marche comme dit un ami !

     « Si on en avait parlé avant, on existerait plus aujourd’hui ». Liberté j’écrit ton nom. 

    Ah, le voici le mot de la fin. Juste pour remarquer qu’en peu de temps, peu de mois, les auront appris à ne pas faire confiance aveuglément en leurs institutions politiques, en leurs institutions policières, en leurs institutions scientifiques, en leurs institutions médiatiques, et maintenant en leurs institutions sportives. Ca sent très fort la fin d’une époque !

    Argan et Serge Grossvak

    source: https://www.initiative-communiste.fr/

     

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  • C’est sur sa page Facebook que Stéphane Sirot, historien spécialiste du mouvement social et syndical, a annoncé avoir terminé le numéro 7 de la série de brochure “problématiques sociales et syndicales”. Un numéro consacrer au rapport entre syndicalisme, religion A se procurer d’urgence donc

    Pendant que l’inénarrable Marlène Schiappa ouvrait les “États généraux de la laïcité”, que le gouvernement rencontrait des problèmes avec les siens (ceux à képis, bien sûr, et en charentaises) et que Cyril Hanouna préparait déjà ses blagues aussi drôles que celles de Patrick Sébastien en vue du débat de second tour des présidentielles, j’achevais laborieusement le 7e opus de la série “Problématiques sociales et syndicales”, dont la parution est prévue en fin de semaine prochaine.On a les occupations qu’on peut, à défaut de pouvoir aller au-delà de dix kilomètres.

    L’historien a aussi indiqué que ses travaux lui permettront de publier à l’été 2021 le numéro 8 de la série posant la question de la trajectoire des ex dirigeants confédéraux à l’issue de leur mandat. Une recherche qui s’annonce remplie d’enseignements à l’évidence.

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  • Michel Onfray est un des intellectuels les plus célèbres de France. Se proclamant d’une « vieille gauche » libertaire et proudhonienne, comment se fait-il que son discours, en apparence critique, soit aussi largement admis dans le champ médiatique ? 

    Avec plus de cent livres à son actif, qui lui assurent des revenus confortables et des invitations extrêmement régulières sur les plateaux de télévision pour y faire leur promotion, ce dernier a la réputation d’être subversif, toujours présenté comme appartenant à une gauche critique, athée et libertaire. Il est notamment connu pour l’ouverture de l’Université populaire de Caen en 2002 qui proposait  des conférences gratuites et ouvertes à tous, diffusées également sur France Culture, et qu’il décrivait comme une réaction à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Plus récemment, Michel Onfray, qui se dit d’une « vieille gauche, du côté des oubliés » a fondé la revue Front Populaire, présentée comme  « souverainiste », et pensée comme un mouvement d’idées en vue de préparer l’élection présidentielle de 2022. Cette dernière rencontre, au niveau des ventes, un franc succès.   

    Un premier doute assaille peut-être le téléspectateur ou le lecteur averti : comment se fait-il qu’un représentant d’une gauche libertaire et anarchiste soit aussi régulièrement invité sur des médias possédés par des milliardaires, là où elle est habituellement si absente et diabolisée ? Comment se fait-il que quelqu’un d’apparemment si opposé au pouvoir, défendant « le peuple », soit à la Une de tous les magazines mainstreams une semaine sur deux (L’Express, Le Point, Valeurs Actuelles, Marianne…) ? 

    Michel Onfray dit pourtant être perpétuellement attaqué et censuré. Il l’est, mais seulement et plutôt récemment d’une petite partie de la presse écrite, en particulier Libération et Le Monde qui le décrivent comme un « rouge-brun », terme qui semble valider leur lecture de la politique où « les extrêmes se rejoignent ».  Michel Onfray s’exprime d’ailleurs régulièrement sur cette accusation, qui semble l’outrer particulièrement. Il faut dire que le terme, peu aimable, provient de l’historien israélien Zeev Sternhell qui voyait l’origine intellectuelle du fascisme (les « bruns ») parmi des éléments dévoyés de la gauche radicale française ( « les rouges » ).

    Onfray, un « rouge-brun » surtout très « brun » 

    Les raisons pour lesquelles Michel Ofray est accusé de tendre vers le « brun » ces dernières années sont nombreuses et documentées, et ne méritent peut-être pas d’être davantages commentées : adhésion aux thèses de Renaud Camus sur le « grand remplacement », à celles d’Huttington et des néoconservateurs américains sur le « choc des civilisation », assimilation de l’Islam à « une barbarie », croyance dans l’existence de races biologiques, défense de Génération identitaire, éloge de la police et condamnation répétée des mouvements contre les violences policières,, accointances avec Eric Zemmour et désir d’une « révolution réactionnaire », diffamation envers Rokhaya Diallo, insultes sexistes envers Greta Thunberg, propos homophobes, lecture contre-révolutionnaire de la Révolution française, nietzschéisme grossier, vitalisme quasi-mystique

     

    Michel Onfray

     
     
    On ne peut plus rien dire sur LCI, mais aussi sur CNews, Valeurs Actuelles, BFM, RMC, Le Figaro…

    Bref, la vision du monde que défend Michel Onfray est celle, très classique, d’un autoritaire de droite, celle d’une France perçue comme une civilisation millénaire, blanche et chrétienne, en plein effondrement en raison de l’Islam et de l’immigration … et c’est bien ce qui lui permet d’avoir pignon sur rue chez CNEWS, Marianne, Valeurs Actuelles, Le Figaro, là où les syndicalistes, les acteurs du mouvement social ou encore les marxistes ne sont pas vraiment les bienvenus.

    Mais laissons de côté le « brun », et intéressons-nous plutôt au « rouge ». Si Onfray défend « le peuple », pourquoi est-il autant validé par des parts aussi importantes des sphères de pouvoir ? Autrement dit, et si Onfray était, loin de sa “subversion” affichée, le meilleur allié des bourgeois, du capital et du pouvoir ?

    Une adhésion revendiquée et « philosophique » au capitalisme

    A vrai dire, malgré une rhétorique floue qui dit défendre les « petits » (nous, nous ne défendons pas les « petits », nous défendons la classe laborieuse), Onfray ne cache pas son adhésion au capitalisme.

    Il le disait lui-même il y a quelques mois, invité de CNEWS , rassurant son interlocutrice : « Moi je ne suis pas marxiste hein (…) je pense que le capitalisme, il est consubstantiel aux hommes ». De cette idée, qui constitue un des postulats initiaux du capitalisme, il est rapide d’en tirer la conclusion qui en découle : rien ne sert de lui chercher une alternative.

    Michel Onfray ne cache d’ailleurs jamais son mépris pour Karl Marx, pour qui le capitalisme et le marché correspondent à un stade particulier de l’Histoire et non pas à une supposée « nature humaine ». Dans sa préface de Pierre-Joseph Proudhon : L’Anarchie sans le désordre, dont l’auteur est Thibault Isabel, par ailleurs rédacteur en chef du journal d’extrême droite Krisis fondé par Alain de Benoist, Michel Onfray oppose Karl Marx à Proudhon (un des fondateurs de l’anarchisme français), en dénigrant le premier pour faire l’éloge du second. Marx y est décrit dès la première ligne comme un juif « issu d’un lignage de rabbins ashkénazes », par opposition à Proudhon, qui serait lui « issu d’une lignée de laboureurs francs ». Drôle de mise en perspective, bien éloignée du domaine des idées – surtout lorsque l’on connait l’antisémitisme quasi fanatique de Proudhon, qui écrivait dans ses Carnets : « Le juif est l’ennemi du genre humain, il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer… Par le fer ou par le feu, ou par l’expulsion, il faut que le Juif disparaisse ». Un aspect difficilement ignoré par Onfray, qui lui a consacré un ouvrage tout en louanges, d’ailleurs adoré par Le Point.

    Si la pensée de Pierre-Joseph Proudhon ne peut en aucun cas être réduite à son antisémitisme forcené et à son sexisme outrancier, ces deux dimensions ne peuvent pas non plus être ignorées et passées sous silence, car elles permettent de mieux comprendre la récupération réactionnaire de ce penseur de l’anarchisme. Zeev Sternhell analysait d’ailleurs ce phénomène : en 1911, le Cercle Proudhon, qui se faisait passer pour un syndicat, était en réalité directement issu de l’Action Française de Charles Maurras, raciste et monarchiste. Ainsi, se référer à Proudhon comme le fait régulièrement Onfray ne fait pas automatiquement de soi un allié du camp social, du mouvement ouvrier, des luttes sociales ou d’une ligne anarcho-libertaire…  Loin de là. Et comme le souligne le philosophe Pierre Dardot, c’est bien le pire de Proudhon auquel Onfray se réfère…

    A part dans les fantasmes (essentiellement culturels) de Michel Onfray, les Gilets jaunes ne sont pas « simples », ils sont au contraire complexes et n’ont rien de « petits »… sauf si on les regarde de haut.

    Dans cette perspective, son « soutien », très contrasté, aux Gilets jaunes, parait bien opportuniste. Dans des propos dégoulinants de condescendance et de paternalisme, il les qualifie de « petit peuple« , de « provinciaux » et de gens « simples » : le « monde des bistrots, qui chasse ». Mais, à part dans les fantasmes (essentiellement culturels) de Michel Onfray, les gilets jaunes ne sont pas “simples”, ils sont au contraire complexes et n’ont rien de “petits”… sauf si on les regarde de haut. Et c’est bien ce que fait Michel Onfray, qui ne se dit pas Gilet jaune, qui ne se mêle pas à eux, ne descend pas dans la rue avec eux, mais les observe de loin, les commente et les juge. Tel un maître d’école, sévère mais juste, il distribue les bons et les mauvais points : des violences et des dégradations ? Il a dit qu’il “n’était pas content” ! Pire, refusant de voir le mouvement des gilets jaunes pour ce qu’il est, c’est-à-dire une union populaire dans tout ce qu’elle peut avoir d’hétéroclite, d’hétérogène, de divers, à l’image finalement de la classe laborieuse, il trie ce dernier ne gardant que ce qui lui convient. Il oppose le “bon peuple” des Gilets jaunes au “mauvais peuple” des banlieues (peu importe les jonctions qui se sont opérées), les « sous prolétaires » aux prolétaires, condamne les « violents« , « casseurs » et « blackblocs » comme le ferait un éditorialiste du Figaro… Bref, en dépit de la volonté d’union des Gilets jaunes eux-mêmes, il en retire tout ce qui ne correspondrait pas à sa vision substantielle et essentialiste du peuple. Il lui ôte toute sa dimension insurrectionnelle et tout ce qui permettrait une analyse de classes plutôt qu’une lecture étriquée « peuple des villes vs peuple des campagnes ». 

    Le programme économique de Front Populaire ? « Travailler à un capitalisme populaire »… A l’aide de banquiers

    Le Front Populaire désigne initialement l’alliance de circonstance et de courte durée entre radicaux, socialistes et communistes en 1936-1938, et qui sert depuis lors de base à tous les appels creux et répétés à « l’union de la gauche ». Avec cette expérience de gouvernement menée par Léon Blum, la revue Front Populaire de Michel Onfray n’a de point commun que son nom. Son projet n’est pas de « réunir la gauche » mais celui, qui revient régulièrement depuis la trahison du référendum de 2005, de « réunir les souverainistes des deux rives », c’est-à-dire les souverainistes de droite et de gauche qui avaient voté pour le « non ». 

    Dans ce contexte, le souverainisme désigne le constat partagé que la plupart des décisions politiques et économiques structurantes dans nos vies sont désormais prises à une échelle supranationale, en particulier en raison de la nature des institutions européennes, et donc le souhait de revenir à un échelon national pour récupérer davantage de marges de manœuvre. Le souverainisme est donc un point de départ pour un gouvernement qui souhaiterait appliquer un changement de cap par rapport aux politiques menées en Europe. Pris isolément, il ne nous dit néanmoins rien sur le cap en question.

    Le souverainisme, oui, mais pour quoi faire ? Quel est ce programme économique et social que Michel Onfray souhaiterait voir appliquer grâce à la récupération de notre souveraineté nationale ? Car il faut bien avoir en tête que cette revue a pour objectif avoué d’influencer l’élection de 2022, voire de servir de socle programmatique.

    C’est là que le tableau se noircit de nouveau et que l’on comprend mieux pourquoi des « souverainistes des deux rives », Onfray n’a visiblement réussi qu’à réunir une seule rive, une rive très, très droitière.

    « Il faut un discours qui libère le travail, qui libère les énergies du travail ! Il y a plein de gens qui ont envie de travailler mais on leur dit “ah mais le code du travail ne le permet pas”. »

    En effet, comme Sarkozy qui voulait « moraliser le capitalisme », Onfray, qui ne rate jamais une occasion d’énoncer sa fierté de pouvoir s’appuyer au sein de son mouvement de « fiscalistes, de banquiers, de traders, de militaires, d’hommes d’affaires », souhaite lui travailler à un « capitalisme populaire ». Dans un cas comme dans l’autre, les capitalistes et les patrons se tordent de rire par terre à l’énoncé de telles menaces pour leurs intérêts… Car quand Onfray entre un peu plus dans le détail, on comprend très bien ce que son « capitalisme populaire » (ou « libertaire » selon son humeur du jour) a de capitaliste et un peu moins ce qu’il a de populaire.

    Interrogé en septembre dernier par Yves Calvi à propos d’un discours du ministre de l’économie Bruno Lemaire, Onfray, qui prétend représenter une gauche traditionnelle face à une nouvelle gauche woke qui serait dégénérée, se met soudain à parler comme un chroniqueur éco de BFM Business. Il s’écrie : « il faut un discours qui libère le travail, qui libère les énergies du travail ! Il y a plein de gens qui ont envie de travailler mais on leur dit “ah mais le code du travail ne le permet pas” (…) il y a de la paperasserie ». Le journaliste lui demandant donc, à raison : « vous voulez déréguler ? », « oui ! », répond le “philosophe” enthousiaste, avant de s’en prendre aux syndicats et en particulier à la CGT : « ce sont des gens du vieux monde ! » qui ont « une vision du monde périmée », et d’ajouter « c’est l’administration qui tue tout ! ».

    Michel Onfray : le petit père du peuple bourgeois  (frustrationmagazine.fr-31/03/21)


    Une analyse sociologique de haute volée !

    En quelques minutes un patchwork indigeste de tous les poncifs néolibéraux : on comprend donc mieux pourquoi cet « anarchiste libertaire » a pu être rejoint par une bourgeoisie de droite (Philippe de Villiers, Alain de Benoist) soucieuse de protéger son portefeuille. Il faudrait donc « libérer les énergies » en « dérégulant le marché du travail », c’est-à-dire, quand on traduit : mettre fin au CDI, réduire les cotisations sociales et donc la Sécurité sociale, baisser les salaires, toutes les normes de protection des salariés… Ce qui poserait un problème en France ce n’est pas une classe actionnariale prédatrice et régulièrement des mesures d’austérité, mais bien… « le code du travail ». Bref, des charges et des protections envers les travailleurs qui assommeraient les patrons et contraindraient la fameuse initiative privée. 

    Le discours vous semble familier ? C’est normal, il est en boucle sur toutes les chaînes, toutes les radios, tous les magazines depuis 40 ans. Vient ce qui suit généralement : « l’ancien monde », celui qui croit en la lutte des classes,  qui défend les travailleurs, les syndicats quoi, qui n’aurait pas vu le formidable changement incarné par le « nouveau monde » (macroniste ?) ; du Point, dans le texte. Et à peu de choses près, le programme de tous nos gouvernants depuis Valéry Giscard D’Estaing. Voilà de quoi rassurer les traders de son mouvement qui comprennent mieux l’étendue de son « anarchisme ». De quoi aussi s’assurer de continuer à pouvoir faire la promotion de ses livres sur tous les médias possédés par des milliardaires, tout en s’y plaignant d’être censuré et de n’y être jamais invité.

    Quand Onfray qui, comme il le dit lui même, n’a jamais mis les pieds à une manifestation depuis ses 17 ans, et n’a jamais soutenu une grève ou une lutte sociale, se dit du côté des « petits », c’est visiblement des « petits » patrons et des « petits » startupers dont il parle. En tout cas, ce sont eux qui ont intérêt à soutenir son programme économique.

    Les convictions néolibérales d’Onfray montrent bien que le souverainisme n’est jamais une fin en soi. Il n’a rien d’intrinsèquement social ou populaire. Il est un ensemble de moyens (frexit, sortie de l’euro, mesures de protectionnisme, annulation de la dette…) qui peuvent être des prérequis pour l’application d’un programme de conquêtes sociales ou de rupture avec le capitalisme. Ce retour de la souveraineté peut se faire dans le cadre d’un rapport de force et d’un conflit ouvert avec les forces capitalistes mondialisées. Mais, si l’objectif est, comme c’est le cas ici, de revenir au « capitalisme à la papa », celui de Trente Glorieuses fantasmées, afin d’améliorer les taux de profits des patrons français plutôt que celui des patrons étrangers, tout en organisant une diversion raciste à grands coups d’expulsions, l’intérêt pour la classe laborieuse est… absolument nul. Nous avons des aspirations plus grandes que de choisir entre se faire piller par des américains ou des allemands et de se faire piller par nos compatriotes.

    Le dérèglement climatique, la faute au capitalisme ? Non ! Ce  sont les « multivers » !

    Voici un autre point de raccord idéologique avec les intérêts bourgeois : pour Onfray, l’action humaine n’est pas la cause du dérèglement climatique… 

    Il faut toutefois lui reconnaître une certaine originalité et une grande créativité dans sa stratégie de déni. Dans un entretien absolument surréaliste accordé à la Librairie Mollat de Bordeaux, qu’il faut regarder, Onfray nous explique que « moi, je formule l’hypothèse que le réchauffement climatique suppose une organisation du cosmos dont nous ne connaissons pas le détail« … Ce dernier serait notamment lié aux « plurivers », qu’il symbolise avec des bulles de savons que l’on fait dans son bain : « le réchauffement climatique c’est pas juste parce qu’on tire trop la chasse d’eau, c’est aussi parce qu’il y a des interactions de notre tout petit univers dans une configuration impensable avec les autres univers« . Il ne serait pas lié à l’action humaine mais « à des cycles naturels, astronomiques, astrophysiques » … C’est cette affirmation qui lui permet à plusieurs reprises de se comparer à Galilée car sa vérité ne ferait pas consensus, oubliant par-là que Galilée était, contrairement à Onfray, un scientifique ayant travaillé sur son sujet.

    « Moi, je formule l’hypothèse que le réchauffement climatique suppose une organisation du cosmos dont nous ne connaissons pas le détail. »

    C’est la même thèse qu’il défendait d’ailleurs contre la jeune Greta Thunberg à qui il reproche de ne pas avoir étudié « les cycles cosmiques », après avoir, avec l’élégance qui le caractérise, rappelé son autisme et avoir affirmé qu’elle avait « le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire« …

    C’est dans cette perspective que l’on peut trouver sur le site de la revue des articles comme celui-ci : « Electricité renouvelable : l’exemple de la Californie », dans lequel un économiste regrette que réaliser la transition énergétique puisse « handicaper l’industrie » avant de plaindre l’ignoble Elon Musk qui fut « contraint » de délocaliser son usine automobile Tesla au Nevada… Comme si produire moins de voitures était une catastrophe. L’article se termine ainsi : « Si vous croyez les promesses des politiciens verts, faites provision de bougies ! ».

    Pourtant, la catastrophe environnementale est au cœur de la crise du capitalisme que nous vivons. Même la crise du covid y est directement liée. C’est pourquoi les capitalistes ont bien perçu que la prise de conscience écologique leur est dangereuse, car elle implique de questionner certains des postulats fondamentaux de la science économique libérale (les ressources illimitées, l’accumulation infinie du profit, l’autorégulation des marchés, le néfaste de l’intervention publique, le libre-échange…) et de transformer en profondeur nos modes de production, de consommation, d’échange…

    Il y a donc un vrai enjeu idéologique à nier la responsabilité humaine, ou plutôt la responsabilité capitaliste, dans le dérèglement climatique (ou à carrément nier ce dernier), car si celui-ci est naturel alors nous ne pouvons rien y faire à part  tenter de nous en accommoder. En toute cohérence, on peut mieux comprendre la position d’Onfray sur ce sujet.

    Ne nous y trompons donc pas en cette période de grande confusion : si Onfray distille depuis des années déjà des propos extrêmement brutaux contre les minorités religieuses et en particulier les musulmans, il n’y a rien non plus à sauver de son « discours social ». L’immense sollicitude dont font preuve des médias oligarchiques envers lui s’expliquent par la grande servilité qu’il leur témoigne en retour en défendant le programme de la bourgeoisie. 

     

    Rob Grams

    Illustration d’en tête par Antoine Glorieux

    source: https://www.frustrationmagazine.fr/

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  • Pendant ce premier week-end de reconfinement général, la polémique a fait rage. Le sujet diffusé par M6 à propos des présumés « restaurants clandestins » devenus secret de polichinelle, a provoqué de très vives réactions sur les réseaux derrière un mot dièse devenu viral : #OnVeutLesNoms. En réponse, la France d’en haut a fait bloc dans les médias en criant au « populisme », à la « délation », voire en justifiant les transgressions et le refus d’appliquer les règles communes. Dans le même temps circulaient sur les réseaux témoignages et photos de la répression bornée infligée aux couches populaires.

    Depuis deux jours, polémique sur l’existence de restaurants de luxe clandestins aux menus à 500 balles fréquentés par des gens de « la haute » y compris par des ministres. Sur la participation ministérielle, nous ne savons pas encore si c’est vrai, mais l’existence de ces agapes réservées aux « élites », est notoire, avérée et jusqu’à présent ceux qui transgressent allègrement les règles communes d’enfermement imposées à tous les citoyens sont tranquillement passés entre les gouttes.

    En revanche, pour les couches populaires c’est le grand jeu.

    Il faut bien regarder cette photo qui circule abondamment sur les réseaux. On n’y voit sur une plage près de la ville de Montpellier un déploiement obscène, de10 gendarmes (ils n’ont pas honte décidément) armés jusqu’aux dents (jusqu’au fusil d’assaut !) avec en face d’eux un couple avec leur petit garçon qui ont eu envie d’un peu de détente, d’un peu de plage et d’un peu du soleil du printemps après bientôt un an d’enfermement. Il faut voir comme ils sont mal habillés, ces « prolos », avec leurs survêtements au rabais, leurs bermudas moches, leurs vilains T-shirts, rien que du pas cher. Les provisions pour le pique-nique ont été achetées chez LIDL en low cost. Même leurs claquettes sont siglées LIDL !

    Alors les gendarmes se mettent à 10 pour leur rappeler quelle est leur place dans la société, les humilier et les renvoyer à leur condition. Il va leur en coûter 450 € pour leur horrible crime, le prix d’un menu pour une personne dans le restaurant clandestin !

    Cette image ne peut que nouer la gorge.

    Tout le week-end sur les chaînes d’info, il fallait entendre les commentateurs à ronds de serviettes défendre « ces transgressions » des riches en condamnant les critiques contre les passe-droits qualifiées de « délations populistes ».

    Alors, il nécessaire de préciser encore un peu le propos : ce déploiement policier obscène et cette répression humiliante sont INSÉPARABLES des restaurants clandestins pour « la haute ». Deux faces d’un même système de domination. 

    Être « indulgent » avec celui-ci, c’est choisir son camp.

     

    Régis De Castelnau

    source:  https://www.vududroit.com/2021/04/lutte-contre-le-covid-et-lutte-des-classes/

     

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