• Ce qui compte, ce n’est pas le nom de celui qui tient le gouvernail-par Daniel GLUCKSTEIN (TT n°55- 14/09/2016)

    Ce 9 septembre, Alexis Tsipras accueillait Matteo Renzi et François Hollande à Athènes pour un sommet de l’Europe du Sud. S’inquiétant de ce que l’Union européenne est « menacée de décomposition », Tsipras postule au rôle de sauveur « réaliste » des institutions de Bruxelles et Francfort. Un sauveur devenu raisonnable : « Je suis réaliste (…). A défaut de changer les règles de l’Union européenne, il faut pouvoir obtenir des exceptions sur la question du pacte de stabilité. Il faut profiter de toute la marge de manœuvre qui nous reste pour introduire des mesures à caractère social » (1).

    Quelles mesures ? Quelle marge de manœuvre ? Quel caractère social ? La Grèce connaît un taux de chômage avoisinant les 25 %, le pays s’enfonce dans la récession et le peuple dans la misère, tandis que le gouvernement « d’extrême gauche » privatise à tour de bras. Tsipras s’en justifie : « Nous sommes toujours contraints d’appliquer une stricte politique d’ajustement budgétaire (…). Nous ne constatons pas la nécessaire générosité de nos partenaires sur la question de l’allégement de la dette. »

    Contraints ?

    Faut-il rappeler que Tsipras fut élu, en janvier 2015, sur un programme de rejet des mémorandums meurtriers de la troïka Union européenne-Banque centrale européenne-Fonds monétaire international ? Faut-il rappeler qu’en juillet 2015 ce mandat fut confirmé par un référendum… quelques jours avant que Tsipras cède au chantage de la troïka et accepte de mettre en œuvre ses plans ?

    « Arriver au gouvernement ne veut pas dire avoir le pouvoir entre ses mains tout de suite », déclare Tsipras pour se justifier. Mais qui a le pouvoir en Grèce aujourd’hui ? Les banquiers, les multinationales, les capitalistes dont l’Union européenne est l’instrument pour imposer le remboursement de la dette qui saigne le peuple. Qui a le pouvoir dans chacun des pays d’Europe ? Qui, en France, a le pouvoir d’imposer le démantèlement d’Alstom et la loi El Khomri, tandis que les dividendes des actionnaires grimpent en flèche ?

    A l’heure où dans notre pays les candidats se pressent au portillon de la présidentielle, les travailleurs sont en droit de poser la question : candidats à quoi ? Les travailleurs, les jeunes n’ont rien à attendre de ceux dont l’ambition se limite à vouloir gouverner aux ordres des banquiers et des multinationales.

    Ce qui compte, ce n’est pas le nom de celui qui tient le gouvernail pour suivre servilement la direction fixée par la classe capitaliste.

    Ce qui comptera, c’est la capacité de la classe des exploités à prendre entre ses mains le pouvoir de fixer elle-même le cap : celui de la rupture.

    C’est pour y contribuer que plus de 2 500 travailleurs, militants et jeunes de toutes tendances appellent à la conférence nationale de délégués : pour la rupture avec l’Union européenne et la Ve République, premier pas vers la rupture avec la dictature du capital.

    Daniel GLUCKSTEIN

    Tribune des Travailleurs n°55-14/09/2016

    (1) Interview au Monde, 9 septembre.

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  • Le Brexit leur brûle les doigts-Edito de la Tribune des Travailleurs du 17 août 2016La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait être reportée… à fin 2019.

    The Sunday Times (14 août), qui révèle cette information, fournit trois explications.

    Une : le Premier ministre Theresa May s’est engagée à respecter l’article 50 du traité de Lisbonne qui prévoit deux ans de négociations pour sortir de l’Union européenne.

    Deux : mais Theresa May n’aura pas recours à l’article 50 avant la n 2017. Motif : son gouvernement n’arrive pas à recruter un personnel qualifié pour les négociations ; et en plus, il dit ignorer « quelles sont les bonnes questions à poser lorsque, finalement, ils commenceront à discuter avec l’Europe ».

    Trois : 2017 étant année d’élections générales en France et en Allemagne, engager la négociation avant pourrait troubler ces échéances.

    Résumons : le 23 juin, le peuple britannique a décidé souverainement la sortie de l’Union européenne, mais il devrait rester prisonnier des traités et de leurs mécanismes de négociation, du bon vouloir des institutions européennes et des autres gouvernements…

    Aucun secteur significatif de la bourgeoisie britannique ne veut réellement s’engager sur la voie de la rupture. Même en crise, l’Union européenne reste un instrument de la domination du capital financier nord-américain sur l’économie mondiale. Qu’un secteur de la classe capitaliste britannique veuille renégocier tel ou tel aspect de ses engagements, c’est une chose, mais s’engager sur une voie de rupture avec le capital financier des États-Unis, la bourgeoisie britannique n’y est pas prête, et pour cause ! Voilà pourquoi elle tergiverse. Voilà pourquoi son gouvernement tourne autour du pot…

    Ce Brexit leur brûle les doigts.

    Ici se vérifie le commentaire du Financial Times au lendemain du référendum : « C’est un vote de classe », de la classe ouvrière, précisait-il. Seuls les travailleurs, la jeunesse, les couches populaires n’ont rien à perdre à la rupture, au contraire !

    D’une manière ou d’une autre, la classe ouvrière britannique, prenant appui sur le mandat du 23 juin, cherchera, par son propre mouvement, à imposer l’exigence de rupture qui s’y est exprimée. Les grèves de chemins de fer en plein été en sont une première manifestation. Nul doute que la question sera au centre des congrès du Labour Party et des Trade Unions, prévus au mois de septembre.

    Une nécessité s’impose, celle de la constitution d’une force politique ouvrière qui agisse consciemment pour aider à réaliser la rupture contenue dans le vote de classe du 23 juin.

    Le même problème n’est-il pas à l’ordre du jour en France ?

    Après cinq mois de lutte de classe contre la réforme El Khomri, le débat politique ne peut se réduire à savoir qui, une fois élu président, aura l’honneur d’appliquer les diktats de l’Union européenne.

    Deux mille militants de toutes tendances du mouvement ouvrier ouvrent une autre perspective : la constitution d’une force politique agissant ouvertement pour la rupture avec l’Union européenne et la Ve République, pour la souveraineté du peuple et l’élection de l’Assemblée constituante souveraine.

     

    Daniel Gluckstein

    tt n°51-17/08/2016

     


     

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  • par  Marceau Déchamps Secrétaire général-adjoint de l'association Défense de la langue française (DLF).   
     
    L'association Défense de la langue française (DLF) pousse un coup de gueule contre le choix d'une chanson en anglais pour accompagner les Bleus lors de l'Euro 2016.
     
    L'hymne officieux des Bleus est en anglais

    La Coupe d’Europe de football va se dérouler en France du 10 juin au 10 juillet. Pour encourager l’équipe de France, la société Carrefour parraine un groupe musical français qui interprète un chant destiné aux supporteurs. Tout serait pour le mieux si ce groupe originaire du Nord de la France (qui a choisi pour nom Skip the use ?!) n’avait choisi de proposer une nouvelle mouture d’une chanson américaine rebaptisée « I was made for lovin’ you, my team ». Naturellement, les paroles seront incompréhensibles pour la plupart des dits supporteurs, mais qu’importe puisque qu’elles porteront le sceau d’Outre Atlantique.

    Il est inadmissible qu’un groupe français chante en anglais pour encourager des joueurs français, disputant une épreuve internationale se déroulant en France !

    Il est vrai qu’en 1998 on avait eu droit à la chanson de Gloria Gaynor, « I will survive », chantée par les joueurs eux-mêmes jusque sur le perron de l’Elysée…On ne demande pas à nos sportifs nationaux d’être des ambassadeurs de la culture et de la langue française, mais au moins qu’ils n’en soient pas les fossoyeurs.

    La fédération française de football (FFF) n’est pas directement responsable de ce choix, mais elle n’a pas réagi publiquement pour le dénoncer et proposer un chant bien français. Il est vrai que des intérêts commerciaux lient la FFF et cette grande multinationale française.

    La société Carrefour confirme ainsi son choix délibéré de la langue anglaise pour promouvoir sa marque. C’est dans les Carrefour city et les Carrefour market que s’approvisionnent des millions de Français avec le sourire commandé par le slogan de rigueur « j’optimisme ». Pendant qu’on y est, allons jusqu’au bout de la démolition de la langue française.

    Cette nouvelle campagne de promotion de l’anglais s’inscrit dans une anglomania généralisée en France. Nos associations dénoncent depuis des années l’invasion de termes ou d’expressions anglaises qui viennent chasser nos propres mots en français. Pendant la Coupe d’Europe, on entendra des centaines de fois le mot coach au détriment d’entraineur ou sélectionneur. Les Français semblent avoir une attirance servile pour l’anglais. N’est-il pas curieux de noter que les Allemands ont crée le mot Fussbal, les Italiens, calcio, les Espagnols, fùtbol, les Portugais, futebol, et que les Français se sont contentés de reprendre tout cru le terme anglais football sans chercher à le franciser ?

    Dans toutes les activités de la vie des Français, l’anglais s’immisce insidieusement : noms de boutiques, noms de produits, slogans, messages ou sonals publicitaires. Le français recule partout.

    Hors de France, le désamour des Français pour leur langue est clairement perçu. L’intérêt pour l’apprentissage de notre langue diminue chaque année ; À Bruxelles, les partisans du tout-en-anglais ne se cachent plus et nos fonctionnaires parisiens doivent répondre aux documents rédigés uniquement en anglais. Des grandes écoles françaises, qui ont adopté des noms à consonance anglaise, financées en partie par les citoyens français, dispensent désormais en anglais des cours qui l’étaient jusqu’alors en français.

    La loi du 4 août 1994, rappelant les dispositions de notre Constitution, établit que la langue française est la langue « de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics ». Plusieurs articles fixent des obligations d’emploi de la langue française pour les entreprises privées et le service public. Les infractions sont nombreuses et les associations de défense de la langue française, qui consacrent beaucoup de temps et d’énergie à tenter de faire respecter cette loi n’en peuvent mais. Face à la puissance des intérêts commerciaux, à l’américanisation des médias, à la relative inertie, voire complaisance, du monde politique, l’avenir de la langue française, face à l’anglais, est bien sombre.

    "Euro 2016 : l'inacceptable hymne en anglais de Carrefour pour les Bleus !"Le salut viendra des Français eux-mêmes quand ils refuseront enfin la colonisation culturelle et qu’ils retrouveront l’amour de notre langue. Ils refuseront alors d’acheter des produits, si le nom et la publicité ne sont pas en français, de regarder des séries aux noms américains. Ils refuseront d’écouter les journalistes jargonnant en anglais. Ils exigeront que la langue française soit, avant tout autre langue, enseignée et pratiquée dans nos écoles. Ils la défendront à l’étranger et dans les instances internationales.

    Tout tient finalement à la fierté que peuvent encore avoir nos concitoyens de notre pays et de notre langue. 

    Marceau Déchamps a récemment interpellé le directeur des hypermarchés Carrefour et le président de la Fédération française de football pour leur signifier, avec le soutien des associations Courriel, Avenir de la langue française, afrav, Asselaf, Forum francophone international-France, Alliance Champlain, leur condamnation commune de cette chanson en langue anglaise, proposée par Carrefour aux fidèles de l’équipe de France.
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  • Intervention de Frédéric Lordon au meeting unitaire de la Fondation Copernic, dimanche 11 juin au théâtre Dejazet.

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  • DiEM perdidi [DIEM, le mouvement de Varoufakis échouera]-par Frédéric Lordon, (16/02/2016)A n’en pas douter, le lipogramme est un exercice littéraire de haute voltige – en tout cas selon la lettre sacrifiée, puisque le lipogramme consiste précisément à tenter d’écrire un texte en renonçant totalement à l’usage d’une certaine lettre. Il fallait tout le talent de Perec pour affronter la mère de tous les lipogrammes en langue française, le lipogramme en « e ». Trois cents pages de livre, La Disparition – forcément… –, sans un seul « e » (Il suffira au lecteur de s’essayer à former une seule phrase qui satisfasse la contrainte pour prendre aussitôt la mesure de l’exploit). Fidèle à la tradition oulipienne, on pourrait généraliser l’exercice et demander de faire une phrase en interdisant certains mots ou groupes de mots (lipolexe ? liporème ? liposyntagme ?). Par exemple demander à Yves Calvi de faire une phrase sans « réforme », ou à Laurent Joffrin sans « moderne », Christophe Barbier sans « logiciel » (« la gauche doit changer de logiciel » – on notera au passage cet indice du désir constant de l’éditocratie que la gauche devienne de droite que jamais personne n’enjoint la droite de « changer de logiciel »), etc. Au grand silence qui s’abattrait alors sur l’espace public on mesurerait enfin le talent exceptionnel de Perec. La langue altereuropéiste elle aussi fait face à ses propres défis lipolexiques. Qu’il ne lui soit plus permis de dire « repli national » et la voilà à son tour mise en panne.

    « Le repli national », l’impossible lipolexe de l’altereuropéisme

    Sous un titre – « Démocratiser l’Europe pour faire gagner l’espoir » (1) – qui n’est pas sans faire penser au Robert Hue de « Bouge l’Europe » (ou bien à un reste de stage « Power point et communication événementielle »), Julien Bayou, après avoir parcouru réglementairement les évocations de notre « passé le plus sombre », nous met en garde contre « le repli national, même de gauche », et avertit que « la dynamique d’un repli sur des agendas purement nationaux » pourrait « accélérer la défiance entre Européens ». Dans une veine très semblable, Katja Kipping, co-présidente de Die Linke se dit « totalement opposée à l’idée d’un retour aux Etats nationaux » (2). Qui serait « un retour en arrière », pour ainsi dire un repli donc – national. Or, « en tant que gauche, nous devons avoir le regard tourné vers l’avenir » – oui, c’est un propos très fort. Au passage, on se demande quelles sont, à Die Linke, les relations de la co-présidente et du président, Oskar Lafontaine qui, lui, plaide franchement pour un retour au Système monétaire européen (SME), et ce faisant regarde à l’évidence dans la mauvaise direction. Moins de surprise à propos de Yanis Varoufakis, qui répète de longue date son hostilité à toute sortie de l’euro, à laquelle il donne la forme d’un refus de « l’affreux dilemme entre d’un côté notre système actuel en pleine déconfiture, et de l’autre le retour en force de l’idéologie de l’Etat-nation voulue par les nationalistes » (3).

    Ce qui frappe le plus dans ces extraits presque parfaitement substituables n’est pas tant leur stéréotypie que la force d’inertie de leurs automatismes et leur radicale imperméabilité à tout ce qui se dit par ailleurs dans le débat de l’euro – et pourrait au moins les conduire à se préoccuper d’objecter aux objections. Mais rien de tout ça n’arrivera plus semble-t-il, en tout cas dans ce noyau dur de « l’autre Europe » qui se retrouve dans le mouvement DiEM (4) de Varoufakis. Tous les liens n’ont pourtant pas été rompus partout à ce point avec la réalité extérieure du débat, et il faut reconnaître avec honnêteté qu’à la suite de l’été grec, bon nombre de ceux qui tenaient la ligne altereuropéiste avec fermeté se sont sensiblement déplacés. Non pas que le débat soit tranché ni les convergences parfaites, mais au moins les exigences dialogiques élémentaires n’ont pas toutes succombé. Pas de ce genre d’embarras à DiEM, où l’automatique de la répétition a parfois des airs de canard à la tête tranchée courant droit devant soi – « repli national ».
     

    Ça n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de dire des choses, et depuis un certain temps déjà. D’avoir fait remarquer par exemple la parfaite ineptie de l’argument « obsidional » qui fait équivaloir sortie de l’euro et retranchement du monde : 180 pays ayant une monnaie nationale, tous coupés du monde ? L’économie française jusqu’en 2002, coupée du monde ? Le Royaume-Uni, déjà hors de l’euro, peut-être bientôt hors de l’UE ? Tellement coupé du monde !

    On reste plus perplexe encore du refus borné d’entendre quoi que ce soit des différentes propositions de reconfiguration de l’internationalisme, précisément faites pour montrer qu’il y a bien des manières d’en finir avec l’euro, et parmi elles certaines qui, parfaitement conscientes du péril des régressions nationalistes, travaillent précisément à le contrecarrer. Faut-il être idiot, bouché, ou autiste – on est bien désolé d’en venir à ce genre d’hypothèse, mais c’est qu’on n’en voit guère plus d’autres – pour continuer d’ânonner aussi mécaniquement « repli national » quand on explique qu’il est urgent de développer les liens de toutes les gauches européennes, mais sans attendre une impossible synchronisation des conjonctures politiques nationales, pour préparer celui qui sera en position à l’épreuve de force et à la sortie ? Faut-il être idiot, bouché ou autiste pour continuer de glapir au péril nationaliste quand on fait remarquer que les réalisations européennes les plus marquantes (Airbus, Ariane, CERN) se sont parfaitement passées de l’euro, que si l’intégration monétaire pose tant de difficultés, rien n’interdit – sauf l’obsession économiciste qui ne mesure le rapprochement entre les peuples que par la circulation des marchandises et des capitaux – de concevoir une Europe intensifiée autrement, par d’autres échanges : ceux des chercheurs, des artistes, des étudiants, des touristes, par l’enseignement croisé des littératures, des histoires nationales, par la production d’une histoire européenne, par le développement massif des traductions, etc. ? Mais à quoi sert de répéter tout ceci : dans l’ultime redoute de « l’autre euro » qu’est DiEM, on n’entend plus rien et on ne répond plus à rien – on court tout droit (comme le canard).

    Europe démocratique ou Europe anti-austérité ?

    Il y a sûrement bien des réserves à garder à l’endroit du plan B, pour l’heure plan de papier dont les volontés réelles sont toujours incertaines, mais dont au moins les intentions, et les créances, internationalistes, elles, sont peu contestables. Mais peu importe, pour lui comme pour les autres, et comme pour tout le monde, ce sera le même tarif : « repli national ». Il est à craindre pourtant que l’internationalisme-contre-le-repli-national soit mal parti s’il se donne pour seul critère l’euro authentiquement démocratisé. Pour toute une série de raisons qui ont été abondamment développées ailleurs (5), l’euro démocratique n’aura pas lieu, en tout cas pas dans son périmètre actuel. Car la démocratisation de l’euro est un processus self defeating comme disent les anglo-saxons : la possibilité croissante qu’il réussisse entraîne la probabilité croissante de la fracture de l’eurozone. Et sa dynamique de succès a donc pour terminus… son échec. On voudrait d’ailleurs, comme un argument a fortiori, poser deux questions simples à Yanis Varoufakis : 1) n’a-t-il pas fait partie de ces gens qui, dès 1992 et le Traité de Maastricht, ont immédiatement vu l’indépendance de la Banque centrale européenne comme une anomalie démocratique majeure (dont on ne se guérira pas par la simple publication des minutes ou quelque autre gadget de « transparence ») ? ; et 2) pourrait-il soutenir sans ciller que les Allemands seraient prêts à abandonner bientôt le statut d’indépendance de la banque centrale ? La question subsidiaire s’ensuit aussitôt qui demande par quel miracle, dans ces conditions, l’euro des dix-neuf pourrait devenir pleinement démocratique...

    Mais Varoufakis a pris une telle habitude de se mouvoir dans un entrelacs de contradictions qu’on commence à s’interroger sur les finalités réelles de son mouvement DiEM. C’est qu’en réalité il y a deux « autre-Europe-possible », qu’on fait souvent subrepticement passer l’une dans l’autre, ou l’une pour l’autre : l’Europe anti-austéritaire et l’Europe démocratique. Qu’il puisse se constituer une force politique européenne pour obtenir, au cas par cas, quelques accommodements ponctuels, peut-être même une renégociation de dette (pour la Grèce par exemple), et pouvoir ensuite clamer avoir fait la preuve que l’Europe peut échapper à la fatalité austéritaire, la chose est peut-être bien possible. Et certainement serions-nous mieux avec ces rustines que sans. Mais il faut savoir ce qu’on veut, et savoir en tout cas qu’une Europe démocratique ne consiste pas en une brassée de points de dette en moins, et qu’une faveur de déficit primaire « mais n’y revenez plus » ne remplace pas le droit à délibérer de tout – la définition la plus robuste de la démocratie (et, en passant, de la souveraineté).

    Dans ces conditions, il faut dire sans ambages que toute ambition d’une « Europe démocratique » en retrait de ce critère-là – délibérer de tout – a le caractère d’une tromperie. On vante souvent la logique raisonnable du compromis, celle qui, par exemple, pour garder l’Allemagne, et « parce qu’il faut accepter de ne pas tout avoir », concèderait la banque centrale indépendante, ou bien un TSCG « détendu », ou quelque autre chose encore – qui ne voit là la destination réelle de DiEM ? Mais c’est le genre de prévisible maquignonnage qui fait bon marché des principes – derrière lesquels usuellement on s’enveloppe avec grandiloquence, avant de tout céder en rase campagne. Or le principe démocratique ne se modère pas. Ou bien tout ce qui intéresse le destin collectif du corps politique, politiques monétaire et budgétaire comprises et en tous leurs aspects, est offert à la délibération, ou bien ça n’est pas la démocratie. Ne serait-il pas cependant envisageable de trouver un groupe de pays qui, quant à eux, se retrouveraient sur cette question de principe et comprendraient formellement la souveraineté de leur ensemble de la même manière que leurs souverainetés séparées, c’est-à-dire sans restriction de périmètre ? C’est bien possible après tout. Mais ce qui est certain, c’est que ce ne seront pas les dix-neuf actuels, et notamment pas l’Allemagne. Et que, sous cette configuration réduite, à plus forte raison sans l’Allemagne, l’euro d’aujourd’hui aurait vécu.

    La stratégie de la désobéissance comme vérification expérimentale

    Le secteur de l’altereuropéisme qui a conservé la tête au bout de son cou – il y en a un – semble bien conscient que l’épreuve de force, sous la forme, par exemple, de la désobéissance ouverte à laquelle il appelle désormais plutôt que d’envisager la sortie « brute » et unilatérale, a toute chance de déboucher sur une rupture – au moins, de la rupture, assume-t-il maintenant la possibilité, et c’est un progrès considérable.

    Ce préalable qui demande que l’abcès soit ouvert et puis qu’on voie, au lieu de claquer immédiatement la porte, on peut l’accorder tout à fait. Pour ma part je ne l’ai jamais écarté. Mais c’est que, dans l’état où était alors le débat, on en était à seulement faire entendre la possibilité de la sortie. La chose faite et l’idée d’une stratégie de la tension acquise, c’est surtout qu’on peut déjà raconter la fin de l’histoire : ça rompra. Ça rompra, car l’euro démocratique, l’Allemagne n’en veut pas – et n’en voudra pas pour encore un moment. De son point de vue à elle d’ailleurs, il n’y a dans la constitution monétaire qui porte son empreinte aucune carence démocratique. Toutes les sociétés n’ont-elles pas leurs principes supérieurs, leurs points d’indiscutable en surplomb de tout ce qui reste offert à la discussion ? L’Allemagne a les siens, et ses principes supérieurs à elle sont monétaires. C’est ainsi et nul ne pourra lui en faire le reproche. S’il y a des reproches à adresser, ils doivent aller aux inconscients qui se sont toujours refusés à la moindre analyse, qui pensent que les rapports objectifs de compatibilité, ou plutôt d’incompatibilité, sont solubles dans le simple vouloir, qui n’ont jamais mesuré de quels risques il y allait de faire tenir ensemble à toute force des complexions hétérogènes au-delà d’un certain point – notamment quand la même question, monétaire, fait à ce degré l’objet de divergences quant à l’appréciation du caractère démocratique, ou non, de son organisation : terriblement problématique pour certains, aucunement pour d’autres. Est-ce ainsi, à l’aveugle et dans le refus de toute pensée, que DiEM entreprend de « démocratiser l’euro », avec le simple enthousiasme du volontarisme en remplacement de l’analyse ?

    Cependant, que la fin de l’histoire soit connue n’empêche pas de se soumettre à une sorte de devoir d’en parcourir toutes les étapes – on évite simplement de se trouver pris de court au moment (anticipé) où les choses tourneront mal… On pourrait arguer à ce propos d’une sorte de pari, mais lucide et sans grand espoir, qui laisserait sa chance au miracle : s’il y a une probabilité même infinitésimale d’un dernier sursaut, ou bien d’une conversion inouïe de l’Allemagne, rendue au point d’avoir à choisir entre elle-même et l’Europe, alors il faut la jouer. La jouer pour s’être assuré de sa position en réalité, et ne pas l’avoir laissée qu’à une conjecture – et l’on peut consentir d’autant plus à cette sorte d’acquit de conscience expérimental qu’en l’occurrence l’affaire devrait être vite pliée…

    Il entre aussi dans ce « devoir » la logique plus politique du partage public des responsabilités. Car la question démocratique sera posée à tous, et chacun sera sommé de répondre : si l’on appelle démocratie la prérogative souveraine de délibérer et de décider de tout, comment l’eurozone peut-elle justifier l’anomalie patente d’y avoir soustrait des choses aussi importantes que la politique budgétaire, le statut de la banque centrale, la nature de ses missions, les orientations de sa politique monétaire, etc. ? On verra bien alors qui répond quoi à cette question. C’est-à-dire qui est vraiment démocrate et qui ne l’est pas. À ce moment précis, ceux qui ne pratiquent pas la restriction mentale quant au périmètre de la démocratie seront entièrement légitimes à ne plus vouloir appartenir au même ensemble que ceux qui la pratiquent – puisque c’est bien là l’issue qu’on anticipe : il y aura d’irréductibles opposants à la déconstitutionnalisation des politiques économiques. Aussi, revêtus de leur plein droit à vivre sous une constitution entièrement démocratique, et d’ailleurs prévenus de longue date de cette issue, les démocrates réels pourront désigner les démocrates factices, rompre avec eux, et reprendre en main leur propre destin. L’euro sera mort, mais on saura par la faute de qui.

    Mais DiEM ne veut rien voir de tout ceci. Par conséquent DiEM échouera. DiEM échouera parce que l’attente du miracle ne saurait remplacer l’analyse des complexions et des tendances réelles, c’est-à-dire, en l’occurrence, l’analyse de l’impossibilité du miracle. DiEM échouera… et en prime DiEM nous fera perdre dix années supplémentaires – puisque tel est bien l’horizon qu’il se donne à lui-même pour refaire « démocratiquement » les traités. Diem perdidi ? Si seulement : decennium perdidi oui ! Et comme toujours dans ces affaires, les dépenses temporelles sont faites aux frais des populations. On reste d’ailleurs rêveur qu’un ancien ministre grec puisse épouser avec une telle légèreté les perspectives grandioses de l’histoire longue quand son propre peuple, à toute extrémité, et dont il devrait pourtant connaître l’épuisement, ne tiendra plus très longtemps.
    Pourtant, à supposer que cette douce négligence temporelle n’ait pas dans l’intervalle ouvert la voie à quelque monstrueuse alternative, DiEM, s’il échouera, n’aura pas fait qu’échouer. À part son intenable promesse, il aura produit autre chose : son mouvement même. Pour sûr, le mouvement échouera – c’est en tout cas la conjecture qu’on forme ici. Mais il restera, après l’échec, le mouvement lui-même. Un mouvement européen. Or, à qui considère avec un peu de conséquence que l’internationalisme réel consiste en le resserrement aussi étroit que possible des liens autres qu’économiques, monétaires et financiers entre les peuples européens, l’idée d’une initiative politique transversale européenne ne peut pas être accueillie autrement qu’avec joie, et ceci quel que soit son destin : elle est bonne par elle-même. DiEM échouera donc, mais pas tout à fait pour rien.

    Post-scriptum : du désir collectif de bifurcation

    Les illusions de DiEM mises à part, il se pourrait que le paysage de la question de l’euro à gauche soit en cours de clarification. Mais qu’en est-il au sein des populations mêmes ? Quand tout lui échappe, il reste toujours à l’éditocratie la planche de salut des sondages frauduleux. Elle en aura recueilli du monde cette planche-là, lors de l’été grec 2015 : « la population ne veut pas » – c’étaient les sondages qui l’assuraient. Mais les sondages n’assurent rien d’autre que leur propre ineptie quand ils posent à brûle-pourpoint une question à des personnes dépourvues du premier moyen, notamment temporel, d’y réfléchir, individuellement et surtout collectivement. Comme on sait les sondages de janvier 2005 donnaient le TCE gagnant haut la main – malheureusement pour eux, cinq mois plus tard, après un vrai débat… Si un sondage n’a de sens qu’après (et non avant) un débat collectif, force est de constater que, de débat sur la sortie de l’euro, il n’y en aura jamais eu d’ouvert en Grèce. D’abord parce que Tsipras n’en voulait à aucun prix, ensuite parce que la minorité de la Plateforme de gauche, qui était la plus désireuse de le porter, s’est tenue à une obligation de solidarité gouvernementale et de silence jusqu’au 13 juillet 2015 – et quand personne ne propose au pays l’ouverture d’un authentique débat politique, il reste… la bouillie des sondages.

    Il est bien certain qu’en France, par exemple, où la situation est infiniment moins critique qu’en Grèce, les incitations à ouvrir le débat y sont encore plus faibles. C’est que les effets de la contrainte européenne, quoique très réels, n’y ont pas pris le caractère extrêmement spectaculaire qu’ils ont revêtu en Grèce ou au Portugal, et que dans ces conditions la question de l’euro reste une abstraction au trop faible pouvoir d’« embrayage ». Mais c’est au travail politique qu’il appartient de faire « ré-embrayer », c’est-à-dire de construire les problèmes, et en l’occurrence de rendre perceptibles, on pourrait presque dire sensibles, les abstractions lointaines, et pourtant opérantes, de la monnaie européenne.

    En réalité, on le sait bien, l’obstacle principal à une proposition politique de sortie de l’euro est d’une autre nature : la peur. Et plus précisément la peur de l’inconnu. C’est un affect politique très général qui sert ici d’ultime rempart à la monnaie européenne, une asymétrie qui a toujours servi de soutènement à l’état des choses, et qui voit les peuples préférer un désastre connu à un espoir assorti d’inconnu, la servitude dont ils ont l’habitude à une libération risquée. La « catastrophe », voilà alors le destin systématiquement promis à ceux qui oseraient.
    À DiEM, pas moins qu’ailleurs, on n’est pas feignant de l’évocation apocalyptique – « le cataclysme qu’entrainerait la sortie de l’euro », prophétise l’économiste Julien Bayou . Il n’est pas une année depuis le début de leur crise où l’on n’ait averti les Grecs du « désastre » qui les attendait si jamais leur venait l’idée de s’extraire. Mais au juste, comment pourrait-on nommer la situation où ils ont été rendus selon les règles européennes… sinon un désastre ? 25% d’effondrement du PIB, 25% de taux de chômage, plus de 50% chez les moins de 25 ans, délabrement sanitaire, misère, suicides, etc., est-ce que ce ne serait pas par hasard le portrait-type du désastre ?

    La grande force de l’ordre en place, c’est qu’il tolère les désastres accomplis dans les règles, selon ses conventions, et qu’en réalité le pire désastre n’y recevra jamais la qualification de désastre – celle-là on la réserve à toute expérience alternative et à la première difficulté qu’elle rencontrera. L’ordre en place peut avoir échoué pendant des décennies, on n’en réclamera pas moins de la politique qui rompt avec lui qu’elle réussisse dans le trimestre, sous le regard distordu des médias bien sûr, certificateurs asymétriques des « désastres ».

    Alors oui, toutes les entreprises de transformation politique en général, celle de la sortie de l’euro en particulier, doivent compter avec ces effets, et d’abord avec la peur, la préférence pour le désastre connu. Aussi faut-il que le corps politique soit porté à un point de crise intolérable, pour qu’il consente enfin à révoquer ses habitudes et à envisager de nouveau des voies inédites. Ce point d’intolérable, c’est le point où même l’asymétrie est défaite, le point où le connu est devenu si haïssable que même l’inconnu lui est préféré. Où se situe ce point, nul ne le sait – sans doute très loin, à voir ce que le peuple grec a enduré sans l’avoir encore rencontré. La réduction de la distance qui nous en sépare pourtant n’est pas laissée qu’au travail des causes extérieures. Le travail politique a aussi pour effet de le déplacer, en faisant voir comme anormal ce que l’idéologie en place donne pour normal, comme… désastreux ce qu’elle donne pour habituel, comme contingent ce qu’elle donne pour naturel. Et surtout comme possible ce qu’elle donne pour impossible.

    On n’a d’ailleurs jamais si belle attestation du mensonge de l’impossibilité que lorsque c’est l’ordre en place lui-même qui, pour se sauver de l’écroulement, révoque d’un coup ses propres partages allégués du faisable et de l’infaisable. Ainsi à l’automne 2008, où l’on ne compte plus les choses faites qui quelques mois à peine auparavant auraient été déclarées délirantes – procédures extraordinaires des banques centrales, nationalisations flash et massives, oubli soudain du droit européen des aides d’Etat, etc. Mais si tout peut de nouveau être envisagé quand il s’agit pour le système de se sauver lui-même, pourquoi tout ne pourrait-il pas l’être quand il s’agit de le congédier ?


    Frédéric Lordon

    Notes
    (1) Julien Bayou, « Démocratiser l’Europe pour faire gagner l’espoir », Libération, 10 février 2016.
    (2) Katja Kipping, « Rassembler les mouvements sociaux pour démocratiser l’Europe », Mediapart, 9 février 2016.
    (3) Yanis Varoufakis, « L’UE doit devenir démocratique, sinon elle disparaîtra », L’Obs, 8 février 2016.
    (4) Democracy in Europe Movement, lancé à Berlin le 9 février 2016 par Yanis Varoufakis.
    (5) Voir, entre autres, « Les taches aveugles de l"autre euro possible », ou bien « Intervention au sommet international du plan B », au passage j’adresse tous mes remerciements à Vincent Christophe Leroux pour avoir réalisé la transcription de cette intervention.

    Lire également

    ●Susan Watkins, « Le Parlement européen est-il vraiment la solution ? », Le Monde diplomatique, février 2016

     

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  •  L’état d’urgence, un risque pour les droits et libertés -par Mireille Delmas-MartyEntretien avec Mireille Delmas-Marty, professeur honoraire au Collège de France (1)

    François Hollande a-t-il raison, quand il évoque la menace terroriste, de dire que la France est en guerre ?

    Si c’est une simple métaphore pour parler de lutte contre le crime, la formule n’a pas beaucoup d’incidence. Mais s’il s’agit d’une véritable guerre contre Daech, qui n’est pas un État mais une organisation criminelle, on voit mal comment et avec qui enclencher un processus de pacification, alors que cet ennemi, mal identifié, est en constant renouvellement. D’où le risque d’une guerre perpétuelle. Par ailleurs, la doctrine pénale de l’ennemi porte en elle un risque de déshumanisation. N’oublions pas comment les prisonniers qualifiés « d’ennemis combattants illégaux » furent traités dans les camps américains après le 11 septembre 2001, enfermés dans des cages ou promenés en laisse comme des animaux dangereux. Nous n’en sommes heureusement pas là, mais la déshumanisation commence par la dépersonnalisation, dont la déchéance de nationalité pourrait être la première étape.

    La menace terroriste ne justifie-t-elle pas des restrictions de droits ?

    C’est toute la difficulté de la démocratie qui est attachée à l’État de droit, mais ne doit pas pour autant rester impuissante face à des dangers qui sont très réels. Mais supprimer les libertés ne garantit pas forcément l’efficacité. Avant d’adopter de nouvelles lois, les démocraties devraient évaluer, et le cas échéant améliorer, l’efficacité des mesures déjà prises, pour éviter d’entrer dans une sorte de surenchère permanente où la loi n’est plus qu’un instrument de communication.

    L’état d’urgence est-il adapté à la situation ?

    Face à la violence des attentats du 13 novembre, le recours à l’état d’urgence me semble adapté. D’autant qu’il est prévu par une loi de 1955, dont la conformité à la Constitution de 1958 a été clairement affirmée par le Conseil constitutionnel. Mais cette loi doit rester un instrument de l’urgence. Or, l’urgence, par définition, est temporaire et les dérogations aux droits fondamentaux qu’elle légitime doivent rester temporaires. C’est ce qu’on appelle l’état d’exception, qui dit bien son nom. Avec le terrorisme global, il ne faudrait pas que l’exception devienne la règle.

    Sa constitutionnalisation apportera-t-elle des garanties ?

    Cela dépend du contenu de la réforme. S’il s’agit simplement de reprendre le dispositif existant pour lui donner un statut constitutionnel, je ne vois pas l’intérêt puisque le conseil constitutionnel lui a reconnu sa validité. S’il s’agit d’étendre l’application de la loi à des cas qui n’étaient pas expressément prévus, alors les conditions devront être précisées. Notamment la proportionnalité des mesures au danger, leur durée maximale, leur contrôle par des juges, et enfin la liste des droits « indérogeables ».

    Pourquoi avez-vous critiqué la loi sur le renseignement ?

    J’ai critiqué le fait que cette loi consacre une logique prédictive qui consiste à remonter toujours plus loin en amont des actes d’exécution, ou même en amont des actes préparatoires, et étend la justice pénale des criminels eux-mêmes aux criminels potentiels. Les bases de données massives ( big data ) permettent un profilage qui conduit à détecter des suspects qui n’ont pas encore manifesté matériellement leur intention de commettre un acte terroriste, ce qui appellerait au moins un contrôle des critères utilisés. Or, plus les méthodes sont sophistiquées, plus le contrôle est difficile. D’autant que les échanges d’information entre États aboutissent à une mondialisation de la surveillance et des contrôles, mais sans mondialisation des garanties.

    « Il ne faudrait pas que l’exception devienne la règle »

    Les démocraties occidentales sont-elles devenues plus répressives depuis les attentats du 11 septembre 2001 ?

    Oui. Dans la plupart des pays européens, il y a eu des dérives sécuritaires, et pas seulement en matière de terrorisme. Ce qui est inquiétant dans l’accumulation de toutes ces lois qu’on empile les unes sur les autres, c’est que chacune va un peu plus loin pour contourner l’État de droit. Lors des attentats de janvier 2015, une loi antiterrorisme venait d’être votée, elle a été aussitôt complétée par la loi renseignement. Après ceux de novembre s’annonce, outre le projet sur l’état d’urgence, une nouvelle loi contre le terrorisme. Si l’on considère tout l’ensemble mis en place depuis 2001, il est clair qu’une lente érosion de l’État de droit est en cours, moins visible qu’avec l’état d’urgence, mais aussi inquiétante.

    « Une lente érosion de l’Etat de droit est en cours »

    La réponse viendra-t-elle de la communauté mondiale ?

    Dans les cas les plus graves, comme les attentats de New York, Madrid, Londres et Paris, il s’agit de véritables crimes contre l’humanité qui devraient être jugés par la Cour pénale internationale : à crime global, justice globale. Le problème, outre les réticences à l’égard de cette cour, c’est que les États n’ont jamais pu s’entendre sur une définition commune du terrorisme. Il faudra pourtant y parvenir pour gagner en efficacité et éviter cette situation absurde qui consiste à juger avec des moyens nationaux des actes ayant des origines et des effets dans le monde entier.

    Vous appelez nos sociétés à surmonter la peur de l’autre…

    La peur de l’autre conduit à le traiter comme un ennemi. Cette « peurexclusion » ne peut déboucher que sur la haine et la violence, enchaînant attaque, riposte, contre-attaque, etc., dans une spirale sans fin. En ce cas, la peur est mauvaise conseillère et ne devrait pas être utilisée comme méthode de gouvernement. En revanche, face à des risques communs, la peur pourrait solidariser les peuples. On a fait l’expérience de cette « peur-solidarité » à la conférence de Paris sur le climat, la Cop 21. Il s’est passé quelque chose de nouveau, comme une prise de conscience de notre communauté de destin. La peur est devenue constructive, incitant à chercher ensemble des solutions. C’est peut-être la naissance d’une sorte de citoyenneté mondiale. Cela montre qu’un sursaut est possible.

    Recueilli par Thierry RICHARD.

    (1) Membre de l’Académie des sciences morales et politiques et auteur de Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil).

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  •  

    il a l’air bien ce nouveau film dont tout le monde parle …

    Une conviction m’anime et elle peut paraître paradoxale parce que nous sommes partout entrés dans une vague contrerévolutionnaire qui parait tout submerger : La France et le monde ont besoin des communistes.

    Dire cela alors que visiblement notre pays aux dernières élections a été submergé par la droite et l’extrême-droite peut paraître irréaliste. Alors que les « socialistes » au gouvernement méprisent si ouvertement le PCF qu’ils en font les larbins de leurs tactiques à géométrie variable de la Bretagne au Languedoc en passant par l’Ile de France, qui peut accorder le moindre crédit à des gens qui se respectent aussi peu? Comment parler de communisme alors que que le gouvernement en est à détruire l’ancien parti socialiste pour mieux contribuer à la création d’un parti démocrate à l’américaine, le résultat de l’union de ce qu’il restera du PS et du centre? Mélenchon avait raison quand il a dit hier matin sur BFMTV/RMC, que François Hollande avait pour intention de «liquider le mouvement socialiste et de passer à autre chose, comme c’est le cas par exemple en Italie». Il pense que la stratégie du président est «beaucoup plus profond(e)» qu’une «tactique politicienne». Il a ajouté «en Italie, ils ont liquidé le Parti communiste, ils ont liquidé le Parti socialiste et créé un parti soi-disant de la gauche». Mélenchon a souvent raison, mais c’est tout sauf un dirigeant qui convient à la période, il n’a aucun sens de ce qu’est un parti, un rassemblement populaire et il est toujours à la recherche d’une union de sommet qui ne mène nulle part, mais qui sert à l’actuelle direction du PCF à toujours plus liquider le parti.

    La stratégie de François Hollande n’est pas celle d’un homme seul flanqué de Valls et de Macron,  le même mouvement s’organise dans toute l’Europe et il n’a rien de spontané, c’est une stratégie atlantiste et capitaliste qui va avec le verrouillage de tout changement progressiste dans le cadre de l’UE. Centrisme contre droite hyper-conservatisme et poussée de gauchisme populiste vite remis dans les rangs, l’art de se maintenir jusqu’au bout, quand le fascisme n’est plus opposé à la démocratie mais son prolongement par temps de crise..

    En Amérique latine on assiste au même reflux, c’est le retour en force de la grande coalition de l’extrême-droite au PS pour en finir avec l’espoir révolutionnaire, et Manuel Valls félicite les vainqueurs, les stipendiés des USA, peut-on être plus clair? … Partout la preuve est faite qu’il faut aller jusqu’au bout, et s’attaquer au fascisme passe par la lutte contre le capital, une lutte à mort qui exige beaucoup de force et de détermination. Il y a ce qui se passe en Ukraine, en Russie. Si Poutine, attaqué en Asie Centrale comme en Europe a paru être un contrefeu aux tentatives hégémoniques des USA et de leurs alliés de l’OTAN, il reste marqué par le poids de l’oligarchie qui partout est prête à se vendre au capital… Et sa résistance partout est empêchée par son refus d’une véritable indépendance nationale qui passe par la nationalisation des moyens de production, la fin d’une économie de rente qui nourrit cette oligarchie et ruine le pays…  Partout ces monopoles financiarisés luttent pour le monopole de l’énergie et celui de l’armement et pour cela dépouillent les peuples de tous leurs acquis, les jettent dans la guerre qu’elle soit internationale ou civile.

    Le vieux système fait eau de toute part mais tant qu’il n’a pas d’alternative prête à aller jusqu’au bout de la transformation, les victoires momentanées se transforment en défaite parce que le peuple, les exploités se sont trouvé affaiblis, apeurés ils cherchent une niche ou survivre. Les démagogues qui laissent croire à la facilité de la bataille, à la possibilité de ne pas changer grand chose, le spontanéisme, l’individualisme ont contribué au désespoir.

    Partout la situation exige une opposition frontale contre les monopoles financiarisés. La nation souveraine reste le meilleur cadre pour mener ce combat, mais la nation sans l’action d’un parti contre ces monopoles n’est qu’un leurre. Le capital garde le fer au feu de l’extrême droite. Il faut donc détruire le cadre national, l’aspirer dans des conglomérats technocratiques où tout changement est interdit et dissoudre la nation par le morcellement identitaire intérieur et créer le contrefeu fasciste qui prétend défendre la nation en créant l’Union sacrée contre le bouc émissaire étranger.

    Je résume mais chacun aura compris le fond de ma conviction… la situation parait souvent confuse parce que le capital assure son hégémonie en s’emparant  des contraires, en les imprégnant de ses buts ; espaces suprarégionaux, régionalisme et simulacres identitaires nationaux peuvent tous être utilisés par lui si l’on ne met pas en évidence la paix et la dimension de classe de toute politique, si l’on ne se donne pas les moyens de développer l’initiative populaire par toutes les voix démocratiques possibles, les élections, les manifestations, les luttes et en dénonçant les « état d’urgence » qui sont en fait les moyens d’en finir avec cette expression populaire.

    Mais il existe un moyen essentiel, duquel dépendent tous les autres, c’est l’existence d’un parti révolutionnaire et c’est là que le bât blesse… Pour le moment avec la complicité active des dirigeants actuels du PCF, non seulement ce parti paraît parfaitement inutile mais les communistes ont été eux-mêmes convaincus de leur inutilité, de la nécessité de se fondre dans des conglomérats hybrides, pratiquant les combats de chef et cela dure depuis plus de 20 ans… Même l’idée communiste se vide et ne paraît plus qu’un gadget… Cela participe de cette contrerévolution et de cette possible fascisation qui déferle sur nous…

    OUI le Front de gauche est une catastrophe et il faut en finir avec lui, comme il faut en finir avec l’appartenance au parti de la gauche européenne. Comme le dit justement un camarade, le Front de gauche est la voiture balai pour assurer d’abord l’élection sans condition d’un candidat du PS et maintenant de la droite en vue de la grande coalition. Mais pour cela il ne suffit pas d’attaquer Mélenchon, mais bien de remettre en cause la stratégie des dirigeants du PCF. Un combat a commencé pour la préparation du Congrès du PCF. Il est évident que la direction du PCF va tout faire pour poursuivre sur sa ligne qui est celle de servir de force d’appoint électoral au PS. Ils vont attribuer par exemple à Mélenchon, au front de gauche leurs déboires pour mieux continuer à l’identique. Mais qui a imposé de telles « solutions », qui a masqué non seulement le PCF dans le Front de gauche, mais le Front de gauche dans des étiquettes encore plus hasardeuses, des slogans encore plus vaseux? Qui a détruit la confiance des communistes en leur propre parti? Est-ce Mélenchon? Est-ce l’œuvre  des autres groupuscules? Est-ce celle  des refondateurs qui devaient sauver la « gôche »? Non, ce fut un choix de l’actuelle direction et elle doit rendre des comptes non seulement pour la débâcle des régionales, mais pour n’avoir plus laissé que l’abstention à ceux qui désespèrent de la situation. La jeunesse en particulier.

    Alors ce combat a-t-il encore un sens, le congrès ne sera-t-il pas manipulé, englué dans un mélange de légitimisme et de sauve-qui-peut des employés des collectivités locales? Même si la colère est grande, il est évident que l’actuelle direction va tout faire pour perpétuer sa liquidation.  Et le fait est que tant qu’il subsistera un sigle PCF approprié par ceux qui depuis tant d’années ont choisi la destruction d’un parti révolutionnaire, le communisme pourra être assassiné dans notre pays en toute impunité et les autres tentatives risquent de déboucher sur des groupuscules dans lequel le pays a peu de chances de se reconnaitre. Ceux qui mènent la liquidation- le PS, parce que celui qui finance dirige et donc au-delà les forces acquises au capital- l’ont bien compris, ce qui nous vaut dans un coin un petit médaillon pour présenter une politique qui comme dans les Bouches du Rhône n’a plus rien à voir avec les choix communistes. Je ne crois pas que l’on puisse faire fi de cette stérilisation, ni de celle de fait de la perte du journal l’Humanité. Il faut donc ne pas déserter le terrain de la reconquête..

    Par rapport à la création de l’ANC, on peut effectivement s’interroger, il existe les assises du communisme, le PRCF a fondé une structure indépendante, Est-ce que la création de l’ANC ne va pas gêner plutôt qu’aider ce combat du Congrès pour recréer le PCF sur la base de ces fondamentaux ? J’imagine mal les communistes tels qu’ils sont accepter au sein de ce qui reste leur parti une double appartenance. Comme je l’ai dit aux camarades qui fondent l’ANC à Marseille, cette création empêche de fait tous ceux qui comme moi auraient pu souhaiter participer à ce Congrès. Toutes les forces qui auraient pu mener le combat au sein du parti ans un débat démocratique en sont écartées avec eux, les plus combatifs, les plus proches de ceux qui souffrent. je partage leur colère face à al fédération du PCF qui nous conduit dans le mur.. Je suis désormais dans le quatrième arrondissement à Marseille, celui géré par Frédéric Dutoit qui a déjà laissé les quartiers nord au PS, un garçon au demeurant sympathique mais qui nous poussera toujours plus loin dans la voie des abandons. Retourner au parti pour mener le combat alors que toutes les forces vives en sont écartées devient impossible .

    Ce qui pourtant est le plus caractéristique aujourd’hui est la montée de cette exigence, la nécessité d’un parti communiste digne de ce nom. Comment y parvenir? Si j’étais à Vénissieux, et dans d’autres zones de combat, il est clair que je serai au PCF et je me battrais pour reconquérir le parti, pour ne pas laisser détruire l’hypothèse même du communisme, dans l’état de la situation dans les Bouches du Rhône à la fois à cause de la destruction du PCF et du refus des forces vives d’y retourner je suis comme bien d’autres paralysée. Le spectacle de ce qu’il ne faut pas faire…

    C’est pourquoi je tenterai à ma manière de participer à la perpétuation de l’hypothèse communiste à partir d’un grand débat politico-théorique sur le communisme au printemps, c’est le seul apport unitaire qui me reste. Je vous en parlerai bientôt, et ce blog restera je l’espère un lieu de dialogue entre nous, une manière aussi de nous relier au mouvement du monde.

    Nous avons besoin du communisme et des communistes parce que le fascisme se glisse dans nos manques, dans la désertion du terrain qui est pourtant assoiffé de notre présence, celui d’un parti communiste, uni autour de ses fondamentaux et discipliné… Un parti proche des couches populaires qui sache transformer le besoin normal de sécurité de chacun en lutte pour l’emploi, la paix, le salaire  et surtout désigner le véritable adversaire pour dénoncer la guerre de tous contre tous.

    Danielle Bleitrach.

    source: histoireetsociete

     

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  • Dans toute l’Europe, les yeux tournés vers Athènes-par Daniel Gluckstein (Informations Ouvrières 2/07/2015)

    L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
    par Daniel Gluckstein,
    Secrétaire national du POI.

     

    D’un côté, l’angoisse qui creuse le visage de ces travailleurs et retraités, massés devant les banques grecques sans savoir si, demain, le peu qu’il leur reste ne va pas partir en fumée ; l’angoisse d’un peuple saigné à blanc depuis des années par la troïka, les spéculateurs, et les gouvernements à leur service. De l’autre, l’arrogance des grands de ce monde acharnés à vouloir faire rendre gorge au peuple grec et à aller jusqu’au bout de la destruction.

    Avec toute la morgue du porte-parole du capital qu’il est, Le Figaro ose dénoncer le référendum du 5 juin comme « un coup d’Etat commis par des bolcheviks ». Coup d’Etat ? Non, simple moyen d’expression démocratique de l’aspiration du peuple : « Dehors le mémorandum ! Dehors la troïka ! » Une victoire du vote non au référendum suffira-t-elle ? Non, mais elle peut constituer un point d’appui, un encouragement pour la mobilisation directe de la classe ouvrière et des couches populaires, pour mettre en échec les exigences meurtrières de la troïka. C’est pourquoi l’attention de tous les travailleurs d’Europe est tournée ces jours-ci vers la Grèce.

    Au premier rang des chiens de garde du capital, Hollande et Valls. Ce dernier déclare dans Le Monde « qu’il est hors de question d’effacer, ne serait-ce qu’une partie de la dette grecque ». Sapin, derrière lui, ne cesse de répéter que « le défaut de la Grèce coûterait de 600 à 900 euros par Français ».Du point de vue des faits, c’est un mensonge total. Mais surtout, il faut tout l’aplomb d’un servile exécutant des capitalistes et des banquiers pour oser affirmer cela au moment même où l’hebdomadaire Marianne publie un rapport commandé par le secrétaire général du Parlement européen. Celui-ci prévoit froidement les conséquences d’une nouvelle crise financière comparable à 2008 : « La zone euro pourrait perdre un milliard d’euros de son PIB, “gagner” 1,9 million de chômeurs supplémentaires et subir une augmentation de 51,1 milliards d’euros de sa dette publique. »

    « Gagner » 1,9 million de chômeurs supplémentaires ! Et ces gens-là cherchent à nous faire peur avec la Grèce ? Ce qu’ils prévoient, c’est un nouvel effondrement au nom duquel, comme en 2008, il faudrait, pour renflouer les banques et garantir la stabilité de l’euro, écraser encore plus les classes ouvrières, détruire davantage encore les services publics et l’emploi !

    Et on veut nous faire peur avec la sortie de l’euro ? La question n’est pas de savoir si la Grèce doit ou non sortir de l’euro ; elle est de chasser l’euro et les institutions de l’Union européenne de chacun et de tous les pays d’Europe.

    Cette voie, seul le mouvement de la classe ouvrière l’ouvrira. La classe ouvrière est une dans toute l’Europe, des grèves des chemins de fer et de la poste en Allemagne, en passant par les manifestations de Grande-Bretagne, la récente grève générale en Italie, ou encore, en France, avec les grèves dans l’enseignement, les hôpitaux, et parmi les personnels territoriaux.

    Dans chaque pays d’Europe, sous des formes qui lui sont propres, la classe ouvrière cherche à organiser son combat contre les plans meurtriers que veulent imposer les gouvernements qui appliquent les directives de l’Union européenne. A l’échelle du continent, d’Athènes à Paris, de Berlin à Lisbonne, une seule classe ouvrière met à l’ordre du jour par son propre mouvement l’exigence : « Dehors l’Union européenne, le FMI, la troïka ! Dehors l’euro et les traités européens ! Dehors la dictature du capital et les gouvernements à son service ! »

    source: parti-ouvrier-independant.fr

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  • Des discours et des actes-éditorial d'Informations OuvrièresS’est tenu, ce week-end, un congrès du Parti socialiste.

    Congrès des discours. « L’Adresse au peuple de France »assure que « le redressement du pays est en œuvre » et que le Parti socialiste mène « bataille contre la désindustrialisation et le chômage » et « contre la crise sociale : école, travail, logement, santé » ; qu’il va « poursuivre la réorientation de l’Europe » et défend « la République indivisible, démocratique, laïque et sociale ». Voilà qui fera chaud au cœur des 6 millions de chômeurs, des enseignants en grève contre la réforme du collège, des hospitaliers de l’AH-HP mobilisés contre le projet Hirsch et le projet de loi Touraine, des millions de travailleurs et de jeunes qui paient les conséquences du pacte de responsabilité et de ses 50 milliards d’euros de coupes exigés par les traités européens ; sans oublier les élus dressés contre la réforme territoriale qui disloque la République.

    Congrès des actes. Selon Le Monde« le nom d’Emmanuel Macron n’a pas été prononcé durant le congrès ». Mais que faire de son projet de loi dont l’examen en deuxième lecture débutait à l’Assemblée le lendemain du congrès du PS, alors que quelques députés « frondeurs » renâclent à le voter ? La solution est trouvée : le gouvernement utiliserait à nouveau l’article 49-3 de la Constitution, permettant de faire adopter la loi sans nécessiter un vote « pour » majoritaire… Ce recours à l’un des mécanismes les plus antidémocratiques de la Ve République semble séduire « beaucoup de socialistes » — « majoritaires » ou « frondeurs » —, car cela « permettrait à chacun de ne pas se renier »… Et tant pis si cela permet aussi à la loi Macron, ainsi adoptée, de déployer ses redoutables rouages de déréglementation contre les travailleurs… Qui s’en soucie vraiment parmi les délégués d’un congrès, certes supposé « socialiste »… mais pour combien de temps ?

    Congrès des inquiétudes« Non, le Parti socialiste n’est pas mort », s’est écrié Valls devant le congrès. « Si jamais le Parti socialiste venait à disparaître… », s’est inquiété Cambadélis. « Ce congrès est peut-être le dernier », s’est interrogé Christian Paul, porte-parole de la « gauche » du PS. Tout cela ressemble à un début d’oraison funèbre. Tous savent que le PS risque de payer au prix fort — sa disparition — la politique de réaction anti-ouvrière déployée par le gouvernement Hollande-Valls. Et pourtant, ils veulent la poursuivre jusqu’au bout, espérant que la présidence Hollande soit la première depuis trente ans à ne pas se heurter à un mouvement de millions de travailleurs dressés avec leurs organisations contre ses contre-réformes (rappelons-nous 1995, 2003 et 2007 sous Chirac, 2010 sous Sarkozy).

    Mais rien n’est joué. Comme l’a rappelé notre camarade Jean Markun, lors de l’assemblée-débat organisée le 6 juin par Informations ouvrières, toute la situation appelle « la lutte de classe, et disons-le, la grève générale, (pour) bloquer et défaire ce gouvernement Hollande-Valls aux ordres des capitalistes »Et, comme il l’a précisé : pour aider la classe ouvrière à se frayer ce chemin, parsemé d’obstacles et d’embuches « la construction d’un parti ouvrier, c’est important »A la différence d’un PS moribond, il s’agit de construire un parti qui fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait : « Un parti qui se situe sur le terrain de la lutte de classe (…), qui se prononce pour la rupture avec l’Union européenne, avec une bagarre en permanence contre elle (…). Un parti ouvert. » Bref : « La construction d’une force politique ouverte et démocratique qui corresponde à nos intérêts doit être poursuivie. »

    Daniel GLUCKSTEIN
    secrétaire national du POI

     

    source: Informations Ouvrière n°355 du 11 juin 2015 & Parti Ouvrier Indépendant (POI) http://parti-ouvrier-independant.fr/

     

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